Quelques réflexions préliminaires sur les « questions sociétales ». G. Gastaud,

GGastaudwww.initiative-communiste.fr vous propose de relire cet article du philosophe marxiste (également syndicaliste et secrétaire nationale du PRCF) au sujet des “questions sociétales”, article que nous avions publié le 1er décembre 2012 et qui est également paru dans la revue Etincelles mais qui propose sur une bien des sujets une analyse toujours très actuelle

Georges Gastaud est notamment auteur de Mondialisation capitaliste et Projet Communiste, Sagesse de la Révolution, lettre ouverte aux bons français qui assassinent la France…

Tenus de faire front sur les deux principaux terrains de l’affrontement politique national et mondial – l’approfondissement de l’antagonisme social Capital-Travail et l’accentuation des contradictions entre les politiques impérialistes et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes – les marxistes ont eu quelquefois tendance ces dernières décennies à fuir les débats « sociétaux », à n’y voir qu’une pure diversion mise en place par la social-démocratie pour échapper à un positionnement loyal dans la lutte des classes. Bien entendu, cette dimension de diversion existe bien dans le constant déplacement de la « gauche bobo » du terrain « social » vers le terrain « sociétal » et il y aurait de la naïveté à méconnaître le fait qu’en France, le pouvoir « hollandais » en pleine dérive patronale et euro-fédéraliste entend exploiter le « mariage homo » pour redessiner le clivage droite-gauche sur un terrain moins brûlant que celui des salaires, de la Sécu, des retraites, du produire en France ou de la défense des services publics. Cela ne signifie pas pour autant que lesdits problèmes sociétaux n’existent pas, qu’ils n’ont pas une réel et très légitime ancrage de masse – notamment dans la jeunesse et dans les « couches moyennes » – et qu’il soit impossible aux marxistes de les aborder à partir de positions de classe et dans la perspective globale de l’émancipation sociale. Nous ne pouvons pas ici traiter sur le fond l’ensemble de ces problèmes très complexes, ni fournir une argumentation clé en main sur tous ces sujets fort délicats[1]. Nous souhaitons seulement avancer quelques pistes méthodologiques pour permettre aux militants franchement communistes et franchement progressistes d’adopter sur ces sujets des positions fédératrices et mobilisatrices susceptibles d’aider au combat politique GENERAL de l’organisation. Il s’agit en l’occurrence d’éviter deux erreurs symétriques :

  • la première, caractéristique de l’opportunisme et du révisionnisme de droite – donc de la direction mutante, européiste et petite-bourgeoise du PCF-PGE – consiste à diluer et à minimiser la contradiction capital/travail, à flatter l’approche communautariste des problèmes, à penser toutes choses en termes de « minorités opprimées», à se désintéresser du combat pour une République souveraine, sociale et fraternelle, en un mot à dissoudre le « social » dans le « sociétal ».
  • La seconde approche, sectaire, ouvriériste et gauchisante, consiste au contraire à hausser les épaules, à refuser d’investir ce terrain de la lutte idéologique, à le décréter intrinsèquement «  petit-bourgeois ». Il s’agit là d’une grave erreur qui revient à abandonner le terrain aux disputes superficielles et piégées entre la réaction et la social-démocratie, entre le camp des « beaux-beaufs » et celui des « bobos ». En réalité, le rôle de la classe ouvrière et de son avant-garde marxiste est de DIRIGER – du point de vue prolétarien ET universaliste qui est celui du communisme – la lutte de l’humanité pour sa désaliénation sociale, économique, idéologique, et même anthropologique, sans exclure a priori aucun des terrains de lutte où se joue cette émancipation ; et il convient pour cela d’articuler les enjeux « sociétaux » au combat général pour le socialisme et le communisme.

Nous aborderons plusieurs sujets fort différents à très gros traits en appelant explicitement nos camarades à s’engager EN MARXISTES sur ces sujets en faisant abstraction autant que possible de leur « ressenti » purement individuel et en ayant aussi le souci, que doit partager tout communiste, non pas seulement d’affirmer des positions « justes en soi », mais de chercher à unir leur organisation en inscrivant leur réflexion dans le combat d’ensemble pour la renaissance communiste et pour l’alternative populaire. En apparence il est aberrant d’aborder dans un même article l’« ordre juste » (sic), l’immigration et le « mariage pour tous » (sic). En réalité, partir de questions aussi différentes peut s’avérer indispensable pour mettre à jour l’unité de la METHODOLOGIE MARXISTE, c’est-à-dire pour introduire le point de vue de classe dans le traitement théorique et pratique des problèmes « sociétaux ».

Pour ma part je ne pars pas de rien sur ces sujets puisque pour une bonne part, mon livre de 2007 – publié en 2009 par le Temps des cerises – Sagesse de la révolution, aborde plusieurs de ces questions en mettant au cœur de sa réflexion le rapport entre dialectique de la nature, sens de l’histoire et sens de la vie.

I – De l’ « ordre » et de la « liberté » dans la vie sociale d’un point de vue de classe prolétarien et communiste. De la « sécurité ». De la « discipline à l’école ».

« Tu combats l’injustice : pour toi, c’est le seul désordre ». Paul Eluard

Plusieurs instituts de sondage font état d’un « glissement à droite généralisé » (sic) de la française. L’un de leurs arguments est que les personnes sondées font état d’un grand attachement à la nation (comme si la nation appartenait à la droite et comme s’il n’existait pas un cosmopolitisme réactionnaire !) et surtout, d’une plus grande exigence d’ « ordre » et de « sécurité », ces « valeurs de droite bien connues ».

La stupidité de cette appréciation sondagière saute aux yeux. Toute société a besoin d’ordre et de sécurité, et si elles méritent leur nom de « sociétés » et de sociétés « communistes », les sociétés futures ne feront sûrement pas exception à cette règle. Dans une société communiste mondiale enfin débarrassée de l’exploitation de classe, des armées permanentes, des mafias mondialisées, du gangstérisme, des Etats policiers, de l’idéologie de la violence, de la croyance aux « surhommes » (donc, aux sous-hommes…) et de la fascination exterministe pour l’apocalypse finale, les individus humains ayant enfin tous les mêmes intérêts sociaux fondamentaux, « le développement de chacun » étant devenu la base – comme le dit le Manifeste du Parti communiste – du « développement de tous », la base objective de l’ordre, de la justice, de la moralité véritable (c’est-à-dire principalement, du civisme) et de la sécurité collective sera même incomparablement plus solide que dans nos chaotiques et très criminogènes pays capitalistes en crise « aiguë-chronique ». Dans la jungle de la mondialisation capitaliste et de l’Europe néolibérale prédomine en effet le très officiel et très nocif principe de « l’économie de marché ouverte sur le monde où la concurrence est libre et non faussée » (article VI du Traité de Maastricht). En clair, cela signifie qu’aujourd’hui, la « loi » et l’ « ordre » interdisent de manière totalitaire à toutes les nations d’Europe tout autre fonctionnement que celui qui repose sur la guerre économique de tous contre tous. En clair, nos sociétés impérialistes sont des JUNGLES[2]. En pratique, c’est la destruction socialement organisée du lien social : des services publics, des productions nationalement organisées, de la protection sociale, et même de ce B.A.-BA du lien interindividuel que sont les langues nationales, balayées par le « tout-anglais » imposé par l’élite. Formant l’arrière-plan de la vie sociale, cette jungle sociale tend non seulement à durcir l’antagonisme entre les classes sociales, la concurrence entre les nations (et, à l’intérieur des nations entre les « régions » et entre les « communautés »), mais à cabrer les uns contre les autres les empires capitalistes continentaux et transcontinentaux, qui veulent s’approprier – au besoin par la guerre – les marchés et les matières premières. Cette jungle sociale du capitalisme désormais « libéré » du contrepoids que lui opposait le camp socialiste mondial dresse AUSSI les uns contre les autres les individus les moins conscients de la classe dominée : si solidaires qu’ils soient de par leurs intérêts de classe objectivement communs, nombre de prolétaires sont et se sentent concurrents les uns des autres sur les différents marchés où s’achète et se vend la force de travail dans ce marché aux esclaves moderne qu’est le système capitaliste : « marché de l’emploi », marché de l’accès au logement et des « aides sociales » (=course au clientélisme politique et au « piston »), marché sanitaire et éducatif que deviennent à vitesse V l’école et la médecine. Derrière le discours idéaliste sur la « fin des frontières », la segmentation sociale et territoriale ne disparaît pas : au contraire, elle se re-déploie d’une manière anarchique et elle finit par s’aggraver dans des cadres territoriaux plus étroits/et-ou trop larges qui s’avèrent bien moins favorables à la classe prolétarienne que l’échelon national. On assiste ainsi à de graves effets de ghettoïsation sociale (ghettos de la misère, mais symétriquement, insularité de l’habitat « nanti » barricadée dans des zones pavillonnaires bardées de caméras), replis communautaires divers (ethniques, religieux, voire sexuels) ; le Front « national » constitue de ce point de vue le principal parti ethno-communautariste. Des études très sérieuses montrent que ce parti est de plus en plus territorialisé (de brillantes études sociologiques montre combien le grand périurbain devient la zone-cible de Marine Le Pen). Non seulement ce Front PSEUDO-national, qui usurpe le nom de l’organisation unitaire de combat créée par le PCF pendant la guerre, n’aide pas à combattre les replis identitaires des minorités issues de l’immigration afro-maghrébine : bien au contraire, il exacerbe ces replis, il s’en nourrit lui-même et il alimente le puant racisme « petit-blanc » et son sous-produit réactif, le communautarisme « coloré »[3], en enfermant chaque jeune citoyen dans sa « banlieue », sa religion et son « origine » réelles ou fantasmées.

A – Leur « ordre » et le nôtre.

1 – « Marshal – ou shérif – nous voilà !  » (sic) ? De la sarko-reaganisation des esprits.

Les marxistes éviteront donc de tomber dans deux panneaux grossiers. Le premier, clairement fascisant, conduit à idéaliser l’ « ordre » en soi et à idolâtrer « la » discipline en général, sans jamais s’interroger sur leurs contenus de classe respectifs : ordre pour qui, discipline s’exerçant sur qui et au profit de qui – de quelle classe sociale – ? C’est la figure inlassablement ressassée par les films américains du FLIC-SHERIF faisant régner « the law and order », alors qu’à l’arrière-plan de cette vision « westernisée » de la société, on a tout l’imaginaire nauséabond de la « conquête de l’Ouest » et du très cauchemardesque American Dream : le génocide des Amérindiens, la traite négrière et le Ku-Klux-Klan, l’individualisme forcené du « pionnier » patriarcal brandissant la Bible dans sa senestre et la Winchester dans sa dextre, le tout sur fond de potences, de surarmement généralisé des individus, de machisme exacerbé et de militarisme effréné (la cavalerie venant tirer la veuve et l’orphelin des griffes des vilains Apaches). Outre-Atlantique, on pense immédiatement aux cow-boys/politiciens John Wayne, Charlton Eston et Ronald Reagan (tous trois porte-drapeaux de la pire réaction US…), principales figures contemporaines de ce que par ailleurs j’ai nommé l’exterminisme, ce stade suprême de l’impérialisme. Inutile de dire que ce « modèle » brutal est parfaitement adapté idéologiquement à la phase intense de fascisation sociale et idéologique que vivent à des degrés divers les grands Etats capitalistes, dont la France.

2 – De l’ordre « libéral-libertaire » à la libéral-fascisation.

Faisant face à ce modèle machiste, et le complétant parfaitement, on a le modèle « libertaire » où l’individu ne reconnaît plus aucune loi, ni naturelle ni sociale. L’individu-roi ne reconnaît plus d’autre ordre que son « désir » souverain, jamais très éloigné en réalité – tant cette conception du désir est éloignée de ce que nous apprend la psychanalyse sur la vérité du désir – de l’intérêt sordide de l’ Homo œconomicus de la vieille pensée bourgeoise. Prenant appui sur les avancées de la technologie, ce dérisoire petit homme-dieu veut désormais échapper à la loi biologique de sexuation, soit en choisissant lui-même le sexe de ses enfants, soit en se réclamant d’une théorie du genre qui revient à nier l’existence d’un lien, si complexe et indirect qu’il soit, entre le sexe biologique et le genre socio-culturel, il veut pouvoir échapper à son gré au réel – faute de vouloir le transformer – par l’usage banalisé des hallucinogènes ; il veut certes encore procréer ou enfanter, mais il se refuse à assumer l’éducation de sa progéniture (y compris ses côtés éventuellement déplaisants). Il refuse également de vieillir et finit par trouver scandaleuse sa mort elle-même… (bien qu’il soit d’une indifférence congestionnante à l’égard de la méga-mort anonyme qui décime chaque jour les mômes du tiers-monde). Alors que l’individu « libéral-libertaire » se refuse à faire le moindre geste pour combattre ce qui dépend de lui : la réduction des injustices sociales, ce personnage veule et méchant cultive de manière idéaliste, voire carrément délirante et fantasmatique, un narcissisme infantile et une frivolité exacerbée qu’exacerbent à égalité les revues « féminines » (type Elle, Burda, Biba, Cosmopolitan, etc.) et les revues « viriles » (FHM, MFH, etc.). Il n’est pas difficile de voir que ce « capitalisme de la séduction », qu’a épinglé naguère le sociologue marxisant Michel Clouscard, va comme un gant à la société néolibérale : derrière l’apparence rose bonbon de ce monde infantile et sucré, on a tôt fait de retrouver la « guerre de tous contre tous » annoncée par Hobbes, le rejet de la chose publique, de l’héritage démocratique national et du bonheur commun, l’incapacité à distinguer sagement ce qui, dans des conditions historiques données « dépend de nous » de ce qui, dans les mêmes conditions, « ne dépend pas de nous »[4] et doit donc être stoïquement supporté par tout homme raisonnable. On est alors en pleine démesure, en plein hybris comme eussent dit les philosophes grecs, le culte de l’hybride, du mutant, pour ne pas dire du monstre, devenant un idéal social proposé aux enfants depuis le berceau. Faut-il dire que marxisme, cette théorie matérialiste, rationaliste et scientifique de l’émancipation sociale, n’a rien à voir avec ces utopies faussement hédonistes qui mènent tout droit au « Meilleur des Mondes » capitaliste et totalitaire, ce « brave new World » sarcastiquement décrit par le romancier anglais Aldous Huxley ?

  1. De l’ordre « bobo » à l’ordre « beauf-beauf » et réciproquement.

Or, non seulement il n’y a pas opposition véritable entre le modèle « macho-autoritaire » et le « contre-modèle » libéral-libertaire, mais ces deux anti-modèles symétriques s’accordent et se complètent parfaitement pour opprimer la masse des individus DE LA CLASSE DOMINEE tout en laissant les mâles dominants de la classe dominante, les Sarko et les DSK, combiner pour eux-mêmes les avantages des deux postures : je suis hédoniste, donc je cours sans relâche les top-modèles, j’accumule flirts et divorces à grand spectacle, je jouis sans entraves de Carlton en Sofitel et de Sofitel en Fouquet’s, j’accapare l’argent, le pouvoir et la rente médiatique ET PAR AILLEURS je te joue les gros bras, je me te massacre le tiers-monde et l’Europe latine à coups de plans d’alignement structurel, d’assainissement de la zone euro, d’opération « plomb durci » et de « tempête du désert », je me te vous purge les pauvres au karcher en envoyant partout la BAC – si honorablement connue à Marseille… – tout cela sous l’autorité léchée de MAM ou de Manuel Valls. Bref, nous marxistes, qui postulons au rôle de porte-parole du prolétariat révolutionnaire, n’avons pas à choisir entre les « bobos » hédonistes – dont la figure de proue (je ne discute pas le talent évident du chanteur) a longtemps été Serge Gainsbourg – et les beaufs-beaufs dont le chanteur-phare reste le très réac Michel Sardou.

Car à l’arrière-plan de ces deux figures idéologiquement symétrisées de la libéral-fascisation, on n’est pas long à retrouver la « tenaille » politico-idéologique que le PRCF et « Initiative communiste » s’emploient inlassablement à dénoncer : celle que resserre sur notre peuple, pour mieux liquider l’Etat-nation, les acquis sociaux et le mouvement ouvrier lui-même, le Parti Maastrichtien Unique (PMU-bis) composé du PS, du « Centre », des Verts et de l’UMP (dont les liens avec les bobos des centres-villes « métropolisés » – on pense à Delanoë et à Paris, à Collomb à Lyon,à Aubry et Lille – sont évidents) et l’UM’Pen en gestation autour du tandem Le Pen/« Sark-Copé ». Ni PMU-bis ni UM’Pen en politique, mais combat de classe anticapitaliste et émergence d’un nouveau CNR sortant la France de l’UE et de l’euro en associant le combat social, le combat patriotique et l’engagement internationaliste ; ni beaux-beaufs racistes et machistes, ni bobos « gendéristes » et anti-républicains, nous devons au contraire chercher une ligne prolétarienne indépendante susceptible de diviser nos ennemis de classe tout en unissant autour des prolétaires tous ceux qui luttent pour l’émancipation humaine.

  1. De l’ordre prolétarien.

« En combattant pour elle la classe ouvrière / Apportera un nouvel ordre sur la terre / Au coude-à-coude restons unis prolétaires / Car l’union nous rendra forts ». « Solidarité mes frères », marche du Front populaire.

Car les pays socialistes, que la contre-révolution des années 90 a détruits pour le plus grand malheur de leurs peuples, ont connu une toute autre forme d’ « ordre » et de « sécurité ». Bien entendu, certaines formes de cet ordre portaient un caractère policier et suspicieux pénible dont nous avons eu maint témoignage de la part de militants communistes qui jugeaient ces comportements étatiques parfaitement contre-productifs : en guise de preuve a contrario, Cuba socialiste – où l’on peut tranquillement dénigrer le régime castriste dans la rue à deux pas d’un policier indifférent – a bien mieux résisté que la Roumanie de Ceausescu, où les étudiants vous emmenaient dans les coins reculés pour « vider leur sac », – y compris quand ils se déclaraient membres partisans du PCR ou du TCR. Erich Honecker a d’ailleurs critiqué indirectement la Stasi, qui a joué un rôle central, à l’instigation de Gorbatchev, dans le « tournant » anticommuniste de 1989 qui ouvrit la voie aux liquidateurs de la RDA.

