Le Liban s’enfonce dans la crise du capitalisme.

Effondrement de la monnaie, coupures massives de l’eau et de l’électricité, difficultés d’accès aux produits d’importation, le s’enfonce dans une crise de plus en plus dure, y compris pour la classe moyenne pourtant importante du pays du cèdre. Victime de la crise systémique mondiale du système capitaliste, le est aussi frappé par le renforcement des sanctions frappant son voisin syrien.

À lire :

Dans une récente analyse, les jeunes communistes des JRCF réfléchissent aux causes de la crise en s’appuyant sur les travaux des communistes libanais.

La crise libanaise

Voici plusieurs mois que le Liban s’enfonce dans une crise chaque jour de plus en plus complexe, et dont la portée internationale se montre chaque jour plus visible.

Avant la crise du Covid 19, c’était bien entendu la crise structurelle du système politique confessionnel libanais[1]qui faisait vivre au Liban des manifestations régulières et massives depuis l’automne dernier. Cette crise est bien entendu ancienne, peut-être aussi vieille que la naissance du système confessionnel lui-même (1926). La guerre civile libanaise (1975-1990) n’a pas permis de résoudre la contradiction existante entre une économie très commerciale et marchande, et un système politique complètement archaïque, et inadapté à une économie marchande. D’autant que les partis aujourd’hui représentés au parlement sont de plus en plus perçus, à juste titre, comme corrompus et incompétents aux yeux des masses libanaises. Aucun parti de masse ne veut aujourd’hui la fin du système confessionnel, tous ayant intérêt à préserver le fragile statu quo issu des accords de Taef (1989), ayant mis fin à la guerre civile. Le cas du Hezbollah étant emblématique durant les manifestions de l’automne dernier : il soutenait le gouvernement en place, mais appuyait certaines revendications des manifestations. Il s’agissait pour ce parti de tirer les marrons du feu politiques en participant à certaines manifestations, mais de freiner le mouvement de fond qui pourrait remettre en question sa puissance dans le jeu politique confessionnelle, parfois au prix d’affrontements physiques avec les manifestants. Cette crise politique congénitale au système politique libanais constitue la toile de fond des autres crises que traverse le Liban. 

Avant la crise du Covid 19, le Liban traversait une crise économique très grave, et qui est aujourd’hui catastrophique : 30 % de taux de chômage[2], une dette qui représente 172 % du PIB et détenue presque exclusivement par des acteurs étrangers[3], l’inflation sur les produits de première nécessité atteint aujourd’hui 72 %[4], la monnaie nationale a chuté de près des deux tiers de sa valeur, alors que le pays importe presque toute sa consommation[5]. Face à cette situation catastrophique pour les travailleurs et la jeunesse libanaise, le gouvernement « technocratique » de Hassan Diab n’a pas trouvé de meilleure solution que de faire appel au FMI pour pallier les défauts de payement de l’État libanais[6]. Le caractère complètement archaïque de l’État libanais est notoire : services publics médiocres ou inexistants, système fiscal digne du XIXeme siècle[7], armée mal formée et mal équipée. On connaît la sinistre réputation du FMI : saigner à blanc les États endettés jusqu’à ce que mort s’en suive, en échange de prêts obtenus dans des conditions de brigands. Ce fut en 2010 le cas de la Grèce, et tout porte à croire que le Liban, intégration européenne mise à part, va subir le même sort. Les rations de viande ont déjà été supprimées des repas des militaires, et l’électricité, déjà très intermittente, va voir ses plages horaires encore réduites[8], alors même qu’aucun accord n’a encore été signé par le Liban. Les pénuries de nourriture pour les classes les plus populaires sont désormais à l’ordre du jour[9]. Les restrictions qu’imposera le FMI impérialiste seront encore plus drastiques, et l’État libanais, déjà dangereusement famélique, risque de devoir encore une fois passer à la taille inférieure. On l’aura compris, la situation économique et sociale est absolument catastrophique pour les travailleurs libanais, réduits à la pauvreté, au chômage, et à la vie chère, sous les yeux de partis et d’une bourgeoisie corrompue et soumise à un impérialisme tout autant américain que français. C’est la raison pour laquelle, après le confinement, les manifestations ont repris de plus belle, les travailleurs libanais ne restant pas impuissants face à ces attaques contre leurs droits[10]

