L’hommage de la Coordination Française de solidarité avec Cuba à Fidel Castro – [8 janvier 2017 – Saint Ouen]

Le 8 janvier dernier ce sont plus de 250 personnes qui se sont mobilisées à , à l’initiative de la pour un hommage exceptionnel à .

Le 8 janvier est la date anniversaire de l’entrée de Fidel avec ses compañeros à La Havane. L’œuvre de Fidel Castro est immense. Par millions, les cubains ont manifesté leur attachement à l’homme et à sa pensée. Dans le monde entier, nombreux ont été ceux qui ont tenu à être solidaires de dans cette période.

Pour www.initiative-communiste.fr, les camarades du PRCF présents –  le PRCF est partie prenante de cette coordination – témoignent auprès d’Initiative Communiste du succès de la manifestation. Avec le regret qu’un raté a conduit www.initiative-communiste.fr à ne pas annoncer cette manifestation. Et nous nous rattrapons donc avec un compte rendu vous proposant l’intégralité de l’hommage prononcé par la Coordination Française de solidarité avec Cuba.

Solidarité

Présent l’ambassadeur de Cuba en France, Hector Igarza a rappelé l’importante de la solidarité soulignant ce qu’elle apporte au peuple cubain : ” La solidarité est partie intégrante de la force du peuple cubain, qui le fait résister et grandir”. Tout en indiquant que Cuba continue à défendre sa révolution socialiste, à l’image de ces millions de cubain qui viennent de prêter serment ce sens : ” le peuple cubain ne va pas changer son destin. Il ne trahira jamais cette révolution.”

Parlant au nom de la Coordination Française de Solidarité avec Cuba, Rose Marie Lou a appelé à rappeler les grandes réalisations de , de l’alphabétisation à la solidarité internationaliste qui a profité et continue de profiter aux travailleurs et peuples en luttes de toute la planète.

“peu de personnes ici en France et en Europe savent ce que représente Fidel et sa solidarité, son internationalisme pour les peuples asiatiques, africains, arabes, et latino-américains. Fidel ne fut pas seulement le héros de l’indépendance cubaine, celui qui redonna au peuple cubain sa souveraineté et sa dignité, mais fut, pour les peuples du Tiers monde un camarade de lutte, un héros de la liberté des peuples”

Se défendre avec Cuba Socialiste

Comment ne pas effectivement saluer le rôle majeur de Cuba dans la fin de l’apartheid en Afrique du Sud et à la décolonisation du continent. Ou se souvenir qu’alors que les nouvelles autorités ukrainiennes après la destruction de l’URSS votaient à l’ONU pour soutenir le blocus écrasant Cuba, les cubains continuaient eux de soigner gratuitement les enfants de Tchernobyl, et ce en pleine période spéciale où Cuba manquait de tout. Aujourd’hui ce sont plus de 51 000 professionnels de santé cubains qui aident plus de 66 pays dans le monde.

Georges Hage, regretté président d’honneur du PRCF, résumait d’un phrase très claire combien aider Cuba Socialiste ce n’est pas soutenir le peuple cubain seulement, mais bien aider les luttes ici en France et dans le monde :

“Tout internationaliste, tout patriote à deux patries, la sienne, et Cuba Socialiste”.

Voici l’allocution prononcé par Rose marie Lou pour la Coordination Française de Solidarité avec Cuba

“Etre internationaliste c’est solder notre propre dette envers l’humanité”

par Rose Marie Lou – 8 janvier 2017 – St Ouen

« Être internationaliste c’est solder notre propre dette envers l’humanité. Celui qui n’est pas capable de lutter pour les autres, ne sera jamais suffisamment capable de lutter pour lui-même. » Cette phrase prononcée par Fidel le 5 décembre 1988 renouvelle l’engagement de Carlos Manuel de Cespédès, le père de la patrie cubaine lorsqu’il avait déclaré : « Cuba aspire à être une nation grande et civilisée pour tendre un bras amical et un cœur fraternel aux autres peuples. »

Si la solidarité et l’internationalisme font partie des valeurs et des traditions cubaines, c’est avec la victoire de la Révolution en 1959 que le peuple cubain, guidé par Fidel va les développer dans une grande œuvre de justice sociale, de démocratie participative. d’éducation et de culture avec la société socialiste.

