On se souvient en France de la visite à grand spectacle néocoloniale de Macron à Beyrouth, après que la ville a été ravagée par la dramatique explosion de son port le 4 aout 2020. Soutien affiché aux autorités en place, grandes promesses. Cette visite a été suivie de nombreuses rencontres tout particulièrement avec les dictatures du Golfe. Dans le même temps, alors que les grandes fortunes libanaises continuent de prospérer, le peuple libanais s’enfonce dans la plus terrible des misères. L’inflation bat des records mondiaux, eau potable, électricité, essence, la pénurie est partout. Mais à la différence des reportages accusateurs de la propagande visant le Venezuela ou Cuba lors que des difficultés de la sorte surviennent en raison des blocus économiques établis par Washington et son bloc occidental, vous ne verrez pas ces images à la télévision. 

En ces fêtes de fin d’années, la camarade Marie Debs nous a adressé cette tribune que nous nous faisons un devoir de relayer en écho au cri de colère des travailleurs du Liban. En écho, nous publions la traduction française de l’intervention prononcé par le PCL lors de la rencontre internationale organisée à la mi décembre par les camarades du parti communiste grec. Des textes forts qui démontrent ce que sont les ravages du capitalisme, système criminel, et ce dans son fonctionnement normal. Le Liban n’est pas sous blocus ni état de siège, il n’a pas été victime d’une terrible catastrophe naturelle… Si ce n’est celui de la prédation de la classe capitaliste. 

Retrospective 2021 – par Marie Debs 31 décembre 2021

Il y a deux jours, je reçus les photos d’une « fête familiale » organisée pour Noël dans la demeure de l’un des membres du parlement libanais, un de ces nouveaux riches qui ont amassé des fortunes colossales durant les trois dernières décennies en puisant dans les deniers publics et aussi privés avec l’aide du gouverneur de la Banque centrale et sous le regard bienveillant de ceux qu’on appelle les gouverneurs du « monde libre »… Les photos représentaient une table bien garnie de mets raffinés, que la majorité écrasante des Libanais ne pourront considérer, même dans leurs rêves les plus intimes, mais aussi la maîtresse de maison en robe rouge sortie des ateliers d’un grand couturier… Une fortune qui aurait suffi à garnir les tables de plusieurs familles libanaises pendant un an, et peut-être plus.

Il faut dire que cette « fête familiale » n’était pas unique en son genre. On peut même dire qu’elle était dupliquée dans quelques centaines de jolies villas resplendissantes (et surtout bien chauffées) au Liban et ailleurs, où les nantis, oligarques financiers et responsables politiques, festoyaient avec leurs familles et leurs amis tandis que plus d’un million de Libanais, dont des enfants en bas âge, le ventre vide, ne pouvaient pas trouver le sommeil à cause de la malnutrition, du froid et de la neige ; sans oublier la disparition du lait en poudre pour nouveaux nés de toutes les pharmacies…

Que pouvons-nous dire de cette année 2021 qui vient de s’écouler et par où commencer ?

Devons-nous commencer par l’inflation galopante qui a atteint des pourcentages jamais vus, mettant le Liban au bord de la grande Dépression, puisque la livre libanaise ne vaut plus le papier sur lequel elle est imprimée et que le SMIG, vingt six dollars (vingt trois euros), peut à peine couvrir le prix du pain ?

Devons-nous commencer par l’absence de l’électricité qui transforme notre capitale et nos grandes villes, surtout les quartiers pauvres, en villes fantômes où les containers de déchets sont assaillis, à la tombée de la nuit, dans l’espoir d’y trouver quelques victuailles, ou devons-nous, plutôt, parler des générateurs appartenant, pour la plupart, aux hommes de main des grands bourgeois au pouvoir qui dispensent l’électricité à des prix exorbitant que peu de gens peuvent encore payer ?

