Focale sur l’Association des Amis de Robespierre (ARBR)

« Elle répond toujours du nom de , ma France », chantait Ferrat dans « Ma France »

RobespierreC’est pourquoi IC relaie bien volontiers l’important travail de l’ARBR, les Amis de Robespierre pour le Bicentenaire de la Révolution, dont le centre de gravité se trouve à Arras, la ville natale de l’Incorruptible.

On y découvrira comment, après tant de mairies de droite, la « gauche » municipale parisienne a honteusement refusé d’attribuer le nom d’une rue de Paris à Robespierre. Mais après tout, il n’y a toujours pas un seul Résistant communiste au Panthéon, l’oligarchie qui confisque la mémoire nationale ne voulant pas faire la moindre place à ceux qui ont, contre elle, défendu les travailleurs.

Concernant le film grotesque de Wajda intitulé Danton, qui est une charge anticommuniste et anticommuniste aussi faible historiquement que superficielle politiquement, notre point de vue diffère de celui de l’ARBR : nous pensons qu’il est contre-productif de défendre Robespierre et la Révolution française en les opposant à la Révolution soviétique et aux bolchéviks : en effet, la contre-révolution anticommuniste qui a donné naissance à la lugubre mondialisation capitaliste et à la monstrueuse Europe de Maastricht (nous allions écrire « de Metternich »), attaque A LA FOIS – Soljenitsyne a été très clair sur ce point quand il a rendu visite aux admirateurs français de la Chouannerie ! – la Révolution d’Octobre ET la Révolution française, Lénine et Robespierre, les bolchéviks (que Lénine appelait les « jacobins du prolétariat ») et les Sans Culottes.

Le slogan des contre-révolutionnaires modernes étant « Blancs de tous les temps et de tous les pays, unissez-vous », c’est solidairement que les amis de Lénine et ceux de Robespierre doivent passer à la contre-attaque contre les thermidoriens actuels, parmi lesquels mérite de figurer la pseudo-progressiste Anne Hidalgo ».

Et cela n’enlève rien à l’intérêt et au courage des amis arrageois des frères Robespierre quand ils mettent leurs pas dans ceux du grand Jaurès et de son insurpassable Histoire socialiste de la Révolution française.


Qui a fait notre glorieuse Révolution ? Sont-ce les riches ? Robespierre dans le texte

xtraits de l’important discours sur « L’ORGANISATION DES GARDES NATIONALES » prononcé par Robespierre le 5 décembre 1790

L’extrait : « L’organisation des Gardes Nationales »

…Allons plus loin : ces mêmes hommes dont nous par­lons sont-ils suivant vous des esclaves, des étrangers ? ou sont-ils citoyens ? Si ce sont des esclaves, des étrangers, il faut le déclarer avec franchise et ne point chercher à dé­guiser sous des expressions nouvelles et assez obscures. Mais non ; ils sont en effet citoyens ; les représentants du peuple français n’ont pas dé­pouillé de ce titre la très grande majorité de leurs com­mettants ; car on sait que tous les Français sans aucune dis­tinction de fortune ni de coti­sation, ont concouru à l’élec­tion des députés à l’Assem­blée nationale : ceux-ci n’ont pu retourner contre eux le pouvoir qu’ils en avait reçu, leur ravir les droits qu’ils étaient chargés de maintenir et d’affermir, et par cela même anéantir leur propre autorité, qui n’est autre que celle de leurs commettants ; ils ne l’ont pas pu ; ils ne l’ont pas voulu, ils ne l’ont pas fait. Mais si ceux dont nous par­lons sont en effet citoyens, il leur reste donc des droits de cité ; à moins que cette qualité ne soit un vain titre et une dérision. Or, parmi les droits dont elle rappelle l’idée, trouvez m’en, si vous le pouvez, un seul qui y soit plus essentiellement attaché, qui soit plus nécessairement fon­dé sur les principes les plus inviolables de toute société humaine ; que celui-ci : si vous le leur ôtez, trouvez moi une seule raison de leur en conserver aucun autre. Il n’en est aucune. Reconnaissez donc comme le principe fondamental de l’organisation des gardes nationales, que tous les citoyens domiciliés ont le droit d’être admis au nombre des gardes nationales, et décrétez qu’ils pourront se faire inscrire comme tels dans les registres de la com­mune où ils demeurent.

