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Accueil articles 3-INTERNATIONAL

Blocus de cuba : derrières les mensonges américains, la honteuse complicité européenne, la terrible réalité d’une guerre économique extraterritoriale.

30 mars 2026
Temps de lecture30 mins de lecture
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Il existe, dans le vocabulaire diplomatique, une distinction soigneusement entretenue entre « embargo » et « blocus ». Le premier désigne une restriction commerciale bilatérale ; le second, un acte de guerre. Pourtant, à mesure que l’on examine les mécanismes mis en œuvre par Washington contre La Havane depuis plus d’une décennie, la frontière entre les deux notions s’estompe jusqu’à disparaître.

L’embargo américain contre Cuba n’est plus, depuis longtemps, une simple politique de voisinage hostile. Il s’est mué en un dispositif extraterritorial d’une portée considérable, capable de frapper des entreprises françaises, allemandes ou britanniques qui n’ont pourtant jamais eu le moindre lien juridique avec les États-Unis — si ce n’est celui, bien involontaire, de traiter leurs transactions en dollars.

L’embargo américain contre Cuba : la guerre économique silencieuse qui traverse l’Atlantique

Il existe, dans le vocabulaire diplomatique, une distinction soigneusement entretenue entre « embargo » et « blocus ». Le premier désigne une restriction commerciale bilatérale ; le second, un acte de guerre. Pourtant, à mesure que l’on examine les mécanismes mis en œuvre par Washington contre La Havane depuis plus d’une décennie, la frontière entre les deux notions s’estompe jusqu’à disparaître.

L’embargo américain contre Cuba n’est plus, depuis longtemps, une simple politique de voisinage hostile. Il s’est mué en un dispositif extraterritorial d’une portée considérable, capable de frapper des entreprises françaises, allemandes ou britanniques qui n’ont pourtant jamais eu le moindre lien juridique avec les États-Unis — si ce n’est celui, bien involontaire, de traiter leurs transactions en dollars.

Quand Washington frappe le monde entier avec le blocus de Cuba

Le mécanisme central de ce système repose sur l’Office of Foreign Assets Control — l’OFAC —, bras armé financier du Trésor américain, et sur la loi Helms-Burton, adoptée en 1996 sous pression des milieux anticastristes de Miami. Pendant des années, le titre III de cette loi, permettant de poursuivre des entreprises étrangères pour l’utilisation d’actifs nationalisés après la révolution cubaine, était demeuré dormant sous la pression des alliés européens. En 2019, l’administration Trump l’a activé, franchissant un seuil symbolique et pratique d’une importance majeure.

Depuis lors, toute entreprise utilisant le système bancaire américain ou réalisant des transactions en dollars se retrouve exposée à des sanctions, quelle que soit sa nationalité. L’empire juridique des États-Unis s’étend ainsi, silencieusement, bien au-delà de ses frontières géographiques. Et les documents internes de l’administration américaine, cités lors des débats au Parlement européen, révèlent sans ambiguïté la finalité de ce dispositif : le blocus est justifié par le fait que « le seul moyen prévisible de réduire le soutien interne passait par le désenchantement et le découragement basés sur l’insatisfaction et les difficultés économiques. Tout moyen pour affaiblir la vie économique de Cuba doit être utilisé rapidement : refuser de faire crédit et d’approvisionner Cuba pour diminuer les salaires réels et monétaires dans le but de provoquer la faim, le désespoir et le renversement du gouvernement ». Un tel aveu de cynisme mérite qu’on s’y arrête : c’est bien la population cubaine dans son ensemble qui est visée, non le gouvernement qu’elle est censée renverser.

Des milliards d’amendes, les pays européens rackettés, la France particulièrement frappée

Les conséquences financières pour les banques européennes ont été spectaculaires. En 2014, BNP Paribas a été condamnée à une amende de 8,9 milliards de dollars — un record historique — dont environ 1,7 milliard directement lié à des transactions avec Cuba. La Société Générale a suivi avec 1,34 milliard de dollars, le Crédit Agricole avec 787 millions. Au Royaume-Uni, HSBC et Standard Chartered ont également écopé de sanctions massives dans des affaires incluant Cuba. L’application extraterritoriale du blocus américain a conduit à des amendes titanesques de 11 milliards de dollars pour 38 banques, dont le groupe français BNP Paribas, et la plupart des banques européennes ont depuis lors refusé de transférer de l’argent vers l’île, ce qui complique considérablement les investissements et les initiatives de solidarité.

Sanctionner pour établir un blocus économique complet dans tous les secteurs

Mais les amendes, aussi spectaculaires soient-elles, ne constituent que la partie visible de l’iceberg. L’objectif central du dispositif américain est moins de punir que de dissuader. Et sur ce plan, les résultats sont patents : des centaines de banques dans le monde ont spontanément fermé leurs lignes de crédit avec Cuba, refusé des virements pourtant légaux au regard du droit international, ou simplement renoncé à toute relation bancaire avec l’île, par précaution juridique.

Ce « blocus financier de précaution » rend souvent impossible même un commerce en apparence anodin. Une entreprise cubaine cherchant à payer un fournisseur européen en euros peut se voir refuser le traitement de la transaction par sa banque intermédiaire, au motif que celle-ci opère également sur le marché américain. L’effet d’entraînement est considérable : Cuba se retrouve progressivement exclue du système financier mondial, non par une décision explicite, mais par la somme d’innombrables petites capitulations individuelles face au risque juridique américain.