Devons-nous commencer par les médicaments cachés dans les entrepôts et renchérissant à vue d’œil, sans oublier ceux que l’on jette parce que périmés, ou bien par les hôpitaux et les sociétés d’assurances qui tournent le dos aux malades qui ne peuvent pas payer en « fresh dollars », ou, encore, par la Caisse Nationale de Sécurité sociale et les autres mutuelles qui ont vu leur argent (ou l’argent des abonnés) se volatiliser, y compris celui des retraites ?

Devons-nous commencer par ceux que l’explosion du port de Beyrouth a jetés à la rue et qui y sont toujours, malgré toutes les promesses et surtout tout l’argent envoyé et qui s’est volatilisé ? D’ailleurs, ce n’est pas la première fois que nous assistons à un tel phénomène… ni à ce que les politiciens véreux interviennent afin de contrer la recherche de la vérité sur les crimes commis…

Devons-nous, enfin, rappeler que les banques, secondées par le gouverneur de la Banque centrale, ont permis, cette année même, la sortie de plusieurs milliards de dollars, acheminés toujours vers des paradis fiscaux en Europe et en Amérique, tandis qu’elles refusent de payer les petits épargnants ?

Et, tandis que le pays sombre dans la misère, et que les petites gens sont disséminées par la malnutrition et les maladies, dont la nouvelle pandémie due au nouveau variant du virus Corona, l’Omicron, et tandis que des centaines de milliers de Libanais, des jeunes et des moins jeunes, tentent de fuir le pays (dont plusieurs milliers de médecins et des dizaines de milliers de cadres), le nouveau gouvernement, qui avait mis des mois et des mois pour naître, ne se réunit plus depuis quelques mois à cause des différends qui opposent ses membres et ceux qu’ils représentent.

Une image de désolation et de mort règne parmi nous, surtout depuis que les factions de la classe dominante ont montré qu’elles étaient capables de recourir, une fois de plus, à la guerre confessionnelle, et que des milices ont investi certains quartiers de la banlieue sud de Beyrouth, les quartiers de Chiah et Ain-Roummani, ceux-là mêmes où la guerre civile de 1975 avait débuté. D’ailleurs, à l’approche des élections législatives (qui doivent avoir lieu, en principe, en mai 2022) et présidentielles, la situation va devenir de plus en plus inextricable, surtout que ces élections, si elles auront lieu, ne changeront pas grand chose à la situation politique du Liban, vu que la loi électorale, mise en œuvre en 2017 et basée sur des listes confessionnelles fermées, ne permet pas aux véritables représentants du peuple d’accéder au pouvoir.

D’où la nécessité de revenir à ce que nous disons depuis des décennies, à savoir à une Assemblée Constituante populaire qui rejetterait les divisions derrière lesquelles se cachent les bourgeois, et leur avant-garde l’oligarchie financière, afin de fausser la lutte de classe et de la transformer en lutte entre confessions religieuses… Une Assemblée Constituante qui aurait pour objectif de séparer les confessions religieuses de l’Etat, seul responsable de la vie des citoyens, à partir de l’imposition de statuts personnels civils unifiés à la place des quinze statuts confessionnels, mais aussi d’une loi électorale démocratique non confessionnelle, basée sur la proportionnelle et le suffrage universel et où les jeunes de 18 ans auront leur mot à dire… Une Assemblée Constituante qui imposerait la séparation des pouvoirs, permettant ainsi au pouvoir judiciaire, aux juges aux mains propres, d’accomplir leur mission.

Utopie que tout cela ? Bien au contraire !

L’essentiel est de savoir comment unifier le peuple libanais autour du programme dont nous venons d’esquisser les grandes lignes, et même de définir les forces politiques et sociales qui en seront les instigateurs. Surtout que le soulèvement de 2019 a échoué, tout comme celui de 2011 et de 2015, à cause de ceux qui se prétendaient meneurs de peuple et qui étaient, en réalité, de la même trempe, ou presque, de ceux qui avaient répandu le vice et la corruption afin de mieux tenir le peuple sous leur joug.

