Retour sur « Histoire d’une nation : des héros dans la tourmente » – par Gilda Landini

« Histoire d’une nation : des héros dans la tourmente » documentaire diffusé par France2 le 25/09/2018 à 22h05, 2ème de la série


« Histoire d’une nation : des héros dans la tourmente » documentaire diffusé par France2 le 25/09/2018 à 22h05, 2ème de la série

Avez-vous regardé le documentaire paru sur France 2 mardi 25 septembre 2018 ? Documentaire en deux parties : 1/ Histoire d’une nation : 1870-1927 : le pays où l’on arrive. 2/ Histoire d’une nation : 1927-1954 : des héros dans la tourmente.

Je voudrais vous parler ici plus particulièrement du deuxième épisode. Bien sûr, on ne peut qu’approuver, en ces temps où les sentiments xénophobes se déchaînent sans vergogne dans un pays qui compte toujours moins de 10% d’étrangers, une émission destinée à rappeler aux français qu’ils ont pour bon nombre des ancêtres étrangers et que ces ancêtres ont contribué à faire de la France un pays riche, cultivé et glorieux. Il est aussi fort intéressant de voir rappeler que cette xénophobie n’est pas un phénomène récent mais qu’elle est bien ancrée dans les mentalités puisque la vision d’un Henri Béraud en 1936 « d’une France dépotoir du monde, […] où accourent précédés de leur odeur, escortés de leurs punaises, l’immense flot de la crasse napolitaine, […] les polaks mités, le gratin de ghetto, les doctrinaires crépus,[1][…] se retrouve aujourd’hui pratiquement intacte dans les discours d’hommes et de femmes politiques au « langage décomplexé »… Mais les temps ont changé et la haine des juifs et des métèques a fait place aujourd’hui à la haine des musulmans et on entend les mêmes mots : « ils ne sont pas comme nous… ils sont sales… ils sont bruyants, voleurs… ils foutent le bordel partout…ils sont incapables de s’intégrer… ». Alors rappeler aux bons français de souche (mêlée) que plus d’un quart d’entre eux a des ancêtres directs (ou presque) d’origine italienne, polonaise, espagnole, hongroise, etc… est une bonne chose… Quant aux autres il suffirait d’aller gratter plus loin dans le temps pour trouver la même chose… Rappeler aussi que la France a eu un temps à la fin des années 20 une politique « d’assimilation par l’éducation » ne peut que faire réfléchir à un moment de notre histoire où l’enseignement se privatise à vitesse grand V pour les classes les plus riches…

À la fin de cet épisode, on a pu voir – et c’est suffisamment assez rare pour qu’on le souligne, que ces étrangers (arabes) ont lutté avec les Français à Monte Cassino, et qu’en remerciement ils furent massacrés à Sétif le 8 juin 1945 ou bien et surtout les massacres des Africains qui ne réclamaient que leur solde ! Comme en 1790 au temps du massacreur le marquis de Bouillé à Nancy !

À lire tout cela, on pourrait presque penser que c’était une bonne émission, comme France 2 n’en fait jamais.  En fait, on s’attendait franchement à pire. Regardons donc de plus près. Il y eut en réalité un nombre certain de non-dits qui nécessitent une reprise. Car finalement c’est cela la force de ce genre de documentaire dit historique ou culturel… C’est de reconstruire l’histoire en pratiquant l’omission volontaire !

En effet, combien de fois avons-nous entendu le mot communiste dans ce documentaire ?

Lorsqu’il est question du Front Populaire, on ne voit que Léon Blum ; pas de Thorez (dont on entend à peine le nom) ; pas de Duclos ; pas de Frachon… On a même l’impression que le Parti Communiste, pratiquement inexistant, ne suit tout au plus qu’une infime partie du gouvernement – dont il n’a pas fait partie rappelons-le !!! ». Peut-on sérieusement imaginer que les manifestants qui défilent poing levé en criant « Front populaire » et en chantant l’Internationale soient des radicaux ? Les congés payés, les 40 heures ont l’air de tomber du ciel ! Par la seule bonté de Blum ! Dans le contexte d’un documentaire dans lequel on retrace le racisme et l’antisémitisme des années trente, Blum est présenté comme l’homme de gauche haï par la droite fascisée par la crise et qui voue une haine viscérale à celui qu’elle nomme « le juif Blum ». Comme celui qui avait « malgré tout apporté une espèce d’embellie, d’éclaircie dans des vies difficiles, obscures […] »

