La force de dissuasion nucléaire nord-coréenne est la conséquence, non la cause, de l’absence de paix en Corée

L’association d’amitié franc-coréenne explique la réalité de la situation sur la péninsule coréenne, alors que les États-Unis ne cessent de pousser à l’escalade et à la conflagration, au risque de provoquer une guerre nucléaire mondiale.


En , l’été 2017 aura été celui de tous les dangers.

Alors que les pressions et menaces des États-Unis et de leurs alliés, réunis au sein de la fameuse « communauté internationale », continuent en s’amplifiant, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, ) poursuit son programme nucléaire et balistique afin de se doter d’une force de dissuasion opérationnelle et crédible. Deux essais de missiles intercontinentaux en juillet et le test de ce qui pourrait être un engin thermonucléaire (bombe H) en septembre semblent avoir définitivement installé la RPDC dans le « club » des puissances nucléaires.

S’il manquait une justification à la volonté nord coréenne de se doter des mêmes outils destructeurs que ceux qui la menacent, elle fut donnée le 19 septembre 2017 par le président des États-Unis lui-même : s’exprimant devant la 72e Assemblée générale des Nations unies, le dirigeant de la première puissance mondiale a menacé la Corée du Nord de « destruction totale ».

les USA ont déjà voulu procéder à l’anéantissement de la Corée du Nord

Le président américain a-t-il oublié que les États-Unis et leurs alliés, sous la bannière des Nations unies, ont déjà voulu procéder à l’anéantissement de la Corée du Nord entre 1950 et 1953 pendant ce qu’il est convenu d’appeler la guerre de Corée ? Selon l’historien américain Bruce Cumings, les bombardements de l’US Air Force entre 1950 et 1953 ont détruit au moins à moitié 18 des 22 villes principales de Corée du Nord. Un journaliste britannique décrivit l’un des milliers de villages anéantis comme « un monticule étendu de cendres violettes ». Le général américain William Dean, qui fut capturé en juillet 1950 par l’armée nord-coréenne, déclara par la suite qu’il ne restait de la plupart des villes et des villages qu’il vit que « des gravats ou des ruines couvertes de neige ». Tous les Coréens qu’il rencontra, ou presque, avaient perdu un parent dans un bombardement. Même Winston Churchill s’émut et déclara que, lorsque le napalm fut inventé à la fin de la Seconde Guerre mondiale, personne n’imaginait qu’on en « aspergerait » toute une population civile.

Les combats de la guerre de Corée ont pris fin sur un simple accord d’armistice (27 juillet 1953) qui n’est qu’un accord de cessez-le-feu le long de la ligne de front. Aucun traité de paix n’a été signé et, depuis 64 ans, la péninsule coréenne reste en état de belligérance.

La mémoire du conflit de 1950-1953, des millions de morts et des destructions qu’il provoqua, a renforcé la détermination de la RPD de Corée à prévenir toute agression extérieure, surtout quand les États-Unis stationnent toujours près de 30 000 soldats en Corée du Sud et des forces militaires massives dans la zone Asie-Pacifique. Ce n’est pas le sort qu’ont connu l’Irak ou la Libye qui persuadera la Corée du Nord des vertus du désarmement unilatéral…

Et maintenant, le dirigeant d’une superpuissance dont le budget militaire représente, au bas mot, cent fois celui de la Corée du Nord évoque ouvertement la « destruction totale » de cette dernière.

La force de dissuasion nucléaire nord-coréenne est la conséquence, non la cause, de l’absence de paix en Corée

Le constat est donc le suivant : la force de dissuasion nucléaire nord-coréenne est la conséquence, non la cause, de l’absence de paix en Corée, et la « question nucléaire nord-coréenne » ne trouvera un début de solution « complète, irréversible et vérifiable » qu’après la conclusion d’un traité de paix et de non-agression entre les signataires de l’accord d’armistice de 1953, les États-Unis (qui ont signé au nom des Nations unies) et la Corée du Nord. Bien sûr, la Corée du Sud devra être partie à un tel traité, même si elle n’a pas signé l’accord de 1953.

