Une rapide Revue de presse au sujet de la crise grecque permet de constater que devant la brutale réalité des faits, les yeux s’ouvrent de toute part : très nombreux sont ceux qui hier encore refusaient de voir ce qu’explique de longue date les militants communistes du PRCF qui constatent qu’il n’est pas d’alternative populaire, d’alternative de gauche possible en restant prisonnier de l’UE cette dictature capitaliste, de l’euro, cette prison des peuples.

Il est temps, tous ensemble de faire front, et d’agir ensemble pour construire une véritable alternative populaire et patriotique rétablissant la pleine souveraineté nationale, pour un pouvoir populaire, celui de l’immense majorité à savoir les travailleurs, abolissant la dictature des capitaliste pour la démocratie, la paix, le progrès social et la solidarité entre les peuples.

Un cauchemar signé Pierre Laurent On va droit dans le mur

La situation en Grèce, avec l’arrivée de Tsipras au pouvoir, pourrait bien finalement être le cauchemar de Pierre Laurent et du PGE. Le mythe réformiste d’une réorientation de l’Union européenne ne prend plus.

Dans une déclaration du 12 juillet du PCF, on apprend « que le gouvernement grec a formulé, dans le calme et avec une grande humilité, un programme de réformes et un plan de financement viables, un compromis acceptable par toutes les parties ».

La direction du PCF nous dit aussi que « la France ne doit pas plier et le faire jusqu’au bout en soutenant les propositions grecques par tous les moyens diplomatiques ».

La direction du PCF, pour sauver l’euro et le soldat Tsipras, en vient naturellement à soutenir l’austérité en Grèce imposée par la Troïka ! Mémorandum de la Troïka rejeté dans les urnes par référendum le 5 juillet = plan d’austérité de Tsipras du 9 juillet !

La direction du Parti accepte les reculs sociaux en Grèce, puis appelle à « aider les Grecs dans leur lutte pour la dignité mais de se battre à leur côté pour refonder l’Europe  ». C’est un véritable cauchemar !

Regardons ce spectacle affligeant au Parlement grec sur ce texte (communiqué aux députés grecs en anglais !), où la majorité des députés de SYRIZA ont voté le mémorandum du gouvernement, avec les voix des députés de droite et du PASOK qui avaient mis en œuvre les plans d’austérité précédents !

Je soutiendrai pour ma part les Grecs s’ils quittent l’OTAN, s’ils s’attaquent au capitalisme, et non pas s’ils misent sur les négociations avec les requins du capitalisme international, qu’ils soient « allemands » ou « français ».

Comme le souligne le secrétaire général du parti communiste de Grèce, il faut rassembler pour : « la socialisation des monopoles, le désengagement de l’UE, la non-reconnaissance de la dette et son abolition univoque, avec une planification centralisée de l’économie pour le développement de la société pour le peuple et avec le peuple véritablement au pouvoir ».

Quand l’ex ministre des finances de la Grèce, Y Varoufakis, parle de la sortie de la grèce de la zone euro – extrait de son interview du 13 juillet

HL : Quel est le plus gros problème avec le fonctionnement de l’Europgroupe ?

YV : Il y a eu un moment où le président de l’Eurogroupe a décidé de s’opposer à nous et de nous faire taire et il a dit que la Grèce se dirigeait vers la sortie de l’eurozone. Il existe une convention selon laquelle les communiqués doivent être unanimes, et le Président ne peut pas juste convoquer une réunion de l’Eurozone et exclure un Etat membre. Et il a dit “Oh je suis certain de pouvoir le faire”. J’ai donc demandé un avis juridique. Cela a créé des remous. Après 9-10 mn la réunion s’est arrêtée, les participants se sont parlé, ont téléphoné, puis un éventuel expert s’est adressé à moi pour me dire “L’Eurogroupe n’existe pas légalement, il n’y a aucun traité qui régit ce groupe”.

Ainsi, nous avons un groupe inexistant qui a l’immense pouvoir de déterminer la vie des Européens. On ne peut rien lui répondre, vu qu’il n’existe pas légalement ; aucune note n’est prise ; et c’est confidentiel. Ainsi, les citoyens ne savent jamais ce qui s’y dit. Ce sont des décisions de vie et de mort, et aucun membre ne doit répondre à qui que ce soit.

HL : Est-ce que ce groupe est contrôlé par des attitudes allemandes ?

YV : Oh vraiment complètement. Pas par les attitudes, par le ministre des finances de l’Allemagne. C’est comme un orchestre bien accordé dont il est le chef. Tout se passe dans la tonalité. Il y a quelques moments où l’orchestre est désaccordé, mais il intervient pour tout réaccorder.

HL : N’y-a-t-il pas de pouvoir alternatif dans ce groupe, est-ce que les Français peuvent combattre ce pouvoir ?

YV : Seul le ministre des finances français a émis quelques sons différents de la ligne allemande, et ces sons étaient très subtils. Il a utilisé un très judicieux langage, pour ne pas sembler s’opposer. Et en dernière analyse, quand le Dr Schäuble répondait et déterminait la ligne officielle, le MF français s’inclinait toujours à la fin et acceptait.

HL : Parlons de votre background politique, et de votre ouvrage sur Marx en 2013, quand vous disiez :

“La sortie d’un Grec, d’un Portugais ou d’un Italien de l’Eurozone conduirait bientôt à une fragmentation du capitalisme européen, apportant un sérieux surplus de récession dans la région à l’est du Rhin et au nord des Alpes, tandis que le reste de l’Europe serait pris dans le piège d’une stagflation vicieuse. Qui selon vous bénéficierait de ce développement ? Une gauche progressive, renaissant de ses cendres tel un Phénix des institutions publiques européennes ? Ou les Nazis d’Aube Dorée, les néofascistes, les xénophobes et les filous ? Je n’ai absolument aucun doute sur ce qui sortirait d’une désintégration de l’eurozone”.

…Un Grexit inévitablement aide Aube Dorée, vous croyez toujours ça ?

YV : Je ne crois pas aux versions déterministes de l’histoire. Syriza maintenant est une force dominante. Si nous nous arrangions pour sortir du pétrin, et réaliser proprement un Grexit, il serait possible d’avoir une alternative. Mais je ne suis pas certain que nous le dirigerions, car diriger le collapse d’une union monétaire demande une grande expertise, et je ne suis pas certain qu’en Grèce nous puissions le faire sans aide extérieure.

HL : Vous devez avoir pensé à un Grexit depuis le premier jour

YV : Oui, absolument.

HL : …Des choses ont-elles été préparées ?

YV : Oui et non. Nous avions un petit groupe, un « cabinet de guerre » dans le ministère, d’à peu près cinq personnes qui travaillaient là dessus en théorie, sur papier. Mais c’est une chose de le faire au niveau de 4-5 personnes, c’est une autre chose de le préparer pour le pays. Pour préparer le pays, une décision exécutive devait être prise, et elle ne l’a jamais été.

HL : Et la semaine dernière, est-ce une décision à laquelle vous avez pensé ?

YV : Mon idée était que nous devions soigneusement ne pas l’activer. Je ne voulais pas me mettre aux prophéties auto-réalisatrices. Je ne voulais pas ressembler à celui qui comme dans l’histoire de Nietzsche, finit par être fixé par l’abîme qu’il a fixé trop longtemps. Mais je croyais aussi qu’au moment où l’Eurogroupe fermerait les banques, nous devrions lancer le processus.

HL : Bien. Ainsi il y avait deux options – un Grexit immédiat ou imprimer des IOUs [reconnaissances de dette, LGS] et prendre le contrôle de la Banque Nationale de Grèce (précipitant potentiellement mais non nécessairement un GREXIT) ?

YV : Sûrement, sûrement. Je n’ai jamais cru que nous irions droit vers une nouvelle monnaie. Mon idée était – et je l’avais proposée au gouvernement – que s’ils fermaient nos banques, ce que je considérais comme un mouvement agressif d’un pouvoir incroyable nous devrions répondre agressivement mais sans dépasser les points de non retour.

Nous sortirions nos propres IOUs, ou même annoncerions que nous sortirions notre propre liquidité euro-dénommée. Nous réduirions les obligations grecques 2012 ou l’annoncerions ; et nous prendrions le contrôle de la Banque de Grèce. C’était le triptyque, les trois choses, que nous pourrions faire si la BCE fermait nos banques.

… J’avais alerté de Cabinet que cela allait arriver, dans le but de nous amener à un accord humiliant. Quand ça s’est passé – et plusieurs de mes collègues ne pouvaient croire que ça allait arriver – ma recommandation de répondre « énergiquement » a été rejetée.

HL : Comment cela s’est-il passé ?

YV : Sur six personnes nous étions une minorité de deux. . … On a fermé les banques en accord avec la BCE, ce à quoi j’étais opposé, mais je l’ai fait parce que je suis un joueur d’équipe, je crois en la responsabilité collective.

Et puis le référendum est arrivé, et le référendum nous a donné une impulsion formidable, qui aurait dû justifier une réponse énergique contre la BCE, mais le gouvernement décida que la volonté du peuple, ce sonore « NON », ne donnerait pas son énergie au plan énergique.

Au lieu de cela, il conduirait à des concessions majeures vers l’autre partie : la réunion des leaders politiques, notre premier ministre acceptant la promesse que quoi qu’il arrive, quoi que l’autre partie fasse, nous ne répondrions pas en des termes de défi. Et cela signifie essentiellement que vous cessez de négocier.

HL : Vous ne pouvez pas avoir beaucoup d’espoir maintenant, que ce plan soit meilleur que celui des dernières semaines, si ça ne fait qu’empirer ?

YV : Si ça ne fait qu’empirer. J’espère que notre gouvernement insistera sur la restructuration de la dette, mais je ne vois pas comment le ministre allemand des finances pourrait signer une telle chose lors de la prochaine réunion de l’Eurogroupe. S’il le fait, ce sera un miracle.

HL : Exactement – parce que, comme vous l’avez expliqué, votre moyen de pression est arrivé à ce point ?

YV : Je le pense, oui. A moins qu’il [Schäuble] reçoive ses consignes de la chancelière. Il reste à voir si elle fera un pas vers ça.

Ci gît Syriza lu sur Greekcrisis

« La tragédie politique et incontestablement personnelle d’Alexis Tsípras, a eu le grand mérite de faire bouger les lignes de l’Européisme, en Grèce, comme ailleurs. Lors de la réunion de la Plateforme de Gauche, Panagiótis Lafazánis a insisté sur la fausseté… grassement payée des sondages. “Croyez-moi, tous les sondages sur cette question de l’image prétendument positive de l’UE et de l’Euro sont payés pour être sciemment faux ; il faut en être conscient”, a-t-il précisé.  »

L’Euro, raison délirante, par J Sapir – 15 juillet 2015

Les différentes révélations sur les conditions dans lesquelles a été arraché l’accord, et il vaut mieux parler de diktat entre la Grèce et ses créanciers illustrent bien ce que l’on pouvait en penser à chaud. Cet accord est un véritable désastre pour l’ensemble de ses signataires, et pour la Grèce en premier lieu. La longue interview donnée le mercredi 14 juillet dans la nuit par Alexis Tsipras à la télévision d’Etat ERT le confirme[1]. Il avoue d’ailleurs que cet accord est un « mauvais accord ». L’analyse qui en est faite sur son blog par l’ex-Ministre des finances, M. Yannis Varoufakis va dans le même sens[2]. De plus, le Fonds Monétaire International a rendu publique une note d’analyse, qui avait été communiquée à TOUTES les parties en présence dès le 6 juillet et qui montre de manière irréfutable que cet accord n’est pas viable[3]. Dès lors se dévoile une autre face du drame qui s’est déroulé dans la nuit du 12 au 13 : tout ceci ne sert à rien. Un autre accord devra être trouvé rapidement, et la perspective d’une expulsion de la Grèce hors de la zone Euro reprend force[4]. Le Ministre des finances allemand, M. Schäuble l’a lui-même reconnu, ainsi que l’ancien gouverneur de la Banque Centrale de Belgique[5]. Cela rend les proclamations de succès de notre Président a faites à Bruxelles le matin du 13 particulièrement dérisoires. Le vote qui s’est déroulé au Parlement français l’est tout autant. On demande aux députés de se prononcer sur un accord que l’on sait inapplicable. Les députés du PCF, d’abord enclin à voter oui, n’est-ce pas Pierre Laurent ? pour des raisons alimentaires, se sont ainsi ressaisis et devraient voter « non ». Le drame ici se marie à l’absurde.