Des entreprises françaises prises en étau : banques, industries, entreprises de transports…

Les répercussions pour les entreprises françaises dépassent les seules amendes bancaires. Des groupes comme CMA CGM dans le transport maritime, Pernod Ricard dans les spiritueux, ou encore Alstom dans les infrastructures électriques ont réduit ou suspendu leurs engagements à Cuba. Le consortium Bouygues et Aéroports de Paris a renoncé à la concession de l’aéroport de La Havane, et la SNCF n’a finalement pas travaillé avec la compagnie des chemins de fer de Cuba pour rénover ses ateliers et ses locomotives. Des projets entiers, qui auraient pu contribuer à moderniser les infrastructures cubaines et à nourrir le carnet de commandes français, ont été purement et simplement rayés de la carte.

Les échanges commerciaux franco-cubains, qui avaient timidement progressé lors du rapprochement diplomatique de la période 2015-2017, ont depuis stagné puis reculé. Les exportations françaises vers Cuba oscillent aujourd’hui entre 150 et 250 millions d’euros par an — très en deçà de ce que permettrait le potentiel économique bilatéral. Les pertes d’opportunités, difficiles à chiffrer précisément, se comptent néanmoins en centaines de millions d’euros.

Le tourisme ciblé pour empêcher cuba d’accéder aux devises nécessaires à ses importations vitales

Pour pouvoir acheter auprès de partenaires étrangers, Cuba doit disposer de suffisamment de monnaie étrangères (dollars, euros, etc…). Une de ses ressources principales pour Cuba est, comme pour bien des pays, le tourisme.

Depuis le début du second mandat de Donald Trump, une mesure supplémentaire est venue frapper l’économie cubaine au cœur : les voyageurs internationaux se rendant à Cuba risquent désormais des difficultés d’entrée sur le territoire américain. Cette disposition agit comme un puissant levier dissuasif, en particulier sur les touristes européens et canadiens, dont beaucoup fréquentent régulièrement les États-Unis.

Le résultat est brutal. Le nombre de visiteurs à Cuba a chuté de près de 70 % depuis 2018. En 2025, l’île n’a accueilli qu’environ 1,8 million de touristes — loin, très loin des objectifs fixés par les autorités cubaines. Or le tourisme représentait jusqu’à 3 milliards de dollars de recettes annuelles, constituant la principale source de devises étrangères de l’économie insulaire. Sur la seule période courant de mars 2024 à février 2025, les dommages causés par l’embargo ont augmenté de 49 % par rapport à la période précédente, s’élevant à plus de 7,5 milliards de dollars.

In Cuba, I saw a society being destroyed by US economic warfare 👇
https://t.co/pHV5YYYT3L pic.twitter.com/skK05niTll

— Owen Jones (@owenjonesjourno) March 25, 2026

Une facture économique abyssale : 150 milliards d’euros ! l’économie cubaine étranglée par le blocus qui coute des centaines de milliards d’euros de pertes direct

Sur le plan macroéconomique, le bilan cumulé est écrasant. Selon les estimations régulièrement présentées par Cuba devant l’Assemblée générale des Nations unies — où le vote annuel de condamnation de l’embargo recueille une large majorité —, le coût total depuis le début des années 1960 dépasse 150 milliards de dollars. Sur les seules dix dernières années, le manque à gagner annuel est estimé entre 4 et 5 milliards de dollars, soit 3 à 4 % du PIB cubain — l’équivalent, pour un habitant, d’une perte de 350 à 450 dollars par an.

En réalité, tant que Cuba a pu, avec l’aide de l’Union Soviétique, échapper à une partie des effets du blocus américain, sa croissance économique a été supérieure – comme c’est toujours le cas des système socialiste, démonstration étant faite par la Chine – à celles des iles voisines.

Une guerre économique délibérée, avec la complicité européenne

Cuba privés des médicaments étrangers, ses hôpitaux (couveuses, respirateurs, etc. sans électricité)

Derrière les chiffres macroéconomiques se cache une réalité humaine d’une brutalité saisissante, un véritable crime contre l’Humanité : celle d’une population contrainte de se soigner dans un système sanitaire privé de ses ressources les plus élémentaires et vitales. Des milliers d’interventions chirurgicales ont été reportées au cours du dernier mois, et des personnes ayant besoin de soins — des patients atteints de cancer aux femmes enceintes se préparant à l’accouchement — ont été mises en danger en raison du manque d’électricité pour faire fonctionner les équipements médicaux et assurer la chaîne du froid pour les vaccins. Par exemple, les examens prénataux tels que les échographies ne peuvent plus être assurés en nombre suffisants en raison des coupures d’électricités.

La mortalité infantile, qui était autrefois inférieure à 5 pour 1 000 naissances vivantes, l’une des meilleurs des pays en développement, a atteint 8,5 dans la première moitié de 2025. Ce chiffre résume, à lui seul, l’ampleur du désastre sanitaire. Le blocus financier prive Cuba des devises nécessaires pour acquérir les matières premières indispensables à sa propre production pharmaceutique — production qui, historiquement, permettait à l’île de couvrir une large part de ses besoins médicaux et d’en exporter vers les pays du Sud global. Une production indispensable car Cuba sous embargo, ne peut pas acheter ces médicaments aux entreprises étrangères, y compris en dehors des États-Unis.

Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a évoqué publiquement des informations selon lesquelles des hôpitaux cubains ont eu du mal à maintenir leurs services d’urgence et de soins intensifs, soulignant que la santé ne doit jamais être à la merci de la géopolitique. Face aux épidémies de dengue et de chikungunya qui se développent dans ce contexte, les hôpitaux cubains se trouvent dans l’impossibilité d’assurer une réponse sanitaire minimale faute de solutés et de médicaments antiviraux.

