14 mai 2018 : JEUNESSE PALESTINIENNE ET 70 ANS DE NAKBA #CISC

Naître et vivre sa jeunesse en est dramatique depuis longtemps, parce que vivre en est devenu dramatique, il y a 70 ans. Actuellement 6 119 palestiniens sont prisonniers en -proportionnellement au nombre d’habitants : c’est comme si 80 000 français étaient prisonniers politiques en Allemagne ou en Belgique, pays limitrophe et « illégalement » pays ennemi-, et parmi ces prisonniers 330 enfants et plus de 10 députés, c’est-à-dire des élus de l’Autorité Palestinienne. La France supporterait-elle que presque 150 de ses députés soient prisonniers en Allemagne ou en Belgique ? Quel espoir de vie non-emprisonnée reste-t-il à ce peuple palestinien, à ses élus et surtout à ses jeunes ?

Quelques exemples connus : Salah Hamouri, jeune franco-palestinien, avocat de 32 ans, emprisonné depuis le 23 août 2017 ; Ahed Tamimi, jeune fille de 12 ans, devenue un symbole international, depuis le 19 décembre 2017 ; Khalida Jarrar, jeune femme députée, depuis juillet 2017 (11 mois déjà) en détention administrative ; Munster Amira jeune adulte pour avoir manifesté en soutien pour la mineure Ahed déjà mentionnée ; Marwan Barghouti (le plus célèbre), depuis une quinzaine d’années, condamné à perpétuité et député de l’Autorité Palestinienne… et de nombreux autres. Sans oublier George Ibrahim Abdallah, combattant libanais pour la cause de la Palestine, maintenu en prison -parce qu’Israël et USA le demandent au gouvernement français- en France depuis le 24/10/1984 (soit 2 ans après les Massacres palestiniens au Liban de Sabra et Chatila), et presque 35 années de prison dans le « pays des droits de l’homme »…

Comme chaque 14 mai on célèbre la fondation de l’État d’Israël, et Trump a décidé de transférer sa représentation diplomatique de Tel-Aviv à Jérusalem (qui n’est pourtant pas la capitale d’Israël) précisément ce jour. Ce même jour c’est aussi l’anniversaire de la NAKBA, celui de la catastrophe pour la Palestine. Provocation de Trump et Netanyahou ? Flambée à … Déjà en 1948, l’idée que la Palestine, alors sous mandat britannique auprès de l’ONU, était une « terre sans peuple » qui convenait à un « peuple sans terre », tragiquement martyrisé lors de la Seconde Guerre Mondiale, terminée 3 ans auparavant, est une idée qui s’était alors imposée car elle convenait à peu près à tout le monde. La solution internationale pour le « peuple sans terre » depuis des siècles, le peuple juif. Seulement l’idée était tragiquement fausse -comment réparer une tragédie par une autre ?- : la Palestine n’était pas une « terre sans peuple ». Nier ses peuples arabes autochtones séculaires était et reste douloureusement absurde et lourd de conséquences violentes…

On ne peut oublier la destruction entre 1947 et 1948 de plus de 400 villages palestiniens dont le plus connu fut Deir Yassine avec ses 250 habitants massacrés par les forces militaires israéliennes, ou comme elles se définissent alors elles-mêmes : par les forces militaires juives ou sionistes. On voit clairement déjà combien l’appartenance religieuse et la mauvaise conscience de l’Occident vis-à-vis des juifs sont alors instrumentalisées à des fins politiques brutales et coloniales : le sionisme est aussi inacceptable il y a 70 ans, comme il l’est maintenant ; certains disent qu’il est la folie meurtrière du Judaïsme, comme l’Islamisme est la folie de l’Islam. Un musulman ne doit pas plus être terroriste, qu’un juif ne doit être sioniste, ce qui revient au même au fond. Israël peut-il devenir autre chose qu’un État sioniste, religieux et brutal ? Peut-il voir la Nakba en face, et changer son attitude nationale ?

– 805 000 Palestiniens expulsés de leurs terres, et dont les descendants attendent encore le respect et l’application de la résolution 194 du 11 décembre 1948, votée par l’ONU. Le « droit au retour » internationalement reconnu. À quoi correspond la concentration actuelle de 40000 Palestiniens environ de la « Marche du Retour » de ce printemps;

– 25 000 hectares confisqués en Cisjordanie, 2 850 maisons démolies, 150 000 oliviers et arbres fruitiers arrachés ;

– bouclage militaire des territoires occupés, entraînant humiliation et paupérisation [dans le camp de Gaza le taux de chômage atteint 70% environ, en Cisjordanie 60%] ;

– poursuite de la colonisation rongeant Gaza, Cisjordanie et Jérusalem-Est ; aujourd’hui on a dépassé les 700 000 colons, protégés par Tsahal qui tue et emprisonne des Palestiniens.

La politique de ségrégation et d’extermination du peuple palestinien, peuple de 5 millions aujourd’hui, par les forces d’occupation israéliennes, intensifiée aujourd’hui, est inacceptable.

Gaza, terre isolée de Palestine, est une bande de terre le long de la mer sur 41 km et concentre 1,8 million d’habitants sur 365 km2 : une véritable « prison à ciel ouvert » ! Qui plus est, sous blocus illégalement imposé par Israël depuis 10 ans !