C’est oublier bien vite que ni les congés payés ni les 40 heures ne faisaient partie du programme du Front Populaire. « Léon Blum a eu soin d’entretenir la légende d’un homme tiraillé entre ses projets généreux intérieurs et extérieurs, et les contraintes insurmontables – celles de l’économie (autre nom du grand patronat) et l’influence anglaise. »1

Le 3 mai 1936, lorsque le Front Populaire gagne les élections, il provoque, par sa victoire, un élan de revendications chez les travailleurs. Ce sont essentiellement, fondamentalement les grèves et les occupations d’usines qui forcèrent le pouvoir socialiste à accepter des revendications qui ne figuraient absolument pas dans son programme électoral : le 11 mai 1936, c’est au Havre chez Breguet et le 13 mai à Toulouse chez Latécoère que des premières grèves, qu’on désignera par la suite “avec occupation”, sont déclenchées contre la décision patronale de licencier des ouvriers qui avaient fait grève le 1er mai. C’est ainsi que l’historiographie a longtemps retenu la genèse de “l’explosion sociale” à venir. La grève débute en fait dès le 9 mai au Havre.2 Toutes les deux ont lieu dans le secteur de l’aéronautique, et se déroulent – fait nouveau – “les bras croisés”, avec des ouvriers qui “restent à l’usine la nuit”. La direction capitule et réintègre les ouvriers licenciés. Aucune sanction n’est prise contre les grévistes !!!

Inutile de dire à quelle vitesse s’est répandue la nouvelle ! Mouvements de grèves « sur le tas », occupations des usines : plus de 2 millions de travailleurs revendiquent de meilleures conditions de travail. La France est paralysée et le patronat est dans l’obligation d’ouvrir des négociations. Blum, présenté le plus souvent, comme le sauveur de la classe ouvrière, n’a pris aucune part dans ces avancées sociales. Elles sont le résultat d’une conquête menée de haute lutte. Lutte menée par tous les ouvriers – français et immigrés : il est donc fort logique que TOUS en profitent – français et immigrés – comme le rappelle fort heureusement les témoins de ce documentaire, qui évoquent même les risques d’expulsion encourus par les manifestants et grévistes étrangers.

À ce propos, il faut revenir sur cet aspect de la question : pour tous ces étrangers, à commencer par tous ceux qui ont fui leur pays pour des raisons politiques, autrement dit parce qu’ils étaient pour bon nombre d’entre eux communistes, la France, c’est le pays des droits de l’homme, le pays de la Révolution française, le seul pays au monde qui porte au fronton de ses monuments publics ces trois mots d’or : « Liberté, Égalité, Fraternité ».

Leur intégration relève en fait plus de multiples canaux du quotidien que des mesures gouvernementales et les grèves de 36 le démontrent avec force. C’est dans les difficultés communes au travail qu’ils ont pu se mêler à la classe ouvrière française et vivre avec elle les mêmes combats malgré les risques accrus pour ceux que l’expulsion menaçait.

Ainsi en 1923, le PCF et la CGTU avaient créé la section dite de la MOE, main d’œuvre étrangère, devenue MOI, Main d’œuvre Immigrée en 1932. Cette section est regroupée en groupes de langues et permet le rassemblement par nationalité et l’action politique. C’est pourquoi, les militants sont déjà formés à la pratique politique lorsqu’éclatent les grèves de 36.3

Aussi revenons à l’idée de l’intégration des étrangers en France durant le Front Populaire.

Certes « la parenthèse enchantée du Front Populaire a intégré les immigrés comme jamais » – on vient de voir les réels motifs de leur intégration – mais le projet de loi Blum-Viollette en montre les étroites limites : Maurice Viollette, ancien gouverneur d’Algérie propose d’octroyer la citoyenneté française à quelques 20 000 à 25 000 musulmans (sur 8 millions d’Algériens) tout en gardant leur statut personnel lié à la religion. Notez qu’il n’est aucunement question d’indépendance. Ce fut ressenti en fait par les Algériens comme un nouveau moyen de les diviser, en séparant l’élite de la masse. La presse musulmane ridiculisa ce projet qui ne servirait, disait-elle, qu’à faire nommer par l’Administration quelques figurants, « des enturbannés muets »4. Projet resté donc au stade de l’intention, du fantasme5. Le gouvernement du Front populaire n’a rien fait de plus pour intégrer les Algériens que tous les gouvernements précédents. Il conserve le statut quo. Et le problème renaîtra avec plus de vigueur encore à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale.