Several 'Cubanologues' are pushing a new talking point that suggests the total collapse of our national electricity grid was not only due to Cuba's lack of fuel, but mainly due to our failure to invest in our electricity system for years.

counterpoint: you are wrong. pic.twitter.com/z5SWqAttNv

— David Ramírez Álvarez 🇨🇺 (@DvidTwit) March 26, 2026

Des centrales hors d’âge, la maintenance et les pièces détachées françaises inaccessibles

Pour comprendre la catastrophe énergétique qui frappe Cuba, il faut remonter à l’architecture même de son parc électrique. Les centrales thermiques vétustes du pays, pour la plupart érigées dans les années 1960 et 1970, souffrent d’un déficit chronique d’investissement et de maintenance, avec de nombreuses unités régulièrement hors service en raison de pannes ou d’opérations d’entretien. Ce vieillissement structurel s’est trouvé aggravé de façon décisive par l’embargo, et notamment par un épisode emblématique impliquant directement une des principales industries française du secteur de l’énergie

La situation a changé radicalement en 2015, lorsque la multinationale américaine General Electric a acquis la société française Alstom, chargée à l’origine de la fabrication et de l’entretien de la centrale thermique Antonio Guiteras — la plus importante de Cuba. Le retrait d’Alstom du schéma de financement et d’approvisionnement a laissé la centrale sans soutien pour des pièces critiques. En d’autres termes, c’est la mécanique même de l’embargo extraterritorial qui a condamné la principale centrale cubaine à des pannes techniques graves : en absorbant Alstom, General Electric a automatiquement imposé les règles américaines à l’ensemble du périmètre de la société française, rendant toute coopération avec Cuba juridiquement impossible. Sans des pièces tels que des vannes de controles, des variateurs de vitesses, les centrales voient leurs opérations de maintenances incomplètes, ou des pannes se prolonger.

De fait, avec Alstom et EDF, la France aurait toute capacité d’intervenir pour un échange économique mutuellement profitable entre la France et Cuba. Si ce n’est qu’Alstom déjà lourdement frappé par des sanctions américaines ne peut commercer avec Cuba.

Le 21 mars 2026, la compagnie d’électricité nationale cubaine a annoncé une « déconnexion totale » du système électrique de l’île, l’origine se trouvant dans une panne sur une tranche de la centrale thermique de Nuevitas, à Camagüey, qui a déclenché un effet domino entraînant le reste du réseau. Il s’agissait du troisième black-out national en ce seul mois de mars et du septième depuis octobre 2024. Ici ce n’est pas les fragilités structurelles des centrales thermoélectriques et du réseau de distribution cubain fragilisé par le blocus qui est en cause. Mais le manque complet de pétrole. Sans pétrole, impossible de produire de l’electricité dans une centrale, mais en bon état.

Le 29 janvier 2026, le décret exécutif 14380 a été signé par Donald Trump, déclarant l’état d’urgence nationale aux États-Unis et autorisant l’imposition de droits de douane supplémentaires sur les importations en provenance des pays qui fournissent, directement ou indirectement, du pétrole à Cuba. Depuis lors, le président cubain a confirmé qu’aucune cargaison de pétrole n’a atteint l’île. La crise s’est aggravée de manière abrupte depuis le 3 janvier, lorsque l’enlévement sanglant de Nicolás Maduro par les États-Unis a interrompu l’approvisionnement vénézuélien de 26 000 à 35 000 barils de pétrole par jour – désormais sous le controle et le pillage américain-, et le Mexique a suspendu ses envois le 9 janvier sous la pression de Washington, laissant Cuba avec des réserves estimées à seulement 15 à 20 jours. Dès lors ces réserves sont épuisées. Les navires cubains se sont vu refuser tout chargement auprès des iles voisines. Et les pétroliers russes à destinations de Cuba sont menacés par la marine de guerre américaine. Celle-ci a piraté l’un de ses navires. Tandis qu’en méditerranée, un méthanier russe a été coulé dans une attaque terroriste.

Ce que Cuba consomme, produit, et ne reçoit plus

En 2024, Cuba avait besoin d’environ 110 000 barils par jour pour ses besoins énergétiques de base, dont environ 40 000 provenaient de la production nationale, 60 % du carburant consommé sur l’île étant donc importé, dont 65 % destiné à alimenter les centrales thermiques. Sur une base mensuelle, cela représente environ 3,3 millions de barils au total — dont 2 millions à importer. La production domestique cubaine est en baisse quasi constante depuis son pic de 57 900 barils par jour en 2004, atteignant environ 28 000 barils par jour en 2024. Entre janvier et octobre 2025, les importations cubaines se sont effondrées à environ 45 400 barils par jour, contre 69 400 barils par jour reçus sur la même période en 2024 — une chute de 35 %. À partir du 3 janvier 2026, la crise s’est fortement aggravée avec la fin des livraisons vénézuéliennes, sans qu’aucune cargaison pétrolière ne parvienne officiellement à Cuba. Avec un déficit de deux tiers de ses besoins, il est impossibles pour Cuba d’assurer le maintien de sa production d’électricté thermique et de ses transports. L’installation en urgence et avec l’aide de la Chine de système de parc photovoltaïques de panneaux solaires, avec une efficacité redoutable, demeurent cependant insuffisante. Cette production est par nature intermittente et nécessite de lourds investissements dans des parcs de batteries. Si elle permet de parer à certaines urgences, elle ne permet cependant pas de satisfaire à la demande. Et elle n’offre aucune solution pour nombre d’usage, à commencer par ceux des transports.

