Brésil : après la table rase, la terre brûlée ?

Le 31 août 2016, le Sénat brésilien destituait la présidente Dilma Rousseff, inaugurant par là une nouvelle forme de coup d’État. Un habile politicien, Michel Temer — président du Parti du Mouvement Démocratique Brésilien (PMDB) et lié à la CIA comme le montrent des documents publiés par WikiLeaks —, prit alors les commandes du pays et entreprit de faire « table rase » des conquis / acquis dûs aux deux mandats de Lula et au mandat et demi de Dilma Rousseff ; tous deux issus du Parti des Travailleurs (PT). Emblématique de la politique menée par Temer : le plafonnement pour les 20 prochaines années des dépenses publiques — les conséquences de la première année de Temer au pouvoir sont bien décrites dans l’article « Brésil, un an après le début du coup d’État » ; on pourra trouver une analyse de la chute de Dilma dans la conférence d’Armando Boito « Crise et tournant politique au Brésil et en Amérique latine » — ; ce plafonnement des dépenses publiques s’est évidement accompagné de coupes dans le budget des universités, comme l’Université Fédérale de Rio qui a la responsabilité du Musée National, parti en fumée dans la nuit de dimanche à lundi (2 au 3 septembre). Le budget alloué au Musée (via le budget de l’Université fédérale) a donc chuté de 513 000 Réals en 2013 (soit à peu près 147 000 € avec un taux de change moyen de 3,5 Réals pour un Euro en 2013 ; le Réal s’est dévalué par-rapport à l’Euro depuis) à 346 000 Réals (environ 100 000 €) en 2017 et devait être de 100 000 Réals cette année (21 000 € avec le taux de change actuel d’environ 4,7 Réals par Euro ; voir l’article en anglais « Huge fire causes “irreparable damage” to Brazil’s National Museum, director says ») ! Pas si étonnant dès lors que les pompiers arrivés pour éteindre l’incendie aient trouvé des bouches d’incendie non alimentées… Depuis, la droite brésilienne n’a de cesse de dénoncer l’incapacité des universitaires à gérer leur budget, oubliant bien sûr de rappeler que le dit budget s’est réduit comme peau de chagrin. Comme par hasard, ces universitaires sont souvent des supporters de Lula à qui elle interdit la candidature. Dernier détail, la droite — avec un mépris de classe qui avait disparu chez nous jusqu’à l’arrivée du représentant en savonnettes qui nous préside — surnomme Lula « neuf doigts » (il a perdu l’auriculaire de la main gauche en travaillant en atelier), d’où le slogan lors du procès de celui-ci : « neuf ans [de prison] pour neuf doigts ».

Christophe Pouzat, Commission international du PRCF