L’Euro avant la Grèce, l’Euro avant la France

Il faut cependant lire en détail la déclaration de François Hollande qu’il a faite le 13 juillet au matin ; mais pour cela, il faut avoir le cœur bien accroché. Remarquons, d’abord, qu’il ne parle pas de la Grèce, mais uniquement de la zone Euro. Cela montre bien quelles étaient ses priorités : « L’objectif était de faire en sorte que la zone euro puisse être préservée dans son intégrité, dans son unité, dans sa solidarité»[6]. On constate ainsi que les premiers mots réservés à la substance de ce texte ne font nullement mention des souffrances, des efforts et des espoirs du peuple grec. Non, la chose qui importe au premier chef, c’est l’intégrité de la zone Euro. Tout est dit dans ces lignes, et en particulier la préférence pour une construction bureaucratique, et que de nombreux économistes jugent non viable, sur la volonté et la vie des peuples. Ceci est corroboré par le troisième paragraphe de ce texte : « Ce que j’ai voulu, c’était plus que l’intérêt de la Grèce, c’était l’intérêt de l’Europe. Et c’était aussi l’intérêt de la France. Parce que l’intérêt de la France ne se dissocie pas de l’intérêt de l’Europe »[7]. L’ordre des priorités est ainsi établi : c’est l’Europe, puis la France et enfin la Grèce. Mais, ceci repose sur un mensonge, ou plus précisément un double mensonge : celui qui assimile la zone Euro à l’Union européenne, et celui qui assimile, ensuite, l’Union européenne à l’Europe. Les deux sont parfaitement scandaleux. La Zone Euro n’est nullement l’Union européenne. Des pays appartenant à l’Union européenne ne font nullement partie de la zone Euro. C’est le cas de la Grande-Bretagne, de la Suède, de la Pologne ou de la Hongrie. De plus, l’Union européenne n’englobe nullement l’Europe. Que ce soit la Suisse, la Norvège, ou encore la Serbie dans les Balkans, le Belarus, la Russie ou l’Ukraine, tous ces pays font partie de l’Europe, comme réalité géographique mais aussi culturelle, et ce sans faire partie de l’UE. Veut-on faire croire que Munch, l’auteur du « Cri », ou que des artistes comme Dostoïevski, Pouchkine ou Tolstoï ne sont pas européens ? Oublie-t-on que l’Union européenne est une alliance politique et économique de certains pays d’Europe ? Vouloir la faire passer pour l’Europe toute entière est un mensonge. Le fait que celui-ci soit proféré par la plus haute autorité de l’Etat ne retire rien à l’affaire. Au contraire, il l’aggrave. Il établit en dogme, mais sans pour autant en faire une vérité, ce qui se révèle un mensonge.

Ce mensonge, il le répète bien plus bas dans ce texte, en particulier quand il affirme : « La Grèce est un pays ami qui a voulu entrer dans l’Union européenne après des années de dictature ». En fait, et la date d’adhésion le montre bien, c’est aux Communautés Economiques Européennes, autrement dit au « Marché Commun » que la Grèce a adhéré après l’épisode de la dictature des colonels. Elle ne pouvait adhérer en 1981 à l’UE alors que cette dernière ne date que de 1992 et l’Acte unique européen de 1986. François Hollande bouleverse donc l’histoire et ne tient guère compte de la chronologie. Mais, là encore, il y a une logique dans le mensonge : celle de prétendre que l’UE, projet titanesque, projet inouï, a existé avant même que de naître. Si ce n’est pas de l’aveuglement idéologique on ne sait pas ce que c’est.

Euro über älles

On peut, alors, voir les conséquences de ce mensonge. Une autre citation de cette déclaration du Président Hollande est à cet égard des plus instructives. « L’objectif, c’était que l’Europe puisse être à la hauteur du défi qui lui était lancé, être capable de régler une crise qui depuis plusieurs années minait la zone euro. L’objectif était aussi de donner un espoir à la Grèce après tant d’années de souffrance, d’austérité – même si la Grèce n’en a pas terminé et qu’elle devra encore faire des efforts…[8] » Le mensonge ici en devient pathétique. Non seulement cet accord n’a pas été « à la hauteur du défi », tout simplement parce que rien n’a été réglé. On le voit bien dans les positions prises par le FMI les 14 et 15 juillet. Mais en plus cet accord ne redonne aucun espoir au peuple grec. Au contraire, ce dernier vit comme une terrible humiliation les clauses politiques de cet accord, qui imposent désormais l’aval des institutions européennes sur les lois qui seront appelées à être votées par le parlement grec. Le quatrième paragraphe est lui aussi ravageurs quant aux prétentions de notre Président : « La France a un rôle particulier à jouer : faire en sorte que ce processus, cette construction qui se sont noués au lendemain de la guerre puisse se poursuivre avec, bien sûr, des épreuves, des défis, mais en même temps toujours avec la volonté d’incarner une force, celle de la zone euro, une zone monétaire qui doit permettre la stabilité et la croissance. Il n’y a pas de stabilité sans croissance, il n’y a pas de croissance sans stabilité[9]». Retenons le mélange des genres, qui n’est certes pas accidentel. On présente la zone Euro comme venant dans la continuité du Plan Marshall et de la Communauté Economique Européenne (le « Marché Commun »). Ceci constitue une erreur flagrante, une distorsion étonnante de la vérité historique. Mais, l’affirmation sur laquelle se conclut cette citation, en associant croissance et stabilité, constitue à nouveau un impudent mensonge. Car, la zone Euro a entraîné une chute de la croissance pour les pays membres de l’Euro, et s’est accompagnée de fluctuations extrêmement importantes. Ceci est établi dans de nombreux ouvrages[10], et dans le livre que j’avais écrit en 2012 en particulier[11]. De fait, la zone Euro n’a jamais été un facteur de stabilité ni un facteur de croissance pour les pays membres.

 

La raison délirante d’une nouvelle religion

Mais cette idée de l’Euro a tout emporté dans l’esprit de notre Président et sous la plume de ses conseillers. Quand il revient sur ce thème dans sa déclaration, c’est pour faire cette citation : « Si la Grèce était sortie de la zone euro, qu’aurait-on dit ? Que la zone euro n’était pas capable d’assurer son intégrité, sa solidarité. Qu’aurait-on dit des Grecs ? Qu’ils n’étaient pas capables de prendre leurs responsabilités. Qu’aurait-on dit de la France, de l’Allemagne,  qui ont vocation à donner cette impulsion ? Que nous n’aurions pas été au rendez-vous. La zone euro aurait reculé alors que l’Europe doit avancer et porter un projet qui puisse protéger les peuples – car l’euro protège les pays qui sont partie prenante de cette zone monétaire. Qu’aurait-on dit sur cette dislocation de cette grande idée ?[12] ». En fait, tout est dit. Tant la croyance mystique en un Euro « protecteur » des peuples que celle qui assimile l’Euro à l’Europe. La raison, l’intelligence, le sens de la mesure, ont été balayé par une idée fixe qui tourne au délire, mais toujours mue par la même logique.

Cette raison délirante explique pourquoi et comment on peut travestir en accord librement négocié ce qui n’a été que le viol de la souveraineté de la Grèce. Un viol en réunion, perpétré par l’Allemagne, mais aussi par l’Eurogroupe et son Président M. Dijsselbloem, par la Commission européenne avec Jean-Claude Juncker. Et si la France n’y a pas participé, elle a verrouillé la porte du local où s’est tenu ce crime et elle a poussé le bâillon dans la gorge de la victime. La phrase prononcée et écrite par François Hollande prend alors un tour sinistre : « Mais aujourd’hui, même si cela a été long, je pense que ça a été pour l’Europe, une bonne nuit et un bon jour ». Car, nous savons aujourd’hui que cette torture aura été infligée pour rien. L’accord signé le 13 juillet au matin se défait désormais d’heure en heure. La perspective d’une sortie de la Grèce hors de la zone Euro est à nouveau à l’ordre du jour.

On peut commettre un crime en politique, mais s’en vanter alors que le résultat est des plus incertain n’est pas le signe d’une grande intelligence. C’est, tout au plus, le produit d’un aveuglement profond, d’un fanatisme idéologique, d’une raison délirante qui sont appelés à être sanctionnés aux prochaines élections.

[1]http://www.newgreektv.com/index.php/greece/item/16414-prime-minister-alexis-tsipras-interview-in-english-translation

[2] Varoufakis Y., « On the Euro Summit’s Statement on Greece: First thoughts » , note postée le 14 juillet 2015, http://yanisvaroufakis.eu/2015/07/14/on-the-euro-summits-statement-on-greece-first-thoughts/

[3] IMF, AN UPDATE OF IMF STAFF’S PRELIMINARY PUBLIC DEBT SUSTAINABILITY ANALYSIS, IMF Country Report No. 15/186,14 juillet 2015, Washington DC.

[4]http://www.telegraph.co.uk/finance/economics/11739985/IMF-stuns-Europe-with-call-for-massive-Greek-debt-relief.html

[5]http://trends.levif.be/economie/politique-economique/luc-coene-je -me-demande-si-un-grexit-n-aurait-pas-ete-mieux/article-normal-405469.html

[6] Conférence de Presse du Président François Hollande du 13 juillet 2015, texte provenant du site http://www.elysee.fr/declarations/article/conference-de-presse-a-l-issue-du-sommet-de-la-zone-euro-2/

[7] Conférence de Presse du Président François Hollande du 13 juillet 2015, op.cit..

[8] Conférence de Presse du Président François Hollande du 13 juillet 2015, op.cit..

[9] Conférence de Presse du Président François Hollande du 13 juillet 2015, op.cit..

[10] Voir Bibow, J., et A. Terzi (eds.), Euroland and the World Economy—Global Player or Global Drag? Londres, Palgrave, 2007.

[11] Sapir J., Faut-il sortir de l’Euro ?, Le Seuil, Paris, 2012

[12] Conférence de Presse du Président François Hollande du 13 juillet 2015, op.cit..

L’accord de l’euro-sommet annotés par Y Varoufakis – 15

Ce ne sont pas les dangereux bolchéviks du KKE ou du PRCF qui le disent, mais Varoufakis lui même…

La déclaration du Sommet Euro (ou Conditions de la remise de la Grèce – où il ira dans l’histoire) suit, annoté par votre serviteur. Le texte original est intact avec mes notes confinées entre crochets . Lire et pleurer …

Euro Déclaration du sommet de Bruxelles, le 12

Le sommet euro souligne la nécessité cruciale pour rebâtir la confiance avec les autorités grecques [IE- le gouvernement grec doit introduire une nouvelle austérité rigoureuse dirigée vers les Grecs les plus faibles qui ont déjà souffert exagérément] comme un pré-requis pour un éventuel futur accord sur un nouveau programme ESM [IE pour un nouveau prêt étendre-et-semblant].

Dans ce contexte, l’appropriation par les autorités grecques est la clé [ie le gouvernement Syriza doit signer une déclaration d’avoir adhéré à la logique de la Troika], et sa mise en œuvre réussie devrait suivre les engagements pris.

Un État membre de la zone euro demandant l’assistance financière du MES devrait répondre, autant que possible, d’une demande similaire au FMI Ceci est une condition préalable pour que l’Eurogroupe se mette d’accord sur un nouveau programme ESM. Par conséquent la Grèce va demander la poursuite du soutien du FMI (de suivi et de financement) à partir de Mars 2016 [ie Berlin continue de croire que la Commission ne peut faire confiance à ses propres programmes de «sauvetage  » de police» de l’Europe].

Compte tenu de la nécessité de rétablir la confiance avec la Grèce, le sommet euro se félicite des engagements pris par les autorités grecques de légiférer sans délai une première série de mesures [ie La Grèce doit se soumettre à la simulation de noyade budgétaire, avant même que tout financement soit offert]. Ces mesures, prises en plein accord préalable avec les institutions, seront les suivantes:

D’ici le 15 Juillet

  • la rationalisation du système de la TVA [à savoir ce qui rend plus régressive, à travers des hausses de taux qui encouragent plus de TVA d’évasion] et l’élargissement de l’assiette fiscale pour accroître les recettes [ie portant un coup majeur à la seule industrie moteur de la croissance grecque – le tourisme].
  • des mesures initiales visant à améliorer la viabilité à long terme du système de retraite dans le cadre d’un vaste programme de réforme des retraites [ie réduire le plus bas du bas des pensions, tout en ignorant que l’épuisement du capital de fonds de pension en raison de la PSI 2012 conçu par la troïka et les effets néfastes du faible taux d’emploi et le travail non déclaré].
  • la sauvegarde de l’indépendance juridique complète de ELSTAT [ie la troïka exige un contrôle complet de la façon dont l’équilibre budgétaire de la Grèce est calculée, avec pour objectif de contrôler pleinement l’ampleur de l’austérité qu’il impose au gouvernement.]
  • mise en œuvre intégrale des dispositions pertinentes du traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance dans l’Union économique et monétaire, notamment en faisant du Conseil Fiscal opérationnelle avant de finaliser le protocole d’accord et d’introduire des réductions de dépenses quasi-automatiques en cas d’écarts par rapport aux objectifs de surplus primaire ambitieux après avoir demandé l’avis du Conseil Fiscal et sous réserve de l’approbation préalable des institutions [ie le gouvernement grec, qui sait que les objectifs budgétaires imposées ne seront jamais atteints dans l’austérité imposée, doit engager à autre, l’austérité automatique à la suite de récents échecs de la troïka.]