Le documentaire se poursuit avec la guerre d’Espagne.

Le rappel de la guerre d’Espagne évacue dans ses explications la politique hypocrite de la non-intervention décrétée par Blum et l’Angleterre dès les premières semaines du conflit, afin, expliqua-t-on officiellement, d’empêcher toute généralisation du conflit espagnol ; mais en réalité par peur d’une prise de pouvoir par les Communistes. À l’interdiction d’envoyer des troupes sur le sol espagnol s’ajouta celle d’y acheminer du matériel militaire. Par la même occasion, la non-intervention privait l’Espagne républicaine de son statut d’État de droit en lui interdisant de se procurer du matériel militaire à l’étranger. Surtout, cette dernière fut ainsi mise à pied d’égalité avec les insurgés, dont on reconnaissait implicitement le statut de belligérants. Le 8 août 1936, l’adoption de la non-intervention fut donc une véritable honte et la première cassure nette du Front populaire. À l’inverse, Hitler et Mussolini apportèrent un soutien actif et efficace à la rébellion des généraux espagnols et envoyèrent 1300 avions surarmés dont la célèbre légion Condor pour aider les putschistes commandés par le général Franco. Ce fut pour ces dictatures un fabuleux terrain d’entraînement, un banc d’essai pour les futures guerres déjà programmées. Pour la première fois, le nazisme et le fascisme frappèrent sur la scène internationale et se rendirent coupables d’agression contre la liberté et l’indépendance d’un peuple. Voilà comment, dans un documentaire, on peut cacher l’une de ces tâches noires de l’Histoire qu’on efface ainsi des mémoires pour recréer une histoire mythifiée et embellie et redorer des blasons bien ternes.

Le documentaire néanmoins montre fort bien « les barbelés de l’exil »,6 les camps de concentration dans lesquels on a parqué les Espagnols, femmes, enfants, vieillards, soldats de l’armée républicaine, brigadistes étrangers… camps dont certains étaient toujours ouverts lors de l’invasion allemande et qui servirent de réservoir de prisonniers aux nazis.

Reprenons le cours de notre documentaire : « Les antifascistes de France comme d’Europe rejoignent les Brigades internationales » : Encore une fois le mot Communiste n’est pas prononcé. On a l’impression qu’ils se sont organisés sur le tas, en se levant un beau matin et que les camions qui devaient les transporter en Espagne étaient déjà là on ne sait par quel miracle…C’est ignorer ou faire semblant d’ignorer ou pire encore volontairement cacher le fait que les Brigades internationales furent le fait de l’Internationale Communiste et de la MOI (Main d’œuvre Immigrée) dont le nom, on l’a vu, est à peine évoqué dans ce documentaire. Le moyen métrage d’André Marty en 1948 Levés avant le Jour replaçait les Brigades internationales à l’aune de la Seconde Guerre mondiale et de la Résistance. « La résistance est née à Madrid » ou encore « Car tous furent des premiers combattants de la clandestinité […] Ne sont-ils pas en vérité les premiers et les plus fermes résistants ? Ne sont-ils pas ceux qui se sont « levés avant le jour » ? ».

En 1996, « l’amendement Malraux » reconnaissait en France aux vétérans d’Espagne, à tous ceux qui étaient partis sans hésiter (faisant le sacrifice de leur vie), le statut d’anciens combattants, car ils furent les premiers à s’engager dans la lutte contre le fascisme et la liberté, non seulement la liberté espagnole mais aussi et surtout pour NOTRE liberté.

Un bon nombre d’entre eux a poursuivi la lutte en s’engageant dans l’armée française : 75000 d’entre eux se sont engagés volontaires dans les deux premiers mois de la guerre. Il y en aurait eu davantage si les autorités françaises n’avaient découragé les bonnes volontés de ces hommes vus plutôt comme des révolutionnaires dangereux que comme des antifascistes efficaces et déjà entraînés. Ceux qui ne purent rester dans cette armée lors de la débâcle s’engagèrent sans hésiter dans les rangs de la Résistance. Leur action armée fut exemplaire dans l’Organisation Spéciale (O.S) dès octobre 1940 puis dans les FTP et les FTP-MOI (groupes Manouchian-Carmagnole et autres) dès 1941.