D. Marie Nassif-Debs

Le 31 décembre 2021 – Depuis le Liban


Discours de la camarade Hanna Ghari (PCL) à la réunion extraordinaire par téléconférence pour rencontrer les partis communistes et ouvriers internationaux
Chers camarades et camarades,

Notre rencontre se tient à l’initiative des remerciements des camarades du KKE et du TCP. A cette occasion, il est important pour nous de souligner le slogan approuvé par le groupe de travail sous le titre : « Développements politiques, économiques et militaires internationaux. Les expériences des luttes des partis et peuples communistes et ouvriers. Solidarité avec Cuba, le peuple et tous les peuples qui luttent contre les sanctions, les complots et les agressions impérialistes. »

Camarades et camarades

Cette réunion prend son importance à un stade où la crise de l’impérialisme s’exacerbe, après la crise de 2008, et le déclenchement de la pandémie de Corona en cours et de la crise environnementale et climatique, de sorte que l’humanité à l’ère actuelle est confrontée au défi de renouveler la production de la vie humaine et surmonter les obstacles à son développement.

À l’ère de la mondialisation, l’exportation des conséquences de cette crise augmente, et avec elle, le cycle de la pauvreté, de l’exploitation, de la marginalisation, des formes de dépendance, l’escalade des guerres commerciales et militaires, et la croissance des courants extrémistes populistes s’étend . Les défis croissants résultant de la révolution scientifique et technologique et du monopole de l’impérialisme comme l’une des armes de sa domination.

Ce sont des indicateurs qui reflètent la nature agressive et expansionniste de l’impérialisme pour sécuriser les marchés de ses produits et contrôler les ressources naturelles dans le monde en raison de son incapacité à faire face à ses crises dans un monde qui a commencé à évoluer vers la multipolarité et est soumis aux changements de mondialisation qui a conduit à l’essor économique de certains pays, notamment la Chine populaire, dont l’impérialisme est visé sous diverses formes.

Ces crises se sont clairement reflétées dans notre région, où les diverses formules du nouveau projet du Moyen-Orient qui visent à liquider la cause palestinienne et à rediviser la région et ses États sur des bases sectaires et doctrinales ont réussi à servir les intérêts de l’impérialisme. et la sécurité de l’entité sioniste. Les années 90 et le début des années 2000 sont révolus. Le changement dans l’équilibre des forces militaires et économiques nous pousse à intensifier la lutte pour vaincre l’approche de l’hégémonie impérialiste, renforcer la solidarité avec les luttes des partis communistes et ouvriers, et la solidarité avec Cuba, le peuple palestinien et tous les peuples qui luttent contre l’impérialisme sanctions, complots et agressions.

Dans ce contexte, le mouvement international communiste et de gauche ne peut être uni dans sa lutte commune que sur la base de la solidarité internationale, développer son concept et concevoir de nouvelles méthodes dans sa pratique pratique afin de réaliser les intérêts de la classe ouvrière et des peuples opprimés et construire le socialisme.

Il faut que le mouvement communiste s’attache à le distinguer des courants politiques qui se décrivent comme « anti-néolibéraux et cherchent à construire des capitaux nationaux. Il faut aussi le différencier des forces qui affrontent la domination impérialiste et adhèrent à la survie Le système d’exploitation de l’homme par l’homme De là, nous soulignons la lutte étroite et intégrée dans notre région arabe contre l’impérialisme et le sionisme d’une part, et contre les systèmes capitalistes locaux qui utilisent le sectarisme comme couverture pour effacer la réalité de la lutte des classes dans nos sociétés, qui s’incarne aujourd’hui dans notre pays, le Liban.

La bourgeoisie libanaise a formulé un système spécial pour sa domination de classe et politique basé sur la rupture du tissu social et l’encadrement des groupes laborieux, non pas comme des forces sociales conscientes de leurs intérêts, mais comme des sectes et des sectes qui s’affrontent sous le prétexte de défendre les intérêts de la secte chaque fois que la bourgeoisie en a besoin. Ceci explique les étapes successives de la crise du système politique au Liban, qui a généré des guerres successives et des affrontements sectaires.