Il ne s’agit donc nullement d’exalter ici on ne sait quel « ordre » vétilleux s’ingérant grossièrement dans les pensées intimes ou dans la conduite des individus : déjà le philosophe hollandais Spinoza, père des conceptions républicaines et laïques en Europe, avait ridiculisé la prétention de certains Etats à régenter les pensées humaines. L’auteur du Traité théologico-politique expliquait au contraire que cette prétention, en soi irréalisable, à dominer l’intériorité d’autrui, ne peut en réalité qu’affaiblir à long terme l’Etat qui s’y réfère, car « nul ne peut faire aimer ce qui suscite l’hilarité et l’indignation », ni faire haïr DURABLEMENT (quand on est dans un Etat « républicain », c’est-à-dire mû par l’intérêt objective la population – « ce qui suscite le respect du peuple » sans susciter contre l’Etat la haine sourde, puis le courroux explosif d’une masse de citoyens). Bref les formes de l’indispensable dictature du prolétariat doivent toujours être MESUREES et autorégulées sous peine de les voir se retourner un jour contre le pouvoir populaire ; en particulier, elles ne doivent jamais se faire si répressives qu’elles n’indisposent lourdement la population travailleuse dans sa vie quotidienne, ni à l’inverse s’affaiblir au point qu’elles permettent à la réaction de se réorganiser pour renverser le socialisme[5].

Il n’empêche que ces aspects suspicieux fort désagréables, qui résultèrent pour l’essentiel, non de la nature même du socialisme mais de la « paix chaude » ou de la guerre froide que lui infligèrent les pays capitalistes, ne furent jamais l’essentiel de « l’ordre » socialiste. Tous ceux qui vécurent en ex-RDA regrettent aujourd’hui à bon droit et expérience faite des deux systèmes la solidarité qui régnait alors entre voisins, entre collègues de travail, entre étudiants, le sentiment général de sécurité de l’existence (logement bon marché, plein emploi garanti, médecine entièrement gratuite, scolarité égale pour tous, droit aux vacances, crèches pour tous les enfants, etc.), l’absence totale de grand banditisme, de trafic de drogue, de prostitution et de petite délinquance organisée – car la base infrastructurelle de ces phénomènes mafieux réside dans la propriété privée des moyens de production et dans ses conséquences : chômage de masse, discriminations, bas niveau culturel – voire abrutissement méthodique – d’une large partie de la population, trafics illicites tolérés, voire encouragés, qui permettent au prétendu « Etat de droit » capitaliste de déléguer de fait la « police » des quartiers « difficiles » aux caïds de la drogue et de la prostitution : les commerces des armes, de la drogue et de la prostitution ne sont-ils pas d’ailleurs les premiers « bizness » mondiaux à l’échelle de la totalité du « monde libre » capitaliste ? Pensons à l’insécurité de masse que les Etats-Unis entretiennent sur leur sol avec les armes en vente libre et avec, aux frontières Sud de l’Empire, une Amérique centrale livrée à la guerre des gangs, cet exutoire à la lutte révolutionnaire ! Pensons surtout au fait que dans la belle société capitaliste re-mondialisée par la contre-révolution, les trois principaux commerces mondiaux sont celui des armes, de la drogue et du sexe ! Pensons au fait que la « libre » Amérique où « tout est possible » est le pays du monde qui a le plus haut taux d’incarcération de sa population, un pays où dans certains Etats les prisonniers cassent des cailloux avec des chaînes aux pieds, où le Patriot Act légalise la torture et où les « peines-planchers » peuvent expédier en prison pour 25 ans un gamin (noir de préférence) de 17 ans coupable de deux vols de pizza !

Au demeurant, Henri Alleg a montré dans Le grand bond en arrière combien la restauration capitaliste fut synonyme pour la Russie postsoviétique d’insécurité de masse, non seulement au niveau social (quasi-suppression des retraites, des logements gratuits, des fermes collectives et de la protection médicale des travailleurs !), mais au niveau de la vie quotidienne, avec une montée en puissance de la mafia russe liée aux clans oligarchiques. Une mafia russe qui, au vu et au su de la droite UMP qui règne sur la Côte-d’Azur, gangrène l’économie des départements du Var et des Alpes-Maritimes !

Nous ne devons donc pas avoir peur d’exiger la paix et la sécurité dans nos communes et nos quartiers populaires. Nous n’avons pas à excuser et à idéaliser comme autant de Robins des Bois de banlieue les tristes sires qui flambent les voitures de leurs voisins prolétaires, les écoles maternelles du quartier ou les manifestations lycéennes faute d’avoir le courage d’attaquer au quartier-général de la bourgeoisie (« la souris ne connaît pas d’animal plus dangereux que le chat », disait Lénine…). « Pas de droit sans devoir, pas de devoir sans droit », proclame Pottier dans un couplet de l’Internationale.

  1. « Qu’as-tu appris à l’école mon fils ?». Pédagogie progressiste ou pédagogisme néolibéral ?

De même dans les écoles, on pourra trouver avec raison bien des circonstances atténuantes – eu égard aux incroyables violences invisibles qu’ils subissent du fait de la crise capitaliste – à certains ados fragiles qui affichent un comportement scandaleux à l’égard de leurs maîtres et, bien souvent, de leurs parents et de leurs condisciples. Pour autant, aucun enseignant ne devrait tolérer d’être humilié en classe , ni de céder en quoi que ce fût sur sa dignité personnelle et sur la dignité de sa fonction ; aucun ne doit non plus accepter que des proviseurs carriéristes ferment systématiquement les yeux, comme c’est souvent le cas aujourd’hui, sur les incivilités, les brutalités et les violences, en abandonnant de fait les enseignants à eux-mêmes… C’est d’autant plus vrai que, lorsqu’on laisse sans rien dire ni faire, un élève (souvent de milieu bourgeois) arriver systématiquement en retard en cours, s’ouvrir la porte d’une salle de classe d’un maître coup de pied puis roupiller ostensiblement en classe en faisant le malin, on pourrit toute une classe, on sacrifie la majorité à la petite minorité et on fait une croix, à la fois sur le devenir des élèves sérieux mais en difficultés (la grande majorité, encore aujourd’hui !), et sur celui de l’école publique elle-même : car dans de telles conditions, comment s’étonner que certains parents, y compris de gauche et de milieu populaire, ne « se saignent aux quatre veines » pour inscrire leurs enfants à l’école privée, réputée à tort ou à raison, mieux « tenue » sur le plan du climat scolaire ? Comment s’étonner pour finir que la sélection sociale s’aggrave et que ce laxisme scolaire nuise en priorité – les statistiques l’attestent – aux enfants issus des milieux les plus populaires ?

Il faut donc en finir avec le préjugé « libertaire » (en fait, néolibéral !) selon lequel une pédagogie émancipatrice doit s’accommoder d’un climat de sauve qui peut ! dans les établissements. Répétons-le: sans un climat de travail dans les établissements, sans le soutien décomplexé de la nation et de l’administration aux enseignants qui « vont au charbon »[6], aucune expérimentation pédagogique libre n’est possible. Porté par le SGEN-CFDT et par l’UNSA – les principaux relais « syndicaux » des contre-réformes scolaires (Allègre, Fillon, Chatel, et bientôt, Peillon) – le « pédagogisme » actuel n’est que l’accompagnement idéologique des contre-réformes scolaires désastreuses pour les futurs salariés-citoyens qu’est censée former l’Education nationale.

Prôner l’ordre républicain et socialiste, ce n’est donc nullement se prononcer sur l’orientation pédagogique (classique, non directive, etc.) des enseignements dispensés dans l’école publique. L’auteur de ces lignes a longtemps milité au GFEN avant de s’en détourner en raison du ralliement de fait de cette association, initialement présidée par le psychopédagogue communiste Henri Wallon, aux utopies néolibérales du SGEN-CFDT. Au cours de sa carrière, l’auteur de cet article a pratiqué toutes sortes de pédagogies en fonction des buts poursuivis et des publics scolaires qui lui étaient confiés. Mais outre que dans une classe de philosophie non dédoublée de 35 élèves, où le prof peut très difficilement circuler entre les tables et où tout travail de groupe donne lieu immédiatement à un bruit très fatiguant, il est acrobatique de faire au long cours autre chose que du « magistral » ou du « magistral dialogué », la question politique ici posée n’est pas de nature principalement pédagogique. La pédagogie COMMENCE quand on a obtenu en classe un minimum d’ordre républicain, de politesse et de respect mutuel ; elle n’est pas – sauf cas très particulier – un succédané à la discipline et surtout, à la politesse, ce B.A.-BA du civisme et de la conscience politique. C’est seulement quand on obtient un climat de travail qu’on peut se lancer dans des expérimentations pédagogiques sensées, alors que le fait de fuir la « discipline », de feindre ignorer l’autorité et de croire pouvoir la compenser par une épuisante course à la pédagogie, ridiculise la pédagogie qui est aussitôt « lue » par certains élèves comme une preuve de faiblesse et de manque de confiance en soi. Il faudra bien évidemment revenir sur cette question de ce que peut être une pédagogie progressiste (G. Snyders) à notre époque car ce que nous venons de dire est volontairement lapidaire et sommaire : disons simplement ici qu’à l’inverse de ce que nous impose le pédagogisme actuel, principalement mâtiné de « compétences » à l’américaine, il nous semble impossible de détacher la pédagogie de l’élan général vers une société nouvelle qui seule peut donner au succès scolaire un autre sens objectif que celui de l’ « employabilité » capitaliste et du « chacun-pour-soi ». Lançons la discussion mais de grâce, ne tombons pas dans le panneau de SUPERPOSER les questions de discipline et de POLITESSE minimale dans les lycées (auxquelles les chefs d’établissement se dérobent trop souvent en laissant humilier les profs, spécialement les profs jeunes et les femmes), et la question de l’innovation pédagogique. La première est essentiellement d’essence syndicale, la seconde ouvre un tout autre débat et c’est une catastrophe pour les pédagogies progressistes et innovantes d’être sans cesse prétexte à couvrir les dérives administratives d’un ministère de l’Education nationale qui, depuis des décennies, confond démocratisme et laxisme faute de se doter des moyens financiers nécessaires pour relever le défi PEDAGOGIQUE de notre époque[7].

Notons pour finir que le refus sec qu’opposent certains courants « républicains » de s’intéresser aux recherches pédagogiques (un comble pour des enseignants !), que la confusion entretenue par eux entre instruire et instruire dogmatiquement, que l’opposition sèche et creuse entre instruire et éduquer, que le refus d’articuler les approches syndicales et les approches pédagogiques de la transformation scolaire, n’aident pas – c’est un euphémisme – à combattre le pédagogisme néolibéral. Il s’agit en réalité de positions en miroir que les enseignants communistes et progressistes doivent apprendre à déconstruire pour articuler selon leurs niveaux propres de pertinence l’intervention politique, l’intervention syndicale et l’intervention pédagogique dans le champ de la transformation scolaire.

  1. Faut-il aimer « la police de mon pays» ? Du contenu de classe des appareils répressifs d’Etat.

Nous ne devrions pas non plus idolâtrer la prétendue « police républicaine », comme disait niaisement Robert Hue, ni la « justice de mon pays » à laquelle G. Marchais s’en remettait si naïvement pour poursuivre ses diffamateurs anticommunistes d’alors, ni à « l’école de la République »[8]. Quand nous refusons la fermeture d’un commissariat (et mieux vaut en effet préférer la police nationale aux polices municipales souvent teintées d’esprit partisan, et a fortiori les « voisins vigilants », ce vivier du FN), ce ne doit pas être en idéalisant la police bourgeoise. Nous devons réclamer haut et fort la dé-fascisation de la police, où l’extrême droite recrute ouvertement au moyen de certains « syndicats » musclés, et mettre en cause radicalement ces corps de répression de classe que sont intrinsèquement les CRS, sans parler de la BAC, dont on a vu à Marseille à quoi elle pouvait servir concrètement derrière les méthodes de cow-boys qu’elle se complait à utiliser contre les jeunes. En résumé, nous ne devons pas oublier, sous couvert d’ordre et de sécurité républicains, tout ce que le marxisme nous a enseigné de manière parfaitement démonstrative sur le caractère de classe de l’Etat bourgeois et de ses appareils répressifs (Engels, Lénine) ou idéologiques (Gramsci, Althusser). Pas question donc de fermer les yeux sur les violences policières, sur le racisme d’Etat, sur les contrôles au faciès et sur l’homophobie, ni de cautionner les pratiques de flicage et de chasse à l’homme, voire de semi-pogrom qui se sont récemment développées dans le Midi sous couvert de chasse aux Roms… Ce serait oublier que l’élargissement de l’UE à l’Est européen – en clair, l’annexion, la recolonisation et la désindustrialisation massive des ex-pays socialistes par l’Allemagne capitaliste unifiée et par l’Europe de l’ouest – ont ouvert les vannes de ces flux migratoires de la misère dont la droite a aujourd’hui le culot de s’emparer pour diviser notre classe ouvrière à coup de slogans racistes ; ces habitants des quartiers populaires, il nous faut avant tout les réconcilier contre la « construction » européenne promue par le grand capital destructeur des nations constituées : bref, l’intégration de tous ceux que le système marginalise est d’abord de nature politique.

  1. Le terrain principal de la lutte pour la sécurité : le « tous ensemble » contre l’UE et le grand capital.

Enfin n’oublions pas que le TERRAIN PRINCIPAL de notre lutte contre l’insécurité passe par la revendication sociale fédératrice : droit au travail, au logement, aux prestations sociales, aux soins, à l’école, aux vacances, à la culture, etc. Et le principal moyen que nous ayons, nous communistes, pour faire reculer l’insécurité dans les quartiers n’est pas l’appel systématique à la police (sans forcément l’exclure non plus : il est au contraire scandaleux que la « police républicaine » se désintéresse ouvertement de certains quartiers à l’abandon où seules se risquent encore des institutrices de 22 ans !), c’est l’ACTION DE CLASSE, le maillage militant, la reconstitution du puissant réseau qu’ont pu constituer par le passé les cellules communistes et les organisations de classe portées par le Parti communiste français, alors digne de son appellation. Bref, reconstruire le parti, le syndicalisme de classe, le Front de Résistance Antifasciste Patriotique et Progressiste contre l’UE reste l’axe principal – mais pas unique – de la lutte pour la « sécurité ».

Du reste, les Sarkozy et les Valls seront oubliés rapidement par notre peuple – qu’apporteront-ils donc à notre peuple, si ce n’est plus de prisons et moins d’écoles ? – alors que tôt ou tard, l’histoire rendra justice au grand Ambroise Croizat, le ministre communiste du Travail qui, en 1945/47, mit en place les remboursements-maladies, les retraites par répartition, les comités d’entreprise, les conventions collectives nationales et le droit du travail (rien que ça !) bref, les bases socio-économiques matérielles de la SECURITE SOCIALE « à la française ».

Ajoutons qu’il ne saurait être question de réclamer l’ordre et la sécurité – comme il est si nécessaire de le faire dans ces quartiers de non-droit que la police abandonne aux trafics – sans dénoncer vigoureusement l’état scandaleux et ignoble du système carcéral : sans entrer ici dans une discussion de fond sur le bien-fondé de la prison, il faut rappeler que la peine prononcée contre un condamné consiste dans la privation de liberté et non pas dans l’enfermement 22 heures sur 24 dans des cellules sales et surpeuplées, dotées de « toilettes » dégueulasses, mêlant les pires caïds aux primo-délinquants et condamnant de fait chaque année des centaines de jeunes au suicide en prison ou à la contamination par le Sida, alors même que nos bobos vite satisfaits se satisfont de la prétendue abolition de la peine de mort par Saint-Badinter, l’homme qui valide tous les diktats antisociaux de l’UE dans le cadre du Conseil constitutionnel !

Disons pour finir qu’une réflexion sur l’ordre doit être posée dans une perspective clairement dialectique. Non seulement l’ordre d’une société socialiste « juste » diffère de l’ordre capitaliste par le fait qu’il sert la classe laborieuse et non les capitalistes, mais il doit nécessairement intégrer – étant un ordre progressiste, donc en mouvement – une dimension de désordre et d’anarchie bien tempérés s’il est vrai que le but final du socialisme est de mettre au monde une société communiste au sens plénier du mot : une « société sans classes » dans laquelle l’Etat « politique » s’éteindrait peu à peu (Marx, Engels, Lénine n’ont cessé d’y insister), se doit d’offrir à chaque collectif communiste, à chaque travailleur, un maximum d’initiative politique, idéologique et culturelle. Mais cette créativité ne saurait être mise au service du « chacun pour soi et du profit pour qui pourra » ; elle serait évidemment mise au service du développement général des capacités de chacun et de ce que Babeuf, fondateur du communisme moderne, appelait le « bonheur commun ». Ce serait là le lieu de développer une réflexion sur les rapports entre la planification et l’autonomie de gestion dans le cadre de la propriété sociale des moyens de production (se pose aussi bien sûr, comme on le voit à Cuba, la question d’une part subordonnée de l’économie réservée, du moins dans un premier temps, au « marché »), mais une telle réflexion sortirait, comme chacun le comprendra aisément, des limites prescrites à la présente réflexion, et peut-être d’ailleurs des compétences économiques de l’auteur.

II – Comment aborder la question de l’immigration d’un point de vue de classe prolétarien ?