La solidarité s’exprime avec force dès 1961 avec la campagne d’alphabétisation, où celui qui savait lire enseigna à celui qui ne savait pas, afin qu’il soit, comme le souhaitait Marti, « cultivé pour être libre ». L’analphabétisme sera éradiqué à Cuba en un an. Cuba est aujourd’hui parmi les cinq pays les plus alphabétisés au monde.

Cet esprit de solidarité permettra également au peuple cubain de faire face, malgré l’embargo criminel aux terribles pénuries de la période spéciale et aux cyclones dévastateurs comme Flora en 1963. Il s’exprimera avec la plus grande unité lors des agressions impérialistes comme l’attentat des Barbades ou pour la libération des cinq.

Mais cette révolution. n’a pas seulement transformé les conditions d’existence du peuple cubainDès 1968 Fidel affirme : « Notre devoir aujourd’hui. de peuple pauvre et sous-développé, est de fournir l’effort maximal pour sortir de la pauvreté, de la misère, du sous-développement. Mais dans le futur, nous ne pouvons pas penser à la pleine richesse tandis que d’autres peuples ont besoin de notre aide »

Peu de personnes ici en France et en Europe savent ce que représentent Fidel et sa solidarité. son internationalisme pour les peuples asiatiques, africains. arabes. et latino-américains. Fidel ne fut pas seulement le héros de l’indépendance cubaine, celui qui redonna au peuple cubain sa souveraineté et sa dignité. mais fut. pour les peuples du Tiers-monde, un camarade de lutte, un héros de la liberté des peuple

Ainsi, La Havane a apporté son appui à beaucoup de mouvements révolutionnaires en Amérique latine, en Afrique et en Asie. L’Algérie fut le premier pays qui en bénéficia lorsque Fidel répondit à l’appel du FLN en 1961. Cuba soutiendra le Vietnam en lutte contre l’impérialisme, l’Egypte de Nasser et bien sûr la Palestine. DE 1979 à 1983, Fidel est secrétaire général du mouvement des Non Alignés dont le but est d’assurer « l’indépendance nationale. la souveraineté, l’intégrité territoriale et la sécurité des pays non alignés dans leur lutte contre l’impérialisme, le colonialisme, la ségrégation, le racisme, et toute forme d’agression étrangère, d’occupation, de domination. d’ingérence ou d’hégémonie de la part de grandes puissances ou de blocs politiques » et de promouvoir la solidarité entre les peuples du tiers monde. Cuba jouera un rôle clé dans la lutte contre l’apartheid en envoyant des milliers de soldats en Angola entre1975 et 1988 pour aider ce pays à repousser l’agression de l’Afrique du sud suprématiste et faire tomber l’apartheid.

Mandela lui rendra hommage en 1991 : « Depuis ses premiers jours, la Révolution Cubaine a été une source d’inspiration pour tous les peuples amoureux de la liberté. Le peuple cubain occupe une place spéciale dans le coeur des peuples d’Afrique”.

Pour les peuples d’Amérique latine, Fidel est le guide, comme Marti, comme Bolivar, comme Che Guevara, comme Chavez avec qui il créera l’ALBA en 2004, premier pas vers l’intégration et l’unité du continent Sud-Américain puis la CELAC.