Au 22 Juillet

  • l’adoption du Code de procédure civile, qui est une refonte majeure des procédures et des arrangements pour le système de justice civile et peut accélérer considérablement le processus judiciaire et réduire les coûts [ie les saisies, expulsions et la liquidation de milliers de foyers et d’entreprises qui ne sont pas en mesure de rivaliser avec leurs hypothèques / prêts.]
  • la transposition de la BRRD avec le soutien de la Commission européenne.
  • Immédiatement, et seulement à la suite de la mise en œuvre juridique des quatre premières mesures mentionnées ci-dessus ainsi que l’approbation de tous les engagements figurant dans ce document par le Parlement grec, vérifié par les institutions et l’Eurogroupe, avec la prise d’une décision de mandater les institutions à négocier un protocole d’accord (MoU) [ie Le gouvernement Syriza doit être humilié dans la mesure où il lui est demandé d’imposer l’austérité sévère sur elle-même comme une première étape vers la demande d’un autre prêt de sauvetage toxique, de la sorte que Syriza est devenu internationalement célèbre.]
  • Cette décision sera prise sous réserve des procédures nationales ayant été remplis et si les conditions de l’article 13 du traité ESM sont réunies sur la base de l’évaluation visée à l’article 13.1. Afin de former la base d’une conclusion réussie du protocole d’accord, l’offre grecque de mesures de réforme doit être sérieusement renforcée pour tenir compte de la situation économique et financière fortement détériorée du pays au cours de la dernière année [ie le gouvernement Syriza doit accepter le mensonge qu’elle, et non pas les tactiques de l’asphyxie des créanciers, a causé la détérioration économique forte des six derniers mois – la victime est invitée à prendre le blâme au nom du méchant].
  • Le gouvernement grec doit engager formellement à renforcer ses propositions [ie pour les rendre plus régressives et plus inhumaines] dans un certain nombre de domaines identifiés par les institutions, avec un calendrier clair satisfaisante pour la législation et la mise en œuvre, y compris les repères structurels, les jalons et repères quantitatifs, d’avoir la clarté sur l’orientation des politiques sur le moyen de fonctionner. Ils doivent notamment, en accord avec les institutions, à:
    • procéder à des réformes ambitieuses de retraite [à savoir des coupes] et précisent les politiques de compenser totalement l’impact financier de la décision de la Cour constitutionnelle sur la réforme des retraites 2012 [ie annuler la décision de la Cour en faveur des retraités] et de mettre en œuvre la clause de déficit zéro [ie coupés de 85% les pensions secondaires que le gouvernement Syriza s’est battu bec et ongles pour préserver au cours des cinq derniers mois] ou des mesures alternatives à l’amiable [ie trouver des victimes «équivalentes»] d’ici Octobre 2015;
    • adopter des plus ambitieuses réformes du marché du produit avec un calendrier précis pour la mise en œuvre de toutes les recommandations I de la trousse de l’OCDE [ie les recommandations que l’OCDE a maintenant abandonné après avoir re-conçu ces réformes en collaboration avec le gouvernement Syriza], y compris le commerce le Dimanche, les périodes de soldes, la propriété des pharmacies, le lait et les boulangeries, sauf over-the-counter produits pharmaceutiques, qui seront mises en œuvre dans une étape suivante, ainsi que pour l’ouverture des professions fermées (par exemple, transport par traversier) macro-critique. Sur le suivi de l’OCDE toolkit-II, la mise en oeuvre doit être inclues dans le recours préalable;
    • sur les marchés de l’énergie, procéder à la privatisation de l’opérateur du réseau de transport d’électricité (SMAIE), à moins que des mesures de remplacement peuvent être trouvés qui ont un effet équivalent sur la concurrence, comme convenu par les institutions [ie SMAIE sera vendu à des intérêts étrangers acquis spécifiques à la demande des institutions.]
    • sur les marchés du travail, procéder à des examens rigoureux et la modernisation de la négociation collective [c.-à- pour vous assurer que pas de négociation collective est autorisée], l’action industrielle [c.-à- qui doit être interdite] et, en conformité avec la directive pertinente de l’UE et les meilleures pratiques, les licenciements collectifs [ie qui devraient être autorisés selon les caprices des employeurs], ainsi que le calendrier et l’approche convenue avec les institutions [ie la troïka décide.]
    • Sur la base de ces avis, les politiques du marché du travail devraient être alignés sur les meilleures pratiques internationales et européennes, et ne devraient pas impliquer un retour aux réglages politiques passées qui ne sont pas compatibles avec les objectifs de promotion de la croissance durable et inclusive [ie il devrait y avoir aucun mécanisme qui a mené le travail peut utiliser pour extraire de meilleures conditions auprès des employeurs.]
    • adopter les mesures nécessaires pour renforcer le secteur financier, y compris une action décisive sur les prêts non productifs [ie un tsunami de saisies est à prévoir] et des mesures pour renforcer la gouvernance de l’HFSF et les banques [ie le peuple grec qui maintiennent le HFSF et les banques devront précisément zéro contrôle sur le HFSF et les banques.], notamment en éliminant toute possibilité d’ingérence politique en particulier dans les processus de nomination. [C’est à dire. . l’exception de l’ingérence politique de la Troïka] En plus de cela, les autorités grecques doivent prendre les mesures suivantes:
    • d’élaborer un programme de privatisation de manière significative à l’échelle avec une meilleure gouvernance; actifs grecs précieuses seront transférées à un fonds indépendant qui monétiser les actifs par le biais de privatisations et d’autres moyens [c.-à- Treuhand un Allemand de l’Est-like est envisagé de vendre tous les biens publics, mais sans les importants investissements équivalents qui W. mis l’Allemagne dans E. Allemagne en compensation pour la catastrophe Treuhand.] La monétisation des actifs sera une source pour rendre le prévu le remboursement du nouveau prêt de l’ESM et de générer sur la durée du nouveau prêt d’un total visé de 50 milliards d’EUR, dont 25 milliards d’EUR seront utilisés pour le remboursement de la recapitalisation des banques et des autres actifs et 50% de chaque euro restant (soit 50% de 25 milliards d’euros) sera utilisé pour diminuer la dette par rapport au PIB et les 50% restants seront utilisés pour des investissements [c.-à- propriété publique sera vendue et les sommes pitoyables ira à l’entretien d’un endettement non réparable -. avec précision ne reste rien pour les investissements publics ou privés] Ce fonds serait établi en Grèce et géré par les autorités grecques sous la supervision de les institutions européennes pertinentes [c.-à- il sera nominalement en Grèce, mais, tout comme le HFSF ou la Banque de Grèce, il sera contrôlé entièrement par les créanciers.] En accord avec les institutions et le renforcement des meilleures pratiques internationales, un cadre législatif devrait être adoptée pour garantir des procédures transparentes et adéquat vente d’actifs prix, conformément aux principes et normes de l’OCDE sur la gestion des entreprises publiques (entreprises publiques) [c.-à- la Troïka va faire ce qu’il aime.]
    • en ligne avec les ambitions du gouvernement grec, de moderniser et de renforcer de manière significative l’administration grecque, et de mettre en place un programme, sous les auspices de la Commission européenne, pour le renforcement des capacités et la dépolitisation de l’administration grecque [ie Tourner la Grèce dans une zone franche sans démocratie sur le modèle de Bruxelles, une forme de gouvernement soi-disant technocratique, qui est politiquement toxique et macro-économiquement inepte] Une première proposition devrait être disponible de 20 Juillet, après des discussions avec les institutions. Le gouvernement grec s’engage à réduire encore les coûts de l’administration grecque [ie de réduire les salaires les plus bas tout en augmentant un peu les salaires certains des apparatchiks de laTroïka], en ligne avec le calendrier convenu avec les institutions.
    • de normaliser complètement les méthodes de travail avec les institutions, y compris les travaux nécessaires sur le terrain à Athènes, pour améliorer la mise en œuvre du programme et le suivi [ie La troïka revient à son fonctionnement précédent et exige que le gouvernement grec l’invite à revenir à Athènes tel le Conquérant d’une paix carthaginoise dans toute sa gloire] Le gouvernement doit consulter et obtenir l’accord avec les Institutions sur tout projet de loi dans les domaines pertinents avec suffisamment de temps avant de le soumettre pour consultation publique ou au Parlement [ie le Parlement grec doit, encore une fois, après cinq mois de l’indépendance de courte durée, devenir un appendice de la Troïka – enregistrant des lois traduites mécaniquement] Le Sommet Euro souligne à nouveau que la mise en œuvre est la clé, et dans ce contexte se félicite de l’intention des autorités grecques à. demande de soutien 20 Juillet à partir des institutions et des États membres de l’assistance technique, et demande à la Commission européenne de coordonner ce soutien de l’Europe;

À l’exception du projet de loi de crise humanitaire, le gouvernement grec doit réexaminer en vue de modifier les législations qui ont été introduites à l’encontre de l’accord Février 20, en renvenant en arrière sur les engagements précédents du programme ou d’identifier les équivalents compensatoires clairs pour les droits acquis qui ont été créés postérieurement [ie En plus de promettre qu’il ne sera plus autonome législative, le gouvernement grec a posteriori annuler tous les projets de loi il est passé au cours des cinq derniers mois.]

Les engagements énumérés ci-dessus sont des exigences minimales pour commencer les négociations avec les autorités grecques. Cependant, le sommet euro a clairement indiqué que le début des négociations ne fait pas obstacle à tout accord final possible sur un nouveau programme ESM, qui devra être fondée sur une décision sur l’ensemble du paquet (y compris les besoins de financement, la viabilité de la dette et le financement du pont possible ) [c’est à dire s’auto-flageller, imposer plus d’austérité sur une économie écrasée par l’austérité, et ensuite nous verrons si l’Eurogroupe va vous tomber dessus avec un autre plan toxique, des prêts non viables.]

Le sommet euro prend note des besoins de financement des programmes de possibles entre 82 et 86 milliards d’euros, tel qu’évalué par les institutions i(e l’Eurogroupe évoquait un nombre énorme, bien au-dessus ce qui est nécessaire, afin de signaler que la restructuration de la dette est sur et que la servitude pour dettes à l’infini est le nom du jeu.] Il invite les institutions à explorer les possibilités de réduire l’enveloppe de financement, à travers une trajectoire budgétaire de remplacement ou plus des recettes de privatisation [ie Et, oui, quand les poules auront des dents.] Restauration de l’accès au marché, ce qui est un objectif de tout programme d’aide financière, abaisse la nécessité de tirer sur l’enveloppe totale de financement [ie qui est quelque chose que les créanciers feront tout leur possible pour éviter, par exemple, en veillant à ce que la Grèce ne peut pénétrer dans le programme d’assouplissement quantitatif de la BCE en 2018, une fois que l’assouplissement quantitatif est … arreté.]

Le sommet euro prend note des besoins urgents de financement de la Grèce, qui soulignent la nécessité de progresser très rapidement à prendre une décision sur un nouveau protocole d’accord: ceux-ci sont estimés à 7 milliards d’euros de 20 Juillet et une 5 milliards d’euros supplémentaires d’ici la mi Août [c.-à- Étendre et Pretend obtient un autre tour.] Le Sommet Euro reconnaît l’importance de veiller à ce que la Grèce souveraine peut apurer ses arriérés envers le FMI et la Banque de Grèce et d’honorer ses obligations de dette dans les prochaines semaines afin de créer des conditions qui permettent une conclusion des négociations. Les risques de ne pas conclure rapidement les négociations restent pleinement avec la Grèce [ie Une fois de plus, en exigeant que la victime prend tout le blâme au nom du méchant.] Le Sommet Euro invite l’Eurogroupe pour discuter de ces questions comme une question d’urgence.