Les importations privées : une réponse symbolique, une stratégie américaine calculée de déstabilisation

Face à ce vide, Washington a précisé qu’il autorisait la vente de carburant à des entreprises privées cubaines, à la stricte condition que les transactions ne profitent pas au gouvernement. Un entrepreneur cubain a déclaré à l’AFP avoir pu réaliser une première importation d’environ 25 000 litres de gazole depuis les États-Unis, arrivée dans un conteneur-citerne au port de Mariel. Au moins deux ou trois PME ont pu aboutir au bout du processus complexe depuis fin février 2026, s’approvisionnant dans des stations-service CIMEX, via des isocontaineurs de 23 000 à 24 000 litres pour environ 20 000 dollars l’unité.

Rapportés aux besoins réels du pays, ces volumes sont dérisoires : quelques dizaines de milliers de litres face à un déficit mensuel de l’ordre de 60 millions de litres. La logique américaine est explicite : permettre des livraisons au bénéfice du secteur privé cubain, pour prétendre limiter l’impact humanitaire, tout en maintenant une pression politique maximale sur le gouvernement — créant de facto un mécanisme d’arbitrage entre les deux circuits, au profit de traders et d’intermédiaires structurés. Une source au sein de l’administration Trump a résumé sans détour la doctrine : « L’énergie est le moyen d’étranglement pour tuer le régime. » Ce que les isotankers privés transportent réellement, c’est moins du gazole que l’architecture d’une prise de contrôle économique programmée.

Ceux qui débranchent les couveuses ce sont les USA ! https://t.co/xeXfJmjGh5

— PRCF Commission Education (@CPrcf) March 24, 2026

Quand l’obscurité frappe les cubains, menacés de morts

La panne d’électricité, à Cuba en 2026, n’est pas un désagrément domestique. C’est une menace sur la vie elle-même. Les unités de soins intensifs et les services d’urgence sont compromis, tout comme la production, la livraison et le stockage des vaccins, des produits sanguins et d’autres médicaments sensibles à la température. Plus de 80 % des équipements de pompage d’eau dépendent de l’électricité, et les coupures de courant compromettent l’accès à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène.

Le carburant sera désormais destiné à la protection des services essentiels à destination de la population et aux activités économiques indispensables , a déclaré le vice-premier ministre cubain, résumant en une formule la dramatique hiérarchie des urgences à laquelle est réduit le gouvernement de l’île. Les transports publics sont entrés en quasi-paralysie : les autobus nationaux ne circulent plus qu’une fois par jour, les trains une fois tous les huit jours et le ferry vers l’Île de la Jeunesse est limité à deux fréquences hebdomadaires.

Les rues de La Havane racontent, elles aussi, les terribles difficultés en cours. La crise énergétique s’est transformée en crise des déchets : de nombreux camions à ordures n’ont plus assez d’essence pour effectuer leurs tournées, et les ordures s’accumulent. Cette accumulation n’est pas seulement une atteinte à la dignité des habitants : elle crée les conditions idéales pour la propagation de vecteurs de maladies dans un pays déjà fragilisé sur le plan sanitaire.

La pénurie de carburant a perturbé le système de rationnement et le panier alimentaire de base réglementé, affectant les réseaux de protection sociale — cantines scolaires, maternités et maisons de retraite. Mais c’est aussi dans la vie quotidienne de lourdes difficultés. Difficultés pour cuisiner alors que le gaz manque. Difficulté pour s’approvisionner, les transports étant limités pour achalander les marchés, difficultés pour se déplacer avec l’impossibilité de remplir les réservoirs des voitures et des motos.

La résistance organisée d’un peuple : solidarité et égalité pour combattre le chaos capitaliste

Face à cette accumulation de chocs sans précédent, bien pire et violent que la période spéciale des années 1990, la réponse du gouvernement cubain et de la population se distingue par un refus catégorique de laisser les logiques de marché dicter l’ordre des priorités, le refus aussi de céder cette souveraineté qui a donné au peuple cubain, liberté et dignité. Chacun sait à Cuba que sans la révolution, en cédant aux USA, la destiné c’est la misère et le chaos comme à Haiti. Le gouvernement a mis en place un ensemble de décisions pour assurer en premier lieu la vie du pays et les services de base, sans renoncer au développement selon les mots mêmes du vice-premier ministre Oscar Pérez-Oliva Fraga. Dans une situation où la plupart des économies soumettraient l’accès aux soins et à l’éducation aux contraintes budgétaires du moment, Cuba fait le choix inverse : les ressources rares sont fléchées en priorité vers les hôpitaux, les écoles et les services d’eau potable. Et cela pour tous. Quel contraste d’ailleurs avec l’ambassade des Etats Unis qui exige d’être livré en pétrole, ce pétrole dont elle prive les cubains !

Un plan d’urgence onusien de 94,1 millions de dollars a été déclenché pour intervenir dans six secteurs : la logistique et l’énergie, la santé, l’eau et l’assainissement, la distribution alimentaire, l’éducation et la protection des personnes vulnérables. Ce plan a été conçu en étroite coopération avec le gouvernement cubain, qui a veillé à ce que son architecture reflète une même priorité : ne pas sacrifier les besoins des populations les plus fragiles aux impératifs de la survie énergétique immédiate.