Le champ politico-idéologique actuel est partagé à l’heure actuelle entre deux camps, à la fois rivaux et complices, qui se renvoient la balle au détriment d’une véritable approche de classe, républicaine et prolétarienne à la fois, de la nation et de la coopération internationale en matière de main-d’œuvre :

  • Le camp de la xénophobie et du racisme d’Etat représenté politiquement par l’UM’Pen en formation – entendons par là l’UMP du requin Copé, que les journaux étrangers qualifient ouvertement de raciste – et bien entendu, le FN de la dynaste Le Pen, qui depuis des décennies dresse les Français « de souche » (sic) contre les immigrés originaires de l’ex-Empire colonial français. Cette politique de répression brutale cible tout particulièrement les immigrés « sans papiers », mais elle pénalise et humilie quotidiennement tous les Français plus ou moins colorés, ainsi que leurs conjoints et enfants. Cette catégorie de la population, dont la majorité des membres appartient à la classe laborieuse, est victime de fait de mille discriminations invisibles. Cette stigmatisation s’accompagne d’un discours de stigmatisation inlassable des « musulmans », d’une politique étrangère de « choc des civilisations» (tantôt contre l’Irak, tantôt contre la Libye, la Syrie, l’Iran), d’un discours semi-raciste sur la Turquie, d’une utilisation éhontée de la « laïcité » – cette valeur républicaine d’intégration qu’il est honteux de pervertir pour en faire l’arme d’une exclusion – à l’encontre des Français musulmans. A l’arrière-plan de cette stigmatisation des « immigrés clandestins » (sic), se profile la politique étrangère néocoloniale et impérialiste de la Françafrique, avec ses interventions militaires à répétition dans l’ancien « pré-carré » français d’Afrique. Cette politique de classe s’est « enrichie » sous Sarkozy de la politique, très clairement inspirée par le MEDEF, dite de l’immigration choisie (par l’importateur de main-d’œuvre, pas par le travailleur africain) qui consiste à piller les ressources en main-d’œuvre de l’Afrique et des ex-pays socialistes de l’Europe orientale, sans en payer les coûts en termes de formation, de retraite, de politique de l’enfance et d’indemnisation du chômage : dans les faits, c’est toujours la politique que critiquait Béranger dans sa chanson Mamadou (« On a pressé le citron on a jeté la peau ! ») ; à l’arrière-plan de la Françafrique, que stigmatise à juste titre mais de façon trop unilatérale la gauche-bobo et l’extrême gauche altermondialiste, il faut également dénoncer la Franceurope, la Françallemagne et l’Union transatlantique qui, sur fond de vente à la découpe de l’Etat-nation français, pratique à grande échelle la désindustrialisation et la délocalisation de l’emploi
  • Le camp de la gauche bobo et de l’extrême gauche petite-bourgeoise, qui tout à la fois, idéalise « l’immigration » et les « flux migratoires» en maudissant les nations, les frontières (« no borders ! »), les langues autres que le globish (et certaines « langues régionales ») et en exaltant le prétendu droit pour chaque humain de s’installer là où il le « veut »[9] ; bien entendu, il ne saurait être question une seconde de renvoyer dos à dos les « beaufs » et autres fachos qui « cassent du bougnoule » et les milliers de résistants sociaux, y compris pour certains, petits bourgeois[10], qui défendent les migrants et les ouvriers sans-papiers en affrontant l’Etat policier français. Simplement, il faut noter que, d’une part, la gauche établie n’utilise le discours « pro-immigration » qu’à des fins strictement électorales, pour capter les voix des Français issus de l’immigration, et qu’à des fins antinationales, pour expliquer que les nations sont finies ; dans la réalité, les politiques menées par les ministres « socialistes » ou apparentés, les Chevènement, Vaillant, Manuel Valls, ne diffèrent guère dans les faits des politiques de droite : expulsions à la chaîne, rétention sous différents noms, politique ouverte ou déguisée du chiffre, c’est la continuité des comportements crypto-xénophobes derrière la rupture des discours et des envolées lyriques.

En outre et surtout il faut remarquer que cette ligne d’ouverture maximale des frontières est défendue par le MEDEF de Laurence Parisot au nom de la « compétitivité » de l’économie française. Il est clair en effet que l’entrée massive d’immigrés est souhaitable pour le patronat dans la mesure où elle permet de peser fortement sur la demande d’emploi, donc sur les revendications salariales, notamment sur celle des OUVRIERS des usines et des chantiers, cœur du prolétariat de France[11]. C’est une question de « marché de l’emploi », d’offre et de demande, et personne ne peut croire que Lady Parisot, qui passe son temps à saquer les retraites, les salaires, les remboursements maladies et tous les acquis ouvriers, soit subitement touchée par la grâce « humanitaire » quand elle dit vouloir accueillir « librement » plus de main-d’œuvre étrangère. Son objectif égoïste est de mettre en concurrence un maximum de prolétaires français et étrangers pour le même nombre de postes de travail et ainsi, faire baisser les salaires, mettre ainsi tous les prolétaires sur la défensive, avec en prime, la possibilité de les opposer entre eux sur des bases ethniques, les « Français de souche » (sic) tendant à écouter le FN et les « immigrés » tendant à se replier défensivement sur la « communauté » ethnico-religieuse au lieu de participer à la lutte de classe générale des prolétaires français : une telle politique est évidemment tout bénèf pour le MEDEF économiquement, politiquement et idéologiquement ! Ajoutons que cette politique d’immigration « choisie » (par les patrons « français », pas par les ouvriers étrangers ou français poussés vers l’emploi précaire ou vers le chômage en fonction des exigences du profit  !), est la continuation dans le sens sud-nord et est-ouest de la politique de délocalisation (dans le sens nord-sud et ouest-est) des industries et des services que poursuit avec acharnement le MEDEF depuis des décennies [12]. En délocalisant la grande industrie française en Asie ou en Europe de l’Est, en important de la main-d’œuvre taillable et corvéable de l’Est et du Sud, l’objectif de classe obstinément poursuivi par MM. les capitalistes est de CASSER la combativité de la classe ouvrière de France (immigrés inclus) comme se refusent trop souvent à le voir, pour coller à la petite bourgeoisie « politiquement correcte », nombre de pseudo-« léninistes ». Retombée non négligeable, cette politique permet aussi de dominer économiquement les ex-pays socialistes de l’Est et de les arrimer à l’UE en conjurant les possibilités de restauration socialiste à l’Est puisque la classe ouvrière de ces pays – notamment de la Pologne – est sans cesse écrémée de sa partie la plus dynamique (qui est tentée de trouver une issue individuelle à ses problèmes d’emploi en partant à l’étranger à l’abri des accords de Schengen plutôt que de lutter collectivement sur place pour reconstituer l’industrie socialiste cassée par la contre-révolution capitaliste pilotée par l’Occident avec l’aide des Walesa et autre Woytela).

  • Au final, ces deux approches bourgeoises apparemment contradictoires (celle des « beaufs » et celle des « bobos », celle, d’une part, de M. Le Pen/Copé/Valls et celle, d’autre part, de L. Parisot ET de « Libé ») se rejoignent et se conjuguent sur le dos des prolétaires du nord, de l’Est et du Sud, sur la peau des nations constituées (celles de l’Est, du Sud, mais aussi de l’Ouest et du Nord) avec pour objectif central d’affaiblir mondialement et nationalement le Travail par rapport au Capital. Il s’agit ici, relativement à la politique de main-d’œuvre, de la même « tenaille » politico-idéologique que celle que seul, le PRCF dénonce inlassablement dans notre pays sur un plan plus général : celle qui STRANGULE le peuple de France en l’enserrant entre les deux mâchoires de l’étau politique et idéologique constitué, d’une part par le Parti Maastrichtien Unique (le PMU-bis) formé du PS, du « Centre » et de l’UMP, d’autre part par l’UM’Pen en gestation autour de Copé et du « rassemblement bleu marine». A noter qu’ici, la xénophobie d’Etat et l’auto-phobie nationale se conjuguent parfaitement, comme nous l’avons montré dans un récent article sur Les racines de classe de l’autophobie nationale. Quoi de plus efficace, au moment où l’oligarchie hexagonale en mal de mondialisation démantèle la France (destruction de la souveraineté monétaire, budgétaire, militaire, et bientôt institutionnelle et politique au nom du « saut fédéraliste européen »), où elle prétend, avec L. Parisot « reconfigurer les territoires » (Euro-régions remplaçant la République une et indivisible héritée des Jacobins), où elle cherche à « désétablir » le français au profit du tout-anglais (en feignant de revaloriser les langues régionales par l’adoption de la très dangereuse Charte européenne des langues minoritaires et régionales), en marginalisant l’histoire de France dans les manuels scolaire, en dynamitant tous les acquis sociaux et démocratiques hérités de 1789, 1793, 1905, 1936, 45, 68[13], que de dévier la colère des ouvriers marginalisés, des employés précarisés, des fonctionnaires vilipendés, des paysans ruinés, des artisans pressurés par la TVA et la CSG, non pas contre l’oligarchie des milliardaires, ni contre la « construction » européenne, mais contre les OUVRIERS immigrés (ou inversement, contre les ouvriers français), contre les frères de classe, contre l’unité de la classe laborieuse sans laquelle aucune victoire ne sera remportée contre les capitalistes ?

C’est pourquoi le PRCF, qui associe en permanence le combat pour l’indépendance au combat internationaliste du prolétariat pour le socialisme, se doit de poser sur des bases de classe les tâches des communistes sur la question de l’immigration.

A – Partir d’une approche de classe, matérialiste-dialectique, mobiliser le marxisme pour aborder ces questions.

Les duellistes-duettiste de la pensée bourgeoise voudraient nous enfermer dans une approche métaphysique, c’est-à-dire idéaliste et antidialectique, de l’immigration en opposant deux « solutions » symétriques, incompatibles en théorie mais étroitement solidaires en pratique : nous sommes ainsi sommés de répondre à la question-piège : « pour ou contre l’immigration ? ». D’abord, c’est confondre le processus d’immigration, qui est au cœur de la mondialisation capitaliste, et les migrants eux-mêmes, sans d’ailleurs faire le tri entre les travailleurs immigrés et cette partie de la bourgeoisie étrangère fusionnant avec l’oligarchie hexagonale qui s’installe en France pour travailler à la décomposition du pays. Pourtant, la fracture de classes divise aussi l’immigration avec, d’un côté une immigration prolétarienne (provenant essentiellement des pays francophones d’Afrique et, depuis dix ans, de l’Est européen) et de l’autre une immigration nantie qui, par certains aspects (achats massifs et même, systématiques, de terrains en France, regroupement territorial par origines nationales, substitution de facto de l’anglais au français dans certaines contrées – Normandie, Côte-d’Azur, Limousin, banlieue Ouest de Paris… – renchérissement du foncier et exclusion de fait des « indigènes de la République » de l’accès à la propriété du sol ou des maisons, mainmise sur certaines forces productives, avec à l’arrière-plan l’appropriation du CAC 40 par les actionnaires anglo-saxons et pétro-monarchiques : cf le rôle du Qatar) participe d’une colonisation rampante de la France, que ce soit par le biais de l’Europe du nord nantie vectrice d’anglophonisation ou, dans certains territoires (Côte-d’Azur…) des « nouveaux Russes » (avec parfois un côté ouvertement mafieux). Il est par exemple indispensable d’aborder la question du vote des étrangers d’un point de vue de classe. Car déjà, les étrangers « communautaires », qui appartiennent largement aux classes privilégiées – peuvent voter aux municipales et aux européennes, et nul ne leur demande pour autant de comprendre ou de parler notre langue : ce sont au contraire des bulletins municipaux de plus en plus nombreux (par ex. autour de Neuilly et du Vésinet) qui deviennent sereinement bilingues en attendant pire (inutile de dire qu’il n’y a jamais eu la moindre attention des mêmes édiles de droite à l’égard des arabophones) alors que les langues de l’immigration de travail (arabe, berbère, mais aussi portugais ou italien) sont presque totalement ignorées dans nos lycées publics.

Il est en absurde en outre, revenons-y, de confondre « les » travailleurs immigrés, qui sont des êtres humains, avec « l’immigration » qui est un processus. Bien évidemment, dans la mesure où une organisation communiste doit combattre le racisme, promouvoir l’internationalisme et surtout, UNIR SA CLASSE dans le monde et pour commencer, dans son propre pays, nous devons défendre tout travailleur immigré contre le racisme d’Etat (le mot « travailleur » incluant la majorité des étudiants étrangers futurs travailleurs, les retraités immigrés, les chômeurs), ce qui impose de réclamer leur régularisation. De même, en tant qu’anti-impérialistes et anticolonialistes, nous devons défendre (et surtout, transformer radicalement dans un sens progressiste) les accords de coopération avec les ex-colonies françaises, car la France bourgeoise doit assumer ses responsabilités historiques envers les pays dont la colonisation a bloqué le développement pendant fort longtemps. En tant que citoyens francophones résistant au tout-anglais mondial, nous devons aussi faire en sorte que les étudiants et que les travailleurs francophones soient accueillis dignement sur notre sol[14].

En revanche, cela n’implique aucunement de rallier le mot d’ordre libéral-capitaliste, digne de Laurence Parisot, « no Borders ! » ou pire « libre circulation des hommes et des personnes » sur toute la planète. Sous son allure internationaliste (mais il s’agit en réalité de supranationalisme BOURGEOIS), ce mot d’ordre vise à la fois à casser la souveraineté des nations, à permettre au capital de déployer sans entraves sa politique planétaire et européenne de moins-disant social et de mise en concurrence VERS LE BAS des mains-d’œuvre nationales, à déréguler au maximum le « marché du travail », bref à précariser et à diviser le prolétariat mondial. Il s’agit là d’ailleurs de l’une des quatre MAUDITES libertés (pour le capital !) établies par les accords de l’OMC et par les traités de l’UE, tendant à « libérer » de tout contrôle étatico-national les MARCHANDISES, les CAPITAUX et les FLUX de MAIN-d’ŒUVRE. Au profit de quelle classe ? Bien entendu, au profit de la bourgeoisie capitaliste, c’est pourquoi il faut une approche DE CLASSE de cette question et non une approche sentimentale, humanitaire, et en réalité hypocrite, de cette question. Sans quoi la politique réelle à laquelle sont confrontées, non seulement les populations ouvrières migrantes, mais les classes ouvrières des pays de départ et d’accueil, c’est A LA FOIS la « politique-Parisot » : « par ici la chair fraiche ! », et la « politique-bleue marine » (tapons sur les « musulmans », excitons le racisme, refoulons sans cesse ceux qui sont là pour effrayer les autres, tout en « important » en sous-mains de nouvelles vagues d’immigrés alors que le chômage atteint plus de 4 millions de personnes dans ce pays, que le nombre de pauvres officiellement recensés dépasse 8 millions, sans parler des chômeurs invisibles et des « temps partiels contraints »).

B – Quelles orientations générales pour les revendications communistes en matière de politique d’immigration ?

Il suit donc que, tout en défendant tous les travailleurs présents sur notre sol, tout en refusant de cautionner quelque expulsion de prolétaire immigré que ce soit (rien à voir avec les trafiquants de drogue ou avec les fanatiques religieux issus du Lumpenproletariat ou de la Lumpen-bourgeoisie mafieuse, qui POURRISSENT la vie des immigrés tout autant que l’Etat policier de Sarko-Valls), nous devons dès aujourd’hui, entre autres pistes revendicatives (on n’énonce pas ici un programme de mesures précises, on dessine une orientation en ayant conscience que les formulations avancées doivent sûrement être rectifiées ou affinées) :

  1. Exiger le démantèlement des filières clandestines d’immigration et réprimer sans pitié leurs inspirateurs, utilisateurs et profiteurs patronaux ; ces « bons Français » – qui ne sont rien d’autre que des négriers – doivent être déchus de leur nationalité, tout autant que les richards « français » qui planquent leur fortune à l’étranger et veulent être naturalisés belges ou monégasques pour échapper à l’impôt de solidarité avec les compatriotes qu’ils « tondent » à longueur d’année[15]. Il ne faut pas hésiter à exiger la CONFISCATION de leur fortune et de tous leurs avoirs en France : que ces gens apprennent ainsi ce que signifie réellement l’expression chère à l’UMP de « fiscalité confiscatoire » (sic) dont ils abusent à tout propos ;

 

  1. Interdire les délocalisations (cette « immigration à l’envers»), nationaliser les industries stratégiques, les services publics semi-privatisés, le crédit, planifier la ré-industrialisation du pays, rétablir le contrôle national de la circulation des capitaux, mettre la Bourse en extinction (dans la perspective d’une révolution du mode de production), taxer lourdement les réimportations en provenance d’usines françaises délocalisées, mettre fin à la « concurrence libre et non faussée ouverte sur le monde » qui définit l’UE (art. VI du Traité de Maastricht, qui rend l’UE totalitairement capitaliste et néolibérale, n’en déplaise à MM. Mélenchon, Thibault, Laurent, Chérèque, Aschiéri, Krivine et autres bonimenteurs de l’Europe sociale). Bref, pourvu qu’il soit associé à l’idée de nouveaux traités internationaux progressistes du type de l’ALBA (Alternative bolivarienne des Amériques associant Cuba, le Venezuela, la Bolivie, etc.) fondés sur la coopération planifiée entre Etats souverains et sur la recherche de l’équilibre des échanges internationaux, ainsi qu’il est stipulé dans la Charte de La Havane.

 

  1. Cela signifie que de véritables marxistes-léninistes – qui n’ont que faire des criailleries à ce sujet des bobos rosâtres et de leurs pseudopodes cramoisis – doivent avoir le courage de combattre le prétendu libre-échangisme mondial: notons d’ailleurs que dans les faits ce libre-échange ne s’impose qu’aux pays dominés du Sud de la planète et de l’Est et du Sud de l’Europe ; quant aux pays dominants du Nord-Ouest, ils pratiquent sans mot dire un protectionnisme insidieux, tantôt à l’abri du dollar, qui permet à l’Oncle Sam de se sur-endetter sans jamais payer ses factures, et de la zone euro, qui n’est en fait que la zone semi-protectionniste de la Grande Allemagne unifiée et de ses satellites directs (grâce à l’euro, l’Europe du Sud ne peut plus exporter à bas prix vers l’Europe du nord et elle doit en revanche importer les produits allemands et américains (Berlin fiche laissant en gros les mains libres à Washington sur les marchés extra-européens) ; le vrai problème n’est donc pas « libre échange ou protectionnisme ? » puisque le système actuel permet aux impérialismes dominants d’associer en réalité un libre-échange à sens unique et un protectionnisme asymétrique, le très réactionnaire impérialisme français acceptant de se faire piller par Berlin sous réserve que celui-ci l’autorise à piller l’Europe méridionale et le Sud de la Méditerranée. Pour le camp progressiste, il ne s’agit donc pas d’organiser le « repli national », comme le prétendent les faussaires du NPA, mais de réorganiser l’échange international sur la base de la coopération entre Etats souverains et dans le respect du mieux-disant social. Pour ne prendre qu’un exemple, en quoi de véritables militants de gauche devraient-ils, sous prétexte que « ça fait internationaliste… « politiquement correct » ! », faire trois signes de croix quand ils entendent le mot « protectionnisme », au lieu de défendre la SAINE pratique internationaliste ET patriotique de Cuba socialiste, qui « exporte » son surplus de médecins et d’instituteurs en Amérique latine au bénéfice de l’alphabétisation des peuples, tandis que le Venezuela bolivarien de Chavez livre à Cuba des hydrocarbures à bas prix ? C’est là toute la différence entre le supranationalisme capitaliste, cette fusion inhumaine de l’internationale de la finance et du chauvinisme des grandes puissances, et l’internationalisme prolétarien de nouvelle génération qu’il s’agit de promouvoir sur la base du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et de l’échange EGAL et équilibré entre les nations SOUVERAINES dans le but d’accroître PARTOUT le bien-être des travailleurs-citoyens.