Compte tenu des défis aigus du secteur financier grec, l’enveloppe totale d’un éventuel nouveau programme ESM devrait inclure la création d’une zone tampon de 10 EUR à 25 milliards pour le secteur bancaire afin de répondre aux besoins de recapitalisation des banques et des coûts potentiels de résolution, de dont 10 milliards d’euros seraient immédiatement disponibles dans un compte distinct à l’ESM [c.-à- la Troïka admet que le 2013-14 recapitalisation des banques, qui serait seulement besoin d’un appoint d’au plus 10 milliards de dollars, était insuffisant – mais, bien sûr, le blâme sur le gouvernement … Syriza].

Le Sommet Euro est conscient qu’une décision rapide sur un nouveau programme est une condition pour permettre aux banques de rouvrir, évitant ainsi une augmentation de l’enveloppe totale de financement [c.-à- La troïka fermé les banques de la Grèce pour forcer le gouvernement Syriza à capituler et crie pour leur réouverture.] La BCE / SSM va effectuer une évaluation complète après l’été maintenant. Le tampon globale répondra à des déficits de capital possibles suivants l’évaluation complète après le cadre juridique est appliquée.

Il ya de sérieuses préoccupations concernant la viabilité de la dette grecque [Nb Vraiment? Gosh!] Cela est dû à l’assouplissement des politiques au cours des douze derniers mois, ce qui a abouti à la récente détérioration de l’environnement macroéconomique et financier intérieur [c.-à- Il est pas l’étendre et faire semblant prêts «de sauvetage» de 2010 et de 2012 qui, en conjonction avec l’austérité du PIB sape, a causé la dette à l’échelle hauteurs immenses – il était la perspective, et la réalité, d’un gouvernement qui a critiqué le Extend et Pretend prêts «de sauvetage» qui ont causé … Unustainability de la dette!]

Le Sommet Euro rappelle que la zone euro États membres ont, tout au long de ces dernières années, a adopté un ensemble remarquable de mesures de soutien à la viabilité de la dette de la Grèce, qui ont lissé le chemin de service de la dette de la Grèce et les coûts réduits de manière significative [c.-à- Le 1er et programmes 2e «de sauvetage» a échoué, la dette en flèche comme il a toujours été va depuis le but réel des programmes de «sauvetage» était de transférer les pertes bancaires les contribuables européens.] Dans ce contexte, dans le contexte d’un avenir possible programme ESM, et en ligne avec l’esprit de la déclaration de l’Eurogroupe du Novembre 2012 [c.-à- une promesse de restructuration de la dette du gouvernement grec précédent n’a jamais été tenue par les créanciers], l’Eurogroupe se tient prêt à envisager, si nécessaire, des mesures supplémentaires possibles (possible grâce plus long et les délais de paiement) visant à assurer que les besoins de financement bruts restent à une durable niveau. Ces mesures seront conditionnelles à la pleine application des mesures qui seront convenues dans un éventuel nouveau programme et seront considérés après la première réalisation positive d’un avis [ie Encore une fois, la Troïka doit laisser le travail du gouvernement grec en vertu dette impayable et quand, à la suite, le programme échoue, la pauvreté augmente encore et les revenus effondrement beaucoup plus, alors nous peut Haircut partie de la dette – que la Troïka a fait en 2012.]

Le sommet euro souligne que les coupes de cheveux nominaux sur la dette ne peuvent être entreprises [Nb Le gouvernement Syriza a suggéré, depuis Janvier, une restructuration de la dette modérée, sans coupes, de maximiser la valeur présente nette attendue des remboursements de la Grèce aux créanciers « -. Qui a été rejeté par la Troïka parce que leur objectif était, tout simplement, d’humilier Syriza] autorités grecques réitèrent leur engagement sans équivoque à honorer leurs obligations financières à tous leurs créanciers pleinement et en temps opportun [Nb Qui ne peut se produire après une restrucuture substantiel de la dette.] A condition que toutes les conditions nécessaires contenues dans ce document sont remplies, le Conseil des gouverneurs de l’Eurogroupe et ESM peut, conformément à l’article 13.2 du Traité ESM, mandater les institutions de négocier une nouvelle programme ESM, si les conditions de l’article 13 du traité ESM sont réunies sur la base de l’évaluation visée à l’article 13.1. Pour aider à soutenir la croissance et la création d’emplois en Grèce (dans les 3-5 prochaines années) [Nb Ayant déjà détruit croissance et l’emploi pour les cinq dernières années …], la Commission travaillera en étroite collaboration avec les autorités grecques de mobiliser jusqu’à 35 milliards d’euros (en vertu de divers programmes de l’UE) pour financer les investissements et l’activité économique, y compris dans les PME [ie  Utilisera le même ordre de grandeur des fonds structurels, ainsi que de l’argent de la fantaisie, comme étaient disponibles en 2010-2014.] A titre exceptionnel et compte tenu de la situation unique de la Grèce, la Commission proposera d’augmenter le niveau de préfinancement de 1 milliard d’ € pour donner un coup de fouet immédiat à l’investissement pour être traitées par les co-législateurs de l’UE [c.-à- De l’annonce de 35 milliards à1 milliard finalement considéré en argent réel.] Le plan d’investissement pour l’Europe fournira également des possibilités de financement pour la Grèce [c.-à- au même plan que la plupart des ministres de la zone euro de la finance se réfèrent à un programme fantôme].

L’intenable posture d’Alexis Tsipras. (source Le Grand Soir)

Liliane HELD-KHAWAM

Ouf, la Grèce devrait rester dans la zone euro. Un véritable miracle à en croire certains « experts ». Pourtant nous l’avions prédit avec une certitude que d’aucuns auraient pu trouver quelque peu péremptoire. L’Union européenne n’est rien d’autre qu’un marché unique qui définit et impose ses normes. Oubliez donc tout raisonnement qui traite d’Etat, de Nation, de décision à la majorité, d’impliquer les petites gens, de besoins sociaux, etc.

Le marché unique a vocation à s’agrandir et à unifier le monde par sa privatisation grâce et autour de la finance. Le marché européen est un sous-ensemble du marché mondial. Et un marché doit faire de l’argent. Toujours plus, toujours plus vite. Les faibles et les lents n’y ont pas leur place. La performance du marché dépend encore – mais plus pour très longtemps grâce à la science et la technologie- des performances humaines et se traduit par des normes qui doivent être les mêmes du Nord au Sud de l’Est à l’Ouest de la planète. Elles portent le nom d’homogénéisation, harmonisation, globalisation…

Cela ne suffit pourtant pas. Des mesures de surveillance et de contrôle doivent être mises en place pour mesurer la performance et le degré d’atteinte des objectifs. Les législations d’un pays, ses spécificités ou pire l’Autorité étatique, doivent s’effacer face aux normes communautaires.

Il est impossible de faire cohabiter les besoins d’une nation et de son peuple avec ceux d’un marché mercantile et vorace.

Pour bien appréhender la tragédie grecque, il faut imaginer une chaîne avec à une extrémité, le peuple grec et à l’autre les patrons de la haute finance internationale qui chapeaute le marché unique et TOUS les processus de sa mondialisation.Au milieu de cette chaîne, on trouve le représentant du peuple grec, M Tsipras et en face de lui, les représentants du marché, les hauts responsables de l’UE. Dernier détail, cette chaîne n’est pas horizontale, mais verticale avec en haut les tenants du marché unique -de la finance internationale- et en bas le peuple grec.

M Tsipras a accepté un accord émis par l’Union européenne, daté du 12 juillet 2015. Cet accord est intenable tellement il affirme et confirme la dette et ses coûts d’une part et d’autres part des mesures d’austérité couplées à la privatisation d’à peu près tout ce que l’Etat grec possède.

Si nous faisions la somme de tous les points de l’accord, l’Etat grec serait vidé de toute sa substance très vite. Quant à l’économie du pays, elle serait rapidement exsangue ce qui accroîtrait toujours plus la dette. Ce cercle vicieux démarré en 2008 pourrait atteindre son apogée dans les toutes prochaines années (peut-être mois) jetant le peuple grec dans le tiers-mondisme.

En clair, dette-austérité-privatisation est le trio infernal installé sur une spirale dramatique pour le citoyen local. Il est à noter que ce même trio est synonyme au même moment de croissance et de prospérité pour la finance internationale. Il pourrait même y avoir un effet multiplicateur de richesses grâce aux effets de levier dont seuls les spéculateurs ont le secret…

Nous rappelons pour mémoire que nous contestons absolument le principe de la dette publique soumise à un marché financier privé, à l’absorption par ledit marché de la banque centrale du pays, à la création monétaire déléguée à des institutions privées, au sauvetage de banques commerciales malfaisantes sans conditions avec l’argent public, sans nationalisation et sans sanctions envers leurs prédateurs.

Ceci étant nous avons extrait une dizaine de points (Annexe ci-dessous) qui montrent à quel point cet accord de lundi ne fait qu’annihiler l’autorité des représentants de l’Etat, soumettre la législation à des directives qui sont autant d’ordres de marche (forcée) et ramenant à zéro le patrimoine et ce qui crée des revenus publics. Il est à remarquer que ce qui est demandé là n’est pas si différent de ce que d’autres pays font depuis des années, à savoir, travailler d’arrache-pied pour évacuer la notion de la chose publique et pour privatiser patrimoine et services publics.

Il ne faut pas se leurrer, le projet européen est un projet d’intégration transversale des États dont le « core business » (coeur de cible) est financier et privé, organisé en une myriade de sociétés anonymes. D’ailleurs, l’intégration trans et supranationale financière entre en vigueur actuellement via une plateforme de transactions qui porte le nom de T2S. La Banque de France note ceci : »

« à laquelle les dépositaires centraux de titres (CSDs) vont confier la gestion de leur activité de règlement- livraison de titres en monnaie banque centrale et selon des modalités harmonisées. (…)La mise en production officielle de T2S est prévue en juin 2015(…). »

L’accord admis lundi par M Tsipras qui attend d’être approuvé par les autorités grecs signerait la mort de la Grèce en tant qu’Etat. Dans tout ce processus de négociation, la démocratie en sort passablement mise à mal. D’une part, l’UE se substitue au législateur grec en entrant dans les moindres détails de l’organisation du quotidien du pays ce qui rend les députés inutiles. De l’autre côté. M Tsipras a lui aussi malmené la démocratie de son pays au moins deux fois avec de lourdes conséquences.

Le premier coup porte atteinte à la démocratie dans la mesure où le programme électoral de M Tsipras est aux antipodes non pas de ce qui est sur la table aujourd’hui mais du programme qu’ IL a proposé fin juin à Bruxelles. Le deuxième concerne le référendum du 5 juillet qui n’a à aucun moment été suivi d’effets. Celui-ci était donc inutile et peut être considéré comme le gaspillage d’un important outil de la démocratie. Plus important est le fait que ce référendum a fait croire que M Tsipras serait le David qui terrasserait Goliath. Las, non seulement il n’a terrassé personne mais en plus il a irrité toutes les parties en présence emportant en même temps les espoirs de la jeunesse grecque mais européenne qui a cru en lui.

Enfin, sans vouloir juger M Tsipras, on peut évaluer ses capacités de négociateur dans la mesure où depuis le début il n’a cessé de rassurer les européens en leur garantissant qu’il ne quitterait pas la zone euro. Dès lors, il s’est piégé tout seul et ses partenaires de négociations avaient beau jeu de lui imposer leurs conditions.

Beaucoup de questions se posent à ce stade. Comment ne s’est-il pas rendu compte qu’en face de lui, les créanciers risquaient très gros devant assumer des pertes potentiellement colossales ? Ne s’est-il pas rendu compte qu’il aurait pu y avoir un effet domino si la Grèce faisait défaut et/ou qu’elle quittait l’euro ? La construction monétaire et financière européenne s’est faite dans le cadre d’une construction systémique mortelle pour la zone en cas de retrait et/ou de défaillance d’un de ses membres…

La question est ouverte quant aux réelles compétences de M Tsipras en matière de négociation. A notre avis, il tenait le couteau par le manche et pour une raison ou une autre, il n’en a pas fait usage.

A l’heure actuelle, M Tsipras est dans une situation intenable et l’accord qu’il ramène à son électorat est pire que tout parce qu’il garantit plutôt tôt que tard une nouvelle impasse plus grave que l’actuelle. De plus, il ne faut surtout pas oublier que le marché financier travaille à supprimer le cash qui aura été la seule bouffée d’oxygène face à des adversaires (mieux que partenaires) impitoyables… Que se passerait-il dans un an ou deux avec des créanciers qui auraient verrouillé 100% de l’approvisionnement monétaire ???

La seule solution qui reste à ce stade à M Tsipras serait un départ. Ca ne peut en aucun cas être pire qu’aujourd’hui… Il doit bien ça à ceux qui ont cru en lui.

