Les JRCF s’entretiennent avec Royner Toledo, de l’Union de la Jeunesse de Cuba

Interview du camarade Royner Toledo, de l’UJC de Cuba par les JRCF

 : Est-ce que tu peux te présenter, nous dire ce que tu fais précisément à l’ et quel est ton parcours ?

Royner Toledo : Dans le cadre de mon organisation je suis fonctionnaire de l’UJC chargé de la . Spécifiquement, je m’occupe maintenant des élèves et étudiants (lycéens surtout). L’un des défis les plus importants pour l’organisation cette année, c’est qu’à partir du 4 avril, on va faire un appel pour le 11ème congrès de l’UJC. Un autre travail important pour l’UJC c’est le référendum constitutionnel qui a été voté le 24 février dernier et pour lequel on a beaucoup travaillé avec la population, dans le processus d’adoption de la constitution, mais qu’on doit continuer pour pouvoir adapter la Révolution légale à .

Ce sont deux processus parallèles car si le Congrès est important pour nous, la nouvelle constitution c’est un moment essentiel pour tout le pays.

JRCF : Lors du référendum, il me semble qu’énormément de jeunes se sont impliqués, ont voté ou ont tenu les bureaux de vote. Comment ça s’est organisé ? Pourquoi une si forte participation de jeunes ?

RT : Les urnes à Cuba sont protégées depuis la Révolution par les élèves de primaire. C’est leur devoir. Ils ne peuvent pas voter, ils n’ont pas d’armes mais ce sont eux qui protègent symboliquement les urnes. Après, la jeunesse a participé très activement au processus constitutionnel, notamment à travers l’UJC pour faire comprendre les enjeux de cette nouvelle constitution pour le pays et l’avenir de la Révolution. C’est le travail idéologique qui a été fait. L’UJC a fait un travail très important dans les écoles, les entreprises, les usines, tous les endroits où se trouve la jeunesse, pour donner du souffle à la participation active de la jeunesse à ce processus. Elle a participé mais de manière active, en donnant son avis durant tout le processus, en mettant en avant les éléments importants pour la jeunesse, ceux qui les impliquent directement, pour pouvoir changer la constitution, pour l’adapter à la réalité de Cuba. C’est de cette façon que notre organisation a participé à tout le processus. *

 JRCF : Comment les jeunes cubains réagissent aux dernières menaces de Donald Trump ? Celui-ci a certes menacé le Venezuela, mais s’est empressé de préciser que le Nicaragua et Cuba suivront.

RT : La meilleure façon de faire face à la menace, à ce genre de discours de Donald Trump, c’est justement d’être préparé, de nous préparer à tous les points de vue (politique, idéologique, etc), mais aussi de bien connaître le contexte . Notre priorité, c’est toujours la préparation des jeunes face aux États-Unis, face aux positions de Donald Trump, mais aussi face à l’Amérique latine en générale, dont les pays de l’ALBA, le reste du monde. Nous préparer pour pouvoir agir. Et dans cette préparation, il est nécessaire de travailler avec la direction du pays, travailler avec le reste des organisations, travailler avec l’ensemble de la population. À ce moment-là, on ne peut pas se diviser, nous devons rester unis. La jeunesse de Cuba doit avoir confiance en la direction du pays, en sa direction politique mais aussi dans la direction du Parti et de l’UJC. Il est très important de compter sur la confiance de l’ensemble du peuple face aux États-Unis. L’unité, le travail direct de terrain avec la jeunesse, son implication dans tout le processus, c’est le meilleur moyen d’obtenir cette confiance.

JRCF : On parle de relations internationales, est-ce qu’il y a de très bonnes relations et de fort soutien de la part des différents partis communistes européens ?

RT : Oui. Nous avons des relations avec tous les pays de l’Amérique latine, de l’Europe. Cuba entretient des relations diplomatiques avec tous les pays du monde, même les États-Unis, sauf deux, Israël et la Corée du sud. La demande de Cuba, c’est toujours d’avoir des relations respectueuses, d’égal à égal.

Avec les forces communistes, mouvements ou partis, en général nous avons de très bonnes relations avec toutes les forces communistes, et on travaille à ces relations. Notre Parti possède une commission qui s’occupe spécialement des relations internationales et des liens avec les forces communistes. Par exemple, en France, on vient à la Fête de l’Humanité tous les ans. On essaye toujours d’amplifier nos relations avec ces mouvements, notamment les organisations internationales comme le Mouvement ouvrier et communiste qui avait fêté son anniversaire l’année dernière. Nous essayons toujours d’avancer nos relations avec ces forces communistes, mais dans une relation de respect pour la diversité des approches, avec l’idée d’avancer.