C’est en vain qu’à ces droits inaliénables on voudrait op­poser de prétendus inconvénients et de chimériques ter­reurs. Non, non ; l’ordre social ne peut être fondé sur la violation des droits imprescriptibles de l’homme, qui en sont les bases essentielles. Après avoir annoncé d’une manière si franche et si imposante, dans cette déclaration

immortelle où nous les avons retracés qu’elle était mise à la tête de notre code constitutionnel afin que les peuples fussent à portée de la comparer à chaque instant avec les principes inaltérables qu’elle renferme, nous n’affecterons pas sans cesse d’en détourner nos regards sous de nou­veaux prétextes, lorsqu’il s’agit de les appliquer aux droits de nos commettants et au bonheur de notre patrie.

L’humanité, la justice, la morale ; voila la sagesse des législateurs : tout le reste n’est que préjugé, intrigue, mauvaise foi. Partisans de ces funestes systèmes, ces­sez de calomnier le peuple et de blasphé­mer contre votre souverain, en le repré­sentant sans cesse indigne de jouir de ses droits, méchant, barbare, corrompu ; c’est vous qui êtes injustes et corrom­pus ; ce sont les castes fortunées aux­quelles vous voulez transférer sa puis­sance. C’est le peuple qui est bon, pa­tient, généreux ; notre Révolution, les crimes de ses ennemis l’attestent : mille traits récents et héroïques, qui ne sont chez lui que naturels, en déposent. Le peuple ne demande que tranquillité, jus­tice, que le droit de vivre ; les hommes puissants, les riches sont affamés de dis­tinctions, de trésors, de voluptés.

L’intérêt, le vœu du peuple est celui de la nature, de l’humanité ; c’est l’intérêt général. L’intérêt, le vœu des riches et des hommes puissants est celui de l’am­bition, de l’orgueil, de la cupidité, des fantaisies les plus extravagantes, des passions les plus funestes au bonheur de la société. Les abus qui l’ont désolée furent toujours leur ouvrage ; ils furent toujours les fléaux du peuple.

Aussi, qui fit notre glorieuse révolution ? Sont-ce les ri­ches ? Sont-ce les hommes puissants ? Le peuple seul pouvait la désirer et la faire ; le peuple seul peut la soute­nir par la même raison et l’on ose nous proposer de lui ravir les droits qu’il a reconquis ! On veut diviser la na­tion en deux classes dont l’une ne semblerait année que pour contenir l’autre, comme un amas d’esclaves toujours prêts à se mutiner ! et la première renfermerait tous les tyrans, tous les oppresseurs, toutes les sangsues publi­ques, et l’autre le peuple ! Vous dires après cela que le peuple est dangereux à la liberté : ah ! il en sera le plus ferme appui, si vous la lui laissez…

 

Pour une rue Robespierre à Paris :

l’enjeu dépasse de loin la seule mémoire d’un homme. Un article de H. Leuwers..

Par Hervé Leuwers . Article paru dans le Nouvel Obs le 15 juin 2016 (Édité et parrainé par Sébastien Billard)

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La proposition de la conseillère de Paris, Danielle Simonnet [1], de créer une rue Robespierre dans la capitale provoque la polémique. Le débat reprend, comme en 2011, lors d’une précédente tentative ; comme en 2014, lorsque des élus voulurent cette fois bannir le nom du Conventionnel d’une place de Marseille, d’une rue de Montceau-les-Mines, d’une rue de Belfort, d’une station de métro de Paris…

Au final, Robespierre perdit une rue à Belfort, mais en gagna une à Manosque. Un partout !

En 2011, en 2014 ou aujourd’hui, ce sont les mêmes controverses, et une vieille blessure française qui se rouvre. Il s’agit de l’acceptation ou du rejet d’un homme, bien sûr, mais aussi d’une époque et d’une conception de la république. Le débat sur la rue en cache plusieurs autres… Résumer l’affaire, comme le fait Jean Sévillia sur Figaro Vox, à une offensive « de l’extrême gauche » pour « ressusciter le mythe de la Révolution en général et de Robespierre en particulie »’, c’est apercevoir le seul enjeu politique du débat.

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Certes, il existe. Pour Jean-Luc Mélenchon et le Parti de gauche, Robespierre incarne les principes républicains, aide à penser un renouveau démocratique et à provoquer : ’En créant de la conflictualité, écrit Jean-Luc Mélenchon, on fait émerger de la conscience’  [2].
Le soutien d’historiens à la démarche, cependant, répond aussi à des enjeux historiques et citoyens.

