Après la manifestation du 30 septembre 2012, que faire pour aider le peuple français à passer à la contre-offensive ?


Pressé par l’oligarchie capitaliste qui en est l’unique bénéficiaire, l’Union européenne entend bien rendre irréversible, dans les tout prochains mois, un « saut fédéraliste européen » (dixit Manuel Barroso) qui réduirait à néant la souveraineté des nations d’Europe tout en plongeant les peuples dans l’austérité à perpétuité.

Dans ce but, toutes les forces euro-capitalistes sont mobilisées. Cela va du grand patronat « français », qui appelle à liquider la France pour instituer les « Etats-Unis d’Europe » (manifeste Besoin d’aire publié par le MEDEF), aux coalisés du Parti Maastrichtien Unique (« PMU ») composé de l’UMP et du PS. Par-delà leurs divergences visibles, ces deux partis œuvrent dans le dos du peuple à détruire l’héritage de la Révolution française et du Conseil National de la Résistance.

C’est dans ce but que sera prochainement ratifié à la hâte, par une probable majorité PS-UMP qui n’en est pas à sa première félonie, un nouveau Traité européen qui priverait la nation de sa souveraineté budgetaire, après l’avoir dépouillée de sa souveraineté monétaire.

Quant au FN, sa patronne n’a cure de combattre l’euro-traité en ce moment décisif où la nation est strangulée au nom de l’euro : Mme Le Pen préfère dénoncer la kippa et la djellaba, qui pour elle les principaux ennemis du pays… Sur ce terrain fétide, elle doit d’ailleurs affronter la concurrence de Coppé, le grand pourfendeur du « racisme anti-Blancs » (sic)… Bref, l’ UM’Pen en formation vient à l’aide du « PMU » en difficultés pour prendre en tenailles notre peuple exaspéré…

Par bonheur, les peuples d’Europe, ces géants trop longtemps endormis par la propagande européiste, s’éveillent et crient leur colère. D’Athènes à Madrid, de Rome à Paris, les masses populaires défient l’euro-dictature et les gouvernements collabos qui la servent, les Rajoy, Hollande et autre Merkel, le second couteau de Washington sur le sol européen. Déjà à Lisbonne, la lutte de la CGTP – dans laquelle les communistes portugais (non affiliés au piteux Parti de la Gauche Européenne –PGE-) – jouent un rôle majeur, a fait reculer le gouvernement d’euro-austérité.

En France, un grand mouvement s’est levé, dont la première traduction est la grande manifestation populaire du 30 septembre 2012, qui a pratiquement coïncidé avec avec le 220ème anniversaire de la bataille de Valmy, où l’armée des Sans-culotte a défait l’envahisseur prussien appelé à la rescousse par Louis XVI.

N’accordant aucun état de grâce au pâle Hollande, le mouvement populaire s’est mis en branle la fois contre les mesures d’austérité (30 milliards à prélever directement ou pas dans les poches des Français pour payer aux « marchés financiers » la prétendue « dette souveraine ») et contre l’euro-traité Merkozy, auquel MM. Hollandréou et Zapat-Ayrault ont fait ajouter un pseudo-additif sur la croissance : il s’agit en fait d’un emplâtre sur le talon de fer de l’austérité et des maux qui l’accompagnent : licenciements massifs et désindustrialisation galopante, barre des 3 millions de chômeurs officiellement franchie (en réalité, 4,5 millions si l’on compte le 1,5 millions de personnes qui « vivent » de petits boulots épisodiques), millions de « travailleurs pauvres » et de mal-logés ; sans parler des « couches moyennes » qui voient planer sur elles le spectre noir de la précarisation et de la tiers-mondisation, comme c’est déjà le cas en Grèce ou dans la péninsule ibérique.

La voilà la belle Europe « protectrice » que nous promettaient Chirac et Mitterrand lors du référendum sur Maastricht de septembre 92. C’en est au point que, pour faire diversion aux affrontements de classes qui viennent, les forces européistes encouragent partout les mouvements séparatistes, communautaristes et racistes : appliquant l’antique devise impérialiste diviser pour régner, les maîtres de l’ « Union » européenne rêvent de démanteler les Etats nationaux ou multinationaux forgés par l’histoire en exploitant des revendications (parfois légitimes). Et si l’ « Europe de la paix » s’achevait, comme feue la Yougoslavie, dans une balkanisation géante du continent et des pays qui le composent ?

Dans ces conditions, Initiative communiste est fière d’avoir lancé dès mars dernier, l’idée d’une grande manif plurielle ciblant à la fois les contre-réformes sarkozystes, les politiques d’austérité et leur matrice commune : la « construction » européenne et l’euro, ce carcan monétaire inamendable dont le but unique est d’interdire toute politique progressiste en instituant une police continentale des salaires, des prestations sociales et des services publics.