Face à la crise, le gouvernement a imposé la semaine de travail de quatre jours et le télétravail dans les administrations et les entreprises d’État, ainsi que des restrictions à la vente de carburant, tout en maintenant la priorité sur les journées scolaires— sous forme raccourcie ou semi-présentielle, mais continues. De son côté, la population cubaine déploie une ingéniosité collective remarquable : partage de génératrices entre voisins, installation de panneaux solaires, réorganisation des horaires familiaux autour des fenêtres d’électricité disponibles, réseaux informels d’entraide pour les personnes âgées isolées ou les malades chroniques. Face à la stratégie américaine d’asphyxie économique qui cherche ouvertement à provoquer le chaos social et à ouvrir la voie à une recomposition du pouvoir au profit de spéculateurs — Washington envisageant d’« aider » l’île pour éviter une crise humanitaire qu’elle a elle-même créée, afin de monopoliser progressivement les livraisons d’énergie et de contraindre La Havane à négocier —, Cuba socialiste répond par l’organisation collective et l’égalité de traitement entre ses citoyens. Le gouvernement cubain a d’ailleurs refusé avec une réponse cinglante la demande de l’ambassade américaine d’importer du diesel pour ses propres générateurs, affirmant que les États-Unis ne pouvaient pas exiger un accès au carburant dont ils privent eux-mêmes la population du pays.

Un convoi international d’aide humanitaire soutenu par nombre de personnalité, par exemple la militante écologiste Greta Thunberg et traversant l’Atlantique, baptisé « Nuestra America », est arrivé à La Havane le 24 mars 2026 avec 50 tonnes d’aide médicale et alimentaire , témoignant d’une solidarité internationale spontanée qui contraste avec l’attentisme des gouvernements européens. Comme le sont les livraisons de centaines de tonnes de riz par la Chine, et les convois réguliers de la marine de guerre mexicaine. Mais cela ne suffit pas. Les peuples du monde doivent briser le blocus pétrolier, et pour ce qui concerne les français, voisin en Caraïbe de Cuba, livrer du pétrole depuis les dépôts et raffineries françaises des Antilles.

Le monde contre le blocus : quand l’ONU parle, Washington piétinnent le droit international et assassine l’Humanité

La communauté internationale ne s’y est pas trompée. Pour la trente-troisième année consécutive, l’Assemblée générale des Nations unies a voté en octobre 2025 une résolution condamnant l’embargo américain contre Cuba : 165 pays se sont prononcés en faveur de sa levée, tandis que sept seulement — dont les États-Unis, Israël et l’Ukraine — ont voté contre. Ce vote massif, répété année après année sans que Washington ne daigne en tenir compte, illustre avec une clarté glaçante le fossé entre la légitimité internationale et la réalité du rapport de force. Il s’agit du même régime capitaliste qui célèbre l’esclavage et la traite des noirs africains !

Lors des débats à l’Assemblée générale, le ministre brésilien des Affaires étrangères a tranché : les seules sanctions légitimes sont celles du Conseil de sécurité. Le Venezuela a qualifié le blocus de « crime planifié » participant d’une politique de « pression maximale » trouvant son origine dans la mentalité « suprémaciste » de la doctrine Monroe. Du côté des membres permanents du Conseil de sécurité, la Fédération de Russie a appelé à la levée immédiate de l’embargo qu’elle qualifie d’illégitime, et le Mexique a regretté qu’un membre permanent du Conseil de sécurité viole la Charte des Nations unies par cet embargo, dénonçant notamment l’application extraterritoriale du titre III de la loi Helms-Burton. La Chine, de son côté, a réaffirmé à plusieurs reprises que le dialogue sur un pied d’égalité constitue le seul cadre acceptable pour régler ce différend, dénonçant le blocus

Le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodríguez Parrilla, a quant à lui dénoncé devant l’Assemblée générale ce qu’il qualifie de punition collective, un acte de génocide qui viole de manière flagrante, massive et systématique les droits humains des Cubains, sans distinction de secteur social ou d’acteur économique.

La France, voisine caraïbe qui regarde ailleurs : Cuba, Gaza, Guernica, même combat !

C’est ici que le silence de la France prend une dimension particulièrement saisissante. La France n’est pas un pays étranger à la géographie des Caraïbes : par ses territoires de Martinique, de Guadeloupe, de Guyane, de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy, elle est une puissance riveraine de cette mer, à moins de 1 500 kilomètres de La Havane. Elle dispose en outre, via la SARA — raffinerie détenue principalement par TotalEnergies et Rubis à Fort-de-France — d’une infrastructure pétrolière capable de servir de hub logistique régional. Elle siège comme membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Elle a subi, par ses propres banques, des pertes colossales directement imputables aux sanctions américaines contre Cuba.

Et pourtant, la France se tait. L’Union européenne s’est dotée depuis le 22 novembre 1996 d’une législation pour se protéger de l’extraterritorialité des lois américaines, mais cette posture reste passive, se traduisant par le maintien effectif du blocus qui affecte l’ensemble des entreprises et des banques européennes. À l’heure où des activistes traversent l’Atlantique à bord d’un bateau de pêche pour acheminer des médicaments à Cuba, où l’ONU déploie un plan d’urgence de 94 millions de dollars pour éviter une catastrophe humanitaire, la réponse de Paris — et de Bruxelles — se limite à des déclarations de circonstance. Qui en réalité formulent un soutien complice dans les faits au maitre de la maison blanche. L’Union européenne refuse d’aller au-delà des condamnations de circonstances et prendre des mesures concrètes contre le blocus et pour protéger les banques et les entreprises européennes. Au contraire, au parlement européens ses forces eurofascisantes ne cessent d’attaquer et stigmatiser Cuba.

