Poésie du Bosphore, de F Combes [Reprise]

De retour de Turquie, notre ami Francis Combe nous livre quelques vers issue de son passage sur le Bosphore, lors de sa participation au festival de poésie d’Eskişehir au côté, notamment du poète Ataol Behramoğlu.

www.initiative-communiste.fr vous invite à visiter son journal poétique

http://franciscombes.unblog.fr/2014/10/15/retour-de-turquie/

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Cantilène de la Corne d’or

À  Ataol Behramoğlu

Sur le pont de Galata, « Interdiction de pêcher »
Précise un panneau rouge aux lettres blanches
Mais des dizaines de pêcheurs, appuyés au parapet
Jettent leurs lignes dans les eaux du Bosphore
Et leurs cannes dressent une forêt
Devant les minarets de la Corne d’or…

Pêcheurs du Pont de Galata
Vous rapportez au bout de votre ligne
De l’eau grise de la pauvreté
Quelques poissons de vif argent

Merci aux peuples qui désobéissent…
Si nous étions des dieux
Nous leur baiserions les pieds.

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La Corne d’or s’éveille dans la brume
La ville est de nacre et le soleil la dore
L’eau qui passe sous le pont
Emporte les peaux mortes de la nostalgie
Le long des quais du marché aux poissons
Promis par les spéculateurs à la démolition
Le long des quais où n’accostent plus les bateaux
Les pneus des camions font un collier
Au cou de la ville grise, au cou de la ville bleue…

Istanbul sort de la brume, Istanbul se dévoile
Et la lumière du jour fait son entrée dans les ruelles
Il y a sur ces collines bien plus de mosquées
Qu’il n’est d’églises dans Paris
Mais autant de cafés, de restaurants et de terrasses
Que dans les rues et sur les places de Paris
Et dans les squares, au pied des mosquées
Autant de pigeons qu’à Paris…

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Les pigeons ont des ailes
Mais ils n’ont pas de religion.
Les pigeons n’ont aucune aspiration
Mystique à l’élévation…
Peut-être justement
Parce qu’ils ont des ailes…

Avec ses mosquées, gâteaux plantés de bougies
Istanbul dans son rêve de pierre
N’en finit pas de célébrer son anniversaire…
Ces mille mosquées sont-elles
Des sphères célestes ?
Ou bien des bulles de mercure
Venues des profondeurs obscures
Où vivent les silures ?

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Près du grand bazar, au-dessus de son échoppe
Le marchand de foulards a placé une publicité :
« Achète un foulard, pour exprimer ton âme ».

Mais pour exprimer son âme, faut-il cacher son corps ?
Dans le soleil qui se lève
Istanbul sort de la brume et se dévoile…
Mais toi, ma chérie qui a les jambes nues
Tu n’entreras pas dans la mosquée bleue…
Tant pis pour la mosquée !

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Dans Istanbul les pachas sont passés
Mais les chats sont restés
Les chats qui valent bien les pachas.
Ces aristocrates ne sont pas à plaindre
Tout un peuple leur fait la charité.
Dans Istanbul on croise partout ces ambassadeurs
De la nation féline, masculine et féminine
Jusque dans le cimetière des pachas
à l’affût, sur la tombe de Cheikh Bedreddine.

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Le vieux tramway rouge
Survivance nostalgique et choyée du passé
Reste accroché sur le ventre de la ville
A la peau d’éléphant.
Mais nous, nous nous envolerons
Comme font les mouettes
Et reviendrons peut-être.
Comme les mouettes jetées par poignées
Par un semeur invisible qui tournent dans le ciel
Au-dessus du marbre veiné de gris, de bleu
De la mer de Marmara.

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Nous marcherons dans la rue
Avec les enfants et les pigeons
Nous mangerons des pains ronds
Et nous retournerons sur les îles.
Nous irons nous baigner dans la fraîcheur
Au large de la ville
Là où fleurissent les bougainvillées
Sur l’île du poète et des phaétons.

Et dans la lumière du soir
Quand le soleil se couche derrière les îles
Et qu’une voile passe devant en rêvant
Nous redirons les vers de Yaya Kemal :

« Ne t’effraye pas du vide qui te semble abîme redoutable
Éprouve un peu, toi aussi, que tu es un dieu dans la nature. »

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Commentaire de lecteur “Poésie du Bosphore, de F Combes [Reprise]