Un point de vue contre l’autophobie communiste – par Olivier Rubens …

Les camarades de l’ANC ont estimé nécessaire de publier sur leur site internet un article de Jean Pénichon, consacré à « La ferme des animaux » de l’écrivain anarchiste anglais George Orwell. En l’absence de toute hiérarchisation, l’article se situe dans la même colonne que des articles très politiques portant sur la promotion d’un politicien réactionnaire au Conseil Constitutionnel, publiant la résolution du congrès de l’ANC ou portant un « regard communiste » sur le Brexit. Avons-nous donc ici un « regard communiste » sur la parabole de George Orwell ?
Des commentaires peu élogieux sur la biographie de ce dernier sont parus sur le site « Réveil communiste ». Ils ne m’ont pas semblé remettre en question l’honnêteté du personnage. Toutefois, ses ayants droits ont, après son décès, fricoté avec la C.I.A. qui assura une version de « la ferme des animaux en bande dessinée… Par ailleurs si je milite pour une large reconquête culturelle progressiste, je m’oppose à ce que celle-ci préjuge des formes artistiques. Pour dire comme Nazim Hikmet, cité de mémoire « que cent fleurs s’épanouissent pourvu qu’on laisse pousser la fleur de l’art populaire et socialiste ». Donc, pourquoi pas « la ferme des animaux » ?
Toutefois, certaines « évidences » historiques et idéologiques apparaissent derrière le commentaire littéraire. Ces assertions sont tout-à-fait antinomiques avec quelque forme d’engagement communiste que ce soit, ici et maintenant.
Jean Pénichon semble déplorer que le manuscrit ait du attendre 18 mois pour être publié. Il ne s’agissait pas de mois quelconques. Entre la levée du siège de Léningrad et Hiroshima, en passant par la libération d’Auschwitz, on peut comprendre les éditeurs britanniques, spectateurs de l’effort de guerre soviétique aient été soucieux de ne pas promouvoir la fable des « totalitarismes jumeaux » ..
L’approche critique et autocritique de l’histoire, me semble nécessaire. Toutefois, le recours aux outils idéologiques de l’adversaire ne permet pas d’avancer. Evoquer, comme le fait Pénichon, la « transformation de l’idéal révolutionnaire en état totalitaire », c’est ouvrir la voie à ceux qui posent l’équation Hitler=Staline pour mieux criminaliser les groupes communistes. Mais le concept de totalitarisme remplace nécessairement l’histoire des formations sociales dont les luttes expliquent l’exacerbation de contradictions, les répressions étatiques diverses et les périodes de terreur, par une histoire éthérée des superstructures politiques gravitant à distance variable d’un pôle heureux représenté par les démocraties parlementaires « modérées »… On dérive rapidement vers la signature de blanc-seings accordant un brevet de républicanisme à Retailleau et à Castaner…
Enfin, puisqu’on parle de l’histoire soviétique, avaliser « la création, de toute pièce, d’un terrifiant ennemi extérieur » me semble cautionner une contre-vérité historique. Cette dernière pourrait facilement être transposée, par exemple, en 2019 au Venezuela.
Il n’est guère besoin aujourd’hui d’insister beaucoup pour convaincre des communistes qu’aujourd’hui justement, l’adversaire « ne joue pas le jeu » ! Pas besoin non plus d’insister sur la disproportion des moyens médiatiques en sa faveur. Donc, pourquoi apporter de l’eau à son moulin ?

Olivier RUBENS