Précisément, nous n’avons pas le temps ici de revenir sur cette phrase elliptique du documentaire : « en 6 semaines la France s’écroule »… comme si l’armée allemande était invincible.. Il faudrait revenir sur le « choix de cette défaite »7 des élites françaises, qui permettrait d’expliquer que cette défaite prévisible avait été voulue par nos élites industrielles et financières, mais ce rapide article ne le permet pas. Je vous revoie donc à la lecture de ce magnifique ouvrage de recherche d’Annie Lacroix-Riz « Le choix de la défaite ».. Néanmoins il faut tout de même rappeler que les députés qui donnent les pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1940 ne sont pas les députés communistes tous ayant déjà été arrêtés depuis le 26 septembre 1939, lors de la dissolution du PCF par le Conseil des ministres. À la mi-octobre, 317 municipalités sont dissoutes, 2500 conseillers municipaux et 87 conseillers généraux sont déchus de leur mandat, des milliers de militants sont emprisonnés et le 8 octobre 1939, 35 députés communistes sont écroués à la Santé !

Et dès le début de l’année 1940 des députés socialistes proposent pour le premier – François Chasseigne – en janvier 40 de mettre « un coup de pistolet dans la nuque » aux Communistes ; le 20 février le second – toujours socialiste, Georges Barthélémy, de les passer sous le couperet car « ce serait leur faire trop d’honneur que le peloton d’exécution » ! et ce sera un troisième socialiste Albert Sérol qui finalisera ces belles promesses par un décret qui porte son nom le 12 avril 1940 et qui assimile la propagande communiste à un acte de trahison passible de la peine de mort. Inutile de vous dire que les étrangers communistes (et bien souvent d’origine juive) réfugiés sur notre belle terre des droits de l’Homme furent parmi les premiers concernés par cet ignominieux décret. Ils furent d’autant plus vite retrouvés que ce sont – comme le dit le documentaire – les mêmes fins limiers qui dans les années trente au sein des Renseignements généraux avaient déjà établi des fichiers, qui les pourchassent dès lors grâce à des Brigades Spéciales (dont les bureaux se trouvaient dans la Préfecture de police parisienne), les torturent, puis les exécutent ou les déportent. On apprécie dans ces conditions le fait que Michel Cymes rappelle que sa grand-mère a échappé à la rafle du Vel d’hiv grâce à un policier français… communiste.

Toutefois il apparaît clairement ainsi que la politique vichyste a bel et bien mûri dans les années trente et que cette « défaite » lui a permis en accédant au pouvoir de chasser tous ceux qu’elle appelle « les indésirables ». Les hommes de Vichy ne sont pas nés de la défaite. La défaite seule leur a permis d’écraser tous ceux qu’ils rêvaient d’écraser depuis longtemps. Le fils de Georges Charpak parle de « gouvernement légitime » en parlant de Vichy… on en a des frissons dans le dos…ce gouvernement punissait très sévèrement les Français qui aidaient les étrangers en situation irrégulière… Comme maintenant… Fort heureusement le documentaire reprend en montrant que face au « travail famille patrie » (transformé par les résistants en « plus de travail, plus de famille et plus de patrie »), les étrangers reprenaient fièrement les valeurs de la Révolution française : Liberté, égalité, fraternité.

Quand entendons-nous dire clairement le mot « communiste » ? c’est dans la bouche d’Alain Minc, le chantre de l’économie libérale !!! il explique clairement que ses parents ont dû quitter la Pologne pas seulement parce qu’ils étaient juifs, mais surtout parce qu’ils étaient communistes ! Sa mère avait même été arrêtée pour activités militantes… C’est aussi et surtout avec ce bagage là que bon nombre d’entre eux sont arrivés sur la « terre des droits de l’homme » : qu’ils soient italiens, espagnols, allemands, polonais, hongrois… Il explique même que c’est dans la résistance au contact d’autres communistes qu’ils se sont définitivement intégrés. Il faut dire que ce sont eux d’ailleurs qui ont bien souvent formé les communistes français au combat et à la clandestinité et pour cause : ils avaient un lourd passé.

Dès octobre 1940 le PCF créé l’OS : Organisation spéciale chargée de protéger les militants dans les manifs, de récupérer des armes… l’un des premiers responsables est un ancien commandant de l’armée républicaine : Conrado-Miret-Must (arrêté en novembre 1941, il succombera sous la torture sans avoir prononcé un seul mot). Des immigrés de l’OS se consacrent très vite à des actes de sabotages comme ces jeunes italiens dans le nord (Eusebio Ferrari sera abattu par la police française en 1942) qui incendient des véhicules allemands ou comme mon oncle Arnolfo Landini qui fait dérailler un train en gare de triage de Fréjus à la fin de l’année 40.