Fidel Castro a toujours fait de la solidarité humanitaire internationale un pilier fondamental de la politique extérieure de Cuba. Ainsi en 1963, et bien qu’elle vienne de perdre 3.000 médecins (partis aux États-Unis) sur les 6000 de l’ile, La Havane envoie sa première brigade médicale en Algérie aider la jeune nation indépendante qui doit faire face à une grave aise sanitaire. Aujourd’hui près de 51.000 professionnels cubains de la santé, travaillent dans 66 pays du monde. Avec la brigade spécialisée Henri Reeve, Cuba déploie « une armée de blouses blanches » pour apporter les soins médicaux pour venir au secours des peuples victimes de catastrophes naturelles aux quatre coins du monde. Après la catastrophe nucléaire de 1986, Cuba est le seul pays à accueillir et soigner près de 20 000 enfants irradiés de Tchernobyl, y compris pendant la période spéciale . Gratuitement, cela va sans dire, c’est cela le Cuba de Fidel.

Par ailleurs, Cuba a formé des générations de médecins du monde entier. Au total la révolution cubaine a formé, au moyen de l’École Latino-américaine de Médecine près de 40 000 professionnels de la santé de 121 pays y compris des Etats Unis. En plus des médecins qui ont suivi leurs études à Cuba, La Révolution cubaine a contribué à la formation de plus de 30 000 étudiants en médecine dans 10 pays du monde L’Opération « Milagro » est emblématique de la politique solidaire cubaine. Selon l’OMS, 285 millions de personnes dans le monde souffrent de déficiences visuelles. Face à cette constatation, Fidel décide en 2004 de lancer une vaste campagne humanitaire continentale avec l’aide du Venezuela et d’opérer gratuitement les Latino-américains qui soufflent de cataracte et d’autres maladies oculaires, mais ne peuvent pas financer l’opération. Elargie à l’Afrique et à l’Asie, l’opération Milagro a déjà permis à 3 millions de personnes de 35 pays de recouvrer la vue.

En ce qui concerne l’éducation, Cuba a élaboré le programme d’alphabétisation « Yo si puedo », « moi, oui je peux » en 2001 sur proposition de Fidel lui-même, afin d’éradiquer l’analphabétisme dans le monde. Basé sur le principe que l’acquisition de la lecture de l’écriture et de l’arithmétique est indispensable à la jouissance de la citoyenneté, et premier rempart contre l’exclusion et la pauvreté. La méthode est appliquée dans 12 pays de l’Amérique latine depuis 2008, et fait partie des stratégies les plus importantes en faveur de l’alphabétisation universelle en Bolivie, en Équateur, au Nicaragua, au Panama et dans la République Bolivarienne du Venezuela où 1,5 millions de personnes ont été alphabétisées. Aujourd’hui la méthode « yo si puedo « a reçu le premier prix de l’alphabétisation de l’Unesco pour son apport à l’éducation de l’humanité Elle est maintenant utilisée en Espagne mais aussi dans d’autres langues, en Afrique, en Australie en Nouvelle Zélande et a permis à 9 millions de personnes d’apprendre à lire et à écrire.

Au lendemain de la disparition physique de Fidel, l’ONU lui a rendu hommage et l’a reconnu comme un symbole de la solidarité mondiale. L’organisme souligne la lutte infatigable de Fidel Castro pour que l’éducation et la santé soient à la portée des peuples opprimés du monde. Il souligne les acquis de Cuba en matière de santé, d’éducation publique, en sciences et d’autres secteurs sociaux, gràce à la révolution cubaine menée par Fidel.

Le 29 novembre, sur la Place de la Révolution à La Havane, Daniel Ortega, le Président du Nicaragua, au début de son hommage, demande : « Où est Fidel ?» « Fidel est là, je suis Fidel , YO SOY FIDEL », répond à l’unisson le peuple de Cuba.

Mais ce cri du cœur du peuple cubain n’a rien à voir avec l’expression de compassion avec les victimes que nous avons pu entendre après les récents attentats ici en Europe.