Au lieu de changer ce système politique sectaire par sa subordination aux forces du capital mondialisé et de tenir pour responsables les partis au pouvoir responsables de la plus grande opération de pillage de l’histoire, comme notre soulèvement populaire l’a exigé le 17 octobre dans son slogan « Le peuple veut la chute du régime » et la mise en place d’un État laïc, démocratique et résistant, le peuple libanais est tenu pour responsable des résultats de l’échec de la politique du système. Le parti au pouvoir est au cœur d’une confrontation politique et populaire qui se poursuit contre lui.

Le Liban a touché le fond de l’effondrement, avec des taux élevés d’inflation, de chômage, de pauvreté et d’immigration, l’effondrement du pouvoir d’achat des revenus et des services publics de base, et la désintégration du système des réseaux de protection sociale, notamment de santé et d’éducation. ceux. Avec le pillage de l’argent des petits déposants, la crise du vivant s’est aggravée avec la hausse des prix des médicaments et la libéralisation des prix du carburant et de l’électricité, le taux d’inflation atteignant des limites fantastiques (700 %) et les salaires ont perdu plus de 90 % de leur valeur d’achat.

Et parce que ce qui se passe au Liban est étroitement lié aux affrontements qui se déroulent dans notre région arabe, accompagnés de négociations à un autre niveau, les possibilités d’escalade militaire et sécuritaire augmentent au vu des pressions américaines croissantes, pour ouvrir des voies de normalisation indirecte avec l’ennemi sioniste, imposer les conditions du Fonds monétaire international et mettre en œuvre les termes de l’accord du siècle concernant le Liban.

À la lumière de cet effondrement global du régime de Taëf et de l’incapacité du système au pouvoir à faire face à la crise, ces derniers recourent à alimenter les conflits sectaires et sectaires pour effacer la réalité de la lutte des classes afin de reproduire une nouvelle formule sectaire pour le système de classe. exploitation et subordination, sous tutelle extérieure.Ses lois et règlements propres et la gestion des affaires de son État, de ses régions et de sa fédération.

Notre parti était au cœur du soulèvement populaire du 17 octobre et en position d’opposition contre ce régime meurtrier et son système politique corrompu, et il s’apprêtait à achever l’affrontement contre le système en place et ses lois électorales dans le droit des prochaines élections législatives, comme c’était dans la rue, afin de construire l’Etat laïc, démocratique et résistant, et construire une économie Un national productif, amendant la fiscalité à la hausse sur les richesses et les profits, ainsi que la protection des les salaires sociaux, la récupération des fonds pillés et la responsabilité des responsables de l’explosion du port.

Le parti appelle à l’établissement d’une politique étrangère pour le Liban dans le sens d’un nouvel ordre mondial multipolaire et à l’établissement d’États laïcs et démocratiques sur la voie de l’intégration, du progrès et de l’unité dans notre région arabe, comme alternative à les régimes de tyrannie, de normalisation, d’arriération, d’arriération et de dépendance qui ont supprimé leurs peuples, dont certains étaient des outils pour des projets de contrôle étranger.

Notre parti affirme également sa position permanente de solidarité avec Cuba, la révolution qui est sous le blocus américain depuis 62 ans, et notre position par le Parti communiste cubain et sa fermeté héroïque, et avec la lutte de résistance du peuple palestinien et de son parti de gauche et progressistes pour l’établissement de leur État national indépendant sur l’ensemble du territoire de la Palestine avec sa capitale à Jérusalem et le droit au retour. Notre engagement est le choix d’une résistance globale sous toutes ses formes, au premier rang desquelles la résistance armée contre le Ennemi sioniste en Palestine, au Liban et dans toute notre région arabe.

En conclusion, camarades et camarades, nous vous appelons à lancer la campagne politique la plus large pour soutenir la confrontation continue de notre peuple et de notre parti contre les partis du pouvoir et leur régime meurtrier, et pour soutenir la fermeté populaire face à la santé catastrophique, impacts sur la vie et sociaux résultant de l’effondrement global et de la pandémie de Corona.

Vive la solidarité internationaliste, la gloire et l’immortalité aux martyrs tombés pour le socialisme et le triomphe des