L’UJC fait aussi le même travail que le Parti avec beaucoup de mouvements dans le monde. Souvent on a des relations de respect et d’échange avec des organisations, quelles que soient les couleurs politiques. L’UJC et le Parti ont presque les mêmes objectifs sur ce point.

JRCF :  J’ai vu que Cuba avait organisé une véritable aide, enfin un mouvement de solidarité avec le Venezuela, toujours menacé d’une intervention étrangère par les États-Unis. Comment concrètement cela s’organise ? Il me semble que l’UJC participe beaucoup à ce mouvement ?

RT : La position de l’UJC est la même que celle du Parti Communiste Cubain, celui du soutien au Venezuela. Notre soutien est total, on sera toujours prêts à les soutenir, quelle que soit la condition. On sera toujours à disposition pour aider avec le Parti. Toutefois, pour être plus précis, le Venezuela subit effectivement des attaques et met l’Amérique latine, dont Cuba, dans une position très dangereuse. Notre but est donc d’empêcher une intervention étrangère et c’est pour cela que le PCC a lancé un appel à tous les mouvements et partis progressistes du monde pour éviter l’agression des États-Unis, notamment en faisant appel aux gouvernements de ces pays. La Parti a envoyé son appel à toutes ces forces dans le monde. En France, on l’a par exemple envoyé à tous les partis politiques. Il faut laisser la place au dialogue. On peut avoir un avis différent sur la situation interne du Venezuela, mais ce sont les Vénézuéliens qui doivent trouver la solution à leurs problèmes et pas les puissances étrangères.

Cuba a une relation très forte avec le Venezuela et on maintient notre coopération avec eux au niveau médical, sportif, éducatif etc. D’ailleurs, il y a plus de 20000 collaborateurs cubains au Venezuela. Notre présence sur le territoire se maintient.

JRCF : En cas d’agression militaire au Venezuela, est-ce que Cuba serait prêt à apporter une aide militaire ?

RT : Le plus important c’est d’empêcher une intervention armée, c’est notre priorité. Les représentants de la jeunesse disent que la jeunesse sera évidemment prête à donner son soutien mais de l’autre côté, ce dont vous parlez ce sont des décisions d’État.

JRCF : Vous êtes là depuis quelques jours. Quel est votre vision de ce qu’il se passe en France ? On parlait du Venezuela, et vous savez qu’on a depuis trois mois les manifestations du mouvement des gilets jaunes, et notre président  a reconnu au Venezuela « le peuple qui marche pour sa liberté », tandis qu’il nie celui du peuple français. Nous subissons une forte répression en France, avec des mutilés, voire des morts. Comment analyses-tu cela ?

RT : J’ai eu l’occasion de voir la manifestation des gilets jaunes de samedi dernier (16 mars) à Rennes. J’ai vu aussi à la télé ce qu’il s’est passé à Paris samedi dernier. Le mouvement sait magnifier les demandes sociales qu’il revendique. Il faut analyser ça et connaître un peu mieux ces manifestations. Par exemple, au même moment, il y avait une manifestation sur le climat ayant réuni un peu plus de personnes et qui était un peu plus pacifique. Quand j’ai vu la manifestation à Rennes, les jeunes avec qui j’étais me disaient qu’il y avait des gens d’autres villes, même d’autres pays qui participaient pour des droits sociaux, des acquis, le pouvoir d’achat, des revendications comme ça, mais honnêtement j’aimerais que vous m’en parliez pour que je puisse en connaître un peu plus.

JRCF : Le mouvement des gilets jaunes a commencé par une question très terre-à-terre, c’est-à-dire une taxe sur l’essence. En fait, le gilet jaune à la base c’est ce que les automobilistes français doivent porter dans leur voiture en guise de sécurité. C’était un mouvement très composite. Il y avait beaucoup de membres des classes populaires qui doivent prendre leur voiture pour aller travailler, mais aussi des petits patrons ou assimilés, ce qui fait qu’au départ le mouvement était assez confus au niveau des demandes et très focalisé sur l’essence. Au fur et à mesure, à cause de la répression et du fait de se retrouver ensemble toutes les semaines, les gens se sont rapprochés et le mouvement a pris une connotation de plus en plus sociale. C’est un mouvement qui n’est toujours pas organisé, qui n’a toujours pas un leader qui émerge, mais il y a eu des tentatives de récupération par le pouvoir en faisant des listes pour les Européennes. Cependant, cela été rejeté par les gilets jaunes qui ont vu la manipulation. Pour arrêter le mouvement, Macron a aussi essayé de donner des miettes, mais les gens ont bien compris l’arnaque et les ont rejetées. Au fur et à mesure, il y a eu de nouvelles demandes économiques, en plus de rétablir les impôts sur les plus riches et de supprimer les impôts indirects qui touchent les ouvriers. Il y a eu des demandes économiques plus larges, comme sur les services publics, mais aussi des revendications politiques, avec une prise de conscience que la politique bourgeoise telle qu’elle existe en Europe ne représente pas le peuple. Il est à noter que beaucoup de gilets jaunes sont favorables à la sortie de l’Union Européenne ainsi qu’à la mise en place de référendums populaires. Aux dernières manifestations, le mouvement s’est encore durci et on a quasiment des positions marxistes des manifestants qui rejettent vraiment la bourgeoisie et s’en prennent à ses symboles, comme le fameux Fouquet’s.