Déjà dans la Sierra Maestra, la réponse des guérilleros aux sbires de Batista qui cherchaient Fidel était : « YO SOY FIDEL , Je suis Fidel ». « YO SOY FIDEL» garde aujourd’hui le même sens : le combat de Fidel est le mien, je m’identifie à lui dans la lutte pour la souveraineté et l’indépendance de mon pays, je fais mienne sa volonté d’usité et de solidarité entre les peuples d’Amérique Latine et du monde, sa croyance en un monde meilleur, plus juste, où tous les hommes sont égaux, je pourrais prononcer chacune des paroles qu’il a prononcées, accomplir chacun des actes qu’il a accomplis et j’en assume les conséquences.

« YO SOY FIDEL», est un cri de combat, un cri de guerre, car même si les réussites de la Révolution Cubaine à Cuba et en Amérique Latine sont énormes, la le combat est loin d’être fini. Le cri « Je suis Fidel » signifie à présent «Je m’engage à poursuivre le combat de Fidel jusqu’à la victoire, toujours !». La Coordination Française de Solidarité avec Cuba s’inscrit dans ce combat de la solidarité avec les peuples pour leur bien-être et leur indépendance. Elle s’engage à fédérer la solidarité en France, faire connaître la réalité du blocus économique, commercial et financier envers Cuba, et exiger :

  • La fin du blocus contre Cuba perpétré par les États unis depuis plus de 50 ans
  • La fermeture de la base de Guantanamo et la restitution de ce territoire à Cuba
  • L’arrêt du financement par les USA des groupes contre-révolutionnaires anti cubains
  • L’indemnisation par les USA des dommages occasionnés par le blocus au peuple cubain

Nous, membres de la coordination française de Solidarité avec Cuba, reprenons à notre compte ce cri poussé d’une seule voix par le peuple de Cuba. Nous aussi, nous sommes Fidel, SOMOS FIDEL ! Et nous nous engageons à continuer son combat. HASTA LA VICTORIA SIEMPRE !


L’allocution de Paul Estrade en ouverture de l’hommage à Fidel Castro.

Moi aussi ¡soy Fidel ! (St.Ouen, 8 janv.17) – par Paul Estrade

Monsieur l’Ambassadeur de la République de Cuba, et cher ami,
Chers amis, mesdames et messieurs les présidents et les représentants des associations d’amitié et de solidarité avec Cuba, organisateurs de cette manifestation,
Chers amis cubains, en mission ou en résidence parmi nous,
Chers amis et camarades qui avaient répondu comme naguère on répondait aux appels du Comandante : Presente !

Puisqu’il m’est donné d’ouvrir la première partie de cet hommage au Président disparu, permettez-moi de vous remercier toutes et tous pour votre présence à la tribune ou dans la salle; et permettez-moi, en votre nom à toutes et à tous, de saluer avec un respect tout particulier, dût-il en être gêné, car il est la modestie même, un lieutenant de l’Armée Rebelle, un compagnon de Fidel et du Che, un combattant héroïque de la bataille décisive de Santa Clara, un volontaire internationaliste, le français de la guérilla, notre camarade Louis Albert.

Nous ne sommes pas très nombreux dans ce local modeste d’un quartier populaire de banlieue, mais cette salle qui porte le nom d’un poète de la Commune de Paris, est déjà en soi un hommage à ceux qui ont lutté et gardé espoir dans les grands mouvements sociaux et politiques qui finiront bien par se lever, impétueusement, pour transformer le monde.

Par notre présence, nous portons témoignage devant l’Histoire de l’émotion qui s’est emparée, en France comme ailleurs, des amis de Cuba et de sa Révolution, à l’annonce de la disparition de Fidel. Nous témoignons  du respect, de l’admiration et de la reconnaissance que nous lui portions, et que nous lui porterons toujours, face aux propos cyniques et indécents des petits perroquets de nos médias. Nous témoignons de l’engagement que nous prenons de lui rester attachés, guidés par son exemple, armés de son dynamisme et de son esprit critique, instruits par son anti-dogmatisme et son habileté à conjuguer l’intangibilité des principes révolutionnaires et la souplesse de leur mise en œuvre, afin de faire triompher avec le peuple et pour le peuple, « con todos y para el bien de todos », les idéaux de l’humanité progressiste.