La comparaison avec ce que Cuba a offert à la France est édifiante. Elle doit être rappelé à chaque Français pour que chacun d’entre eux se tourne vers ses élus afin que la France prennent enfin ses responsabilités. En 2020, lors de la crise du Covid-19, face à un désert médical endémique dans les Antilles françaises, ce sont des brigades médicales cubaines qui sont venues combler les vides. Quinze professionnels cubains sont arrivés en Martinique le 26 juin 2020, couvrant des spécialités comme la pneumologie, l’infectiologie, la radiologie et la médecine d’urgence, permettant à plus de 4 000 patients d’être soignés. La France, d’abord réticente à l’idée de faire appel à Cuba, a finalement accepté la présence de médecins cubains en Martinique, en Guadeloupe, en Guyane et à Saint-Pierre-et-Miquelon. Depuis le début de l’épidémie de Covid-19, l’île avait envoyé 593 professionnels de santé dans 14 pays, dont l’Italie — pays européen le plus touché — et Andorre.

La France dispose de pétrolier ravitailleurs aux #Antilles
Pour réaffirmer la liberté de navigation en mer des Caraïbes, pour répondre à ses obligations humanitaires, la France peut et doit livrer du pétrole à #Cuba
C'est urgent, c'est nécessaire, pas seulement car vital pour le…

— PRCF (@PRCF_) March 28, 2026

Cuba secourait la France. Aujourd’hui, Cuba est asphyxiée. La France a une capacité d’action depuis ses dépôts pétroliers des Antilles, à peine plus de 1 500 km de distance de Cuba, et Paris peut décider très rapidement de livrer l’assistance humanitaire en pétrole au peuple cubain — ce peuple cubain qui, avec ses médecins, est déjà venu au secours des Antilles françaises. Le fait que cette option ne soit pas même publiquement discutée au sommet de l’État français en dit plus long sur la vassalisation diplomatique de l’Europe à l’égard de Washington que n’importe quel discours sur la souveraineté européenne.

Pourtant, sous motifs humanitaire, et pour répondre à l’appel de l’ONU, la France a les moyens directs, avec ses pétroliers avitailleurs installés aux Antilles de procéder à des livraisons d’urgence à Cuba. Sans résoudre la crise directement, ces livraisons marquerait que l’impérialisme américain ne peut pas ensanglanter l’humanité, etouffer le peuple cubain après les palestiniens de Gaza, sans que le monde ne réagisse.

Une guerre économique assumée

Ce que ces chiffres et ces silences dessinent, au-delà de leur aridité, c’est la carte d’une stratégie cohérente et délibérée : rendre toute activité économique avec Cuba non pas simplement difficile, mais impossible. Les sanctions financières mondiales, l’isolement touristique, le blocus énergétique et la mise à mort progressive du secteur pharmaceutique forment ensemble un système dont les effets se renforcent mutuellement.

Face à cela, Cuba choisit la résistance organisée et l’égalité. Face à cela, le monde vote contre le blocus à une écrasante majorité. Face à cela, l’Europe — et la France en particulier — se tait, laissant prospérer une guerre économique dont elle est pourtant, à la fois, l’une des premières victimes financières et l’une des plus proches voisines géographiques. L’histoire jugera de quel côté de cette ligne chacun aura choisi de se tenir.

Chacun peut intervenir, en rejoignant l’appel très large lancé il y a quelques semaines pour la France ouvre une brèche dans le blocus de Cuba. Un appel qui en réunissant des intelectuels, des syndicalistes, des militants de la solidarité avec Cuba, mais aussi des gaullistes et des militaires soucieux de la défense de la liberté et de la souveraineté française, montre qu’il est possible de réunir un tous ensemble urgent, pour le secours de l’Humanité menacé à Cuba.

Le bilan du blocus : des milliards de dollars d’amendes interdisant le commerce avec Cuba

AnnéeEntreprisePaysSecteurMontant (USD)Mécanisme juridiqueLien avec CubaRemarques
2010INGPays-BasBanque619 MOFACPartielCuba + Iran + autres
2012HSBCRoyaume-UniBanque1,9 MdOFAC / DOJPartielCuba inclus
2012Standard CharteredRoyaume-UniBanque667 MOFAC / régulateur NYPartielTransactions incluant Cuba
2014BNP ParibasFranceBanque8,9 MdOFAC / DOJPartiel (important)≈1,7 Md liés à Cuba
2015CommerzbankAllemagneBanque1,45 MdOFAC / DOJPartielCuba + Iran
2015Crédit AgricoleFranceBanque787 MOFACPartielTransactions avec Cuba
2018Société GénéraleFranceBanque1,34 MdOFAC / DOJPartielCuba + autres pays sanctionnés
2019Compagnies de croisière (Carnival, MSC…)États-Unis / UETourisme~450 MHelms-Burton (Titre III)ExclusifActivités sur biens cubains
2019UniCreditItalieBanque1,3 MdOFACPartielCuba + autres violations
2020AmazonÉtats-UnisTechnologie134 KOFACPartielServices vers Cuba et autres
2021BitPayÉtats-UnisFintech507 KOFACPartielTransactions incluant Cuba
2022MicrosoftÉtats-UnisTechnologie3 MOFACPartielExportations vers Cuba
2022PayoneerÉtats-UnisFintech1,4 MOFACPartielPaiements incluant Cuba
2023PoloniexÉtats-UnisCrypto7,6 MOFACPartielComptes liés à Cuba
2023UpholdÉtats-UnisFintech72 KOFACPartielViolations limitées
2019–2024Entreprises diverses (ex : Pernod Ricard, CMA CGM)FranceDivers—Helms-Burton (Titres III/IV)Exclusif (juridique)Risques liés à des actifs cubains

Le coût du blocus : un calcul vertigineux depuis 1990

Chiffrer les pertes économiques infligées à Cuba par l’embargo américain depuis 1990 est un exercice à la fois indispensable et périlleux. Indispensable, parce que les ordres de grandeur en jeu exigent d’être nommés clairement pour que le débat public soit fondé sur des réalités et non sur des postures. Périlleux, parce que les pertes dites « indirectes » — celles que l’on ne voit pas dans les statistiques douanières, mais qui constituent la part la plus massive du manque à gagner — sont, par nature, des contrefactuels : ce qu’une économie aurait pu produire, accumuler, exporter, si elle avait pu opérer dans des conditions normales.

