Macron ou la chronique d’un assassinat annoncé de la philosophie

Il est de bon ton chez les médiacrates et dans les salons mondains de dépeindre le banquier Macron en philosophe. Passant sous silence les grossiers arrangements ayant cours au sujet de l’occupant de l’Elysée pour accréditer cette idée. Ce qui est sûr c’est que la politique du régime Macron a tout d’un assassinat de l’enseignement de la . Notamment à travers le saccage des enseignements disciplinaires en classe de terminale du , un saccage qui est partie intégrande du plan de casse totale du diplôme national du . Dans une tribune, les professeurs de philo de l’académie de Bordeaux alertent sur la chronique d’une mort annoncée de la philosophie

« Humanités, littérature, philosophie » ou la chronique d’une mort annoncée de la philosophie

En face d’une réforme qui se veut pragmatique, nous réclamons le droit d’évaluer les conséquences de sa mise en place pour l’enseignement de la philosophie dans le secondaire et le supérieur. Alors que notre profession est appelée à répondre à une consultation nationale sur les programmes de première, il devient urgent et nécessaire d’examiner l’intégralité des projets envisagés en philosophie (spécialité et tronc commun) afin de les confronter aux effets prévisibles pour notre discipline et pour la réussite des élèves et pour les futurs étudiants.

L’épreuve « universelle » de philosophie, reléguée en fin d’année scolaire, alors qu’elle pourrait se dérouler à la même période que les épreuves de spécialité, conduira inexorablement à une marginalisation de la discipline doublée d’une dévaluation de son enseignement aux yeux des élèves. Pour quelle raison travailler une matière qui ne pèsera que très peu sur leur orientation ?

L’abandon des séries au profit de spécialités, dont le nombre se réduira de 3 à 2 au passage de la première à la terminale, organisera une mise en concurrence généralisée des disciplines disponibles dans les établissements ainsi que des établissements entre eux. Ce qui entraînera une différenciation des formations pour les élèves, une rupture d’égalité devant l’examen et par extension une trahison du pacte républicain. Certains établissements, petits ou excentrés, n’auront pas les moyens de proposer l’ensemble des spécialités « en cohérence avec les études supérieures aujourd’hui les plus classiques »[1]. La spécialité “Humanités, littérature et philosophie” devra seulement être accessible « dans un périmètre raisonnable ». Une humanité à géométrie variable en somme, l’humanité de quelques-uns.

Conçu comme un animateur bi-disciplinaire, le professeur devra se transformer en VRP de sa spécialité dans des classes de seconde qui n’auront encore aucun rapport à cet enseignement. Partant en mission en première, le professeur sera obligé d’édulcorer les contenus et les exigences s’il veut conserver les quelques élèves inscrits et éviter l’abandon de la spécialité l’année suivante. La séduction et le clientélisme, conditions pour continuer à philosopher dans les lycées français. Et encore. En l’absence d’égale répartition horaire entre les lettres et la philosophie inscrite au Bulletin officiel de l’éducation nationale, la répartition des heures se fera dans le cadre de l’autonomie des établissements. Les lycéens subiront donc une double inégalité de traitement selon la présence ou non de la spécialité dans leur lycée, selon le choix de répartition des heures au sein de chaque établissement, qui verra certains davantage préparés en littérature et d’autres en philosophie à une épreuve pourtant supposée être la même pour tous

Réunis en assemblée générale, les professeurs de philosophie de l’Académie de Bordeaux, associés aux professeurs de l’université de Bordeaux-Montaigne, et aux étudiants se destinant à l’enseignement, dénoncent collectivement le projet de programme de la spécialité “Humanités, littérature, philosophie” qui nie le sens authentique d’une formation humaniste et le caractère propre de la philosophie, discipline dont la vocation est de fournir aux élèves, non une vague culture générale mais des outils de conceptualisation qui leur permettent de devenir des citoyens responsables d’eux-mêmes et de leur pensée.

[1] Note de service de la DGESCO n° 2018-109 du 5-9-2018.

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