ANNEXE : 10 points tirés de l’accord TROÏKA- Grèce en attente de ratification

Rationalisation du régime de TVA : La TVA va être élargie et toucher plus de produits de base. Les personnes pauvres en seront les premières victimes.
La TVA sera globalement majorée pour passer par exemple de 13 à 23% dans la restauration et de 6 à 13% dans l’hôtellerie. Son allègement sur les îles devrait être supprimé. Pour un pays dont l’industrie touristique est le moteur, c’est un coup plutôt dur.

Élargissement de l’assiette fiscale : Les impôts sur les entreprises devraient être majorées pour passer de 26 à 28%. En revanche, le texte ne dit rien sur deux rubriques pénalisantes dans le domaine. Rien n’est prévu concernant les entreprises transnationales qui viennent juste pour vendre produits et prestations et qui ne sont pas domiciliées en Grèce. Il en va de même pour les grosses entreprises qui pratiquent l’optimisation fiscale (équivalent de l’évasion fiscale pour les individus).
Cette rubrique de l’accord va sans aucun doute pénaliser les entreprises locales du genre PME/PMI et du coup les rendre nettement moins attractives et moins compétitives face à la force de frappe des transnationales qui ont les moyens d’optimiser leur fiscalité. Or, ce sont les entreprises locales et non les transnationales qui génèrent les recettes fiscales.

Améliorer la viabilité à long terme du système des retraites : L’âge de la retraite passe de 65 à 67 ans ou 62 ans moyennant 40 ans de cotisations. Quand un banquier améliore un système de retraites, c’est sûr que de réformes en réformes les perspectives mêmes de retraite risquent de s’éloigner.

La pleine indépendance juridique d’ELSTAT : Elstat est le département qui doit recenser les statistiques grecques de manière détaillée, complète et faire les mises à jour. C’est par ce genre de structure que Bruxelles sait tout sur tout ce qui bouge dans un « Etat » ou une région. Cela vaut aussi bien pour une entreprise que pour les individus. Les recensements se répètent inlassablement et deviennent obligatoires.
Cette collecte de données personnelles et commerciales permet à Bruxelles d’avoir des informations précises et détaillées à distance. Elle pourrait arriver à évaluer votre degré de participation à la prospérité/coût de la société. De même, elle pourrait arriver à dégager le domaine de production le plus prospère et créer des pôles de compétences par région tout en réduisant à terme les polyvalences qui rendent une région autonome et autosuffisante.

Cette collecte de données peut constituer la base qui servirait -si ce n’est déjà fait- à construire l’équivalent d’une comptabilité analytique dans une entreprise. Un foyer finirait par devenir un centre de coût ou de profit pour la société. On ne sait pas si ces informations sont stockées dans le big data auxquelles auraient accès les très grandes entreprises moyennant finance of course… Selon le lieu de leur stockage et leur éventuelle mise à disposition, elles peuvent mettre en danger les secrets professionnels des entreprises locales les rendant ainsi vulnérables à des opérations de rachats forcées etc. Dans tous les cas, ces collectes de données se font évidemment en violation avec les lois nationales de protection des données personnelles et du droit à la vie privée des individus.

Adoption du code de procédure civile, « qui représente une refonte en profondeur des procédures et modalités propres au système de justice civile et peut accélérer considérablement les procédures judiciaires et réduire les coûts dans ce domaine »
Ce point qui n’a l’air de rien est extraordinairement important ! Il faut savoir que le code de procédure civil inclut l’arbitrage.A l’heure des accords transatlantiques qui visent à instaurer la suprématie des firmes transnationales sur les instances étatiques. Sa réforme peut aussi inclure la reprise automatique des accords entre Bruxelles et les États-Unis par exemple.

Voici un extrait d’un article du journal Le Monde sur les tribunaux d’arbitrage :
« Au centre des débats figurait en effet la question très controversée des tribunaux d’arbitrage privé, voulus par les Américains pour régler les différends entre les investisseurs et les États en vue de protéger les entreprises de la législation des États où elles s’installent. »

Ce point est donc STRATEGIQUE par les temps qui courent…On observera par ailleurs le ton du texte qui ne laisse aucune place au législateur grec. Cela s’appelle un ordre de marche incompatible avec une démocratie.

On demande aux grecs un déficit zéro sous la rubrique du budget des retraites… Mission qui sera de plus en plus impossible entre autres à cause des décisions des banques centrales elles-mêmes dont la BCE qui imposent un taux rémunérateur négatif…

Des ordres donnés quant à la gestion interne du pays dans les moindres détails. Tout y passe :
« ouverture des magasins le dimanche, périodes de soldes, propriété des pharmacies, lait et boulangeries, à l’exception des produits pharmaceutiques vendus sans ordonnance qui feront l’objet d’une mise en œuvre à un stade ultérieur, ainsi qu’en ce qui concerne l’ouverture de professions fermées essentielles au niveau macro-économique (par exemple, les transports par ferry) »

Les politiques du marché du travail devraient être alignées sur les meilleures pratiques internationales et européennes : Là c’est le droit du travail, niveau salarial, conditions de travail qui sont touchés. Questions : Que signifie une politique du marché du travail alignée sur les meilleures pratiques internationales ? Les pratiques à bas coûts, travail des enfants etc… ?

« Élaborer un programme de privatisation nettement plus étoffé avec une meilleure gouvernance ; des actifs grecs de valeur seront transférés dans un fonds indépendant qui monétisera les actifs par des privatisations et d’autres moyens. La monétisation des actifs constituera une source permettant le remboursement programmé du nouveau prêt du MES (Monetary European Stability) et générera sur la durée du nouveau prêt un montant total fixé à 50 milliards d’euros, dont 25 milliards d’euros serviront au remboursement de la recapitalisation des banques et d’autres actifs, et 50 % de chaque euro restant (c’est-à-dire 50 % de 25 milliards d’euros) serviront à diminuer le ratio d’endettement, les autres 50% étant utilisés pour des investissements. »

La question qui s’impose au vu de ce paragraphe est de savoir qui va bénéficier des 50 milliards hormis les banques et les firmes transnationales ? On apprenait d’ailleurs aujourd’hui que Vinci était sur les rangs pour le rachat des 15 aéroports grecs…

Un dernier extrait destiné à ceux qui espéraient une remise partielle de dettes : « Le sommet de la zone euro souligne que l’on ne peut pas opérer de décote nominale sur la dette. Les autorités grecques réaffirment leur attachement sans équivoque au respect de leurs obligations financières vis-à-vis de l’ensemble de leurs créanciers, intégralement et en temps voulu. »

»»https://lilianeheldkhawam.wordpress.com/2015/07/14/lintenable-posture-…

Interview de Panagiotis Sotiris, dirigeant d’Antarsya, par la télévision RT : »nous constatons les limites de la pensée du leader de Syriza. Il est évident que la seule autre alternative possible consistait à rompre avec l’Union européenne et à sortir de la zone euro. »

Panagiotis Sotiris, de l’université Egée, qui a assisté à la manifestation de cette nuit a confié à la chaîne RT que le peuple grec avait maintenant l’impression d’avoir été trahi.

RT : Comme vous avez participé à cette manifestation Monsieur Sotiris, dites-nous à quel point les gens sont en colère ? Croyez-vous que les troubles vont se poursuivre ?

Panagiotis Sotiris : l’agitation va continuer dans les jours qui viennent parce que le gouvernement grec a capitulé devant les exigences de nos créanciers européens et a obtenu un nouveau plan de renflouement contre de nouvelles mesures d’austérité, ce qui va accroître la récession et faire encore augmenter le taux de chômage.

Ainsi, dans un proche avenir, nous assisterons à beaucoup plus de protestations, et je ne parle pas de protestations d’anarchistes comme celle dont nous avons été témoins hier. Je parle d’une confrontation avec la société. D’une certaine façon le gouvernement grec a tourné le dos aux couches de la population qui l’ont soutenu, porté au pouvoir et qui ont massivement voté «non» lors du référendum. C’est le principal signal qu’on a vu hier : la rupture de Syriza avec son électorat, avec les composantes de la société qui avaient placé leurs espoirs dans Syriza.

RT : Et quant à Alexis Tsipras, qui admet «désapprouver le projet d’accord sur de nombreux points», pourquoi est-ce qu’il ne croit pas en cet accord ?

Panagiotis Sotiris : Il ne croit pas dans son propre accord parce qu’il très négatif, il contient beaucoup de mesures d’austérité, de réformes néo-libérales, il ne donne pas de place aux procédures démocratiques ou à la souveraineté populaire. C’est comme si le gouvernement n’était, en fait, pas en mesure de gouverner puisque les décisions seront dictées par nos créanciers.

Si de toute évidence, il ne souscrit pas à cet accord, le résultat, c’est qu’il l’a accepté et la raison pour laquelle il l’a acceptée, c’est qu’il n’avait pas d’alternative. Je crois que nous constatons les limites de la pensée du leader de Syriza. Il est évident que la seule autre alternative possible consistait à rompre avec l’Union européenne et à sortir de la zone euro.

RT : Et pourquoi le gouvernement n’a pas pris en considération cette option ?

Panagiotis Sotiris : Il n’était pas prêt à s’y préparer ou même à l’accepter comme une solution possible. Et si vous n’êtes pas prêt à la rupture, alors vous allez capituler. C’est la leçon que nous avons tiré de la Chypre et que Syriza n’a pas retenue.

L’alternative à l’austérité

La capitulation en Grèce n’est pas une fatalité. Contrairement à ce que laissent entendre nombre d’observateurs, ainsi que la direction de Syriza, une alternative existe, mais suppose de remettre en cause le cadre imposé par les créanciers et l’Union européenne. C’est ce que met en avant la Plateforme de gauche de Syriza, dont nous reproduisons ici une partie du programme.

Soumis par la Plateforme de Gauche à la réunion plénière du 10 du groupe parlementaire de Syriza, ce texte est une version réduite d’un programme plus développé qui sera rendu public dans les prochains jours.

Dans un moment crucial comme celui que nous vivons, le gouvernement Syriza n’a pas d’autre choix que de rejeter le chantage des « Institutions » (UE, BCE, FMI) qui veulent  imposer un plan d’austérité, des dérégulations ainsi que des privatisations.

Le gouvernement doit déclarer à ces « Institutions » et proclamer au peuple grec que, même au dernier moment, sans un compromis positif qui s’incarnerait dans un programme mettant fin à l’austérité, injectant suffisamment de liquidés dans l’économie, menant à la reprise économique et incluant un effacement substantiel de la dette, il est prêt à suivre une voie progressiste alternative, qui remet en question la présence de notre pays dans la zone euro et implique une cessation du remboursement de la dette.

Afin de faire face aux pressions et aux exigences inacceptables des créanciers, le processus qui pourrait mener la Grèce hors de la zone euro est une entreprise sérieuse et complexe que le gouvernement et Syriza auraient dû préparer de façon systématique. Or, en raison du blocage tragique qui prévaut sur cette question à la fois au sein du gouvernement et du parti, cette tâche n’a pas été menée à bien.

Cependant, le gouvernement peut et doit, même maintenant, répondre au chantage des « Institutions » en les plaçant devant cette alternative : soit un programme sans nouvelles mesures d’austérité, fournissant des liquidités et menant à l’annulation de la dette, soit la sortie de l’euro, accompagnée d’un défaut de paiement de cette dette injuste et insoutenable.

Si les circonstances l’exigent, le gouvernement a la possibilité, même à ce jour – et il dispose d’ailleurs du minimum de liquidités nécessaires – de mettre en place un programme transitoire vers une monnaie nationale, qui lui permettrait d’honorer ses engagements vis-à-vis du peuple grec, en adoptant notamment les mesures suivantes :

  1. Une réorganisation radicale du système bancaire, sa nationalisation sous contrôle social, et sa réorientation vers des objectifs de croissance.
  2. Un refus absolu de toute austérité budgétaire (que ce soit sous la forme d’excédents primaires ou de budgets équilibrés) afin de répondre de façon efficace à la crise humanitaire, de satisfaire les besoins sociaux, de rebâtir l’État social et de sortir l’économie du cercle vicieux de la récession.
  3. La mise en œuvre des premières mesures menant à la sortie de l’euro, ainsi qu’à l’annulation de la plus grande partie de la dette. Il existe des marges de manœuvre pouvant conduire à un nouveau modèle économique orienté vers la production, la croissance ainsi qu’à un changement dans le rapport de forces social qui profiterait aux travailleurs et aux classes populaires.