Nous ne croyons pas obsolètes, ni inutiles pour nous, les combats victorieux de Fidel et de son peuple pour la conquête et la sauvegarde de la souveraineté nationale. Nous ne croyons pas dépassés les combats nécessaires  pour l’instauration de l’égalité et de la justice dans notre société hémiplégique. Nous ne croyons pas vains les combats urgents pour le respect de la dignité de l’Homme et le respect de la nature, dans tout pays, et pour tous les êtres humains qui y vivent.

J’imagine qu’il m’est donné de m’exprimer en premier, à titre personnel, non pas à cause de mes cheveux blanchis, mais parce que j’ai été, avec d’autres, mais peut-être de façon plus visible ou plus durable que d’autres, un des premiers à concevoir et à façonner, voilà bientôt 57 ans, cet instrument toujours vivant de la solidarité active avec la jeune Révolution cubaine incarnée par Fidel, Raúl, Camilo et le Che, à savoir l’Association France-Cuba, la doyenne en France et en Europe des associations d’amitié et de solidarité avec Cuba.

Qu’est-ce qui nous a poussés, jeunes étudiants de l’Institut Hispanique de la rue Gay-Lussac, où l’Amérique Latine se contentait de la portion congrue dans les programmes d’enseignement, à nous tourner vers Cuba au printemps de 1960 ? C’était alors les beaux jours du gaullisme et le cauchemar persistant de la guerre d’Algérie. C’était la guerre froide mais aussi l’essor des mouvements anticolonialistes de libération nationale. Et c’était avec Cuba « l’éveil aux Amériques », pour reprendre le titre d’un livre de l’époque (1962).

Dans l’appel à la constitution d’une association franco-cubaine, lancé en juin 1960, nous faisions état, avec enthousiasme, de la jeunesse des chefs de la Révolution. Leur jeunesse nous exaltait et nous insufflait de  l’audace ; elle nous frappait en outre parce qu’elle s’accompagnait d’une étonnante maturité politique. La Révolution conduite par Fidel était une vraie nouveauté en Amérique Latine, car nous découvrions qu’était en marche une vraie révolution, aux antipodes des centaines de coups d’État et de « pronunciamientos » qui immanquablement avaient dévoyé ou anéanti toute aspiration à de profonds changements.

Depuis 18 mois que la rébellion avait triomphé, la Révolution avait tenu les promesses que son leader avait annoncées dans « L’Histoire m’acquittera » et qu’il avait réitérées et précisées dans le programme de la Sierra Maestra : réforme urbaine, réforme agraire, réforme scolaire, réhabilitation et réintégration à la société des parias, des discriminés et des exclus (paysans, ouvriers, chômeurs, noirs, femmes), affirmation de l’indépendance nationale et solidarité avec les peuples en lutte pour leur émancipation.

Nous prenions aussi conscience que ces mesures, révolutionnaires et démocratiques à la fois, avaient déjà suscité l’hostilité agressive des garants de l’ordre impérialiste, touchés dans leurs intérêts matériels à Cuba et surtout soucieux d’empêcher la contagion de la fièvre castriste sur un continent censé leur obéir. Ils avaient fait exploser le cargo français « La Coubre » dans la rade de La Havane le 4 mars, faisant plus de 100 morts. Il n’était pas nécessaire d’avoir un souvenir détaillé de l’histoire de la Révolution Française pour savoir que les ennemis de la Révolution Cubaine, les émigrés batistiens de Miami armés par l’Empire, feraient comme leurs aînés, les émigrés monarchistes de Coblence couverts par les princes d’Ancien Régime, et qu’ils ne renonceraient ni au crime ni à l’invasion.