D’autres aussi ont un lourd passé: ainsi Joseph Epstein : très jeune, il participe dans les rangs du parti communiste polonais à la lutte contre le gouvernement autoritaire de Pilsudski. En 1932 il doit s’exiler et choisit la France. De 1936 à 1939 il combat dans les Brigades internationales. Il s’engage à son retour en 1939 dans l’armée française et est fait prisonnier en 1940. Il s’évade et rejoint dès la fin de 1940 la lutte clandestine en France8. Mais même si Georges Duffau parlant de son père Joseph Epstein parle uniquement de « militant politique » comme si le mot communiste lui brûlait la bouche, le documentaire rappelle rapidement qu’il dirigeait la résistance communiste dans la région parisienne… Là aussi, on ne peut que constater une omission volontaire – on ne peut penser à ce niveau du documentaire que ce genre d’omission résulte de la simple ignorance.

On entend donc le commentateur parler de résistants issus de la MOI – sans prendre la peine d’expliquer ce que c’est… il ne parle pas des FTP-MOI : Francs-tireurs et partisans de la main d’œuvre immigrée (une organisation militaire donc) – qu’il ne faut donc pas confondre avec la MOI (une organisation politique). C’est le PCF qui détermine la politique générale des FTP-MOI. Vous avez remarqué les dates ci-dessus ? ils se sont engagés dans le combat bien avant l’attaque de l’URSS (juin 1941) contrairement à ce qu’on peut lire dans tous nos manuels d’histoire !

Ces partisans qui ont choisi une méthode de combat très dangereuse, la guérilla urbaine, sont tous jeunes (les plus vieux ont une petite trentaine d’années). Ils font des opérations militaires risquées et non des attentats – c’est le mot qu’employait les nazis qui les qualifiaient de terroristes. Ils sont pour la plupart communistes (pas tous) mais ils sont aussi pour bon nombre d’entre eux juifs ou d’origine juive. Leurs idéaux sont clairement issus de la Révolution française : pour preuve le nom de leurs unités de combat : Carmagnole à Lyon ; Liberté à Grenoble ; Marat à Marseille ; Le chant du départ dans la Drôme et la 35è brigade de Toulouse (nom hérité des Brigades internationales) deviendra Le bataillon Valmy à la libération. Ces gens-là avaient un double patriotisme : leur pays d’origine et la France. Pourtant combien d’entre eux n’obtiendront pas – ou bien après moult difficultés – la nationalité française.

Allons concluons avec la phrase de Michel Cymes, l’une des personnalités préférées des Français, dont le grand-père a été déporté à Auschwitz : « tu vois grand-père : le pays qui t’a envoyé à la mort c’est aussi celui qui envoie un message d’amour à ton petit-fils »… Oui Monsieur Cymes, c’est bien le même pays, celui d’où a jailli la bête immonde… et elle est là et redresse la tête.


[1][1] Henri Béraud, Gringoire, 7 août 1936

1 Annie Lacroix-Riz, Léon Blum haïssait-il la finance ? 2ème partie : la ligne intérieure de Léon Blum du printemps 1936 à juin 1937. Étincelles n°34, juin 2016.

2 Jean Vigreux, “Histoire du Front populaire’, Tallandier, mai 2016.

3 Il y a en France trois millions et demi d’étrangers, dont la plupart sont venus comme réfugiés antifascistes. Nous avons vu ces messieurs très belliqueux défiler en montrant le poing et en criant des injures contre Hitler. Pierre Gaxotte, Je suis partout, 16 septembre 1938.

4 Charles Robert Ageron, Histoire de l’Algérie contemporaine, (1871-1954) ; PUF, Paris 1979, Tome 2.

5 Koulakssis (Ahmed), Le Parti Socialiste et l’Afrique du Nord de Jaurès à Blum, Armand Colin, Paris, 1991.

6 « Les barbelés de l’exil, études sur l’émigration allemande et autrichienne (1938-1940) », dirigé par Gilbert Badia, 1979, Presses universitaires de Grenoble.

7 Annie Lacroix-Riz, « Le choix de la défaite : les élites françaises dans les années 1930 », Armand Colin, 2010.

8 Il est arrêté le 16 novembre 1943 lors d’un rendez-vous avec Missak Manouchian, épouvantablement torturé sans lâcher un seul nom même pas le sien et sera fusillé un mois après Manouchian, le 11 avril 1944 au Mont-Valérien avec 28 autres résistants.