Dans les conditions présentes, la sortie de la zone euro est un processus ardu mais réalisable, qui permettra au pays d’avancer sur une voie différente, loin des mesures inacceptables que renferme le plan Juncker.

Nous devons mettre l’accent sur le fait qu’une sortie de l’euro n’est pas une fin en soi, mais la première étape d’un processus de transformation sociale, de rétablissement de la souveraineté nationale et de progrès économique qui allierait croissance et justice sociale. Cela fait partie d’une stratégie d’ensemble qui s’appuie sur le redressement productif, la stimulation des investissements, ainsi que la reconstitution de l’Etat social et de l’Etat de droit.

Face à l’attitude intransigeante des créanciers, dont l’objectif est de contraindre le gouvernement Syriza à la capitulation totale, la sortie de l’euro est un choix juste d’un point de vue à la fois politique et éthique.

Enfin, cette sortie est une voie qui implique une confrontation avec des intérêts puissants aux niveaux national et international. C’est pourquoi le facteur le plus important dans la gestion des difficultés qui se font jour est la détermination de Syriza à mettre en œuvre son programme, puisant sa force dans le soutien populaire.

Afin de préciser cette perspective, voici quelques-uns des aspects positifs d’une sortie de l’euro :

  • Le rétablissement de la souveraineté monétaire, qui signifie automatiquement une capacité retrouvée à injecter des liquidités dans l’économie. Il n’y aucun autre moyen de briser l’étau de la BCE sur la Grèce.
  • L’élaboration d’un plan s’appuyant sur l’investissement public, ce qui n’empêchera pas pour autant le développement parallèle de l’investissement privé. La Grèce a besoin d’une relation nouvelle et productive entre les secteurs public et privé pour prendre le chemin du développement durable. La réalisation d’un tel projet passe nécessairement par un rétablissement des liquidités couplé à l’épargne nationale.
  • La reconquête du marché intérieur et le recul des importations redynamisera et renforcera le rôle des PME, qui ont toujours constitué la cheville ouvrière de l’économie grecque. Dans le même temps, les exportations seront stimulées par l’introduction d’une monnaie nationale.
  • L’Etat se trouvera libéré du carcan de l’Union Economique et Monétaire (UEM) en matière de politiques fiscale et monétaire. Il sera en mesure d’alléger sensiblement le poids de l’austérité, sans pour autant restreindre l’approvisionnement en liquidités. Cela permettra également à l’Etat d’adopter des mesures de justice fiscale et de redistribution des richesses et des revenus.
  • La reprise d’une croissance accélérée après les premiers mois difficiles. Les ressources inactives du fait de sept années de récession pourront rapidement être mobilisées afin de renverser la désastreuse politique des mémorandums, à condition de disposer des liquidités suffisantes, ainsi que d’une stimulation de la demande. Ce qui rendra possible un recul systématique du taux de chômage et une augmentation des revenus.

Enfin, en quittant l’UEM, la Grèce n’en sera pas moins européenne, elle suivra toutefois une voie différente de celle que suivent les pays du noyau de l’UE, une option qui est déjà suivie depuis un certain temps par des pays tels que la Suède ou le Danemark.  Non seulement la sortie de l’UEM n’isolera pas notre pays, mais elle nous permettra, au contraire, de jouer un nouveau rôle sur la scène internationale ; un rôle basé sur l’indépendance et la dignité, bien loin de la position de paria insignifiant, imposée par les politiques néolibérales des mémorandums.

Le processus de sortie de l’UEM exige évidemment une légitimité politique et un soutien populaire. Le référendum a démontré la volonté du peuple de refuser une fois pour toutes l’austérité, faisant fi des obstacles dressés par les élites nationales et internationales.

Il est clair à présent que notre gouvernement a été poussé hors de l’euro en raison du refus définitif, de la part de l’Union européenne, d’accepter des propositions raisonnables concernant l’allègement de la dette, la fin de l’austérité et le sauvetage de l’économie et de la société grecques, comme l’a démontré le nouvel ultimatum envoyé dans la foulée du référendum.

Traduit par Soraya Guénifi

 

Grèce : de l’absurde au tragique

Stathis Kouvélakis est membre du comité central de Syriza, et enseigne la théorie politique à King’s College (Londres).

Quiconque vit actuellement, ou se contente de suivre, les derniers développements en Grèce ne comprend que trop bien le sens d’expressions telles que « moments critiques », « climat de tension », « rupture dramatique », ou encore « situation-limite ». Compte tenu des événements qui se déroulent depuis lundi, un nouveau mot devra être ajouté à la liste : l’« absurde ».

Le terme peut paraître étrange, ou exagéré. Mais comment caractériser autrement le renversement total du sens d’un événement aussi extraordinaire que le référendum du 5 juillet, quelques heures seulement après sa conclusion, par ceux-là même qui l’avaient initié ?

Comment expliquer que les dirigeants de Nouvelle démocratie et de To Potami, respectivement Vangelis Meïmarakis et Stavros Theodorakis – chefs du camp qui a été battu de manière écrasante dimanche dernier –, soient devenus les porte-parole officiels de la ligne qui est actuellement défendue par le gouvernement grec ? Comment est-il possible que le Non fracassant au mémorandum austéritaire puisse être interprété comme le feu vert à un nouveau mémorandum ? Pour le dire simplement : si le gouvernement était disposé à signer un accord encore plus défavorable et contraignant que celui proposé il y a deux semaines par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, à quoi bon le référendum et le combat pour la victoire du Non ?

Le sentiment d’absurdité n’est toutefois pas le simple produit de ce renversement inattendu. Il découle en premier lieu du fait que tout survient « comme s’il ne s’était rien passé », comme si le référendum était une sorte d’hallucination collective qui avait soudainement pris fin, nous laissant reprendre librement nos activités antérieures. Néanmoins, comme nous ne sommes pas tous devenus amnésiques, donnons-nous la peine de nous livrer à un bref rappel de ce qui s’est passé durant les derniers jours.

Dimanche dernier donc, le peuple grec a ébranlé l’Europe et le monde. En répondant massivement à l’appel de son gouvernement, et dans des conditions vraiment exceptionnelles (banques fermées, contrôle des capitaux, retraits plafonnés à 60 euros par jour, retraites et allocations partiellement versées), a voté très largement « non » aux propositions humiliantes et exorbitantes des créanciers. Aussi bien l’ampleur du « non » que sa composition qualitative, à savoir la majorité écrasante obtenue parmi les travailleurs, les classes populaires et la jeunesse, donnent à voir la profondeur des transformations qui sont à l’œuvre, ou plutôt qui se sont cristallisées, en un temps très court, dans la société grecque.

Les mobilisations de masse de vendredi dernier, le climat de mobilisation « par en bas » qui a prévalu la semaine dernière, sans même parler de la vague enthousiaste de solidarité internationale, témoignent du potentiel énorme libéré par le choix de la confrontation plutôt que de la retraite.

Mais dès lundi matin, alors même que l’écho des cris de victoire sur les places publiques du pays s’était à peine tu, le théâtre de l’absurde a commencé. Sous l’égide du président de la République, Prokopis Pavlopoulos, qui avait très activement pris parti pour le Oui, le gouvernement a convoqué les dirigeants des partis défaits battus pour élaborer un cadre de négociation faisant de l’euro une ligne rouge indépassable, et déclarant en particulier qu’il n’avait aucun mandat pour quitter l’union monétaire.

Encore embrumée par la joie de dimanche, l’opinion publique a vu les représentants des 62% se soumettre à ceux des 38% et cela immédiatement après une victoire éclatante pour la démocratie et la souveraineté populaire.

Mardi, le gouvernement s’est rendu à Bruxelles pour une réunion extraordinaire de l’Eurogroupe sans aucune nouvelle « proposition » dans ses bagages et, comme prévu, il s’est trouvé confronté à un nouvel ultimatum, plus brutal encore que le précédent. Le lendemain, Euclid Tsakalotos a inauguré ses fonctions de ministre des Finances – nous ne nous arrêterons pas ici, par souci de brièveté, sur la démission de Yanis Varoufakis, remarquant simplement qu’il s’agissait d’une exigence des créanciers – en envoyant au MES (Mécanisme de stabilité européenne), l’organisation qui gère la plus grande part de la dette grecque, une lettre demandant un nouveau prêt de 50 milliards d’euros, un prêt qui doit s’accompagner bien sûr d’un troisième mémorandum. Il est ainsi prévu que le Parlement commence à voter lundi les lois d’application des engagements stipulés dans le Mémorandum.

La lettre de Tsakalotos précise par la suite que la Grèce s’engage à « honorer en temps et en heure l’intégralité de ses obligations financières à l’égard de tous ses créanciers ». Il est évident que malgré les assurances, après la proclamation du référendum, selon lesquelles les discussions reprendraient de zéro, les « négociations » continuent au point exact où elles avaient été laissées, la partie grecque faisant de plus en plus de concessions à leurs adversaires.

Le même jour, dans l’attente des nouvelles « propositions » grecques, qui, selon la novlangue des « institutions » européennes se devaient d’être « dignes de confiance » et « détaillées », le Premier ministre Alexis Tsipras s’est adressé au Parlement européen et a déclaré : « si mon objectif avait été de mener la Grèce hors de l’euro, je n’aurais pas, immédiatement après la fin du scrutin, fait les déclarations que j’ai faites et interprété le résultat du référendum, non comme un mandat pour rompre avec l’Europe, mais comme un mandat pour renforcer nos efforts de négociation afin de parvenir à un meilleur accord ».

Cette déclaration revient à reconnaître, d’une manière plus ou moins franche, que le résultat du référendum a été interprété avec un but spécifique en tête, à savoir la négociation à tout prix et l’évitement d’une rupture.

Dans le même discours, le Premier ministre résume la philosophie qui a présidé, durant toutes ces dernières, à la ligne suivie la partie grecque et que le référendum n’a guère modifié :

Avec ces propositions, nous nous sommes évidemment fortement engagés à atteindre les objectifs fiscaux requis par les règles, parce que nous reconnaissons, et respectons, le fait que la zone euro a des règles. Mais nous nous réservons le droit de choisir, le droit d’être en mesure, en tant que gouvernement souverain, de décider où nous concentrerons ou augmenterons le fardeau fiscal, dans le but d’atteindre les objectifs fiscaux requis.

Le cadre est donc posé : il s’agit de mesures restrictives visant à obtenir des excédents fiscaux en vue du remboursement de la dette. C’est incontestablement le cadre tel qu’il a été défini par les deux mémorandums qui ont précédé. Le désaccord porte uniquement sur la dite « répartition du fardeau ». Celle proposée par Alexis Tsipras implique une variante de l’austérité (prétendument) « plus juste socialement », qui sera présentée comme une forme de « redistribution » alors même qu’elle prolongera la récession – toute référence aux engagements interdisant l’acceptation de mesures récessionnistes ayant été effacée – et approfondira la paupérisation du plus grand nombre.

Alors que ces propos suaves achevaient de détruire ce qui restait des engagements programmatiques de Syriza, l’état de siège que subit le pays ne cessait de s’aggraver. Dès lundi, la BCE a maintenu la fermeture du robinet des liquidités et diminué encore davantage la valeur des titres bancaires grecs, ce qui conduit immanquablement à l’effondrement des banques du pays.

Pourtant, malgré la gravité de la situation et en dépit du fait que l’instauration du contrôle des capitaux a permis de parcourir une partie du chemin, personne – à l’exception de Costas Lapavitsas et de quelques cadres de la Plateforme de gauche – ne parle des mesures simples et évidentes d’auto-protection nécessaires en de telles circonstances, à commencer par le contrôle public et la nationalisation du système bancaire.

L’explication est évidemment très simple : toute mesure de ce type placerait la Grèce partiellement en dehors de l’Euro, ce à quoi le gouvernement ne consent en aucune manière, malgré les déclarations d’économistes mainstream comme Paul Krugman pour qui « la plus grande partie du coût [d’un Grexit] a été acquittée », la Grèce pouvant désormais en « récolter les bénéfices ».

Une conclusion évidente émerge de tout ce qui précède : par les décisions prises cette semaine, le gouvernement s’est purement et simplement retrouvé dans le piège dans lequel il était pris avant l’annonce du référendum, cette fois dans une position encore moins favorable, soumis à la pression d’un étranglement financier encore plus impitoyable. Il est ainsi parvenu à dilapider en un temps record le précieux capital politique créé par la victoire du 5 juillet. Il se trouve sous l’emprise de ceux qui s’y étaient opposés et qui ont toutes les raisons de se sentir légitimés, malgré leur déculottée électorale.