C’est pour prévenir ce danger et soutenir moralement le peuple cubain menacé dans ses choix et sa liberté, mais également pour comprendre ce qui se passait réellement dans « l’Île de la Liberté » et le faire connaître, que nous avons créé France-Cuba en février 1961. Dans leur majorité, les médias d’alors, un peu plus pluralistes qu’aujourd’hui mais guère plus, entretenaient le silence sur la réalité des transformations radicales en cours à Cuba ou la déformait. L’image romantique du valeureux Robin des Bois de la Sierra avait fait long feu. Le fils sympathique de la bourgeoisie avait fait place en un rien de temps à un énergumène capricieux et brutal qui nationalisait la terre, la banque, l’électricité, le téléphone, le pétrole, l’enseignement, etc., bref à un redoutable bolchévique des tropiques, qui, de plus, avait le culot d’agir en toute autonomie sur l’arène mondiale, reconnaissant la Chine populaire, acceptant l’aide soviétique, soutenant les combattants algériens, etc. Je rappelle pour mémoire qu’en février 1961 le caractère socialiste de la Révolution Cubaine n’avait pas encore été proclamé par Fidel ni par aucun autre dirigeant d’ailleurs.

L’Association France-Cuba, née dans ce contexte et dans le but indiqué, a été conçue d’emblée comme un lieu d’information et d’action solidaire ouvert à toutes celles et ceux qui voyaient dans la Révolution Cubaine ce à quoi ils étaient attachés ici : le rejet de la dictature et l’essor de la démocratie directe, le refus de l’ingérence étrangère, l’éradication de la misère et de l’analphabétisme, l’adoption franche de réformes structurelles et de mesures radicales de progrès social. Communistes et gaullistes, syndicalistes, universitaires, ouvriers ou enseignants, croyants ou athées, tous avaient leur place et ils l’eurent dans l’organisation que présidèrent, successivement, pendant vingt ans, René Dumont, Charles Bettelheim, Robert Merle, Henri Fauré et Pierre Vilar.

Au sujet et au-dessus de tout cela, dans les bouleversements rapides et irréversibles de la société cubaine, dans les actions de solidarité que nous menions – Playa Girón survint deux mois après la fondation de France-Cuba -, dans les propos que nous tenions entre nous ou dans les réunions publiques qu’assuraient nos conférenciers (Georges Fournial et Roland Labarre, en premier lieu), il y avait le Commandant Fidel Castro, son charisme, son intelligence, sa fermeté, sa fidélité aux engagements, ses initiatives hardies alliées à une claire et patiente pédagogie, sa confiance dans le peuple, son souci de l’union nationale et sa réussite dans l’unification des organisations révolutionnaires. Il y avait Fidel. Mais il y avait aussi ses lieutenants – Che bien sûr – et surtout son peuple, un peuple gai, motivé, combattif. On ne saurait oublier que notre admiration pour Fidel a grandi quand, paradoxalement, le culte de la personnalité était dénoncé en URSS et aussi, avec de grands effets de manches, dans nos pays capitalistes.

Fidel était jeune et nous étions jeunes. Nous avons vieilli mais les idées et l’oeuvre de ce « monument de l’Histoire » (Segolène Royal dixit) restent d’actualité. Ce n’est pas en qualifiant de chimériques ses projets et d’archaïques ses solutions, qu’on écarte les problèmes dramatiques qu’un système mondial en crise n’est pas parvenu à surmonter.

Chers amis et camarades, est-ce que ça aurait vieilli de réclamer en France : le plein emploi, la santé gratuite, un toit pour tous, une école égalitaire, l’absence de discrimination raciale et sexuelle, la sécurité dans les rues, le respect du droit d’asile, l’extension de la démocratie citoyenne, l’aide au mouvement coopératif, l’appropriation publique de l’eau et des ressources naturelles, le contrôle populaire des banques et des grandes entreprises ?