 

  1. Dans le cadre d’une futre alternative populaire, patriotique, progressiste, il ne sera nullement question de « libre marché de la main-d’œuvre ». Sans aller jusqu’à défendre l’immigration zéro, que défendait maladroitement G. Marchais à la fin des années 70 (il faut permettre à ceux qui le souhaitent de « voir du pays » et pas seulement d’émigrer, comme aujourd’hui, parce qu’ils y font forcés par la misère ; en outre, la France ne peut ignorer le fait que ses ex-colonies ne seront pas immédiatement en état de résorber leur énorme taux de chômage, largement hérité du sous-développement colonial). Pour cela, il faut, non pas rejeter mais rectifier le slogan de Marchais: « produire français » (le PRCF dit bien plus clairement : « produire en France avec tous ceux qui y vivent »), il est clair que les communistes que nous sommes veulent construire le socialisme, c’est-à-dire une société où l’économie sera démocratiquement et scientifiquement planifiée en fonction des besoins populaires et où, conséquemment, les échanges internationaux seront eux aussi planifiés et coordonnés, et non pas livrés à la guerre économique permanente (il n’y a pas de socialisme tant qu’il n’y a pas de socialisation des grands moyens d’échange et de production, ce qui implique aussi la nationalisation intégrale du commerce extérieur : donc la planification des flux de main-d’œuvre). Ainsi fonctionnaient les pays socialistes comme la RDA qui, par suite d’une démographie interne insuffisante, « importaient » une main-d’œuvre vietnamienne (le Vietnam populaire ruiné par la guerre ne pouvait donner du travail à tous) avec le devoir évident pour l’Etat socialiste allemand de former ses immigrés (et pour commencer, de leur apprendre l’allemand et de les informer de leurs droits !), de les loger convenablement, de leur permettre de rester en contact organisé avec leur pays d’origine, etc. Quoi qu’il en soit, il est clair que pour de véritables marxistes, la revendication qui doit l’emporter n’est nullement « le droit pour chacun de vivre où bon lui semble » et l’irresponsable « no Borders ! », mais priorité au développement équilibré des nations et de leurs échanges, aide à l’industrialisation sur place et au maintien des agricultures vivrières, avec droit prioritaire pour chaque paysan, artisan et prolétaire (parmi lesquels les chercheurs dont les USA achètent la force de travail sans payer la formation et en privant le tiers-monde de savants tout en cassant les acquis de leurs propres chercheurs, ingénieurs et médecins nationaux…), de VIVRE et TRAVAILLER au PAYS et, soit dit en passant, DANS SA LANGUE NATIONALE.

 

Quant au « droit » de chacun de « s’établir où bon lui semble », il n’est aucunement un absolu. Les pays socialistes comme la RDA qui avaient doté leurs intellectuels et leurs techniciens d’une formation de haut niveau aux frais de l’Etat ouvrier, avaient le droit d’utiliser sur place cette formation et de ne pas la laisser filer à l’Ouest pour le seul profit des capitalistes occidentaux ; et même si l’on peut évidemment critiquer les formes que cela a pris suite à l’intense pression politico-économique exercée sur la RDA par l’impérialisme (Mur de Berlin), des communistes et des amis conséquents du tiers-monde ne peuvent reculer sur le DEVOIR des futurs pays socialistes, des Etats du tiers-monde en développement et d’une future France socialiste : il s’agit de rendre totalement gratuite la formation et l’éducation et – conséquemment et sauf réciprocité de la part d’autres Etats – d’utiliser ensuite au profit de la collectivité nationale – en dernière instance des ouvriers et des employés qui forment la majorité démocratique – la main-d’œuvre intellectuelle et qualifiée ainsi formée en empêchant le « brain drain » (on devrait dire le pillage des cerveaux) qui permet aujourd’hui aux USA de rafler tous les Prix Nobel de science en « important » une élite de chercheurs indiens, asiatiques et africains naturalisés à la hâte comme le premier footeux lâché sur le « mercato ». Qu’il soit ici entendu une fois pour toutes que ce développement vaut pour la future France démocratique et socialiste et que cette idée de planification harmonieuse de la main-d’œuvre POUR DEMAIN ne peut jamais servir d’argument pour rallier le camp de ceux qui, ICI ET MAINTENANT, dans nos pays livrés au néolibéralisme, voudraient persécuter les travailleurs migrants sans s’attaquer aux racines MORTIFERES des MIGRATIONS CONTRAINTES.

 

  1. Bien évidemment, à l’encontre de l’ensemble capitaliste «délocalisations/ immigration sauvage / harcèlement d’Etat des immigrés déjà résidents/encouragement aux partis racistes et communautaristes / sous-développement des pays d’émigration assorti d’interventions militaires impérialistes », il faut privilégier une politique de classe totalement inverse, à la fois internationaliste et patriotique, voire, si j’ose dire « inter-patriotique » : « ré-industrialisation de la France en lien avec l’industrialisation des pays d’émigration / planification des échanges de main-d’œuvre / développement SUR PLACE de l’emploi industriel et agricole dans les pays d’émigration / redécouverte du patriotisme et de la conscience de classe / reconnaissance des cultures et des langues issues de l’immigration ET politique d’intégration citoyenne dans le pays d’accueil avec accès facilité à la naturalisation / mise hors d’état de nuire, A LA FOIS de l’oligarchie occidentale collabo, destructive de son propre pays au nom de l’Europe atlantique, et des nouveaux colons de l’oligarchie extérieure / Lutte résolue pour l’égalité mondiale entre les cultures et les langues nationales et défaite du contre-modèle de la pensée, de la langue, de la « culture » unique mondiale américano-formatée ».

 

  1. En conclusion, les piliers d’une action à la fois patriotique et internationaliste, pour l’intégration politique des travailleurs immigrés (ce qui inclut, rappelons-le, les chômeurs et les retraités) à la lutte de classe générale du prolétariat sont :

 

  • La solidarité internationaliste et la conscience d’appartenir à la même classe, de combattre le même ennemi – le capital impérialiste et ses pseudopodes locaux – que ce soit dans le pays d’origine (contre les bourgeoisies locales plus ou moins « compradores ») ou dans le pays dit d’accueil ; elle implique une lutte résolue contre toute forme de repli communautaire dont la condition préalable est la dénonciation prioritaire du nationalisme (racisme, chauvinisme, xénophobie d’Etat…) qui infecte toujours plus ou moins la population native du pays dominant ; cela implique aussi de développer le défaitisme révolutionnaire à l’encontre des initiatives de prédation économique et militaire de la nation dominante, par ex. de combattre sans trêve la « Françafrique » pour ce qui est de la France ; à notre époque, cela signifie développer ardemment un « internationalisme de nouvelle génération» car lorsque l’ouvrier chinois ou l’employé bangladais obtient une augmentation massive de salaire dans son pays en faisant grève contre une transnationale capitaliste, il aide TOUTE SA CLASSE à l’échelle du globe : il devient moins tentant pour l’actionnaire européen de délocaliser l’usine française en Asie et, le pouvoir d’achat ouvrier augmentant en Chine, il devient possible au prolétariat chinois d’exiger un développement économique centré sur le développement du marché intérieur chinois : prolétaires internationalistes ET patriotes démocrates de tous les pays, unissons-nous !

 

  • Le patriotisme et l’ « inter-patriotisme » populaires : le PCF de Duclos, de M. Manouchian et de M. Thorez n’a pas « intégré » les ouvriers immigrés de son époque en leur tenant un discours humanitaro-larmoyant de type démocrate-chrétien sur « l’humain d’abord». Il les a d’abord intégré à la lutte de classe générale du prolétariat (voir le point précédent) ET AUSSI en leur munissant des outils politiques, militaires et organisationnels propres leur permettant d’intégrer la lutte générale du prolétariat pour la libération sociale ET POUR LA LIBERATION NATIONALE de la France ; « Français de préférence », comme le chantait Aragon, les immigrés des bataillons FTP-MOI « criaient la France en s’abattant » et ce n’est pas pour rien que les FTP-MOI de Carmagnole-Liberté, dont Léon Landini, président du PRCF, et son frère Roger furent des éléments de choc, avaient choisi cette magnifique dénomination en hommage à la Révolution française ; il est anti-prolétarien de cultiver chez les ouvriers immigrés, et surtout, chez leurs fils déjà français en vertu du droit du sol, l’idée que l’histoire de France ne serait qu’un amas de crimes coloniaux et qu’en conséquence, il serait parfaitement sain de « niquer la France »[16], de huer la Marseillaise, de conspuer le drapeau français, etc[17]. Ces actes irresponsables donnent gratuitement du grain à moudre au clan Coppé-Le Pen, alors qu’au contraire, la tâche des communistes français pendant la guerre avait été de permettre aux immigrés vivant en France, Italiens, Espagnols, Juifs d’Europe de l’Est, Arméniens, etc., de lutter sous les DEUX DRAPEAUX jumeaux nés ou « renés » de la Révolution française, le drapeau rouge des ouvriers de la « place de Grève », et le drapeau tricolore des Soldats de l’An II. Rappelons même que selon Charles Tillon, chef de file de l’ensemble des FTP (FTPF et FTP-MOI), « Carmagnole-Liberté fut l’un des plus beaux, sinon le plus beau fleuron de la Résistance armée française ». De la même manière, les Communards français (Varlin, Ferré, Flourens, Moilin, etc.) et les Communards étrangers (Frankel, Dombrowski, Dmitrieva…) ont versé leur sang ensemble pour la cause indissolublement patriotique et internationaliste qu’était l’insurrection du prolétariat parisien contre Versailles et ses soutiens prussiens.

 

  • La médiation entre ces deux moteurs de l’intégration politique et syndicale des immigrés est toute trouvée ; il s’agit d’une part de l’ANTIFASCISME, de la défense commune des libertés démocratiques, centralement de la libre action du mouvement ouvrier, d’autre part de l’ANTI-IMPERIALISME: et celui-ci ne fonctionne pas à sens unique : à notre époque de destruction des nations constituées, y compris dans les pays dominants, par la mondialisation contre-révolutionnaire du capitalisme, par la recolonisation insidieuse des anciennes colonies (les fameuses « guerres d’ingérence humanitaire »), de désintégration des Etats-nations dans l’Empire germano-américain avec la collaboration de l’oligarchie « française », le défaitisme révolutionnaire se lie plus que jamais au patriotisme français républicain car toute victoire à l’étranger de l’impérialisme français (par ex. en Libye) est une avancée de la décomposition nationale en France même. Plus que jamais il faut entendre la parole d’Engels, reprise par Marx à propos des relations entre l’Angleterre et l’Irlande, selon laquelle « un peuple qui en opprime un autre ne saurait être libre » et dont le complément anti-impérialiste est la parole prononcée en août 1914 par de député marxiste allemand Karl Liebknecht à l’adresse des ouvriers de chacun des pays belligérants : « l’ennemi principal est dans ton propre pays ». Les ouvriers français doivent donc aider leurs frères de classe venus d’Afrique à abattre le néo-colonialisme français chez eux et réciproquement, les ouvriers immigrés doivent aider leurs camarades français à sauver l’existence nationale de la France de l’entreprise d’euro-dissolution de la nation qui est la stratégie cardinale du MEDEF[18].
  • Qu’ils le veuillent ou pas, les ouvriers immigrés seront broyés – et ils le seront encore davantage que les Français – s’ils laissent avec indifférence le MEDEF faire à nouveau le « choix de la défaite» pour la France (l’expression de Marc Bloch évoquant la défaite de 1940 a été pertinemment reprise par Annie Lacroix-Riz). Car c’est pour des raisons de classe extrêmement précises que le MEDEF veut liquider son propre pays : il s’agit pour lui d’araser le droit du travail, de casser les conventions collectives et les statuts nationaux, de dénationaliser jusqu’au dernier les services publics et de désosser le secteur public industriel, de transférer l’ensemble de la grande industrie vers les pays à très bas salaires (il est facile de voir que lorsque la production de la vaisselle actuellement réalisée à Arques, dans le Pas-de-Calais, sera réalisée en Chine, la masse salariale versée au prolétariat considéré mondialement sera plus faible et que les profits versés au patron FRANÇAIS seront plus élevés : ne pas confondre le mondialisme capitaliste avec l’internationalisme prolétarien)[19].

III- A propos du « mariage pour tous » (brrr[20]…). Eléments exploratoires pour l’élaboration du point de vue communiste.

Certains jugeront que les communistes n’ont pas, comme tels, à se prononcer sur ce genre de question, facilement traitées de « diversion ». Sauf que, pour certains concitoyens – notamment pour les couples homos qui élèvent déjà de facto des enfants – cette question du mariage pour tous n’a rien de « secondaire ». Sauf que l’UMP, l’Eglise, le PC-PGE, le PS, les Ecolos, le FN ont pris position sur ce point : les communistes seraient-ils les seuls à n’avoir rien à dire sur le sujet ou plutôt, dans les faits, doivent-ils se satisfaire de se répartir aléatoirement, sans réflexion propre, entre les différents camps bourgeois et petits bourgeois en présence, certains camarades prenant le risque de rallier sans se l’avouer la vieille homophobie machiste, d’autres préférant – pour des raisons qui relèvent de l’image de soi, en particulier pour ne pas risquer d’être taxés de « réacs » – rallier l’opinion de la grande presse majoritairement favorable au mariage homo « pour imiter les autres pays européens » (sic). Bien entendu, il y a volonté de diversion de la part de Hollande quand il brandit ce type de débat au moment précis où il lance à la fois un « pacte de compétitivité » et un plan de méga-austérité « pour sauver l’euro » et pour allouer des milliards d’euros à la finance mondiale. Mais précisément, l’effet que produit cette « diversion » hollandaise est hautement politique et pour cette raison, il ne peut être méconnu : car son objet est de reconstituer comme à la parade l’opposition déjà signalée entre ce que j’appellerai le camp des beaux-beaufs, celui de l’UM’Pen insidieusement appuyé sur les Eglises catholiques (hors Eglise réformée), et le « camp des bobos » qui gravite autour des cadres sups friqués vivant au cœur des métropoles parisienne, lyonnaise et autres. N’est-ce pas là précisément le type de tenaille idéologique qu’il nous faut briser au lieu, de facto, de choisir l’un des côtés de la tenaille idéologique en nous mettant soit à la remorque des beaufs (qui dans leur imaginaire barbare et PSEUDO-viril se font gloire de « casser du pédé ») soit à la remorque des bobos, qui dans le cadre de l’idéologie capitaliste actuelle de la transgression, de la déréglementation, de la dénationalisation, de la « nomadisation », se fantasment sans classe sociale, sans patrie, voire sans sexe, sans couple, sans identité, « sans qualités » comme eût dit le romancier autrichien Robert Musil, en portant aux nues le mythe d’une pseudo-« liberté transcendante » qui n’est que la couverture mythifiée de la totale fluidité du capital et de sa devise managériale bien connue : « ne pas s’attacher aux pays, ne pas s’attacher aux produits, ne pas s’attacher aux hommes » (et dans la foulée, ne pas s’attacher aux couples, aux enfants, à son propre sexe, etc. et avoir pour seule identité stable la monstrueuse déclaration de Lady Parisot : « l’amour est précaire, la vie est précaire, pourquoi le travail ne serait-il pas précaire ? »).

Bien entendu, on ne trouve pas à ma connaissance chez Marx ou chez Lénine de réflexion étendue sur la question homosexuelle. On pourrait alors décréter que l’approche matérialiste est inopérante en matière de « libération sexuelle ». Il n’en est rien. Engels fut par exemple, dans son grand livre L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’Etat, un des pionniers de l’approche communiste de ce problème « sociétal » qu’est le rapport socio-historique entre l’homme et la femme dans les sociétés de classes. De même Lénine s’est-il clairement prononcé sur la question de l’ « amour libre », et il ne l’a pas fait de manière subjective, en fonction de son « ressenti » sur la question, mais à partir d’une analyse de classe de ce que signifie contradictoirement la liberté sexuelle pour le prolétariat et pour la bourgeoisie. Il est clair par ex. que si aujourd’hui des communistes réellement liés à la classe ouvrière étaient en état de « donner le la » en matière de politique familiale, ils commenceraient par s’occuper de près des « familles monoparentales », un terme pudique qui désigne les femmes – notamment ouvrières, employées ou chômeuses – qui élèvent seules leurs enfants dans des conditions de grande précarité sociale et relationnelle. Mais priorité ne signifie pas exclusivité. Dans la question du mariage homo il y a plusieurs données idéologico-politiques qui intéressent les progressistes. Certaines problématiques sont tellement évidentes qu’elles peuvent comporter des réponses progressistes immédiates, nous permettant de nous orienter dans l’urgence. D’autres problématiques sont nettement plus complexes, notamment celle de l’adoption et de ses conditions optimales DU POINT DE VUE DES INTERETS DES ENFANTS : paradoxalement, ces questions ne font pas directement appel à un positionnement de classe DIRECT bien qu’elles nécessitent pour être traitées d’être référées à ce que j’appellerai la « dimension anthropologique au long cours du marxisme », une dimension très souvent sous-estimée par les marxistes qui ne connaissent pas toujours les écrits anthropologiques fondamentaux des classiques du marxisme : j’entends par là des écrits qui ne portent pas forcément sur les luttes à court terme au sein de la société capitaliste, mais qui traitent avec une largeur de vue digne des origines hégéliennes du marxisme de l’histoire universelle de l’humanité et sur les conditions générales de l’autoformation du genre humain. De même que lorsqu’on souhaite aborder en marxiste les questions de la bioéthique[21], c’est cette dimension anthropologique du marxisme, qui situe la conjoncture capitaliste dans le mouvement multimillénaire de l’histoire, un mouvement qui mène l’homme premier de la nature à la culture à travers la « production des moyens d’existence » – sans négliger le moins du monde les rapports de langage, la parenté, l’héritage social, etc. – et qui conduit chaotiquement notre espèce tragique du communisme primitif au combat communiste moderne à travers des millénaires d’exploitation de l’homme par l’homme, de surexploitation du sexe féminin, de mise en place d’institutions comme la propriété privée, l’Etat de classe, l’héritage de classe, les grands appareils idéologiques d’Etat religieux, etc.