Plusieurs sources de référence convergent néanmoins vers des estimations cohérentes, qui permettent de dresser un bilan économique solide sur trente-cinq ans.

1990-1993 : le choc double, le gouffre s’ouvre

L’année 1990 marque le début d’une période de référence cruciale. Cuba perd simultanément le soutien de l’Union soviétique — qui lui assurait chaque année plusieurs milliards de dollars de subventions, de pétrole à prix préférentiel et de marchés garantis — et se retrouve face à un embargo américain qui, privé du contrepoids soviétique, révèle toute sa puissance destructrice.

Cuba perd, au début des années 1990, près de 85 % de ses marchés à l’exportation ainsi que l’aide soviétique, estimée à plusieurs milliards de dollars par an. Sa position d’avant-poste du socialisme avait assuré à l’île des crédits avantageux ainsi que des livraisons de denrées alimentaires et de pétrole de la part des pays frères communistes. La dislocation du bloc de l’Est a plongé brutalement la Havane sans débouché et sans ressources, tandis que les lois américaines d’embargo ont empéché l’accès de l’ile aux commerces internationales, à commencer par celui avec ses voisins les plus proches (Etats-Unis, Mexique…)

Entre 1990 et 1993, le PIB de Cuba a diminué de 33 %. Pourtant, Cuba a réussi à conserver ses niveaux de santé et d’éducation. Connaissance des Énergies Ce dernier point mérite d’être souligné avec force : là où la quasi-totalité des économies en état d’effondrement brutal sacrifient en premier lieu leurs systèmes de protection sociale, Cuba choisit l’inverse — au prix d’une contraction économique brutale assumée collectivement.

Sur cette seule période 1990-1993, la chute de 33 % du PIB représente, sur une économie qui atteignait alors environ 35 à 40 milliards de dollars en parité de pouvoir d’achat, une destruction de richesse de l’ordre de 12 à 14 milliards de dollars en valeur réelle — auquel il faut ajouter le manque à gagner des années suivantes pour mesurer l’effet de traîne.

La mécanique des pertes indirectes : cinq canaux documentés

Les pertes économiques indirectes liées à l’embargo opèrent par cinq canaux principaux, tous documentés, dont l’effet cumulatif depuis 1990 peut être estimé avec une marge de rigueur acceptable.

Le premier canal est celui du tourisme. Cuba dispose d’un patrimoine naturel et culturel de premier ordre, à 150 kilomètres des côtes américaines — la plus grande proximité géographique imaginable avec le premier marché touristique mondial. En l’absence d’embargo, les estimations convergentes des économistes spécialisés suggèrent que Cuba aurait pu accueillir entre 5 et 8 millions de touristes par an dans les années 2000-2010, générant des revenus annuels de l’ordre de 5 à 8 milliards de dollars. Une levée totale des interdictions de voyage à Cuba pourrait générer plus de 5 milliards de dollars annuels, soit deux fois plus qu’au moment du pic de 2019. CiberCuba Sur trente-cinq ans, l’écart entre le potentiel théorique et les recettes effectivement perçues représente un manque à gagner cumulé dans le secteur touristique seul que l’on peut raisonnablement estimer entre 60 et 90 milliards de dollars.

Le deuxième canal est celui de la déroute du sucre. Avant l’embargo, les États-Unis étaient le premier acheteur de sucre cubain, absorbant une production qui représentait 80 % des exportations de l’île. La coupure de ce débouché, combinée à l’impossibilité d’accéder aux bourses de matières premières de New York et aux équipements américains de modernisation industrielle, a précipité l’effondrement d’un secteur entier. L’exportation de sucre est passée de 80 % des exportations en 1990 à 8,6 % aujourd’hui, tandis que la production sucrière est tombée à 160 000 tonnes en 2024 contre un objectif de 412 000. La perte cumulée sur le seul secteur sucrier, calculée sur l’écart entre production historique et production effective sur trente-cinq ans, représente plusieurs dizaines de milliards de dollars.

Le troisième canal est celui du nickel. Cuba possède l’une des plus grandes réserves mondiales de nickel et de cobalt — des ressources stratégiques dont la valeur mondiale a explosé avec la transition énergétique. Un constructeur automobile français doit démontrer au département du Trésor à Washington que ses produits ne contiennent pas un gramme de nickel cubain pour pouvoir vendre ses produits aux États-Unis. Cette clause, absurde dans son principe juridique, a conduit de nombreux acheteurs potentiels à s’approvisionner ailleurs, privant Cuba d’une rente minière considérable. Le manque à gagner sur le nickel et le cobalt cubains depuis 1990 peut être estimé à plusieurs milliards de dollars supplémentaires.

Le quatrième canal, et sans doute le plus considérable en termes macroéconomiques, est celui du blocage des investissements directs étrangers. Les pertes englobent : les manques à gagner dus aux obstacles à l’essor des services et des exportations ; les pertes enregistrées à la suite de la réorientation géographique des flux commerciaux, avec surcoûts de fret, de stockage et de commercialisation ; l’impact des limitations imposées à la croissance de la production nationale de biens et services, notamment par l’accès restreint aux technologies, l’insuffisance de pièces détachées et la mise au rebut anticipée d’équipements. Une économie insulaire caribéenne disposant des atouts de Cuba — ressources minières, capital humain élevé, position géographique exceptionnelle — aurait pu attirer, dans des conditions normales, entre 1 et 3 milliards de dollars d’investissements directs étrangers par an. Sur trente-cinq ans, c’est un flux de capitalisation de 35 à 100 milliards de dollars qui a été stérilisé.