La bourgeoisie internationale semble donc s’être résolue à saigner le Liban, et à le laisser s’enfoncer dans une crise sans fin. Outre que cette attitude est une des attaques de plus de leur part contre les travailleurs, elle est de plus irresponsable dans la situation géopolitique actuelle. Le Liban est en effet le cœur bancaire et financier de tout le Moyen Orient : laisser l’instabilité politique, qui peut dans ce pays aller jusqu’à la guerre civile comme chacun le sait, s’installer dangereusement, relève de la folie criminelle. Si le Liban continue à s’enfoncer dans la crise – et l’intervention du FMI sera le baiser de la mort –, alors c’est tout le Moyen Orient qui risque de s’enfoncer dans une grave crise économique, avec toutes les conséquences géopolitiques tragiques qui pourraient s’en suivre. En effet, la Syrie peine à terminer une guerre sans fin déclenchée et entretenue par les puissances impérialistes en 2011 ; Israël annexe le plus tranquillement du monde les territoires de la Cisjordanie, faisant craindre le pire pour les populations palestiniennes annexées (qu’en feront-ils ? Les laisseront-ils ? Pour combien de temps ? Les expulseront- ils ? Et où ? Ou pire…) : la situation dans la région est donc explosive, et la descente aux enfers du Liban ne pourra amener que des conflits politiques de plus, dans une région qui n’en a vraiment pas besoin. La grande crainte des travailleurs libanais est bien entendu que cette crise ne débouche sur des troubles analogues à ceux connus durant la terrible guerre libanaise de 1975- 1990, qui déboucha sur un statu quo boiteux, car le conflit s’arrêta plus faute de combattants et de financements (fin de la Guerre froide oblige) que par la victoire réelle d’un des deux camps en présence. Surtout que la région est plus militarisée que jamais, et que bon nombre de milices libanaises ne furent pas désarmées[11], ou très partiellement, et que leurs cadres, souvent criminels de guerre, furent copieusement recyclés. Face à ces menaces pour la paix internationale, et ces attaques contre les travailleurs libanais, les JRCF expriment leur solidarité au peuple libanais contre ces attaques impérialistes, et la tentative honteuse du FMI de leur faire payer la crise mondiale du capitalisme. Nous soutenons les initiatives internationalistes et communistes pour organiser la défense du peuple libanais face à toutes ces attaques contre les droits des travailleurs. 

Nous citerons pour terminer cette conclusion du Parti communiste libanais datant de mai dernier : « La crise actuelle est composée de multiples strates, mais ses racines profondes tiennent en deux strates interconnectées : la faillite du capitalisme “libanais”, ainsi que de la faillite du système politique confessionnel. Pour mettre fin à cette double crise, nous avons besoin de changements politiques et économiques radicaux, qui devront mener au démantèlement du vieux modèle économique, et mettre à sa place et construire une économie productive, dynamique et moderne qui mettra le Liban en dehors de ces crises structurelles. Pour conclure, le lien entre le capital rentier et l’État doit être éliminé. Ceci doit être un prérequis pour établir un État démocratique progressiste, qui mettra finalement le pays sur la voie du développement, de la démocratie, et de la modernisation. [12]» 

Victor – JRCF

http://jrcf.over-blog.org/2020/07/la-crise-libanaise.html


[1] Politiquement, le Liban est en effet un régime constitutionnellement confessionnaliste : il existe 18 communautés religieuses reconnues par la constitution, et chaque communauté dispose de postes qui lui sont réservés dans l’administration, ce qui force, de façon superstructurelle, la confessionnalisation des conflits politiques, et de la lutte des classes : le président doit être maronite, le premier ministre sunnite, le président de la chambre des députés doit être chiite, le vice-premier ministre et le porte- parole du gouvernement grecs-orthodoxes, ect. Ce système, complètement réactionnaire, fut préparé et institué durant le mandat colonial français, avec la complicité et l’appui de la bourgeoisie libanaise.

[2] https://www.lecommercedulevant.com/article/29889-le-taux-de-chomage-au-liban-a-triple-depuis-debut-2019-selon- 

infopro

[3] https://www.lesechos.fr/monde/afrique-moyen-orient/le-liban-au-bord-du-defaut-de-paiement-1182941

[4] https://www.capital.fr/economie-politique/le-liban-va-bien-mal-larmee-supprime-la-viande-des-rations-1374135

[5] https://www.la-croix.com/Monde/Liban-Premier-ministre-promet-freiner-forte-depreciation-inflation-2020-05-21- 

1301095352

[6] https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/05/01/le-liban-en-faillite-appelle-le-fmi-a-la- 

rescousse_6038379_3234.html https://libnanews.com/derniere-chance-du-liban-pour-obtenir-une-aide-du-fmi/ 

[7] Il existe un taux unique de TVA de seulement 11 %, et l’impôt progressif sur le revenu a des taux 

absolument ridicules : de 2 % à 20 % (dernière tranche d’impôts).

[8] https://orientxxi.info/magazine/le-liban-a-la-derive-sur-une-mer-demontee,4027 : « À Beyrouth, depuis la fin juin, les coupures de courant ont été en moyenne de 22 heures par jour, une catastrophe pour ceux qui n’ont pas accès aux générateurs locaux qui ont surgi un peu partout pour couvrir la coupure qui d’ordinaire est de trois heures par jour.

[9] http://www.lcparty.org/en/party-news-en/item/32928-lebanon-s-failed-system-now-threatens-food-shortage

[10] http://www.lcparty.org/en/party-news-en/item/32755-huge-anti-government-protests-sweep-lebanon 

[11] Pour le meilleur diraient certains, au vu de la faiblesse militaire chronique de l’armée libanaise.

[12] http://www.lcparty.org/en/statements-en/item/32465-lcp-response-to-the-governmental-economic-reform-plan