Foot, Fric et Révolution

Nos amis Argan et Serge Grossvak ont accepté qu’ »Initiative Communiste » publie l’article ci-dessous. Ils montrent comment la soif de profit s’attaque désormais aux dispositifs idéologiques de la bourgeoisie, ici, le sport spectacle… Les communistes du P.R.C.F aimeraient partager leur optimisme quant à « la fin d’une époque ». Nous estimons pour notre part qu’elle nécessite d’arracher le pouvoir économique à ses propriétaires, le pouvoir politique à leurs mandataires et qu’il faut s’en donner les moyens organisationnels. Mais ce sera en troisième mi-temps…

Fric, Foot et Révolution.

L’événement a été oublié aussi vite que possible, banalisé, rangé aux anecdotes. Et pourtant ! La défaite de la “superleague” représente un véritable tremblement de terre, pour le foot, pour le monde de la finance, pour le monde politique. 

Commençons par résumer les faits au plus simple : une “super league de foot” est lancée par les plus gros clubs de foot européen. Ce projet est uniquement financier. Les supporters se révoltent, et les joueurs, et les clubs plus modestes qui ont été exclus. Et incroyable, la révolte vient à bout des puissants en 4 jours. Pire, les initiateurs doivent demander pardon. Le peuple du foot est un redoutable gilet jaune ! Bravo à eux !

Déjà l’histoire n’est pas mal. Arrêter le bras des financiers n’est pas si fréquent ! Mais demeurent d’autres facettes croustillantes de cet événement qui promettent d’étonnants rebonds du ballon rond. Le fric et le foot, le moins que l’on puisse dire c’est que ça n’est pas nouveau, mais quelque chose a commencé à changer : les propriétaires. Avant, c’étaient des milliardaires qui s’offraient un club, pour briller, pour se donner de l’importance. Tout en cherchant le moyen de rentrer plus de fric, ils y laissaient un paquet de pognon et finissaient par passer la main. Petit à petit les sommes brassées ont monté et sont devenues gigantesques. Les “grands” clubs sont devenus de beaux projets de spéculation, ils sont rentrés en bourse. Et là arrivent de nouveaux propriétaires : les fonds de pension. Le foot est un produit à cash. Le ballon n’a plus à tourner rond mais à rouler pognon. Là dessus arrive le Covid. 

Avec le Covid le foot ne peut plus mettre le feu dans ses stades, mais à ses finances ça flambe sérieux. En France, Lille et Bordeaux, brillants clubs historiques, sont sur les bancs de la banqueroute. Et puis alors en Espagne et en Italie il y a un gigantesque trou dans la pelouse ! Banqueroute ? Banqueroute ! On en reparle plus tard. 

Les banquiers, les fonds de pension n’aiment pas perdre des sous, du flouz. Ils ne sont pas là pour jouer, eux. Alors faut que ça rentre, et vite. La “superleague” c’était génial pour eux : le fric est gardé pour leurs clubs et plus question de prendre le risque de résultats sportifs. Bénèf assuré. La Banque JP Morgan est à l’appui. Le sondage (comme pour les élections) est truqué pour faire avaler la manœuvre (66% de pour). Que dalle les supporters sont en rage. On en reparle plus tard.

Le sport est fait d’incertitude et avant tout de passion. Penser pouvoir en faire une ressource financière, c’est méconnaitre le football. Que pouvaient ils en savoir ? Là, l’histoire a basculé. Les premiers libéraux d’Europe ont dit stop. Les réseaux sociaux ont joué un énorme rôle, mais ce sont les Anglais qui ont sonné la révolte. On ne touche pas à leur football. Et pourtant, ils ont les clubs les plus riches, la ligue la plus riche, pourtant ce pas supplémentaire en était trop pour eux. En 48h ils ont forcé leurs clubs à se retirer. Les clubs espagnols et italiens, demeurés seuls, ont rendus les armes. L’affaire était pliée. Demeure le trou, demeurent les risques de banqueroutes. Et dans le foot aujourd’hui les sommes sont gigantesques. Derrière les malheurs de clubs, et du foot, réside une “bulle financière” qui pourrait impacter jusqu’à la Bourse, jusqu’à constituer l’étincelle de la prochaine méga crise financière. Il n’y a pas de doute, le foot c’est trépidant, plein d’émotions et de surprises. Mieux vaut avoir le coeur bien accroché. Ca aurait pu être la conclusion, mais non, attendez la suite.

On vous l’a dit, “les supporters sont en rage” et pas uniquement eux. Les Anglais ne se sont pas arrêtés à leur triomphe contre le projet financier. Les voici qui exigent le départ des responsables qui ont voulu de cette Super League. Pour protester et demander ces  départs, les fans de Manchester United ont pénétré dans leur stade avant un des chocs de leur championnat. Même révolte sur les réseaux sociaux où les dialogues les plus passionnés ont porté sur ce fric qui pourri le foot. 

Et puis il y a les journalistes français qui tout soudain libèrent leur parole. Les voila qui évoquent leur désaccord avec cet ultra-libéralisme. La Révolution est en marche comme dit un ami !

 « Si on en avait parlé avant, on existerait plus aujourd’hui ». Liberté j’écrit ton nom. 

Ah, le voici le mot de la fin. Juste pour remarquer qu’en peu de temps, peu de mois, les peuples auront appris à ne pas faire confiance aveuglément en leurs institutions politiques, en leurs institutions policières, en leurs institutions scientifiques, en leurs institutions médiatiques, et maintenant en leurs institutions sportives. Ca sent très fort la fin d’une époque !

Argan et Serge Grossvak