Cependant, plutôt que d’analyser objectivement le bilan de l’action du président Fidel Castro à la tête de l’État cubain, c’est-à-dire aussi bien ses succès évidents que ses erreurs et ses faiblesses, les porte-voix des groupes financiers qui régentent l’information se sont répandus quasi à l’unisson, sans nuances ni imagination, sur le destin – ont-ils osé ajouter – d’un dictateur. Cette avanie éculée, déplacée quand un peuple ami est endeuillé, est le coup de pied de la mule à une personnalité vénérée qui a su refuser la pompe et l’encensement, et c’est une injure à la vérité. On remarquera que les journaux, qui se sont complu à traiter Fidel de dictateur, se sont bien gardés de tenir le même langage quand ils ont évoqué durant la même semaine le roi d’Arabie Saoudite, un démocrate exemplaire comme chacun sait…

Les chaînes de radio et de télévision se sont comportées dans l’ensemble de façon aussi misérable, et il n’est pas sûr qu’un jour l’Histoire les acquittera. France 24, par exemple,  avait une envoyée spéciale à La Havane lors des obsèques de Fidel. Celle-ci n’a vu, dans l’hommage rendu sur place par la masse de la population, ni émotion ni ferveur, et elle n’a entendu que des « discours débités machinalement » (journal du 4 décembre 2016). Sans doute écrirait-elle la même chose de nous, si elle était dans la salle. Rassurez-vous, elle ne saurait y être, notre réunion n’est pas une information pour ses patrons. Par contre si dix enragés manifestaient devant l’Ambassade pour réclamer la libération d’un « PPO-NII », ce serait une information. [PPO-NII = prisonnier politique d’opinion, non identifié, introuvable]

Cette Ségolène sans noblesse – à ne pas confondre avec l’autre, la Royal – n’a été en l’occurrence que le laquais travesti de Sa Majesté Financière. Son aveuglement sur commande rappelle quelques précédents honteux : ces journalistes qui entre 1989 et 1993 se précipitèrent à plusieurs reprises à Cuba pour assister en direct à la chute de la Révolution, cette Zozo adulée des studios qui en août 2006, à l’annonce de la très grave maladie de Fidel, se réjouissait à l’avance de sa mort imminente et de l’allégresse qui allait s’ensuivre et embraser La Havane. Heureusement, face au concert de ces pythies de mauvais augure, des journalistes intègres et lucides, qu’ils aient vécu ou non à Cuba, ont fait honneur à la profession. Merci Maïté Pinero, Cathy Dos Santos, José Fort, Jean Ortiz, Salim Lamrani, Ignacio Ramonet!

Mesdames et messieurs les bégayeurs de la « papagayocratie », vous avez sali un homme qui est au cœur de millions d’hommes, un géant que dix présidents des États-Unis ont cherché à abattre, un héros qui a échappé à 600 tentatives d’assassinat, et cet homme, ce géant, ce héros, El Comandante, est mort invaincu, comme l’a souligné le président Correa.

José Martí, qui a été avant Karl Marx, l’inspirateur du Père de la Révolution Cubaine, a écrit que « la mort n’est pas vraie quand on a bien accompli l’œuvre de la vie ».

Fidel continue de vivre. Il n’a pas fini de nous instruire ni de nous orienter dans les combats quotidiens et la préparation de l’avenir. D’ores et déjà, par fidélité et par conviction, redoublons d’opiniâtreté pour arracher ce qui n’a pu l’être de son vivant : la levée sans conditions du blocus, la restitution sans délai de Guantánamo, le renforcement sans arrière-pensées des liens de coopération entre la France et Cuba. Fidel était un ami de la France, un féru de son histoire, un passionné de la Révolution Française, un admirateur de la Commune de Paris. Rendons-lui en retour, et en remerciement, la part d’Hommage sincère que d’aucuns, ingrats, n’ont pas daigné lui rendre dans ce pays. Car, pour ma part, comme mes amis cubains, « ¡Yo soy Fidel ! », car, tous ensemble, comme nos « compañeras » et « compañeros » l’ont répété d’un bout à l’autre de l’Île de la Dignité, scandons « ¡Somos Fidel ! ¡Somos Fidel ! ¡Somos Fidel !