Bien entendu, nombre de partis de la gauche dite « radicale » continuent de prétendre, contre toute évidence, que « l’Europe est à nous » (sic) ou que « l’euro est notre monnaie » (J.-L. Mélenchon). Bref, qu’on peut réformer cette UE qui, depuis les origines a été conçue pour abattre le camp socialiste et instituer le libre-échange à sens unique dont rêvaient les monopoles capitalistes pour soumettre la classe ouvrière mondiale à une sous-enchère salariale sans fin.

Qui ne voit pourtant que, plus les peuples contesteront l’orientation ultraréactionnaire de l’UE, et plus celle-ci se durcira, plus les gouvernements – y compris les gouvernements sociaux-démocrates (mieux vaudrait dire : « sociaux-eurocrates ») – accélèrent les abandons de souveraineté, les contre-réformes et les mesures de fascisation politique (quasi-interdiction des partis marxistes à l’est de l’Europe, féroce répression en Grèce, montée en puissance des extrêmes droites…).

Le conte de fées débité sans conviction par P. Laurent, président du PGE (et secrétaire national du PCF), sur la « réorientation progressiste de l’euro » a de moins en moins de chances d’être écouté par la classe ouvrière, première victime de la « construction » européenne. L’UE a déjà tué le charbon français et l’essentiel de la sidérurgie (CECA, plan Davignon et maintenant, plan Mittal), elle a déjà liquidé le textile et les chantiers navals ; la voilà maintenant, avec son euro fort et son libre-échange mondial, qui interdit à Tartarin Montebourg[1] de défendre ce qui reste de métallurgie, d’automobile et de sidérurgie dans notre pays…

Non, MM. les idéologues de la gauche « euro-constructrice », il n’y a pas d’espace pour votre politique euro-réformiste à l’époque de la crise générale du capitalisme : l’UE est et ne peut qu’être – tout ouvrier conscient le sait depuis longtemps – qu’un espace de CONTRE-REFORME ET DE CONTRE-REVOLUTION. Dans quelques mois les Français n’en pourront plus, comme les Espagnols, les Grecs, les Portugais, les Italiens, de payer sans fin pour « sauver le système social »… en le démantelant ! Ils en auront assez d’être pris pour des Gribouille, ce personnage stupide qui se jette dans la rivière pour éviter la pluie. Très bientôt, les bateleurs de la gauche « euro-constructive » devront remballer leurs boniments sur la « réorientation » de l’euro sous peine d’être lapidés sur place par les peuples exaspérés !

Il n’y aura plus alors le choix qu’entre deux voies : la voie dictatoriale de l’Empire européen (pour « sauver la démocratie » ?) flanqué d’une myriade de partis ethniques comme le FN, la Lega del Norte ou le Vlaams Belang, et la seule voie progressiste réellement ouverte : celle d’un nouveau Printemps des peuples BRISANT LES CHAINES DE L’UNION EUROPEENNE, sortant unilatéralement du carcan de l’euro et recouvrant toute leur souveraineté nationale pour coopérer pacifiquement d’Etat à Etat : c’est ce que font déjà les peuples latino-américains de l’ALBA, Venezuela, Cuba, Equateur, Nicaragua, Bolivie… qui ne s’en portent que mieux. Avec en perspective, si les peuples en décident ainsi, la rupture avec le capitalisme et la reprise de la marche au socialisme en France, en Europe et dans le monde entier !

Dans cette perspective, il est urgent de constituer un large Front de Résistance Antifasciste, Patriotique, Populaire et Progressiste (FRAPP !) qui, réactualisant les grands principes fédérateurs du CNR, sortira notre pays de la prison des peuples qu’est l’UE, tout en tendant la main à l’Europe des luttes populaires en formation.

Le PRCF y travaillera avec d’autres forces communistes, syndicalistes et progressistes qui comprennent que le rassemblement populaire passe par une extrême clarté sur :

* l’indépendance nationale, la souveraineté populaire, la démocratie la plus large,

* le progrès social, la fin des discriminations de toutes sortes,

* l’abrogation des contre-réformes sarko-maastrichtiennes,

* la mise hors d’état de nuire du racisme, de l’islamophobie et de la xénophobie d’Etat,

* la nationalisation des secteurs clés de l’économie et la ré-industrialisation de notre pays,

* une politique de paix promouvant le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et excluant toute participation française à des guerres impérialistes, comme celles qui se préparent contre l’Iran, la Syrie et d’autres pays.

Pour y parvenir, la question n’est pas de se demander si le PRCF est « grand » ou « petit » : il faut plutôt se demander s’il a « le courage de chercher la vérité et de la dire » (Jaurès) et s’il faut ou non l’aider à dynamiser l’unité d’action des militants franchement communistes, l’unité des syndicalistes de lutte, l’unité des patriotes antifascistes, l’unité des forces internationalistes et anti-impérialistes.

Aidez-nous, aidez-vous, aidons-nous à ne pas rater le grand rendez-vous historique qui vient !

Georges Gastaud, secrétaire national du PRCF