Reste que le référendum a bien eu lieu. Il ne s’agit pas d’une hallucination dont chacun serait revenu. Au contraire, l’hallucination consiste dans la tentative de rabaisser le référendum, en en faisant un simple moyen de « relâcher la pression », avant de reprendre le chemin qui conduit tout droit à un troisième mémorandum.

Or c’est bien dans cette voie suicidaire que le gouvernement s’est s’engagé. Hier, tard dans la soirée, il a envoyé par courrier électronique à tous les membres du Parlement un texte d’une douzaine de pages, rédigé à la hâte en anglais par des experts envoyés par le gouvernement français, s’appuyant sur la demande de prêt de 50 milliards d’euros faite par Tsakalotos.

Il s’agit tout simplement d’un nouveau plan d’austérité – en fait un copier-coller du plan Juncker rejeté par les électeurs il y a quelques jours. Ses grandes lignes ne sont que trop familières : excédents primaires, coupes dans les retraites, augmentation de la TVA et autres taxes, et une poignée de mesures visant à lui donner une petite touche de « justice sociale » (par exemple une augmentation de deux points de l’impôt sur les bénéfices des sociétés). Le document a été validé par la plupart des principaux ministres, à l’exception de Panos Kammenos, dirigeant du parti souverainiste des Grecs Indépendants (ANEL), et de Panagiotis Lafazanis, leader de la Plateforme de gauche.

Le Parlement a été réuni pour voter sur ce texte aujourd’hui, suivant les mêmes procédures d’urgence que celle dénoncées avec véhémence par Syriza par le passé. À bien des égards, ce processus peut être considéré comme un « coup parlementaire », puisqu’on soumet au vote du Parlement un texte qui n’est ni une proposition de loi, ni une convention internationale, donnant ainsi carte blanche au gouvernement pour signer n’importe quel accord de prêt, avec le Mémorandum qui l’accompagne. Mais cette validation par le Parlement a été explicitement posée comme condition préalable à toute reprise des négociations par le ministre des Finances allemand Wolfang Schäuble.

Comme on pouvait le prévoir, et tel était bien le but recherché, l’accord proposé a déclenché un tollé au sein de Syriza. Pour l’heure, les réactions les plus virulentes viennent principalement de la Plateforme de gauche et d’autres courants à la gauche de Syriza, comme le KOE, organisation maoïste qui compte quatre députés. Au cours de la réunion du groupe parlementaire de Syriza, qui s’est tenue aujourd’hui, Lafazanis, ministre de l’Energie et chef de file de la Plateforme de gauche, a déclaré que l’accord était « incompatible avec le programme de Syriza » et qu’il « n’offrait pas de perspective positive au pays ». Les ministres de la Plateforme de gauche devraient donc démissionner aujourd’hui.

Thanassis Petrakos, l’un des trois porte-parole du groupe parlementaire de Syriza et figure importante de la Plateforme de gauche a quant à lui déclaré:

Le « non » au référendum est un « non » radical et  un « non » de classe. Certains camarades haut placés insistent sur la logique selon laquelle « il n’y a pas d’autre choix ». Nous devrions nous préparer à quitter l’Eurozone et le dire clairement aux gens. La gauche a un avenir lorsqu’elle déploie ses ailes face à l’inconnu, pas lorsqu’elle se soumet au néant. Ceux qui insistent sur le choix de rester dans l’euro coûte que coûte savent que cela conduit au désastre. Nous avons besoin d’une sortie préparée pour ouvrir une nouvelle voie. Les premiers pas sont le contrôle public des banques et de la banque centrale grecque, ainsi que des mesures sévères à l’égard de l’oligarchie.

Varoufakis se serait également opposé à l’accord, tout comme certains membres du groupe des « cinquante trois » (l’aile gauche de la majorité au Parlement), bien que lors d’une réunion qui s’est tenue hier, un fossé important est apparu entre la base et les cadres intermédiaires, très opposés à l’accord, et les députés, plus enclins à le soutenir. Le vote qui aura lieu en fin de soirée sera certainement crucial pour les développements à venir, mais également pour l’avenir de Syriza.

Quelle que soit la tournure que prendront les événements lors des prochaines heures et des prochains jours, une chose est claire : toute tentative pour réduire à néant la volonté populaire d’en finir avec l’austérité et les mémorandums revient à une forme d’hubris, au sens ancien du terme en grec. Quiconque décide de conduire le pays, et la gauche, à la capitulation et au déshonneur, doit donc être prêt à faire face à Némésis.

Traduit par Soraya Guénifi et Ugo Palheta

 

« Jamais je ne pourrai voter et légitimer le contenu de l’accord »

13 juillet par Zoe Konstantopoulou

Discours de Zoé Konstantopoulou, présidente du parlement grec, sur le projet soumis par le gouvernement aux créanciers le 11/07/2015

Mesdames et messieurs, chers collègues,

En de pareils instants, nous devons agir et parler avec sincérité institutionnelle et courage politique.

Nous devons assumer chacune et chacun la responsabilité qui nous revient.

Protéger, comme notre conscience nous y oblige, les causes justes et les droits sacrés, inviolables et non négociables de notre peuple et de notre société.

Sauvegarder l’héritage de ceux qui ont donné leur vie et leur liberté pour que nous vivions aujourd’hui libres.

Préserver l’héritage des nouvelles générations et celles à venir ainsi que la civilisation humaine, de même que ces valeurs inaliénables qui caractérisent et donnent un sens à notre existence individuelle et collective.

La façon dont chacun choisit de décider et d’agir peut varier, mais personne n’a le droit de se moquer, de dégrader, de dénigrer ou d’utiliser à une fin politique les décisions qui sont issues d’un processus et d’une épreuve qui touchent au cœur de notre existence.

Nous toutes et tous sommes et serons jugés au regard de notre attitude et de nos décisions, de nos oui et de nos non, de nos actes et de nos omissions, de notre cohérence, de nos résistances, de notre abnégation et de notre désintéressement.

Depuis cinq mois, le Gouvernement, qui a comme tronc la Gauche et comme noyau les forces anti-mémorandum, livre un combat inégal dans des conditions d’asphyxie et de chantage contre une Europe qui a trahi les objectifs inscrits dans ses statuts, à savoir le bien-être des peuples et des sociétés, une Europe qui utilise la monnaie commune, l’euro, non pas comme moyen d’atteindre le bien-être social, mais comme levier et instrument d’assujettissement et d’humiliation des peuples et des gouvernements rebelles, une Europe qui est en train de se transformer en une prison cauchemardesque pour ses peuples alors qu’elle a été construite pour être leur maison hospitalière commune.

Le peuple grec a confié à ce Gouvernement la grande cause de sa libération des chaînes du mémorandum, de l’étau de la mise sous tutelle et de la mise sous surveillance qui a été imposée à la société sous le prétexte de la dette, une dette illégale, illégitime, odieuse et insoutenable, dont la nature, comme l’ont démontré les conclusions préliminaires de la Commission pour la Vérité de la Dette Publique, était déjà connue par les créanciers depuis 2010.

Une dette qui n’a pas surgi comme un phénomène météorologique, mais qui a été créée par les gouvernements précédents avec des contrats entachés de corruption, avec des commissions, des pots-de-vin, des clauses léonines et des taux d’intérêt astronomiques dont ont tiré bénéfice des banques et des compagnies étrangères.

Une dette que la Troïka, en accord avec les précédents gouvernements, a transformée frauduleusement de dette privée en dette publique, sauvant ainsi les banques françaises et allemandes mais aussi les banques privées grecques, condamnant le peuple grec à vivre dans des conditions de crise humanitaire, et en mobilisant et rétribuant pour ce faire les organes de la corruption chargés de terroriser et tromper les citoyens.

Cette dette, que ni le peuple ni le gouvernement actuel n’ont ni créée et gonflée, est utilisée depuis cinq ans comme instrument d’asservissement du peuple par des forces qui agissent à l’intérieur de l’Europe dans le cadre d’un totalitarisme économique.

Au mépris de la morale et du droit, l’Allemagne n’a pas acquitté jusqu’à aujourd’hui ses dettes à la petite Grèce résistante dont l’histoire reconnaît l’attitude héroïque. Des dettes qui dépassent la dette publique grecque et représentent un montant de 340 milliards d’euros selon les calculs modérés de la Commission de la Cour des Comptes qui a été créée par le gouvernement précédent, quand la prétendue dette publique grecque a été chiffrée à 325 milliards d’euros. L’Allemagne a bénéficié du plus grand effacement de dette après la Seconde Guerre Mondiale afin qu’elle se remette sur pied, avec le concours généreux de la Grèce. Or, c’est cette même Allemagne qui a accordé sa protection à des responsables d’entreprises coupables d’actes de corruption avec les précédents gouvernements et leurs partis politiques, comme Siemens, et elle les a protégés en les soustrayant à la justice grecque.

Pourtant, l’Allemagne se comporte comme si l’Histoire et le peuple grec avaient des dettes envers elle, comme si elle voulait prendre sa revanche historique pour ses atrocités, en appliquant et en imposant une politique qui constitue un crime non seulement envers le peuple grec, mais aussi un crime contre l’humanité, au sens pénal du terme car il s’agit ici d’une agression systématique et de grande envergure contre une population avec l’objectif bien prémédité de produire sa destruction partielle ou totale.

Et malheureusement, alors qu’ils devraient se montrer à la hauteur de leurs responsabilités et du moment historique, des gouvernements et des institutions se rendent complices de cette agression.

Mesdames et messieurs, chers collègues,

Soumettre le peuple et le gouvernement à des conditions d’asphyxie et à la menace d’une violente faillite, par la création artificielle et préméditée des conditions d’une catastrophe humanitaire, constitue une violation directe de toutes les conventions internationales qui protègent les droits de l’Homme, de la Charte de l’ONU, des Conventions européennes, mais aussi des Statuts mêmes de la Cour pénale internationale.

Le chantage n’est pas une fatalité. Et la création et la mise en place de conditions dont le but est de supprimer le libre arbitre, ne permet à personne de parler de liberté de « choix ».

Les créanciers font du chantage sur le gouvernement. Ils agissent frauduleusement alors qu’ils savaient depuis 2010 que la dette n’était pas soutenable. Ils agissent consciemment, puisqu’ils reconnaissent dans leurs déclarations la nécessité de l’octroi d’une aide humanitaire à la Grèce. Une aide humanitaire pour quelle raison ? Pour une catastrophe naturelle imprévue et inattendue ? Un séisme imprévu, une inondation, un incendie ?

Non. Une aide humanitaire qui est la conséquence de leur choix conscient et calculé de priver le peuple de ses moyens de subsistance, en fermant le robinet des liquidités, en représailles à la décision démocratique du Gouvernement et du Parlement d’organiser un référendum et donner la parole au peuple pour qu’il décide lui-même de son avenir.

Le peuple grec a honoré le Gouvernement qui lui a fait confiance ainsi que le Parlement qui lui a donné le droit de prendre sa vie et son destin entre ses mains. Il a dit un NON courageux et fier,

NON aux chantages,

NON aux ultimatums,

NON aux memoranda de l’assujettissement,

NON au paiement d’une dette qu’il n’a pas créée et dont il n’est pas responsable,

NON à des nouvelles mesures de misère et de soumission.

Ce NON, les créanciers persistent obstinément à vouloir le transformer en OUI, avec la complicité perfide de ceux qui sont responsables de ces memoranda et qui en ont tiré profit, ceux qui ont créé la dette.

Ce NON du peuple nous dépasse toutes et tous et nous oblige à défendre son droit à lutter pour sa vie, lutter pour ne pas vivre une vie à moitié ou une vie servile, pour être fier de tout ce qu’il va laisser à ses successeurs et à l’humanité.

Le Gouvernement est aujourd’hui objet d’un chantage afin de lui faire accepter tout ce qu’il ne veut pas, qui n’émane pas de lui et qu’il combat. Le Premier Ministre a parlé avec sincérité, courage, franchise et désintéressement. Il est le plus jeune Premier Ministre et il est aussi celui qui a lutté comme aucun de ses prédécesseurs pour les droits démocratiques et sociaux du peuple et des nouvelles générations, qui a représenté et représente notre génération et lui donne espoir. Je l’honore et je continuerai toujours de l’honorer pour son attitude et ses choix. Et en même temps, je considère de ma responsabilité institutionnelle, en tant que Présidente du Parlement, de ne pas fermer les yeux et feindre ne pas comprendre le chantage. Jamais je ne pourrai voter et légitimer le contenu de l’accord et je crois que la même chose vaut et vaudra pour le Premier Ministre, qui est aujourd’hui l’objet d’un chantage utilisant l’arme de la survie de ce peuple. Je crois que la même chose vaut pour le Gouvernement et les groupes parlementaires qui le soutiennent.