Mais une telle perspective, qui impliquerait le départ des troupes américaines de Corée, se heurte de manière frontale aux orientations stratégiques récentes de la défense des États-Unis, telles qu’exprimées, entre autres, dans un document officiel du département américain de la Défense de janvier 2012 et sobrement intitulé « Soutenir une direction américaine du monde » (« Sustaining US Global Leadership ») : « Les intérêts économiques et sécuritaires des États-Unis sont inextricablement liés aux développements dans l’arc s’étendant de l’ouest du Pacifique et de l’Asie de l’Est à la région de l’Océan Indien et à l’Asie du Sud, créant un mélange de défis et d’opportunités en évolution.En conséquence, alors que l’armée des États-Unis continuera à contribuer à la sécurité au niveau mondial, nous rééquilibrerons par nécessité [nos forces armées] vers la zone Asie-Pacifique. » (La dernière phrase est soulignée dans le document original)

Plutôt que de créer un environnement favorable à des négociations en vue d’un traité de paix, le Conseil de sécurité des Nations unies, à l’instigation des États-Unis – et, malheureusement, avec le soutien de la France –, préfère donc adopter des résolutions punitives à l’encontre de la RPDC. Ces résolutions qui sanctionnent un peuple n’aspirant qu’à vivre dans la sécurité, doivent être considérées pour ce qu’elles sont : une parfaite expression du « deux poids, deux mesures » dans les relations internationales et un facteur d’aggravation délibérée des tensions dans la péninsule coréenne.

Deux poids deux mesures

Quoiqu’en disent les résolutions du Conseil de sécurité,les tensions dans la péninsule coréenne ne sont pas imputables qu’à une seule partie et les sanctions adoptées par ce même Conseil enfreignent l’esprit, sinon la lettre, de la Charte des Nations unies. L’article 39 de la Charte des Nations unies stipule en effet que « le Conseil de sécurité constate l’existence d’une menace contre la paix, d’une rupture de la paix ou d’un acte d’agression et fait des recommandations ou décide quelles mesures seront prises conformément aux Articles 41 et 42 pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales ». Or, dans la péninsule coréenne, les exercices militaires récurrents menés conjointement par les États-Unis et la Corée du Sud constituent clairement une « menace contre la paix ». Pourtant, ces exercices simulant un affrontement armé avec la Corée du Nord et une invasion de cette dernière n’ont jamais été inscrits à l’ordre du jour du Conseil de sécurité, ni traités afin que des mesures soient adoptées par les Nations unies. Deux poids, deux mesures…

La responsabilité de la France et des Français

Il est de la responsabilité de chaque membre du Conseil de sécurité, dont la France, de soulever tout ce qui pourrait menacer la paix dans la péninsule coréenne, et non de se focaliser sur les actions d’un seul protagoniste.

L’Association d’amitié franco-coréenne n’aura de cesse d’alerter l’opinion sur ce qui se passe vraiment en Corée, sur les enjeux et sur l’injustice d’une situation qui, si elle venait à dégénérer en conflit ouvert, nous atteindrait tous. Et c’est pourquoi l’Association d’amitié franco-coréenne aura aussi toujours à coeur de soutenir le dialogue inter-coréen.

Le dixième anniversaire de la déclaration intercoréenne du 4 octobre 2007 pour le développement des rapports Nord-Sud, la paix et la prospérité aurait pu être une bonne opportunité pour que les Nations unies s’engagent dans une démarche associant tous les Coréens afin que, pacifiquement, ils soient les seuls à prendre leur destin en mains, conformément aux principes énoncés dans la Charte des Nations unies : droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et non-ingérence.

Il est bien sûr regrettable que, faute de voir ces principes respectés ni même encouragés, et au vu de l’état des relations internationales, se doter d’une force de dissuasion nucléaire soit une option viable, peut être la seule, aux yeux de la République populaire démocratique de Corée, pays qui a la mauvaise grâce d’avoir un peu de mémoire historique.

Mais « nous sommes à l’ère atomique et nous sommes un pays qui peut être détruit à tout instant. À moins que l’agresseur ne soit détourné de l’attaque par la certitude qu’il subira lui aussi des destructions épouvantables. » Les dirigeants nord-coréens pourraient ainsi justifier le programme nucléaire de leur pays. En l’occurrence, ce plaidoyer en faveur de la possession de l’arme nucléaire par le « faible » face à la menace du « fort » date du 14 janvier 1963 et revient au président d’un autre pays ayant subi les ravages de la guerre, un certain Charles de Gaulle.

Patrick Kuentzmann,
Secrétaire général
de l’Association d’amitié franco-coréenne.