  1. Quelques évidences premières : le premier intérêt des luttes actuelles pour le « mariage homo» est de contester frontalement l’homophobie, et à travers elle, le machisme et la domination patriarcale, ces alliés traditionnels des religions liées à l’oppression de classe qui toutes, catholicisme, luthérianisme, islam, bouddhisme, hindouisme, judaïsme, ont fortement dévalorisé la femme et tout ce qui passe pour « féminin » en l’homme. Tout communiste, tout ouvrier ECLAIRE, doit d’abord comprendre que l’hétérosexualité et l’homosexualité ne sont pas des « choix » (vertueux ou vicieux, peu importe) qu’on pourrait à son gré valoriser ou punir. Tout jeune homme, toute jeune fille découvre, le plus souvent à la puberté et sans trop savoir comment il ou elle en est arrivé(e) là, qu’il ou elle est attiré(e) par les personnes de son propre sexe ou par celles de l’autre. La psychanalyse affirme que cette « orientation sexuelle » s’effectue de manière principalement inconsciente et qu’elle s’opère largement en fonction des relations dites « Œdipiennes » (le triangle père-mère-enfant, ou ce qui en tient symboliquement lieu pour l’enfant et que Jacques Lacan appelle le « nom du père »). Elle n’est donc ni la projection directe du sexe biologique – bien des homosexuels mâles sont physiquement « virils », bien des lesbiennes sont physiquement « féminines » – ni le résultat d’une « décision » morale ou immorale[22] du sujet sur son devenir sexuel ultérieur : il y a bien un aiguillage… mais il n’y a pas forcément d’aiguilleur ! La preuve c’est que des milliers de jeunes garçons homos ne supportent pas leur état, qu’ils en ont terriblement honte, qu’ils n’osent même pas en parler à leurs parents et à leurs meilleurs amis et que, à la grande honte de nos sociétés si « charitables », il y a six fois plus de jeunes homos qui se suicident que de jeunes hétéros à conditions sociales égales. La lutte antifasciste contre le nazisme, qui gazait les « étoiles roses » autant que les « étoiles rouges » et les « étoiles jaunes », aurait dû vacciner pour des siècles tous les progressistes : l’essence de l’immoralité fasciste, cette politique exterministe de l’oligarchie bourgeoise à l’époque impérialiste, consiste à criminaliser des catégories entières d’individus (« les juifs », « les tziganes », « les Slaves », « les fous », etc.) non pas en fonction de ce qu’ils ont FAIT à la suite d’un LIBRE CHOIX (c’est la notion élémentaire de responsabilité judiciaire, qui date des grandes tragédies grecques d’Eschyle et de Sophocle) mais de ce qu’ils SONT biologiquement ou socialement sans l’avoir en rien décidé, à la suite de circonstances ne dépendant pas de leur volonté. Songeons par ex. que pendant des siècles, ce fut une malédiction dans notre pays que de naître… roux (« rouquin », « rousseau », « Poil-de-Carotte »…). Or la justice, dans une société tant soit peu civilisée, ne punit pas des individus parce qu’ils sont du sexe féminin (infanticide des filles à Sparte, ou dans la Chine féodale), elle impute des ACTES VOLONTAIRES après jugement et estimation contradictoires des RESPONSABILITES INDIVIDUELLES; et elle est tenue d’offrir au coupable la possibilité plus ou moins proche – selon la gravité de l’acte sanctionné – de se réinsérer socialement (d’où l’immoralité, hors circonstances exceptionnelles où prévaut légitimement le salus populi suprema lex des républicains romains ou du Comité de salut public, de la peine de mort et même de la perpétuité réelle).

 

                Par ailleurs le machisme, dont les formes les plus violentes sont l’homophobie (il n’y a pas si longtemps que les imbéciles de village se donnaient le mot pour « casser la gueule aux pédés ») et le tabassage des femmes[23], est étroitement lié historiquement, comme Engels l’a montré dans son livre sur la famille et l’Etat, aux sociétés de classes à travers l’institution de la propriété privée et de l’héritage : l’homme propriétaire transmet son nom et ses biens, il a droit à la polygamie (légalement, comme dans les sociétés régies par la Charia, ou à travers l’adultère toléré pour l’époux dans les sociétés de tradition chrétienne, du moment que les « enfants naturels » ne sont pas reconnus[24]), quant à la femme, elle doit être vierge au mariage et fidèle pendant toute sa durée car « tout ce qui naît dans le troupeau vient du bélier » et les enfants nés de l’épouse sont censés être du mari (on voit plus aisément qui est la mère que qui est le père…). Elle sera donc surveillée et fliquée idéologiquement (par la religion exaltant la virginité et la chasteté), l’homme qui « court » les filles étant valorisé tandis que la femme qui en fait autant sera traitée de « pute » ou de nymphomane. Du même coup cette dévaluation du sexe féminin conduit aussi à mépriser les « hommes féminins » et – pas toujours à un degré moindre – les « femmes masculines » et autres viragos. Tant qu’on méprisera les femmes, on méprisera les « pédés » et vice-versa, si bien que la lutte contre l’homophobie intéresse tous les progressistes épris d’égalité entre les deux sexes, donc aussi les hommes hétéros en tant qu’ils ont compris cette évidence que pour être aimés de leur compagne, il leur faut d’abord la respecter comme une égale[25]. On n’est pas totalement communiste si on ne reconnaît pas ce principe égalitaire, et c’est Marx qui l’affirme quand il déclare que « le degré d’émancipation des femmes est la mesure du degré d’émancipation générale atteint par une société ». Par conséquent, quelles que soient nos positions respectives sur le mariage homo, veillons au préalable à ne jamais pactiser avec l’homophobie, avec le machisme et avec la misogynie (je ne parle pas du folklore de cours de récréation, ni du « jeu » quasi-amoureux par lequel gentes dames et beaux messieurs se « charrient », se chamaillent, se taquinent… et s’excitent mutuellement depuis des millénaires) ces armes lourdes de l’oppression politique et de l’aliénation religieuse de l’humanité.

 

                Il n’est pas question pour autant de s’aligner sur CERTAINES FORMES politiques et idéologiques LIBERAL-LIBERTAIRES que peut prendre en Occident – par « Lesbian and Gay Pride » interposée (tout en américain SVP !) – le mouvement légitime PAR LUI-MEME UNIVERSALISTE ET RATIONNEL contre l’homophobie. Le pouvoir social-démocrate de F. Hollande fait à ce sujet comme s’il n’y avait que deux positions possibles en la matière :

 

  • la position réactionnaire, portée principalement par la droite et par la hiérarchie de l’Eglise catholique, qui s’accroche aux formes traditionnelles du mariage et de la famille comme si ces formes n’étaient pas en crise grave et comme si elles étaient les seules historiquement et « naturellement » possibles, ce qui est insoutenable d’un point de vue historique et ethnologique, donc scientifique ; ajoutons qu’il ne s’agit pas ici du mariage religieux, dont l’Eglise a tout loisir de sanctuariser les modalités traditionnelles, mais du mariage civil, qui relève de la séparation laïque de l’Etat et de toutes les Eglises ( II de la loi de 1905, inspirée notamment par Jaurès : « la République ne reconnaît ni ne salarie aucun culte»).

 

  • et la position dominante des bourgeois bohème, dont l’idéologie prédomine dans le PS, chez les Verts et dans une bonne partie de la presse « intellectuelle » dont Télérama et Libération sont les prototypes : la Gender Theory exportée tous azimuts affirme que le genre n’existe pas objectivement, que la différence sexuelle biologique n’est pas socialement pertinente, qu’au fond il n’y a pas objectivement d’hommes et de femmes, que par conséquent l’Œdipe, la psychanalyse, les acquis de l’ethnologie (par ex. sur l’universalité de la prohibition de l’inceste et son importance symbolique), que les questions de la filiation, sont de pures « constructions » – en réalité, des illusions idéologiques, si bien que pour nombre d’adeptes des « Gender Studies » la sexualité de l’avenir serait en réalité la bisexualité ou la transsexualité, chacun choisissant librement son « genre » ou choisissant même de n’en point avoir : si bien que paradoxalement, tout en prétendant que le mariage homo se contente d’ouvrir un droit à une minorité oubliée, le risque – non assumé par le gouvernement, qui fait passer sa réforme sans véritables débats philosophiques préparatoires, sans études scientifiques de fond sur le devenir comparatif des enfants adoptifs des couples homos et des couples hétéros – serait de refonder SANS LE DIRE, sans débat civique de fond, la conception du couple et de la famille à partir de la très discutable Gender Theory américaine issue des travaux de l’Américaine Bender. Dans ces conditions, contrairement à ce que prétend Mme Najat Valleau-Belkacem, ministre de la condition féminine et affable porte-parole du gouvernement Ayrault, on n’aurait pas affaire seulement à ce qui est annoncé par le gouvernement PS : l’élargissement universaliste des droits au mariage à la minorité homosexuelle (« le mariage pour tous» et – formulation terriblement discutable puisque l’enfant n’est pas un « bien » – le « droit à l’enfant pour tous les couples »). Ce serait, non pas dans les faits sans doute, ni à court terme, mais sur les principes philosophiques régissant à long terme le mariage et la filiation, l’hétérosexualité et le couple habituel qui apparaîtraient rétroactivement comme une forme intrinsèquement aliénée et sclérosée de la vie sexuelle dans leur principe même : déjà, pour universaliser le droit matrimonial, certains juristes en vue parlent d’éliminer du code civil les notions de père et de mère, et à terme, toute référence à l’idée même de sexes, en ne retenant plus que l’idée passe-partout de parentalité et en détachant universellement la filiation légale de la filiation génétique (on ne peut pas faire les choses à moitié en Droit). A supposer que ce soit là une excellente chose – ce dont on peut tout de même douter un peu sans être immédiatement taxé de néo-pétainisme – le doute méthodique que nous avons hérité de Descartes devrait nous inciter à débattre largement et longuement de ces problématiques anthropologiques – qui relèvent comme telles du temps long historique – et devant lesquelles la plupart des gens (et plus d’un marxiste, avouons-le) s’avouent totalement novices. Sans compter que la formulation de « mariage pour tous » laisse aussi supposer que, derrière le radicalisme apparent de la « (contre- ?)révolution anthropologique » engagée, on a affaire ici, non plus sur un plan anthropologique mais au niveau idéologique, à une révolution immobile impliquant un recul considérable des idées critiques sur le mariage, sur la famille, sur le couple, sur l’avancée que constituerait une universalisation de certains modèles « costard-robe blanche » hérités des conceptions religieuses traditionnelles. Toute la difficulté d’une appréciation rationnelle des choses est alors d’évaluer l’homoparentalité comme si l’homophobie n’existait pas (combattre l’horreur homophobe n’implique en rien de soutenir sans réserve l’accès à toute forme d’homoparentalité) et symétriquement, présenter certaines réserves sur l’homoparentalité ne donne aucun droit de rallier si peu que ce soit l’horreur homophobe[26].

 

                C’est pourquoi nous allons ci-dessous successivement et à gros traits :

 

                1°) pointer les écueils de la théorie idéaliste, voire immatérialiste et potentiellement anti-féministe, du « genre » ;

 

                2°) envisager les conséquences qu’une dé-sexuation totale du genre, donc de la filiation, peuvent avoir sur certains rapports symboliques qui structurent depuis des millénaires l’humanisation des petits d’homme, leur « devenir-sujet » et leur « entrée dans le langage » ; et pour cela montrer qu’anthropologiquement, le marxisme ne saurait être neutre sur l’évolution des rapports homme-femme : quelles limites objectives pouvons-nous poser aux modifications de ce rapport, quels objectifs révolutionnaires réalistes devons-nous nous fixer ?

 

                1°) la « Gender Theory », une idéologie idéaliste, voire immatérialiste

 

S’inscrivant dans la lignée du flamboyant (et globalement émancipateur) Deuxième sexe de Simone de Beauvoir (« on ne naît pas femme, on le devient »), la Gender Theory promue par la philosophe états-unienne Judith Butler nie l’objectivité du genre social. Partant du fait incontestable que le genre SOCIAL, SUBJECTIF et IMAGINAIRE ne résulte pas mécaniquement, individu par individu, du sexe génétique, observant à juste raison que les représentations du « masculin » et du « féminin » n’ont rien de naturel et qu’elles sont imposées aux individus dès leur naissance sur la base de faits de langue ou d’idéologies socialement prédominantes, la théorie du genre croit pouvoir en déduire – ce qui est beaucoup plus problématique – que la différence sexuelle n’est pas par elle-même une différence socialement pertinente, que le genre est avant tout une « construction », pour ne pas dire une illusion aliénante et que par conséquent, l’émancipation plénière des individus exige le rejet radical des notions même de masculinité et de féminité[27]. S’en suivent des conséquences qui ne sont pas anodines et que des gens de gauche, notamment des féministes, devraient soigneusement peser avant de s’ENGOUER pour la dernière mode idéologique « venue des States », donc immédiatement portée par Libé et Télérama, en odeur de sainteté dans le quartier du Marais et dans les défilés – idéologiquement plus marqués qu’on ne dit (ne serait-ce que par l’invasion linguistique américano-lâtre dont ils sont les vecteurs consentants) – de la Gay and Lesbian Pride (Marche des fiertés homos : mais pourquoi diantre préciser gay AND lesbian Pride s’il n’y a plus qu’un seul sexe, qu’un troisième sexe ou qu’un transsexe universel ?).

 

Observons d’abord que l’inexistence avérée d’un lien mécanique direct entre sexe biologique et genre social ne prouve aucunement que ce lien de détermination n’existe pas sous une forme non mécanique et à l’échelle de toute la société. Depuis le début du 19ème siècle, les sciences naturelles et sociales ont exploré bien des modèles différents de déterminisme. Sans parler de Marx et d’Engels, pour lesquels le développement historique prend clairement sa source dans la « complexion corporelle des hommes » et dans « le rapport qu’elle leur crée avec la nature », Darwin a montré que la société humaine – qui en première instance nie la « loi de la jungle » et met en place des formes de solidarité plus ou moins fortes et plus ou moins hypocrites entre les individus – est une ruse de la raison biologique : en se solidarisant dans l’espace (collectivités nomades ou territorialisées) et dans le temps (transmission des biens et des savoir-faire par l’héritage, la détermination des hommes par l’état de leurs forces productives et par l’éducation), les membres de l’espèce humaine se donnent la force du tous pour un, un pour tous pour vaincre les forces naturelles, minérales, végétales ou animales du monde extérieur. Par ailleurs, si aléatoire, flottante et « libre » que soit INDIVIDUELLEMENT PARLANT l’ancrage biologique du genre dans une société donnée, chacun constate aussi que « le gros des troupes » a jusqu’ici répondu au final et grosso modo à la distribution moyenne des humains mâles plutôt dans le genre « masculin » et des humaines femelles plutôt dans le genre « féminin » : les exceptions individuelles confirment la règle et s’annulent devant la moyenne : que l’on juge cela positif ou négatif, peu importe car la seule question qui est posée à ce stade de la réflexion est de savoir si les sciences sociales établissent ou pas qu’il existe un lien de détermination indirect, probabiliste et même « aliénant » que l’on voudra entre sexe et genre. S’il n’en avait pas été ainsi, si les femmes avaient majoritairement refusé de devenir des mères et les hommes de devenir des pères, il est évident que l’humanité aurait disparu ou du moins, qu’elle aurait eu du mal à croître et à multiplier. Car la culture n’annule pas la nature, elle procède au contraire de la nature ne serait-ce que parce qu’à tout instant la société est forcée de « produire ses moyens d’existence » à partir des données naturelles (en dernière instance, le corps, les ressources de la Terre). Sans cela, aucune société humaine ne tiendrait deux mois : si bien que les individus menacés de mort par le dérèglement extrême de la société retourneraient rapidement à l’état de nature (comme on le constate dans certaines situations de carence extrême du « vivre en société » où l’ensauvagement menace). Bref, le rapport entre la nature et la culture n’est pas celui d’une négation simple, nous avons plutôt à faire à une « négation de la négation » par laquelle l’espèce animale qu’est l’humanité reproduit sa vie physique à un niveau élargi en déplaçant ses besoins et ses modes opératoires à un niveau supérieur. En clair, même si au niveau de tel individu, de telle couche sociale, de tel groupe territorial, la société peut ne pas satisfaire ou mal satisfaire les besoins biologiques (boire, manger, respirer, se chauffer… et se reproduire), en longue durée et sur un échantillon suffisant d’individus et de groupes sociaux, la société ne peut jamais échapper – tant que les hommes n’auront pas été remplacés par des robots, et encore ! – à l’implacable dictature du besoin : si distants et si déformés que les besoins sociaux soient du besoin biologique qui constitue leur point de départ obligatoire et récurrent à chaque nouvelle génération d’individus (il faut du lait, naturel ou reconstitué, pour les nourrissons !), si profonde que soit la manière dont les besoins socialement déterminés (dont le cœur, a chaque époque, est le besoin de s’approprier les moyens de production légués par les générations antérieures), les besoins sociaux sont tenus de satisfaire en dernière instance les besoins biologiques : aucune société n’a jamais vécu de gadgets et en définitive, les capitalistes les plus follement spéculatifs de notre lamentable époque contre-révolutionnaire finissent toujours par spéculer sur les matières premières, sur la terre, sur l’eau, sur les sources d’énergie, sur les maisons et sur les céréales les plus indispensables à l’alimentation des masses, le riz, le blé et le maïs[28].