Il y a peu, un sondage réalisé par ODOXA a démontré que 57 % des personnes avec un bas revenus souhaitaient la poursuite du mouvement, tandis que 72 % des plus riches espéraient son arrêt. Bref, on voit le retour de la lutte des classes.

Dernièrement, Macron a pris des décisions liberticides. Puisqu’il a vu qu’il y avait des positions marxistes, il veut faire interdire toutes les manifestations importantes que ce soit à Paris ou en province. Il a armé la police avec des armes encore plus puissantes. Par exemple, samedi dernier, ils ont utilisé de nouveau type de gaz lacrymogène, plus puissant que ceux utilisés précédemment. En-dehors des gens qui cassent les bâtiments, il parle de culpabilité par association, c’est-à-dire que même ceux qui sont à côté d’un casseur mais qui ne font rien peuvent être interpellés. C’est vraiment ridicule que Macron accuse Maduro d’être un tyran car c’est lui le fasciste dans cette histoire. Il a été moins bien élu et il réprime son peuple de manière extrêmement violente.

RT : Vous avez visité Cuba ?

JRCF : Justement l’un d’entre nous faisait partie de la délégation envoyée à Cuba il y a un mois et demi.

RT : Quelles ont été vos impressions sur Cuba, son moment historique, votre avis général ?

JRCF : Je vais parler pour mes trois camarades de la délégation. Tout d’abord ce fut une très bonne expérience pour nous trois, très enrichissante. Nous avons été extrêmement bien reçus par les camarades cubains. Personnellement, il y a deux choses qui m’ont surpris, c’est l’accent mis sur l’acquisition d’un esprit critique pour lutter contre la propagande des États-Unis et construire le communisme, mais aussi, et cela va de pair avec ce que j’ai dit précédemment, la construction d’un « homme nouveau » à Cuba.

Ensuite, en y allant, nous ne connaissions pas tout le processus mis en place avant le référendum pour réviser la précédente constitution. J’ai pu comparer un peu avec ce qu’on fait en France avec le Grand Débat national. Là où vous avez fait en sorte de permettre à la population de s’exprimer sur chacune des parties de la réforme en divers lieux, en leur permettant de faire des amendements à titre personnel puis en prenant en compte leurs demandes (plus de 60% du texte original modifié suite à la consultation) ; en France, avec le fameux Grand Débat national, les questions posées sont étriquées et les gens ne peuvent ni réellement donner leur opinion ni débattre. Même quand des cahiers de doléances sont organisés pour transmettre au pouvoir les vraies revendications du peuple français, rien n’est réellement fait pour permettre de les prendre en compte au niveau national. En France, on fait participer le peuple pour qu’il donne raison au gouvernement, à l’inverse de ce que fait Cuba.

RT : Est-ce que vous envisagez de maintenir avec d’autres jeunes du mouvement ces liens, d’établir régulièrement ces échanges entre votre jeunesse et l’UJC ? Cela aurait un intérêt pour nous d’avoir des échanges réguliers.

JRCF : Oui, effectivement. Nous avons pour projet, en accord avec les camarades rencontrés à La Havane, de maintenir des relations. D’abord, en nous échangeant nos communiqués et plus généralement, en nous tenant mutuellement informés de ce qu’il se passe dans nos pays respectifs. Ensuite, on nous a parlé des Brigades internationales de travail, qui permettent à des membres de notre organisation ou à des sympathisants de venir travailler à Cuba pendant quelques jours voire quelques semaines. Cependant, nous n’avons pas forcément compris comment on organisait cela.