Ma responsabilité envers l’histoire dans cette institution, je l’assume en répondant « présente » au débat et au vote d’aujourd’hui. Je considère ainsi que je suis plus utile au peuple, au Gouvernement et au Premier Ministre, aux générations futures et aux sociétés européennes, en exposant au grand jour les véritables conditions dans lesquelles le parlement est appelé à prendre des décisions et en refusant le chantage, au nom de l’alinéa 4 de l’article 120 de la Constitution.

Le peuple grec est le deuxième à subir une telle agression à l’intérieur de la zone euro. Il a été précédé par Chypre en mars 2013.

La tentative d’imposer des mesures que le peuple a rejetées par référendum, en utilisant le chantage de la fermeture des banques et la menace de la faillite, constitue une violation brutale de la Constitution et qui prive le Parlement des pouvoirs que lui attribue cette même Constitution.

Chacun et chacune a le droit et a le devoir de résister. Aucune résistance dans l’histoire n’a été facile. Cependant, nous avons demandé le vote et la confiance du peuple pour affronter les difficultés et c’est face à ces difficultés que nous devons maintenant réussir. Et sans avoir peur.

Traduction : Yorgos Mitralias relue par Patrick Saurin.

Zoe Konstantopoulou avocate et femme politique grecque. Députée du parti de la gauche radicale Syriza, qui a gagné les élections législatives du 25 janvier 2015 en Grèce, a été élue le 6 février 2015 présidente du parlement. Elle est, à trente-huit ans, la plus jeune présidente de la Vouli et la deuxième femme seulement à exercer cette fonction.)

Puis pour faire bonne mesure, je vous raconte la généalogie de ceux qui voudraient ( ou auraient voulu ?) privatiser les services publics en Grèce.

D’un côté un pays surendetté, de l’autre un empire dévorant, on pose le tout.. et on voit, à moins que l’on ait une vision déficiente.

Voici :

« L’institut pour le développement qui est censé privatiser une partie des services publics grecs est une filiale de la banque KFW, propriété du gouvernement allemand….

Basée au Luxembourg, cet organisme est présidé par Schauble, leader de la ligne dure contre Alexis Tsipras

Parmi le comité dirigeant, on retrouve aussi Sigmar Gabriel, ministre allemand de l’économie ».

Cette banque, KFW, vue par Le Monde :

http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/06/19/la-kfw-la-banque-la-plus-sure-d-europe_1720941_3234.html

Mais si c’est Mediapart qui le dit :

http://blogs.mediapart.fr/blog/bruno-carbone/130715/les-dirigeants-allemands-voulaient-confier-le-fonds-de-privatisations-grecques-la-banque-la-plus
Certes cela ne peut assombrir le tableau, au noir se surajoute le noir, le résultat est noir quand même.

Et on n’a sûrement pas fini d’en découvrir. Mais à force, chacun finira bien par comprendre… source : http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/zoe-yanis-alexis-et-les-autres-169827

La leçon grecque – par les économistes atterés (extraits)

La nature de la zone euro

Le texte imposé à la Grèce, comme la conduite des négociations, posent la question de la nature de la zone euro. L’Allemagne, forte de ses excédents commerciaux,  ses chevau-légers (la Finlande, la Slovaquie, les pays baltes, etc.), la Commission, la BCE ont imposé leurs vues… avec la bénédiction des dirigeants de l’ensemble des États membres.  Pour eux, l’euro est indissociable de politiques d’austérité et de réformes structurelles libérales menées sous la tutelle de la technocratie européenne, dans le respect des règles des traités. Les votes qui peuvent avoir lieu au niveau des nations n’ont aucune importance. La question démocratique est posée. Les pays de la zone euro sont-ils maintenant sous protectorat allemand ou sont-ils gouvernés par la technocratie libérale, sous la menace des marchés financiers? L’expérience montre qu’il est vain d’évoquer « un gouvernement économique de la zone euro » puisque, pour être validé par l’Allemagne, ce gouvernement devra accepter le Traité budgétaire et les réformes libérales, un tel gouvernement ne serait qu’une arme supplémentaire contre l’autonomie des politiques économiques nationales. L’expérience montre les dangers de tout renforcement fédéraliste dans ce contexte : il n’est pas acceptable  qu’un pays se voie imposer de l’extérieur une dégradation de sa protection sociale ou de son droit du travail. À l’avenir, les partis politiques, les mouvements sociaux, les peuples qui voudront mettre en œuvre une autre politique sauront qu’ils devront ouvrir une crise en Europe.

Grèce : chronique d’un épouvantable gâchis …

stats-frDécidément, me voilà encore une fois à contre-courant de mon parti. Quand de très nombreux camarades crient leur soulagement de voir un accord maintenant entériné entre la Grèce et l’Eurogroupe, je suis moi circonspect et je vois les derniers événements comme un épouvantable gâchis. Quand de nombreux camarades idolâtrent le génie tactique de Tsipras, je vois moi un homme honnête et courageux mais qui refuse de prendre le risque d’aller jusqu’au bout de la démarche et de véritablement engager un processus capable d’extirper pour de bon la Grèce de cette prison miteuse de l’austérité. Au risque de me faire un poil provocateur, le réformisme ambiant qui condamne le parti à la survie depuis de trop longues années éclate aux yeux de tous. Un parti, mon parti, qui ne croit plus dans le fond aux actes révolutionnaires. Mon parti qui préfère soutenir aveuglement une nouvelle formule de la social-démocratie, plus acceptable certes, moins sournoise c’est vrai, mais beaucoup trop sage pour espérer un changement réel qui aurait permis à la Grèce d’entrer dans une nouvelle ère. Les mots sont durs, insultants envers le parti communiste grec (KKE) à l’inverse. Je ne suis pas toujours d’accord avec son positionnement. Je ne soutiens pas toujours ses prises de décisions et ses stratégies. Mais on peut au moins avoir l’humilité de respecter nos camarades grecs, eux qui sont capables de soulever des foules impressionnantes et qui affichent depuis toujours une constance remarquable dans la juste critique du capitalisme. Contrairement aux postures hypocrites que l’on a pu entendre, le superbe résultat du référendum n’était pas un simple petit mandat populaire pour continuer les négociations et éviter absolument l’exclusion de la zone euro. C’est l’espoir d’un temps nouveau, du retour à une vie meilleure que les grecs ont exigé au travers de ce choix incontestable.

D’ailleurs les premières réactions de citoyens grecs sur les marchés, quelques heures après la signature de l’accord, sont claires. La tonalité est globalement celle-ci : nous avons le sentiment que rien ne va vraiment changer. Certains osent même : on se sent trahi par la gauche. Bref c’est assez largement la déception qui prévaut. J’ai aussi été frappé par ce texte de l’historien Panagiotis Grigoriou, qui a déjà signé des tribunes dans le Monde Diplomatique et qui tient depuis le début de la crise grecque un blog. Je le cite : «  Mémorandum, alors troisième du genre (humain). La majorité Tsipriote a fait passer “son” texte à l’Assemblé, grâce au soutien des partis systémiques du trop vieux pays, ceux du ‘OUI’ et du 35%. Démocratie spoliée… sous le régime de l’authentique hétéronomie européiste. Dix-sept députés SYRIZA, dont le ministre de l’Énergie, Panagiótis Lafazánis, ont voté ‘NON’ ou ils se sont abstenus. Le gouvernement vacille sans tomber (pour l’instant), le pays, de nouveau suspendu sur la corde raide attend son sort, ou n’attend plus grand-chose, d’Eurogroupe en Eurogroupe. La rue grecque est sous le choc. “Voilà… c’était alors cela le ‘NON’ du peuple ? Quelle honte ! En plus, les mesures du mémorandum seront encore plus lourdes à supporter et payer. Tsípras est terminé… il a fait comme tous les autres salauds”, réaction de Maria employée supposée petite car paupérisée par… essence, samedi matin à Méthana, dans le Golfe Saronique. »

Cependant, que prennent garde celles et ceux qui auraient l’audace discourtoise de remettre en cause Tsipras et sa manœuvre. On ne comprend forcément rien, on est forcément excessif, sans doute n’est-on pas vraiment Charlie. J’exagère, je provoque mais pour raison de salubrité publique. L’unanimisme de la pensée, une pensée décrétée bonne, légitime et qu’il faut donc suivre, devient ce processus qui cadenasse l’opinion, qui empêche de pouvoir nous écharper comme il le faudrait sur des sujets aussi cruciaux. Car je le dis très clairement, cet acte grec, n’est que le premier de la tragédie européenne. Autant se le dire sans détour, nous savons ce qui nous attend, nous français, dans les mois et années à venir car, à bien des égards, la situation est similaire. Et lorsque cela arrivera, en tant que militant communiste, je ne serais pas au premier rang pour applaudir la signature d’un accord inique qui condamne tout un peuple, mais à doses homéopathiques. Encore que l’homéopathie dans ce cas précis n’est peut-être pas forcément la meilleure des comparaisons. D’ici mercredi visiblement, différents projets de loi vont être déposés pour afficher une série de gages de bonne foi vis à vis des institutions européennes, avant de pouvoir toucher le moindre centime. Retraite à 67 ans, TVA à 23 %, 50 milliards d’euros de privatisations. En contre-partie un rééchelonnement de la dette (pas d’annulation partielle à l’ordre du jour) dont les modalités n’ont pas encore été fixées, et un plan d’aide européen de 82 milliards d’euros sur trois ans. On comprend donc que la soupe soit à ce point ragoutante pour une grande partie des grecs. L’austérité devient donc longue comme un jour sans pain. Voyons les choses en face, loin des discours de complaisance, même si l’objectif de rééchelonner la dette est atteint (bien qu’on ne connaisse pas encore la méthode), le problème de fond des grecs ne sera toujours pas réglé. Une monnaie qui tue tout espoir d’être à minima compétitif, des traités budgétaires européens qui empêcheront toute politique de relance … Bref aucun levier économique ou monétaire susceptible de redonner espoir en l’avenir. Il s’agit pourtant là du défi majeur qui attend la Grèce et son peuple. C’est cette responsabilité que Tsipras refuse d’endosser. C’est cette responsabilité que les dirigeants progressistes membres du PGE refusent d’affronter.

Il faudra pourtant bien un jour l’admettre, beaucoup sont obligés de défendre ardemment les derniers événements grecs parce qu’ils et elles refusent de reconnaître et d’accepter ce qui devient une évidence pour tout le monde : l’euro est un fardeau qui condamne l’essentiel de l’Europe, hormis l’Allemagne et ses pays ateliers de l’est, au cauchemar de l’austérité à perpétuité. La France aurait du, si elle avait un vrai gouvernement courageux et soucieux de l’intérêt du plus grand nombre, prendre la tête de cette bataille. Très vite, les pays de l’Europe du sud auraient rejoint la fronde et ainsi un rapport de force sérieux aurait pu voir le jour sur le vieux continent. Je suis aujourd’hui convaincu qu’il n’y a aucun avenir au sein de cet Union Européenne et au cœur d’un système monétaire qui n’est autre qu’une camisole de force pour la Grèce tout comme pour la France. Nous avons en quelque sorte un avenir commun avec la Grèce. Notre avenir est dans un partenariat étroit avec l’axe Sino-Russe. Notre avenir est dans un grand projet de co-développement avec le grand Maghreb. Notre avenir est dans un partenariat serré avec la Grèce, l’Italie, l’Espagne et le Portugal avec lesquels, pourquoi pas, nous pourrions aller vers l’établissement d’une monnaie commune et non unique ainsi que des accords douaniers pour contre-carrer le rouleau compresseur économique allemand. Nous devons être à l’avant garde d’un grand projet méditerranéen. Petite parenthèse, cela nous permettrait peut-être aussi de gérer avec beaucoup plus d’humanité, de courage et d’efficacité la problématique des migrants. Car l’Europe c’est aussi cela, une monstruosité technocratique où la dignité humaine ne pèse rien face aux modèles économiques orthodoxes dressés au rang de dogmes inviolables. Il nous faudra bien évidemment quitter l’OTAN et redevenir une puissance conciliatrice, à la pointe de la diplomatie. Voilà sans doute des pistes pour redéfinir nos orientations et nos batailles.

En tout cas, à titre personnel, ça n’est pas demain la veille que j’accepterais de marcher au pas sous une pluie d’élucubrations autoritaires de la bourgeoisie allemande, qui pour l’occasion ressort les casques à pointe comme le soulignait sans retenue la presse de référence outre-Rhin. Plus que jamais anti-impérialiste, plus que jamais communiste.

Guillaumme Sayon , élu PCF avion (62)