 

Dans ces conditions, que l’hétérosexualité soit devenue une norme oppressive, surtout aux époques de fer où les sociétés humaines avaient objectivement besoin d’un fort taux de renouvellement des générations pour avoir subsister et résister militairement à ses voisines – cela milite uniquement pour que la tolérance mutuelle progresse entre homos, « bi », hétéros, « trans », etc. ; et c’est encore plus vrai à une époque où le souci démographique mondial est plutôt la régulation, le contrôle, voire le plafonnement du nombre d’humains vivants et se répartissant les ressources terrestres (les choses pourront changer si nous conquérons le système solaire ou si la révolution scientifico-technique s’accélère…) que leur multiplication à l’infini. Bref, le genre n’annule pas la différence sexuelle biologiquement déterminée ; socialement parlant, il la refonde et à réélabore à un niveau supérieur, langagier, psychologique, subjectif et intersubjectif (amour courtois, amour libre, mariage « de raison », etc.) de même que l’outil n’annule pas le corps biologique, mais qu’il le prolonge, le réforme, le relance, le cultive, etc. Lucien Sève a résumé cette dialectique en montrant que la nature est le point de départ de la culture, mais que celle-ci reconstruit à tout instant la base socio-économique de l’essence humaine à partir de cet ensemble mobile de rapports sociaux qui constitue, pour chaque petit d’homme venant au monde, la base de l’héritage humain et la matrice de la future personnalité sociale. Encore faut-il ne pas interpréter cette refondation comme une négation simple du naturel : si « dénaturante » que puisse être la culture – du moins à l’échelle de tel individu ou de tel mode de production donné – elle est toujours circonscrite, sous peine de mort, dans certaines limites : il lui faut évidemment toujours faire en sorte que l’espèce humaine se reproduise de génération en génération – sans cela, plus de culture, plus de genre ni de « transgenre » ! – et que par conséquent, la nature extérieure et le corps humain générique qui lui sert de base, ne soit pas trop endommagée : sinon, comme cela s’est déjà produit maintes fois dans l’histoire quand de grandes nations fort civilisées n’ont pas su gérer leur interaction à long terme avec l’environnement naturel (Mayas, Khmers d’Angkor, Pascuans, Mésopotamiens antiques…) la culture s’autodétruit : et c’est pourquoi Marx a stigmatisé l’essence foncièrement exterministe du capitalisme, dont l’aveugle recherche du profit « ne produit la richesse qu’en épuisant la Terre et le travailleur » : ce qui justifie la nécessité objective, selon le marxisme, d’une « bonne fin » communiste et révolutionnaire de l’histoire, du moins si l’on veut éviter que l’humanité ne périsse, faute de révolution prolétarienne, « dans une fin pleine d’effroi ou dans un effroi sans fin »…

 

         Quant au découplage de la reproduction et de la sexualité, qui est un bienfait majeur des techniques de contraception et de procréation assistée issues de ce progrès scientifique et technique aujourd’hui si niaisement décrié, il est lui aussi RELATIF et non pas ABSOLU. L’écrasante majorité des humains continue et continuera longtemps de naître d’un père et d’une mère biologiques, donc en dernière instance d’un couple hétérosexuel (même s’il ne s’agit que du croisement aléatoire de gamètes mâles et femelles de deux individus ne se connaissant pas), que ce soit dans le cadre du mariage ou à l’extérieur ; et les enfants adoptifs continueront eux aussi d’être OBJECTIVEMENT les fruits d’une union sexuellement déterminée (ne fût-ce qu’au cours d’un « hapax ») entre les gamètes femelles d’un individu génétiquement marqué XX et les gamètes mâles d’un autre individu chromosomiquement marqué XY. Du moins si l’on ne veut pas se réfugier dans des fantasmes qui ne seront pas longtemps tenables auprès des enfants adoptifs, quand bien même la société les eût validés au nom du « mariage pour tous » et du « droit à l’enfant » désignant l’enfant comme un bien appropriable parmi d’autres.

A moins que… à moins que la rupture finissant par s’absolutiser (idéologiquement, et surtout, technologiquement) et devenant coupure ou fracture entre sexe et genre, donc entre génération biologique et filiation légale, et la différence sexuelle finissant par devenir radicalement insignifiante sur le plan sociétal, on n’en vienne logiquement à accepter, par-delà l’étape très discutée de la procréation médicale assistée pour deux épouses lesbiennes, puis du seuil carrément scandaleux des mères porteuses (pauvres, et probablement issues de pays dominés !) payées pour leur « faire » un enfant par deux époux homos (au minimum « aisés » et le plus souvent issus de pays dominants). Si telle était la prochaine étape que l’on n’ose pas encore annoncer franchement parce qu’il faut d’abord « faire passer » en douceur la délicate étape présente – non pas celle, difficilement discutable, de l’attribution de pleins droits matrimoniaux aux couples homos, mais celle d’une l’homoparentalité sans rivage, rompant toute référence à la filiation réelle[29] alors oui, on ne serait plus très loin dans le principe de cette horreur du Meilleur des mondes, jadis stigmatisé par Huxley : l’amour entre hommes et femmes serait proscrit ou ridiculisé, le désir sexuel compris stricto sensu serait « soigné » par une drogue euphorisante appelée soma, et les enfants seraient produits en masse et industriellement dans des labos, ce qui ouvrirait une énorme source de plus-value au capital. Bien entendu, répétons-le, on n’en est pas là dans un avenir prévisible car nous sommes encore fort loin, semble-t-il, de maîtriser la « fabrique du vivant », quoi qu’on dise. Mais ne voit-on pas, en poussant les choses à l’extrême, que c’est le « devenir sujets » des individus humains qui est directement en question quand on va jusqu’au bout de cette dissociation du biologique et du social, même si évidemment nous sommes aujourd’hui protégés contre ce cauchemar totalitaire par l’insuffisance des connaissances biologiques et biogéniques (triste consolation que de devoir notre préservation non pas à nos sages décisions, mais à nos impuissances scientifiques sans doute provisoires !).

 

De manière très générale, nous considérons donc que la « théorie du genre », qui tente actuellement de s’officialiser planétairement SANS DEBAT ANTHROPOLOGIQUE de MASSE PREALABLE, notamment dans certains manuels scolaires, est foncièrement idéaliste, voire immatérialiste, et qu’elle part d’une conception faussée des rapports entre nature et culture et plus encore, d’une conception néolibérale de la liberté humaine. « La liberté, expliquait Engels, ne consiste pas dans une indépendance rêvée des hommes par rapport aux lois de la nature et de l’histoire, mais dans la connaissance théorique et dans la maîtrise pratique de la nécessité ». Comme la nature extérieure, la différence sexuelle constitue une donnée objective qu’il est passablement délirant de nier alors qu’elle est la principale différence existant entre les humains (rappelons que différence n’est pas nécessairement inégalité). Le problème de l’émancipation sociale n’est pas de nier cette différence, socialement parlant[30]. Au demeurant le (ou la !) transsexuel(le) ne nie pas le rapport de détermination entre le genre et le sexe, mais se sentant femme « psychologiquement », ou homme « socialement », il ou elle veut aligner son apparence sexuelle physique sur ce sexe psychique – ce qui prouve a contrario que le réel et l’anatomique lui importent, que le fantasme ne lui suffit pas, que l’ancrage dans le biologique est essentiel pour elle ou lui, et qu’il ou elle a le courage de passer aux ACTES chirurgicaux les plus irréversibles sans se contenter de stagner dans le fantasme en sommant la société de nier la filiation génétique et de transformer magiquement un individu en père ou en mère tout en niant la différence entre les deux volets de la filiation. Or la société ne saurait sans grave danger valider des fantasmes : elle doit les respecter – à chacun sa sexualité pourvu qu’elle s’exerce entre majeurs consentants et en dehors AUSSI de toute pression économique – mais non pas s’aligner sur eux en faisant droit à un immatérialisme obsédant qui envahit tous les domaines de la pensée magique : il est aussi absurde de nier qu’il y ait deux sexes, et que ceux-ci déterminent indirectement les genres, que de nier qu’il y ait de la matière, que le travail productif reste la base de toute société ou que la classe ouvrière continue d’être la classe fondamentale des sociétés capitalistes, MEME SI LES FORMES de la MATIERE, du TRAVAIL PRODUCTIF ou de la PROLETARISATION, ainsi que la connaissance que nous en avons, NE CESSENT DE CHANGER au cours du temps.

 

Concrètement, cela signifie qu’il faut accorder aux homos le droit de se marier et d’adopter dans les mêmes conditions juridico-testamentaires que d’autres couples, mais qu’en aucun cas il ne faut cacher aux enfants adoptifs leur filiation biologique quand elle est connue (et pour autant que le père ou la mère génétiques en sont d’accord). Ce qui, au passage, implique une révision des lois sur l’adoption pour les couples hétéros et pour les familles monoparentales désirant adopter, la règle étant de ne rien cacher à l’enfant sur sa filiation, tout au moins s’il le demande[31]. L’autorisation de recourir à la PMA pour des couples lesbiens est à la rigueur discutable, mais celui des mères porteuses est à proscrire  totalement: il ne faut pas militer pour que la France se range aux pratiques de plusieurs pays anglo-saxons mais pour que ces pays – où domine trop souvent le règne absolu du « marché » – devraient changer de législation sous peine de réintroduire indirectement, en droit sinon en fait, le permis de vendre des êtres humains et de les prostituer (comment appeler autrement le fait de payer une femme pour l’engrosser tout en lui commandant de ne pas s’attacher au petit être habitant son corps durant la grossesse ?)[32].

 

2°) Quels impératifs anthropologiques, et notamment parentaux et symboliques, une approche marxiste du rapport nature/culture devrait-elle conduire à respecter ou au contraire, à ignorer ?

 

  1. Considérations générales : historicité de l’essence humaine et nature des « constantes » anthropologiques. Observons d’abord que, contrairement à ce qui se dit partout, le marxisme n’est pas un historicisme et qu’il relève encore bien moins du « relativisme historique ». Placer l’approche dia-matérialiste et historico-matérialiste des sociétés au cœur de l’étude des sociétés, ce n’est ni considérer que « l’histoire est un éternel recommencement » (point de vue métaphysique qui nie le temps), ni prétendre à l’inverse que l’historicité de l’homme nie les constantes anthropologiques de la formation de l’homme. Le premier point est évident. Le second implique de comprendre que pour le marxisme, il est des constantes historiques (par ex. qu’à toute époque, l’acte fondateur de l’humanité sociale est la production et la reproduction des moyens d’existence déjà donnés, par ex. que la transmission humaine ne repose pas seulement sur l’hérédité mais d’abord et surtout sur l’héritage, par ex. que le mode de production détermine le mode de consommation, etc.). Non pas au sens que certains « invariants » échapperaient à l’historicité radicale de l’humanité, comme l’ont cru dans les années septante des marxistes influencés par la métaphysique « structuraliste », mais en ce sens que toute période de l’histoire doit toujours, sous peine de mort et de déclin, reproduire les conditions de la production des moyens d’existence et que ces « invariants » eux-mêmes sont donc des produits toujours à remettre en chantier de l’histoire, des « tâches » historiques. En un mot, ces invariants ne sont pas supra- ou métahistoriques, mais transhistoriques.

Il en va ainsi des rapports de parenté et du symbolique, qu’ont étudiés d’une part la psychanalyse et ses dérivés – qui sont partis des aspects psychologiques et intersubjectifs de l’anthropologie – d’autre par l’ethnologie – qui a privilégié l’étude objective des systèmes de parenté dans différentes sortes de société. La psychanalyse, notamment sous sa version lacanienne, et l’ethnologie, notamment sous sa forme lévi-straussienne, ont souligné l’universalité et la permanence, l’une, du triangle oedipien père-père-enfant dans la genèse du psychisme individuel, l’autre l’universalité anthropologique de la prohibition de l’inceste en tant qu’elle force l’humanité à s’extraire de la parenté consanguine et d’entrer dans l’ordre de l’exogamie et de la parenté par alliance. En réalité, il ne s’agit pas de « transcendantaux » étrangers à l’histoire, et la preuve est que les formes de l’oedipe et de la prohibition changent considérablement selon les époques et les lieux : tout en insistant considérablement sur l’importance des facteurs de parentèle, Engels avait noté dans son grand livre sur la famille que les formes du mariage, de l’alliance entre époux en vue de l’héritage et de la génération, peuvent changer de base selon les époques. Le co-fondateur du marxisme avec Marx a notamment analysé la « défaite historique de la femme » et le passage de l’ordre matri-lignager, avec famille avunculaire centrée sur la mère (le frère de la mère est le père social de l’enfant, même si la parenté génétique du mari de la mère est connue), à l’ordre patriarcal fondé sur la propriété du père et le patrilignage[33].

Il d’agit là de « points nodaux » de l’hominisation, analogues à ce que le psychologue marxiste et conseiller d’orientation Yves Clot a mis en évidence dans Je, trajectoires marxistes en anthropologie qui étudie notamment la manière dont s’engrènent la crise sociale de la France capitaliste et la manière dont les individus en souffrance peinent à y construire des personnalités adultes. Clot montre alors que les « identifications », objet central de la psychanalyse, constituent bien des constantes dans la vie de l’individu en ce sens que chacun d’entre nous s’est, pour très longtemps souvent, construit psychologiquement en s’identifiant à telle ou telle « figure » paternelle, maternelle, fraternelle, etc. Mais ces identifications n’en sont pas moins fortement remaniées, voire révolutionnées lors de chaque crise biographique (par ex. à la puberté, ou lors de l’entrée dans l’emploi, ou au moment de la retraite…) objectivement subie par l’individu. Les « constantes » psychologiques que sont ces identifications orientent durablement les actes des individus, mais elles sont elles-mêmes de facture historique, évolutive et éminemment remaniable ; leur rôle n’est pas détachable de l’historicité des biographies singulières, au contraire, elles comportent une fonction historique qui est d’orienter les évènements de la vie personnelle. Et il en va de même des symboles et des repères généraux (par ex. pour la France, le drapeau blanc, le drapeau tricolore, le drapeau rouge, voire le drapeau européen) sous lesquels vit et se représente à ses propres yeux, une société donnée.

Tout cela pour dire à la fois que notre histoire ne saurait faire abstraction de la manière dont se construisent les modes d’identification collectifs et individuels : bien qu’ils soient en dernière analyse des produits de l’histoire, ils « encadrent » l’histoire sur la longue durée et à l’inverse, AUCUNE REVOLUTION SOCIALE n’est complète si elle ne remanie pas, au profit de la nouvelle classe au pouvoir, la manière pour la société de « faire subjectivité » : là est le fondement non idéaliste de l’idée bolchévique d’un « homme nouveau », et c’est l’idée gramscienne d’hégémonie CULTURELLE, cette expression désignant davantage que la simple domination idéologique de court terme : la manière dont le politique agit au symbolique, au familial, au subjectif, et dont ces ordres en apparence « apolitiques » réagissent à la révolution socio-politique elle-même ; c’est là tout l’intérêt du guevarisme, à côté de certains aspects utopiques, car Che voulait révolutionner non seulement l’économie, mais la manière pour l’homme de maîtriser collectivement le devenir d’ensemble de l’humanité.

Il s’ensuit que le marxisme n’a nullement peur d’une révolution dans l’ordre de la parenté, de la famille, du rapport homme-femme, etc., même s’il a aussi conscience que certaines de ces bouleversements peuvent être contre-révolutionnaires. Cela signifie-t-il pour autant que tout bouleversement des « structures élémentaires de la parenté », pour parler comme Claude Lévi-Strauss, ou que toute forme d’« anti-Œdipe », pour le dire comme Deleuze/Guattari, seraient nécessairement progressistes et révolutionnaires ?

  1. Historicité et limites objectives des bouleversements possibles des rapports de parenté.

Dès l’Idéologie allemande (1845) et le Manifeste du Parti communiste (1848), Marx et Engels anticipent les bouleversements révolutionnaires que produirait nécessairement la révolution prolétarienne dans l’ordre familial : bouleversement du rapport hommes-femmes, marqué par l’égalité politique et sociale et non plus par la subordination, fin de l’ancestrale « division naturelle » du travail entre les deux sexes, réduction drastique de la reproduction des classes sociales par l’abolition de la propriété capitaliste et par un transfert bien plus grand des fonctions d’éducation et de transmission à la société dans son ensemble plutôt qu’aux familles bourgeoises repliées sur leurs intérêts égoïstes, etc. Notons d’abord qu’on ne saurait tirer des textes classiques du marxisme davantage que ce qu’ils prétendent offrir sur la base des données socio-historiques et des problématiques politiques alors disponibles : « l’humanité ne se pose que des problèmes qu’elle peut résoudre ». Par exemple, Marx ne dit pas que la révolution fera disparaître les nations mais tout au contraire que les nations se refonderont sur des bases nouvelles, internationalistes, quand elles seront dirigées par les différents prolétariats nationaux et que, toute exploitation de classe et toute oppression nationale ayant été abolies, les nations pourront alors progressivement fusionner sur des bases égalitaires. Marx ou Engels ne disent pas davantage que « la famille disparaîtra », pas plus d’ailleurs que ne disparaîtra « l’individu », mais que la société sans classes permettra comme jamais l’épanouissement individuel puisque chacun sera d’abord un individu solidaire des autres et non plus le membre d’une classe sociale, d’une corporation, etc. (« le développement de chacun sera la clé du développement de tous »). Peut-être pourrait-on risquer dans la même veine que dans une société sans classes, un espace infini s’ouvrirait au jeu amoureux de la différence des sexes : car alors cette différence ne serait plus chargée de « porter » monstrueusement une division sociale ou technique du travail lourdement opprimant durement les corps amoureux ; à l’instar d’autres différences individuelles non relatives au sexe, la différence sexuelle pourra s’affirmer comme telle sans être sans cesse entravée ou récupérée par les horreurs sociales tragiques que décrivent à l’envi Shakespeare dans Roméo et Juliette, Hugo dans Ruy Blas ou Verdi dans La Traviata…

 

Pour cadrer notre réponse à partir de travaux antérieurs déjà exposés dans Raison présente (article de G. Gastaud intitulé « Dialectique et bioéthique ») rappelons ceci, que nous avions alors établi à propos des LIMITES que comportent les « manipulations génétiques » dont notre civilisation est devenue capable.

 

Nous avons alors démontré que pour un marxiste, deux écueils doivent absolument être évités. Le premier récif, d’origine religieuse, consiste à penser que la « nature » est intouchable, que la culture – c’est-à-dire en dernière analyse le travail humain – n’a aucun droit sur la nature. C’est au fond ce que prétend le Vatican quand il condamne la PMA, l’insémination artificielle, la recherche génétique sur les embryons congelés, mais aussi la contraception chimique, l’IVG, etc. Pour les religieux traditionnalistes, la sexualité et la reproduction doivent être mécaniquement liées, la « nature », œuvre de Dieu, doit être respectée comme telle par l’homme, et, cerise sur le gâteau, l’homosexualité constitue un « désordre intrinsèque par rapport à la loi naturelle » instituée par le Créateur. Cette position est tout bonnement intenable logiquement : l’homme est lui-même un produit de l’évolution naturelle et quand il travaille la nature, y compris quand il transforme sa propre nature, l’homme ne fait qu’accomplir ce qui résulte de sa propre destinée naturelle : Prométhée est l’enfant légitime de Gaïa ! Comme l’expliquaient Marx et Engels dans L’idéologie allemande,

 

« …les hommes commencent à se distinguer des animaux quand ils commencent à produire leurs moyens d’existence, pas en avant qui résulte de leur complexion corporelle elle-même »…

 

En réalité, le saut qualitatif par lequel, dialectiquement, l’homme sort de la nature POUR DES RAISONS NATURELLES ET EVOLUTIVES, est comme nous l’avons vu une « ruse de la nature » elle-même. Grâce à ce saut, comme l’avait entrevu le chrétien progressiste Pascal, « l’homme n’est produit que l’infinité », et même une conception chrétienne réellement attentive à ce qu’est, naturellement l’humanité (c’est le cas par ex. chez Teilhard de Chardin), devrait comprendre que cette « sortie naturelle de la nature » est la base même de la valeur de l’homme. Car à partir du moment où son destin individuel et générique n’est plus étroitement fixé dès la naissance par les chromosomes et par l’instinct, comme c’est le cas chez les AUTRES animaux, l’homme peut se produire lui-même et partir à chaque époque de ce qui n’est pas lui, de ce qui est « donné » par la nature et par l’histoire antérieure, pour SE PRODUIRE LUI-MÊME et devenir réellement libre. Pour le dire de manière un peu artificielle dans un vocabulaire teinté d’existentialisme sartrien, il est dans l’essence naturelle de l’homme de posséder une existence qui consiste, ou plutôt qui pourrait consister en droit, à re-fabriquer volontairement, de manière responsable, sa propre essence. Bref, la « nature naturante » doit devenir une « nature naturée » et cultivée, et c’est là l’effet même du développement autonome de la nature[34].