RT : Par rapport aux Brigades, l’ambassade reçoit aussi les informations parce qu’il n’y a pas que la jeunesse qui y fasse appel. C’est aussi le cas de l’Institut cubain d’amitiés avec les peuples (ICAP). Dans le cadre de la solidarité, vous pouvez aller avec l’un ou l’autre. On peut vous transmettre les informations sans problème. Vous pouvez nous envoyer un message et on vous répondra. À titre informatif, chaque année il y a beaucoup de personnes qui participent à ces Brigades, surtout des jeunes.

JRCF : J’aimerais revenir sur la Marche sur le climat. Je pense qu’il faut faire attention. En France, on participe au mouvement des gilets jaunes. On s’est rendus à cette Marche pour le climat à Paris et on s’est rendu compte que la sociologie des deux manifestations était totalement différente. Chez les gilets jaunes, on a clairement affaire aux classes populaires (ouvriers, employés) tandis qu’à la Marche pour le climat, on voit une sociologie très petite-bourgeoise. Cela explique pourquoi il n’y a pas pu avoir de réelle fusion entre les deux. En fait, le danger serait que cette Marche pour le climat soit utilisée pour faire dévier la question sociale que les gilets jaunes ont imposée.

RT : D’accord. Est-ce que vous avez besoin d’autres précisions ?

JRCF : Oui, comment peut-on aider Cuba à l’échelle de notre organisation dans sa lutte contre le blocus ? Est-ce qu’on a des moyens de l’aider financièrement ?

RT : Il faut garder les liens avec l’ambassade, l’UJC, le Parti et les autres institutions, se tenir informé sur Cuba. Maintenant, le gouvernement des États-Unis vient d’annoncer qu’il va enfin faire appliquer le chapitre 3 de la Loi Helms-Burton, en attente depuis 1996.

JRCF : D’ailleurs, que va faire concrètement l’application de la loi ?

RT : Après la chute de l’URSS, tout le monde -en particulier les États-Unis- espérait la fin de la Révolution cubaine. Afin de donner les derniers coups à la Révolution, les Américains ont écrit la Loi Helms-Burton en 1996. Cette loi a quatre titres. Le troisième titre n’a jamais été appliqué. Son application fut suspendue sous chaque président.

Pourquoi maintenant ? Parce que tous les citoyens américains qui possédaient des propriétés à Cuba avant 1959 peuvent engager des démarches face aux tribunaux des États-Unis pour condamner l’utilisation par les entreprises de ces biens qui étaient auparavant propriété de citoyens américains. Tout cela parce que les États-Unis refusent de reconnaître les nationalisations, alors même qu’elles se faisaient en contrepartie d’un dédommagement financier, toujours refusé par les États-Unis. L’objectif de ces mesures est d’empêcher la présence de compagnies étrangères à Cuba, surtout européennes. L’idée, c’est de faire tomber la révolution et que tous ces marchés soient exclusifs aux États-Unis.

On vient de faire appel à tous les pays de l’UE, et même aux institutions de l’UE, car ce sont des lois qui violent le droit international, la politique commerciale internationale et touchent à la solidarité des pays tiers.  Par exemple, en France cela peut toucher Pernod-Ricard, Accord et AFD, qui ont une présence à Cuba. Beaucoup d’entreprises présentes à Cuba risquent d’être affectées. L’Assemblée nationale française a fait une conférence de presse pour demander au gouvernement et aux entreprises françaises d’agir plus activement face à l’UE et aux États-Unis, sur la question cubaine. C’est ça le soutien que peuvent apporter partis et mouvements politiques, faire des rappels, faire comprendre la réalité des enjeux, de la situation, car finalement c’est la France aussi qui sera en difficulté par rapport à son indépendance.

C’est très important de le rappeler, car les médias n’en parlent pas ; ils ne parlent jamais de Lula, aucun article objectif sur sa situation brésilienne. Ils ne parlent pas non plus du Venezuela, sauf pour être contre Maduro. Rien sur le gouvernement des États-Unis qui a soutenu 5 minutes après une personne s’autoproclamant président par intérim. C’est incroyable ! Il faut toujours faire face à ces manipulations, mais c’est notre combat !

Finalement, c’est un renforcement très dur du blocus à Cuba pour empêcher le développement économique de notre pays.

On serait parfaitement contents de vous recevoir une nouvelle fois à Cuba.

JRCF : Nous aussi !

RT : Bien sûr, il serait intéressant pour vous de pouvoir faire une visite un peu plus large, à Santiago et d’autres villes, afin de connaître la réalité du pays à l’intérieur. Je vous remercie de votre présence, d’avoir pu avoir cet échange qui nous permet d’approfondir les relations qui ont été tissées à La Havane. Il est important de nous maintenir en communication, soit par l’ambassade, soit par l’UJC. C’est important de maintenir la communication et les échanges.