Le cinquième canal est celui du surcoût systématique de tout import-export. Ne pouvant utiliser le dollar ni accéder aux circuits de financement commerciaux américains, Cuba doit payer ses approvisionnements en passant par des intermédiaires, des routes commerciales détournées et des primes de risque injustifiées. Ce manque à gagner, lié au fait que Cuba ne peut utiliser le dollar pour le commerce international, aurait coûté à Cuba 125,8 milliards de dollars depuis 1962 et 4 milliards rien que pour l’année 2015 selon les autorités de l’île.

La synthèse chiffrée : des estimations crédibles et convergentes

Plusieurs sources permettent de triangler un ordre de grandeur global.

La source officielle cubaine, présentée chaque année à l’ONU, est la plus exhaustive. Le ministre cubain des affaires étrangères a chiffré à plus de 160 milliards de dollars les pertes accumulées par son pays en plus de six décennies d’embargo. En l’absence de blocus, le produit intérieur brut à prix courant aurait pu augmenter d’environ 8 % en 2023, alors que l’économie cubaine s’est contractée de 2 % cette même année. Cet écart de 10 points de croissance pour la seule année 2023 illustre concrètement ce que signifie, en termes de richesse non produite, le maintien du blocus sur une économie moderne.

La source américaine elle-même — par la voix de la Commission du commerce international des États-Unis — estimait dans ses propres travaux une perte annuelle de 1,2 milliard de dollars pour l’économie cubaine. C’est l’estimation la plus conservatrice qui soit. Sur la seule période 1990-2026, elle donne néanmoins un chiffre de 43 milliards de dollars — et encore sans tenir compte de l’inflation ni de l’effet cumulatif de la privation d’investissements.

Le rapport de l’ONU, quant à lui, estimait les pertes à 108 milliards entre 1962 et 2011. En actualisant ce chiffre et en ajoutant la période 2011-2026 — au cours de laquelle l’intensification des sanctions sous Trump I, puis Trump II, a fait bondir le manque à gagner annuel à 4 à 7,5 milliards de dollars — on obtient un total cumulé sur l’ensemble de la période qui dépasse vraisemblablement 180 à 200 milliards de dollars en valeur réelle actualisée.

Pour la seule période contemporaine, les chiffres annuels documentés permettent une reconstitution année par année :

De 1990 à 2000, la période de la « période spéciale » et de la loi Helms-Burton représente des pertes annuelles estimées entre 2 et 4 milliards de dollars, soit un cumul sur la décennie de 20 à 40 milliards. De 2000 à 2010, avec une légère reprise économique grâce au tourisme canadien et européen et au partenariat vénézuélien, les pertes annuelles restent néanmoins entre 2 et 3 milliards par an, soit 20 à 30 milliards supplémentaires. De 2010 à 2019, malgré le bref rapprochement Obama de 2014-2017, le durcissement des sanctions extraterritoriales après l’activation du titre III de Helms-Burton pèse entre 3 et 5 milliards par an. De 2019 à 2026 — la période Trump I étendue, le Covid, puis le Trump II —, au cours des 14 premiers mois de la présidence de Joe Biden seulement, les pertes liées aux mesures de sanctions anti-cubaines se sont élevées à 6,3 milliards de dollars, soit plus de 15 millions de dollars par jour.

Au total, la somme des pertes économiques indirectes imputables au blocus américain depuis 1990 peut être estimée, avec les marges d’incertitude propres à tout exercice contrefactuel, dans une fourchette comprise entre 120 et 160 milliards de dollars en valeur nominale, soit 150 à 200 milliards en valeur actualisée tenant compte de l’inflation.

Ce que ces chiffres signifient pour chaque Cubain

Ramené à la dimension humaine — celle d’une population de 11 millions d’habitants —, ce calcul prend une signification saisissante. Sur trente-cinq ans, le manque à gagner par habitant cumulé se situe entre 14 000 et 18 000 dollars en valeur réelle. Pour un pays dont le PIB par habitant officiel tourne autour de 10 000 à 15 000 dollars en parité de pouvoir d’achat, c’est l’équivalent d’une à deux années entières de production nationale par personne qui a été prélevée, chaque décennie, par le seul effet du blocus.

Les exportations, affaiblies par les sanctions, pâtissent de la baisse des cours du nickel et du déclin de la production sucrière, tandis que le pays demeure dépendant des importations pour 80 % de ses biens de consommation alimentaire. Cette double contrainte — exportations bridées, importations surcoûtées — est précisément la mécanique par laquelle un embargo se transforme en instrument d’appauvrissement systématique d’une population entière.

Il faut enfin noter, pour être complet, que ces pertes colossales se sont produites malgré la remarquable résilience du système éducatif et sanitaire cubain, qui a maintenu des indicateurs de développement humain supérieurs à la moyenne régionale même dans les pires années de la « période spéciale ». Cuba a réussi à conserver ses niveaux de santé et d’éducation au prix d’un effort collectif exceptionnel — ce qui rend d’autant plus édifiante la comparaison avec ce que ces mêmes ressources auraient pu produire dans une économie libre de toute entrave artificielle.

JBC pour www.initiative-communiste.fr

Tags: blocus de cubaCUBAFrancepétroleUSA
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