 

Symétriquement, il est absurde de proclamer « laissez faire, laissez passer ! », permettons n’importe quelle recherche, n’importe quelle modification génétique artificielle, c’est le « libre » marché qui régulera l’avenir de la biologie… Cette conception de la « liberté » de recherche et de la liberté d’innovation « biotechnologique » est anti-éthique. Bien qu’elle se réfère à la liberté, conçue de manière idéaliste et bourgeoise, la conception NEO-LIBERALE de la liberté mène tout droit à la restauration de l’esclavage et à la négation de la différence ethique radicale entre la chose, que l’on peut vendre, acheter et donc, produire, et la personne qui, physique ou « morale » (par ex. une Nation) ne saurait être évaluée autrement que par l’infini (différence kantienne entre la valeur d’échange, Wert, et la dignité, Würde). Sauf à se représenter l’entrée de l’homme en civilisation que comme une punition biblique, ou à accepter en sous-main la marchandisation des embryons et à terme, la PRODUCTION et la VENTE EN SERIE et sur CATALOGUE des êtres humains, il est donc démontré que nous avons le droit de procéder à certaines modifications de la nature DANS CERTAINES LIMITES qu’il nous reste à cerner.

 

La réponse que je donnais alors dans mon article sur la bioéthique me semble toujours globalement pertinente : ce qui est permis en matière de recherche et d’application de la recherche en génie génétique, c’est tout ce qui permet DANS NOTRE NATURE de rendre à tout moment possible la culture, c’est-à-dire l’infini et la liberté. Je désignais alors l’ensemble du « dispositif de l’homo sapiens » décrit par le grand anthropologue A. Leroi-Gourhan : station verticale fondée sur la bipédie entraînant le développement parallèle du cerveau et de la main (ces organes dont l’utilisation n’est pas fixée d’avance et qui peuvent se développer dans les sens les plus divers : infinité des montages neuronaux possibles, utilisation infinie de la main de par la multiplicité des outils maniables), organes de la phonation permettant le langage articulé, et enfin – avais-je tort de le dire à une époque où il n’était encore guère question de refonte radicale de la filiation – caractère aléatoire de la reproduction sexuée qui permet aux enfants à naître, pour autant que l’aliénation sociale ne vient pas y faire obstacle – de ne pas être assimilables à des produits, à des marchandises programmées, comme ce serait par ex. le cas si à l’avenir on pouvait fabriquer un enfant, nécessairement fille, en fusionnant deux ovules pour mettre en place une forme de bi-parthénogenèse, mais liés intrinsèquement à un DESIR reposant sur la reconnaissance de l’autre comme même et du même comme autre. Agis toujours, par conséquent, de manière telle que la façon dont tu touches au patrimoine génétique de l’homme, ne mette pas en péril les bases de sa culture, de son échappée naturelle hors de la nature. On entrevoit ici combien ceux qui voudraient totalement nier la nature en « culturalisant » totalement le « genre » offriraient en réalité un cadeau empoisonné à la culture et à la liberté …

 

A partir de là, il faut remonter des faits de nature aux faits anthropologiques ethnologiques et psychanalytiques qui visent précisément à penser l’articulation du naturel au culturel. Supposons que demain, de manière pensée, on en arrive à faire en sorte que le petit d’homme puisse passer de l’ordre naturel de l’animalité où il est principalement confiné à sa naissance (encore que…) à l’ordre de la culture comme autoproduction de soi et non pas comme objet aliéné dans le regard de ses « parents » : nous n’aurions rien contre cela car nous sommes loin d’idéaliser la manière passablement erratique dont aujourd’hui des millions de gens sont voués au malheur d’exister parce que, de par la névrose familiale reproduite de génération en génération, ils sont « appelés » à l’être de manière totalement contradictoire (« Viens au monde ! / Reste dans ton néant ! »). Encore faudrait-il toujours qu’ils restassent les retombées improbable d’un désir pris dans l’altérité, et qu’à l’arrivée leur mode de génération ne les empêchât pas de se sentir maîtres d’eux-mêmes, et non pas écrasés a priori par un « destin » natif, à la manière des tragédies grecques d’Eschyle ou de Sophocle.

 

CONCLUSIONS PROVISOIRES :

 

Dans l’immédiat, nous constatons que le passage de la nature à la culture (ce que les anthropologues appellent hominisation) ne s’est pas produit une fois pour toutes aux temps mythiques de la préhistoire : il se reproduit sans cesse et à chaque génération pour chaque jeune individu censé passer de l’état d’être biologique, où nous sommes tous confinés lors de notre naissance (pour le dire vite), à celui de sujet, d’individu prenant place de manière ordonnée dans les rapports de langage et d’échange, ce qui est indispensable pour qu’ultérieurement les êtres sociaux que sont les hommes puissent occuper leur place dans les rapports de production… et éventuellement les révolutionner à leur profit.

 

Est-il alors souhaitable que, en radicalisant les choses et en prenant pour base la « dé-sexuation » de la filiation aujourd’hui, et de la reproduction demain, donc en contournant totalement la prohibition de l’inceste, l’exogamie, les identifications oedipiennes, la structuration du sujet selon les rapports complexes du conscient et de l’inconscient, bref, ces constantes anthropologiques qui reposent toutes peu ou prou sur la reprise socio-culturelle, à la fois langagière et socio-économique de la différence sexuelle, les hommes futurs échappent à la chosification, à la marchandisation, à la production en série, à l’homogénéisation radicale prédite par le Meilleur des mondes ?

 

Le moins que l’on puisse dire à ce stade, c’est que la réflexion sur ces questions est loin d’être parvenue à maturité. Le principe de précaution devrait fonctionner, non seulement au niveau écologique, mais au niveau anthropologique : il est en tout cas abusif d’engager ces bouleversements en les présentant comme la « simple » élargissement à une petite minorité du droit matrimonial en cachant qu’ils ouvrent un boulevard à l’IDEOLOGIE du « genre » et à des modifications incontrôlées du devenir des enfants adoptifs et plus globalement, du devenir-sujet des enfants[35].

 

Et pour ne pas nous dérober aux conclusions pratiques et immédiates :

 

  • Oui, pour ceux et celles que cela tente, à la possibilité légale d’un mariage civil entre époux ou entre épouses, avec tous les droits juridiques et économiques afférents;
  • Oui à l’adoption d’enfants par les deux sortes de couples (sous le contrôle strict des services publics compétents), mais dans les deux cas, sans jamais taire à l’enfant sa filiation génétique (quand elle est connue ou connaissable) ; non à la pratique pré-esclavagiste des « mères porteuses» ;
  • Oui à une réflexion anthropologique générale ne mettant pas la charrue avant les bœufs et n’installant pas a priori dans la place une théorie dangereuse, la Gender Theory, dont nul ne mesure où elle mène à long terme, et qui sous couvert d’élargir et surtout, d’universaliser les droits d’une étroite minorité, peut déstructurer les repères symboliques de l’écrasante majorité des humains : avec demain d’énormes retombées négatives pour les homos, y compris pour ceux qui n’ont cure de se marier, si des revendications d’apprentis-sorciers aboutissent à réactiver les conceptions traditionnalistes les plus grossières, et avec elles, l’homophobie ;

 

  • Oui au souci public communiste prioritaire pour les « familles monoparentales», qui sont des millions, qui concernent les femmes dans une majorité de cas, et tout particulièrement les femmes prolétaires et leurs enfants ; et là, ce ne sont pas tant des bouleversements de la loi qui urgent, mais une révolution sociale permettant de donner du travail et un logement décent à toutes, d’augmenter les salaires, de redynamiser les services publics de santé et d’éducation au lieu de les stranguler au détriment des plus fragiles, et plus globalement, de renouer le lien social que corrode en permanence la crise capitaliste et la décomposition des nations qu’organisent les tenants de la prétendue « construction » européenne ;
  • Oui à la poursuite du combat féministe, allié au mouvement ouvrier et anti-impérialiste, pour l’égalité totale des droits civiques et économiques des femmes, lesquelles existent bel et bien, comme les hommes (quel « scoop » !) et ne sont donc nullement des « constructions » ou des « illusions » ;

 

  • Non à toute forme d’homophobie, mais aussi à toute forme de repli communautariste « gay » ou à la prétention pré-totalitaire d’universaliser le prétendu modèle « trans-sexe », « unisexe » ;

 

  • Oui à la prise en compte sociale de la différence sexuelle ET oui aussi à l’indifférence totale de l’Etat et de la société envers l’orientation sexuelle des individus, pourvu qu’il n’y ait entre eux ni oppression ni aliénation[36];

 

  • Plus globalement, poussons la réflexion sur la crise de la famille dans la société bourgeoise car il se pourrait bien que derrière le radicalisme apparent des problématiques que l’on nous présente, se cache pour une part le refus de mettre en question ce que Le Pelletier, compagnon de lutte de Marat et de Robespierre, appelait « l’égoïsme des familles». Et si l’avenir ouvert de l’humanité était à un rôle accru de la société dans son ensemble dans la socialisation large des enfants par l’intermédiaire des crèches, des écoles, des entreprises socialistes s’autogérant dans le cadre d’un plan national démocratique, dans la solidarité de classe des partis, dans la renaissance d’un sentiment national dégagé du racisme, etc. ? Dans ce cas, la différence sexuelle réduite à elle-même pourrait aussi, du même coup, libérer tout son potentiel propre ; et loin d’enfermer les couples dans un tête-à-tête tantôt stérile et tantôt fécond, l’amour pourrait devenir une forme générale d’ouverture sur l’ensemble du devenir humain.
  1. Gastaud, Lens, terminé le 26 novembre 2012.

 

[1]
[1] Nous avons donné notre avis sur le droit à mourir dans la dignité dans notre livre Sagesse de la révolution. Dans de précédentes livraisons d’EtincelleS, nous avons proposé une réflexion marxiste sur l’écologie et sur « masculin et féminin ». Nous renvoyons également à l’article de G. Gastaud paru dans Raison présente (revue de l’Union rationaliste) et intitulé Dialectique et bioéthique. On connaît par ailleurs l’engagement constant du PRCF sur les questions du négationnisme historique ou sur la défense des langues contre le « tout-anglais ». S’il est une organisation communiste dans ce pays qui s’efforce SUR TOUS LES TERRAINS d’élaborer des positions d’avant-garde, c’est le PRCF : le dire ne relève pas de l’autocongratulation mais du simple relevé des FAITS.

 

[2]
[2] L’un des idéologues de la décomposition néolibérale du lien social et national fut le très réactionnaire, anticommuniste, antijacobin, pro-américain Michel Foucault : sous couvert de combattre l’univers carcéral – cause par elle-même fort sympathique – on trouve même chez Foucault un éloge peu dissimulé du crime et du criminel, y compris du criminel le plus sordidement égoïste et calculateur, comme élément de gestion normal d’une société. Libre à ceux qui le souhaitent de trouver Foucault et Sade formidablement « libérateurs ». Libérateurs de quoi et au profit de qui, voilà la question que le marxisme entend poser contre ventes et marées !

 

[3]
[3] Il faut combattre le communautarisme quel qu’il soit. Le marxisme n’oppose nullement l’ « individu » à la « collectivité ». Marx a toujours souligné le caractère partiellement émancipateur du primo-capitalisme. Celui-ci a libéré les individus de l’ethnie, de l’ « ordre » féodal ou de la corporation ; il les a forcés à devenir les membres virtuels d’une nation large, d’une classe (le prolétariat) et, tendanciellement, de l’humanité communiste. Le communautarisme brise ce mouvement qui est le support idéologique du républicanisme bourgeois, avec toutes ses limites, mais aussi de la conscience de classe internationaliste du militant prolétarien. Cela dit, il serait immoral de renvoyer dos-à-dos le communautarisme « blanc-blanc » du FN, qui est le communautarisme pseudo-national et pseudo-républicain des dominants, et le communautarisme des opprimés qui n’existe que réactivement au premier. Il faut critiquer le second mais SUR LA BASE d’une dénonciation PRIORITAIRE du premier.

 

[4]
[4] Cf dans Sagesse de la révolution, le chapitre intitulé « Marxisme et sagesses antiques », sur le stoïcisme, le cynisme, l’épicurisme, etc.

 

[5]
[5][5] Sur la dictature du prolétariat, il faut préciser que c’est le pouvoir d’État (“l’hégémonie cuirassée de coercition“, Gramsci) que la majorité du peuple, dirigée par la classe ouvrière, exerce sur l’oligarchie dans le but de construire le socialisme. De par sa nature de classe, un tel pouvoir est mille fois plus démocratique que la forme la plus démocratique de démocratie bourgeoise ; et c’est encore plus vrai quand la démocratie bourgeoise se fascise, comme c’est le cas de nos jours. C’est à la Commune de Paris que Marx se référait quand on lui demandait en quoi consiste la DdP. Les conditions historiques ont donné une forme à la dictature du prolétariat en Russie et cette forme ne peut pas être reprise telle quelle ailleurs. Il faut donc à la fois éviter l’opportunisme (=abandon du concept de dictature du prolétariat) et le dogmatisme (=s’imaginer que la dictature du prolétariat prendra partout les formes « soviétiques »).

 

[6]
[6] Sur les questions de politesse, de respect des règles scolaires et de civilité. Nous sommes loin de dire qu’un enseignant réactionnaire devrait être soutenu quand il « enseigne » l’anticommunisme, quand il barbote dans l’idéologie médiatique ou quand sa « pédagogie » le conduit à favoriser l’élite bourgeoise tout en abandonnant les enfants de milieu populaire.

 

[7]
[7] Remarque communiquée par Lucas, enseignant. Ne peut-on mettre en perspective ce débat par une analyse de l’« autorité » ? N’est-ce pas « l’autorité » qui démarque le dominant du dominé dans notre société? Sur quoi doit-on baser une autorité « juste » ? Ce qui se passe dans un établissement scolaire n’est que le reflet d’un déni d’autorité à ceux qui produisent (enseignants, surveillants, Toss) Quelles que soient les formes pédagogiques selon lesquelles elle s’exerce, l’autorité du maitre dans sa classe est la même que celle du capitaine sur son bateau : il sait où il va, même si son rôle est de faire en sorte que ses objectifs soient de mieux en mieux appropriés et démocratiquement portés par les élèves. Longtemps dominé par le savoir « bourgeois » (la culture Gé chère à HEC), l’école devient aujourd’hui une jungle démagogique où les élèves les plus paumés sont livrés à leurs instincts les plus bas (facebook…). Quant aux « instruits » censés les guider, ils sont méthodiquement décrédibilisés et DESAVOUES par l’institution en cas de conflit grave avec tel élève ou avec tel parent d’élève sans que jamais soit pris en compte l’intérêt du groupe classe, de la majorité des élèves qui aimeraient peu ou prou travailler dans le calme ; le message et clair je pense : il s’agit de saper l’égalitarisme républicain fondé sur la méritocratie (même si on a vu combien celle-ci peut être fictive et bourgeoise !).Sans l’ascenseur scolaire, quelle autre critère que la force, la cruauté ou la cupidité, permettra-t-il aux jeunes de se situer socialement, et plus encore, de contester l’ordre social inégalitaire.

 

[8]
[8] Laquelle formate en toute bonne conscience la jeunesse à l’euro-béatitude, au tout-anglais, à l’anticommunisme, à l’écologisme gnangnan, aux « guerres humanitaires » pour les « droits de l’homme », au « fait religieux » (et pourquoi pas, au fait IRréligieux ?), à l’ « esprit d’entreprise », tout cela en violation cynique du discours sur la « neutralité » scolaire…, laquelle ne vaut que pour réprimer les profs et les élèves jugés trop frondeurs.

 

[9]
[9] Une « volonté » illusoire des « individus » qui sert de cache-sexe aux brutaux rapports de forces résultant de l’ « ordre » impérialiste mondial. Comme le chante ironiquement P. Perret dans Lili, « Elle arrivait des Somalis, Lili / Dans un bateau plein d’immigrés / Qui venaient tous de leur plein gré / Vider les poubelles à Paris »…

 

[10]
[10] Il va de soi que ce passage ne vise en rien les communistes engagés dans la défense des sans-papiers sur des bases de classe.

 

[11]
[11] On apprend par ex. que le nombre de travailleurs provenant des pays de l’Est a triplé dans l’Hexagone entre 2006 et 2010 (selon le Parisien du 13.11.2012) il y aurait entre 220 000 et 230 000 ouvriers, notamment employés dans le bâtiment, où les conditions de travail tendent à exploser (certains de ces travailleurs acceptent – sous contrainte économique, la plus efficace qui soit – de travailler plus de 60 h par semaine et les minimaux conventionnels sont balayés). Bien entendu il faut se battre en France pour le principe « à travail égal, salaire égal » qui tout à la fois, dissuaderait les patrons d’importer de la main-d’œuvre de l’Est, mettrait la pression aux régimes anticommunistes et néocoloniaux de l’Est et diminuerait pour tous l’exploitation capitaliste. Mais Georges Hage, président d’honneur du PRCF, n’a-t-il pas bien fait alors qu’il était député franchement communiste, de s’opposer radicalement à l’élargissement de l’UE et à cette pseudo-internationalisation que fut « l’ouverture des frontières » aux pays de l’est ? Il ne s’est jamais agi alors d’« accueillir » les ouvriers est-européens – qui avaient tous du travail à l’époque du socialisme – mais d’exploiter à fond, au profit du patronat occidental et des régimes de famine de l’est, le différentiel de pouvoir d’achat entre les salaires de l’ouest et ceux de l’est en surexploitant l’ouvrier polonais tout en mettant au chômage l’ouvrier occidental.