L’historiographie officielle d’Israël nie la réalité historique de son origine : le tabou autour de la Nakba affecte même les programmes scolaires israéliens. Les pays occidentaux suivent scandaleusement et aveuglément cette attitude mensongère, influencée par un Likoud suivant un Benyamin Netanyahou (comme en 1996, lors des fâcheux « attentats suicides » en Israël, successifs à la Première Intifada, aux désespoirs et à la montée des violences) et sa politique brutale d’extrême-droite intransigeante. Ici, aujourd’hui on assimile faussement toute critique politique d’Israël et antisionisme pour de l’antisémitisme. Alors que l’organisation israélienne Zochrot, fondée en 2001, prétend courageusement enseigner la Nakba à la société israélienne qui l’ignore majoritairement, et ainsi rompre le tabou, véritable obstacle à la justice et la paix. Cette organisation serait-elle condamnée pour « antisémitisme » en France ?

Le 18 Mai 2018, tout de même un député français, Jean-Paul Lecocq, un seul, a eu le courage de rappeler ouvertement à l’État d’Israël qu’il était devenu un « État terroriste » depuis au moins l’opération « Plomb durci » il y a 9-10 ans et son cruel blocus contre Gaza, prétextant une guerre contre le Hamas.

Le 30 mars 2018 et “Vendredi Saint” en Palestine : par voie d’internet et en un message chargé d’émotion, de non-violence et de dignité, le jeune palestinien Ziad Medoukh, depuis Gaza, informe le monde en direct, de la brutale, sanglante et injustifiable répression aux frontières des Forces Armées d’Israël, contre un peuple palestinien non-armé, venu en masse à la frontière (plusieurs dizaines de milliers, avec toiles de tentes et drapeaux nationaux) pour manifester et célébrer comme chaque année depuis 1976 la « Journée de la Terre ».

Cette « Journée de la Terre » est aussi la « Marche du retour » que craignent les colons israéliens et leur président Netanyahou, cette date symbolique faisant suite à l’assassinat de 6 arabes israéliens (autrement dit : des palestiniens) refusant de se voir spoliés de leurs terres par l’État hébreu : cela fait aujourd’hui 42 ans.

Le bilan provisoire du 30 mars était déjà d’une quinzaine de jeunes non-armés (tous entre 30 et 35 ans) abattus « comme des lapins » par des tireurs d’élites israéliens ou snipers depuis les miradors frontaliers, plus d’un millier de blessés parmi la foule… L’horreur. L’opinion internationale était alertée par Ziad.

Le journaliste Nasser Atta s’empresse alors sur internet d’ajouter les assassinats d’un jeune homme désarmé dans le dos et d’une femme agitant un drapeau. Bilan alourdi plus tard de 60 morts, lundi 14 mai 2018.

Le camp israélien accuse le Hamas, groupe islamiste élu, actuellement majoritaire dans les Autorités Palestiniennes de Gaza : il manipulerait et serait seul responsable des violences. Si la quinzaine de jeunes assassinés le 30 mars étaient bien militants membres de branches armés islamistes comme les Brigades Izz-al-Din-al-Qassam appartenant au Hamas, ils n’en étaient pas moins chacun désarmés ce jour-là et mêlés au peuple palestinien pacifique mais légitimement en colère. On ne peut pas non plus oublier les plus de 1000 blessés graves palestiniens qui vivront handicapés jusqu’à leur mort : il ne s’agit pas là du Hamas.

Pendant presque 2 mois, les violences meurtrières se sont poursuivies chaque jour jusqu’à dépasser la centaine de morts (assassinés par les snipers israéliens, jusqu’au 14 mai) et la Journée Internationale de Solidarité avec les Prisonniers Politiques Palestiniens du 17 avril est passée sous silence, ou du moins Israël n’a rien laissé filtrer par internet. En 2017, année des 50 ans des occupations militaires brutales, 1300 prisonniers politiques s’étaient mis en grève de la faim illimitée, le 17 avril, 900 avaient dépassé les 40 jours : Israël avait rendu légale l’alimentation forcée de ses prisonniers, pratique condamnée par l’ONU.

Et Marwan Barghouti (qui n’est pas du Hamas) réaffirmait alors: « Rien, ni les souffrances, ni les peines, ni l’oppression, ni les sacrifices, ni les assassinats, rien ne peut nous faire oublier nos droits et nous soumettre ».

Il rappelait aussi cette position politique du Fatah exprimée depuis plus de 15 ans : « L’occupation ne peut continuer. Il n’y a qu’une solution pour mettre fin à l’Intifada. Deux États pour deux peuples, ou alors le sang continuera de couler ».

Des jeunes Palestiniens comme Ziad Medoukh, ou comme Jannah Tamimi, cousine d’Ahed déjà mentionnée, et qui prend très au sérieux depuis Nabi Saleh son rôle de cyber-journaliste, ont su provoquer une vague internationalde condamnations après le bain de sang de Gaza et ce funeste printemps palestinien.

En France il nous faut donc : -nous informer sur la Nakba, sur les guerres du Liban, sur 1967… ;

  • amplifier notre solidarité internationale avec les prisonniers palestiniens ;
  • renforcer la campagne de Boycott-Désinvestissement-Sanctions : BDS ;
  • demander la reconnaissance de l’État Palestinien dans les frontières de 1967.

C’est dignement que Palestine vivra, Palestine vaincra !

source : https://solidarite-classe.blogspot.fr/2018/05/14-mai-2018-jeunesse-palestinienne-et.html