 

[12]
[12] Notamment à l’instigation de Guillaume Sarkozy, frère de l’autre et apôtre revendiqué des délocalisations au sein de l’organisation patronale.

 

[13]
[13] Et il faudrait en réalité, n’en déplaise aux bobos auto-phobiques, remonter bien plus haut. Les Communes, qu’on essaie de détruire actuellement au nom de la supra-communalité et des « métropoles », datent des luttes insurrectionnelles du Moyen Âge (au minimum à Etienne Marcel et à la Grande Jacquerie du 14ème siècle). Certains services publics comme l’Equipement, que désosse actuellement la politique maastrichtienne (6 fonctionnaires de l’Equipement sur 7 partant à la retraite ne sont plus remplacés, dans le silence assourdissant des confédérations syndicales !) datent de Sully ou de Colbert, etc. Il ne s’agit nullement d’idéaliser cette construction millénaire de l’Etat national français, d’abord autour des rois alliés à la bourgeoisie pour mater les féodaux, puis autour de la République bourgeoise, car le rôle d’une « République sociale » parachevant l’œuvre de la Commune de Paris et du CNR serait de révolutionner de fond en comble cet Etat-nation français lourdement marqué par la domination de classe féodaliste, puis capitaliste. Mais pour transformer ledit Etat-nation, encore faut-il qu’il existe encore, qu’il n’ait pas été intégralement dissout dans l’Empire européen piloté par l’Axe Washington-Berlin, et que le prolétariat n’ait pas à reconstruire sur des ruines à partir d’Etats-régions concurrents et directement tenus en laisse par Berlin. Ceux qui accusent le PRCF d’idéaliser la République bourgeoise ne connaissent pas sa politique réelle et ils feraient mieux de ne pas DIABOLISER sans cesse la nation, de confondre sans cesse la nation française avec l’impérialisme français qui la tue, de « niquer la France » à tout propos au risque d’aider la bourgeoisie à resserrer son étau mortel sur notre peuple en l’obligeant à choisir entre l’autodestruction nationale et le nationalisme ethnique, qu’il soit « copéniste » ou ethnico-religioso-communautariste. Quel immense cadeau l’extrême gauche caviar et les prétendus « marxistes-léninistes » bobos font-ils à Le Pen/copé quand ils lui abandonnent la France, la Marseillaise (mère de l’Internationale !) et le drapeau tricolore (frère jumeau du drapeau rouge, tous les deux ont été lancés ensemble dans la bataille par les Sans-Culotte) et quand, refusant de condamner le libre-échange en matière de commerce et de flux migratoires, ils offrent à Marine Le Pen sur un plateau la majorité des ouvriers d’usine que désespèrent les délocalisations et la désindustrialisation programmée du pays !

 

[14]
[14] Avec un passeport francophone pour la France, comme le proposent les associations de défense de la langue française ?

 

[15]
[15] Et cela vaut aussi – dût-on heurter à ce propos les « fans » de ce chanteur talentueux – pour « notre Johnny national » (sic). Car M. Jean-Philippe Smet porte un pseudo américain, vit entre les Etats-Unis et la Suisse, cherche à devenir belge ou monégasque… et a appelé à voter Sarkozy dans l’espoir non déçu d’obtenir de ce commis du MEDEF le tristement fameux « bouclier fiscal ». Sarkozy se garde bien de dire à ce grand patriote ce qu’il dit aux travailleurs immigrés qui manient le sécateur ou le marteau-piqueur : « la France, aime-la ou quitte-la ! ».

 

[16]
[16] Le PRCF a bien fait de condamner la tentative d’un groupe ultra-réactionnaire de faire condamner les auteurs d’un livre intitulé « Nique la France » : car respecter la France que nous aimons, celle qui « répond toujours du nom de Robespierre » aux dires de Jean Ferrat, c’est combattre le délit de blasphème – y compris de blasphème antipatriotique – et défendre le droit à l’insolence de l’expression littéraire et scientifique. Le PRCF n’en est que plus à l’aise pour affirmer que sur le fond, appeler les immigrés à « niquer la France » est très inintelligent politiquement à l’époque où DANS LES FAITS, le MEDEF « nique la France » plus que tous les rappeurs anti-français réunis. Il faut au contraire SAUVER LA France ET LA REPUBLIQUE et pour cela unir tous les travailleurs contre l’UE, contre l’euro et pour le « produire en France ». Le ping-pong entre les « niqueurs » de France et les saqueurs d’immigrés ne fait que le jeu du MEDEF, du FN et des communautarismes rancis qui divisent notre peuple pour mieux « niquer » au final la démocratie et la classe ouvrière !

 

[17]
[17] Même si le devoir des Français fidèles au message libérateur de Rabelais, Descartes et Diderot, est de refuser le délit de blasphème – y compris le blasphème « antinational », de permettre la plus large liberté d’expression, car honorer la France, c’est respecter avant tout la devise républicaine et le premier mot qui la compose. Et défendre le droit d’écrire « nique la France ! »… au nom de la France libre que nous aimons, n’est pas approuver ce type de propos pas si insolent que cela à une époque où Parisot appelle carrément à niquer la France en démantelant définitivement l’Etat-nation et en instituant les Etats-Unis d’Europe (tribune de L. Parisot dans le Monde de la fin décembre 2011).

 

[18]
[18] Cf le Manifeste patronal de décembre 2011 Besoin d’aire : « transfert de souveraineté », « responsabilité de l’Allemagne », « reconfiguration des territoires », « une langue pour l’Europe (l’anglais) », « Etats-Unis d’Europe, notre nouvelle patrie », « Union transatlantique »…

 

[19]
[19] Comment les « marxistes » de LO, du NPA, du Front de gauche, de la haute direction de la CGT, etc. peuvent-ils prétendre qu’ils défendent la classe ouvrière si, pour ne pas déroger à leur « internationalisme » de parade, ces européistes refusent de défendre le « produire en France » et de faire vivre la nation qui en est la condition ? Serait-ce qu’en définitive ces petits-bourgeois se fichent que les capitalistes déclassent tout le prolétariat industriel  français ou immigré (massivement réduit au RSA, avant d’être totalement tiers-mondisé) pourvu que l’impérialisme français veuille bien garder en France, comme l’avait prévu Lénine dans L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme ce qu’on n’appelait pas encore la « recherche développement » et les services à « haute valeur ajoutée » (qui préserveront – mais dans un premier temps seulement – l’emploi et les hauts salaires de l’aristocratie salariale) ?

 

[20]
[20] Célibataires endurcis de tous le pays, unissons-nous !

 

[21]
[21] Cf l’article paru dans Raison présente, Dialectique et bioéthique. Ou d’autres articles parus dans Etincelles à l’époque de la catastrophe de Fukushima : le vrai principe de précaution, c’est le communisme » ou D’Hiroshima à Fukushima : quelle « fin de l’histoire » pour la société capitaliste ?

 

[22]
[22] Peu importe pour notre propos que l’on considère ou pas l’homosexualité comme une perversion sexuelle. Nous n’entrons pas dans le débat sur l’étiologie de ce comportement, nous restons sur le terrain politique. A ce stade une seule chose importe, c’est que « perversion » ou pas, l’homosexualité étant involontaire, déterminée en amont des « choix » de l’individu qui « découvre » son orientation sexuelle une fois qu’elle est irréversiblement cristallisée (pour durcir le trait), elle ne peut en rien relever de la PERVERSITE, notion morale qui impliquerait au contraire un choix délibéré de l’individu de faire le mal, et même, de « faire le mal pour le mal ». Quand bien même l’homosexualité serait une perversion d’un point de vue nosographique, elle n’en serait pas davantage une perversité au sens moral : elle ne pourrait donc en rien être criminalisée par des individus tant soit peu civilisés.

 

[23]
[23] 75000 femmes battues, 1 femme violée toutes les 8 minutes en France, un nombre stupéfiant de filles tuées ou grièvement blessées par leur propre compagnon chaque année dans notre Hexagone si « civilisé » !

 

[24]
[24] Bénie soit la contraception qui, en permettant à la femme de contrôler son ovulation, a desserré les contraintes sociales portant sur l’héritage et a, dans une certaine limite, découplé la libération de la femme de la mise en extinction de l’héritage privé.

 

[25]
[25] Donc bien évidemment, accepter le féminin en eux, ainsi que la part masculine de leur compagne et de leurs filles. Ce qui n’abolit en rien la différence sexuelle. Pour être intériorisée, la différence n’en est pas moins active. Sans cette intériorisation, le désir ne pourrait s’allumer en tant que désir hétérosexuel.

 

[26]
[26] De même que, sur le terrain de la solidarité internationale, il faut combattre les horreurs de la politique israélienne comme si l’antisémitisme n’existait pas et combattre l’horreur antisémite comme si la politique israélienne n’existait pas.

 

[27]
[27] Le marxisme dirait plutôt qu’il s’agit de combattre la séparation et l’opposition du masculin et du féminin, et surtout, leur « capture » par des idéologies travestissant cette différence biologique en inégalité sociale.

 

[28]
[28] Je renvoie à la dialectique entre désir et besoin que j’étudie dans Philosophie et matérialisme dialectique. Si le désir peut subvertir le besoin, c’est parce que l’homme, et notamment le petit d’homme selon Henri Wallon, a biologiquement besoin d’être reconnu par autrui, tant son dénuement est grand à la naissance, tant l’homme naît prématuré et tant son enfance étonnamment longue nécessite d’être longtemps protégée et instruite. C’est pour cela que nous avons aussi vitalement besoin de roses que de pain. Non parce que le pain compte moins qu’avant, mais parce que les roses sont la condition du pain.

 

[29]
[29] Comme on le verra, nous ne sommes pas hostiles au mariage homo en tant que mise à niveau des droits civils des époux et des épouses (notamment quant à la transmission des biens), ni même à la possibilité d’adoption par les couples homos, à condition que l’enfant sache d’où il vient génétiquement (quand on le sait). L’égalité entre couple et l’intérêt des enfants adoptifs supposent aussi une modification des droits à l’adoption pour les hétéros stériles : l’enfant adoptif doit savoir qu’il l’est et l’enfant généré par insémination artificielle doit savoir aussi la vérité sur sa filiation, même si dans ce cas particulier, il faut continuer à rendre intraçable l’identification du donneur de sperme. Quant aux « arguments » prétendant que la France devrait légaliser les mères porteuses et la PMA pour les couples lesbiens sous prétexte que « les pays voisins le font », il est immoral. Ne fais pas ce que les autres font parce qu’ils le font, fais ce que tu dois faire et que les autres devraient faire si le monde ne tournait pas à l’envers. En un mot, pour un individu comme pour une nation, sois souverain et exerce ta souveraineté dans le cadre d’un universalisme dont Kant a précisé largement les règles formelles et même, matérielles (cf notre texte Exterminisme et Criminalisation, qui commente la notion d’impérialisme catégorique dans le champ politique en commentant sous un angle anti-impérialiste et anti-exterministe le Projet de paix perpétuelle de Kant).

 

[30]
[30] Nous ne parlons pas du droit de tels INDIVIDUS à changer de sexe, ou plutôt d’apparence sexuelle physique – sinon génétique – ; nous disons simplement que le transsexualisme n’est pas plus un modèle qu’une hérésie, nous discutons la pertinence qu’il y aurait à reconstruire la liberté, l’égalité et la fraternité à partir d’une universalisation générique de cette notion.

 

[31]
[31] Il faut exclure la recherche en paternité en cas d’insémination artificielle à partir d’une banque de sperme. Sinon il n’y aura tout bonnement plus de donneurs hommes. On ne cache rien à l’enfant dans un tel cas puisque la dévolution de sperme a été aléatoire : ce qu’il faut dire à l’enfant, y compris à celui qui est élevé par un couple hétéro partiellement stérile, ce n’est pas « qui est le donneur », mais qu’il y a eu donneur.

 

[32]
[32] On est ici devant l’impossible de la théorie du genre : ou bien, en vertu de la négation de la différence des sexes, on attribue aux lesbiennes le droit à la PMA, donc il faut attribuer aux couples homos masculins le droit aux mères porteuses, et on tombe sur l’interdit moral majeur « tu n’achèteras pas d’enfant », ou bien on donne un droit aux couples lesbiens que les couples masculins ne peuvent pas revendiquer pour eux-mêmes parce qu’il y a une dissymétrie éclatante entre la contribution masculine et la contribution féminine à la reproduction de l’espèce (combien il est différent gratuitement d’éjaculer dans une banque du sperme et de louer son utérus pendant neuf mois à des étrangers contre argent), et dans ce cas, l’impact social du sexe, que les « Gender Studies » prétendaient annuler en droit, se fait directement saisir. Bien entendu, on pourrait rêver d’une société idéale où des femmes d’une grande abnégation accepteraient d’enfanter gratuitement pour autrui – sans cependant développer de relation affective positive ou négative avec le futur enfant qu’elles portent. Mais outre qu’on ignore si cette situation est favorable au futur enfant (tout montre que les relations mère-enfant s’élaborent ante partum) ce serait laisser la porte ouverte, sous prétexte d’une hypothétique et bien hypocrite gratuité, aux relations mercantiles les plus dégradantes entre les riches et les pauvres du même pays et plus encore, entre les riches du « Nord » et les pauvres du « Sud ». Un peu comme si l’on fermait les yeux sur la traite des prostituées sous prétexte qu’un tout petit nombre de prostituées (« de luxe ») ont choisi cette manière de gagner de l’argent en s’affranchissant de tout souteneur. L’enjeu prolétarien n’est pas d’accepter l’esclavage de millions de filles surexploitées sous prétexte de défendre les privilèges d’une minorité de milliardaires du porte-jarretelles, pas plus que l’ultra-précarité des milliardaires en short du sport professionnel ne peut servir à modéliser le droit du travail de centaines de millions de prolétaires.

 

[33]
[33] J’intègre telle quelle, pour la soumettre au débat, la remarque de Gwenaël Bidault à propos des conceptions d’Engels. En l’occurrence la divergence signalée ne me semble pas affecter le fond de mon analyse. Il se peut que les conclusions d’Engels aient vieilli au regard des connaissances ethnologiques et historiques, mais c’est surtout sa méthodologie qui me semble importer à notre propos. Voici ce que signale G. Bidault : « Dans la réédition 2012, au Temps des Cerises, de L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État, Christophe Darmangeat apporte en préface un éclairage des thèses d’Engels à la lumière des recherches ethnologiques contemporaines. Il précise notamment que la remise en cause, par l’ethnologie, de la succession des formes de famille, « possède d’importantes implications sur le statut de la gens, ce clan à filiation féminine. Celui-ci ne peut plus être tenu pour une forme universelle, qui aurait nécessairement précédé le clan à filiation en ligne masculine, puis la famille monogame. Parmi les société observées depuis lors et qui se situaient à un niveau technique égal ou inférieur à celui des Iroquois, toutes étaient loin de posséder des clans. De plus, même là où ceux-ci existaient, la plupart traçaient la filiation en ligne masculine, sans que les biens matériels ne jouent un rôle social éminent, ni que rien ne suggère que la filiation avait été jadis pratiquée en ligne féminine. Or, selon Engels, qui suivait là encore Morgan, le passage de la filiation féminine à la filiation masculine suite au développement de la propriété privée était censé avoir constitué un événement universel et majeur. Il avait marqué la “défaite historique” d’un sexe féminin qui jouissait auparavant d’une “situation non seulement libre, mais fort considérée”, et même d’une “prédominance”, “dans toute la préhistoire ».

 

[34]
[34] Comme nous le démontrons aussi dans l’article cité, la véritable écologie ne consiste pas à retourner à l’état de nature mais à pousser à fond la civilisation pour éliminer l’état de nature dans la société elle-même, en éradiquant les bases socio-économiques de cette JUNGLE qu’est la société capitaliste et en mettant en place la planification démocratique, qui seule permet aux hommes de se fabriquer collectivement et volontairement en sachant où ils vont ensemble ; quant à la sauvegarde de la nature, elle devient une tâche hautement technologique, scientifique, donc CULTURELLE.

 

[35]
[35] Sauf à rabattre platement la filiation sur l’éducation : ce qui va de pair avec la campagne permanente contre, non pas les impasses théoriques et pratiques très réelles de la psychanalyse, mais contre le noyau dur de ses découvertes, et avec la promotion de conceptions pédagogiques « cognitivistes » et « comportementalistes » qui tendent à confondre grossièrement l’hominisation du sujet avec un dressage comportemental. Remarquons également, comme nous l’avons fait dans un récent article d’Etincelles sur « Masculin et féminin » que comme toujours, l’idéologie bourgeoise couvre tous les terrains à la fois : d’un côté, la « Gender » qui dé-sexue totalement la femme et qui remet radicalement en question le féminisme (au moment où la contre-révolution mondiale d’une part, la « construction » européenne d’autre part, détruisent tant de conquêtes du sexe féminin allié au mouvement ouvrier) ; mais de l’autre, justement dénoncé par Elisabeth Badinter, la renaturalisation grossière de la femme par les idéologues de la « Leche League » qui, derechef, se représentent avant tout la femme comme une reproductrice et une bonne laitière. Voilà pourquoi il y a un enjeu majeur à repenser de manière dialectique et matérialiste les rapports complexes de la nature et de la culture en évitant à la fois le naturalisme grossier de la « Leche » et le culturalisme primitif de la « Geder ».

 

[36]
[36] Bien entendu, certains pratiquants des rapports érotiques SM vont ici se récrier. Mais c’est à eux et non à nous qu’il revient de produire les distinctions conceptuelles (ET LEGALES) nécessaires, si elles sont possibles, entre la domination politico-économique (qu’il est hors de question pour des communistes de valider socialement : on nous excusera de ne pas voir en Sade une référence classique…), et les jeux de domination à caractère érotique. Aux connaisseurs de ces pratiques d’indiquer où se trouvent les limites entre le jeu et la réalité, entre le comportement privé de la « domina » et de son « esclave » et l’idéalisation sociale de contre-modèles historiquement abjects. Bien entendu on conviendra aisément que certaines formes d’érotisme « hétérosexuel » prétendument « normales » ne sont pas plus saines en tant qu’elles reposent sur l’exaltation du viol ou de la prostitution.