En finir avec le mythe d’un monstre ou d’un héros

Historiques d’abord, car il serait temps de dépasser l’histoire écrite dans les années 1970 et 1980, d’intégrer les apports des travaux français et étrangers qui ont renouvelé des pans entiers de nos connaissances, d’en finir avec le mythe d’un Robespierre-monstre ou d’un Robespierre-héros.

Lisez Michel Onfray et vous verrez pourtant que la caricature d’un Robespierre frustré, insensible, despotique, cruel, est encore bien là ! Cela remonte à loin…

Dès 1790, Robespierre est « l’Incorruptible » pour les uns, un « fauteur d’anarchie » pour d’autres ; à partir de 1791, il est tantôt célébré comme un nouveau « Caton », tantôt accusé d’être « ’idole » du peuple et d’aspirer à la dictature. Les légendes noires culminent au lendemain du 9 Thermidor, même si certaines s’effacent très vite : qui oserait encore écrire, comme à l’été 1794, que le Conventionnel voulait devenir roi, négociait avec l’Angleterre une reddition de la république (pour mieux la dominer), ou recevait ses maîtresses dans une maison de plaisir près de Paris ?

Sans nier le soutien de l’homme au gouvernement révolutionnaire, ou son intransigeance, il est également absurde d’oublier la collégialité du gouvernement de l’an II (1793-1794) pour faire de lui un « dictateur », ou le seul responsable de la répression en contexte de guerre intérieure et extérieure.

Le théoricien d’une vertu publique exigeante

Gardons-nous d’oublier, aussi, que le partisan d’une lutte sans merci contre les « ennemis » de la république a été défenseur du suffrage universel masculin, combattant pour la citoyenneté des juifs et des protestants, pourfendeur de l’esclavage, opposant de la peine de mort hors temps d’exception… Rappelons encore, rappelons surtout, le théoricien d’une vertu publique exigeante, d’un oubli de soi en politique, d’un désintéressement dans la défense des intérêts communs

« Nous avons bien des préjugés à vaincre », écrit-il en janvier 1793, avant de concevoir seulement que la source de toutes les mauvaises lois, que l’écueil de l’ordre public, c’est l’intérêt personnel, c’est l’ambition et la cupidité de ceux qui gouvernent.

Pas de république sans vertu publique, sans « amour de la patrie et des lois » (Montesquieu) ; et pour une république vertueuse, il demande des mandats courts, non immédiatement renouvelables, le refus de tout cumul, la sanction de la corruption, la surveillance du travail des élus par des tribunes nombreuses et vigilantes…

Son projet de déclaration des droits du printemps 1793 fut régulièrement réédité au XIXe siècle, dans une chronologie qui rappelle le combat républicain : 1831, 1833, 1848, 1850, 1871. Jaurès ne l’avait pas oublié.

Rendre au révolutionnaire sa complexité d’homme

Le débat sur une rue Robespierre permet de répéter cette exigence de vertu publique, qui est plus que jamais une attente citoyenne ; il donne aussi l’occasion de rendre au révolutionnaire sa complexité d’homme, de souligner sa place dans notre histoire, sans nier ses choix tragiques. Déjà inscrits dans le paysage parisien, Bonaparte, Richelieu ou Louis le Grand – qui est aussi l’homme des ’dragonnades’ et du Code noir –, n’ont-ils pas également leurs zones d’ombre ?

Rétablir la vérité des faits, c’est aussi lutter contre un discours insidieux qui, pas à pas, cherche à dissocier la république de ses origines révolutionnaires. ’Les Lumières. Un héritage en péril’, titrait un récent hors série de ’L’Obs’ ; et si c’était plus vrai encore de la Révolution ?

Et il ne s’agit pas même d’évoquer les héritiers de la contre-révolution. Voici Frédéric Mitterrand, qui rapproche et rejette d’un même élan la Saint-Barthélemy, 1794 et les violences de la Libération ; voici le sociologue Michel Wieviorka, qui compare « Daesh » et la « France de Robespierre » [3] ! D’autres encore, à grands renforts de références d’autorité, continuent à faire remonter à la Révolution les maux du XXe siècle et du nôtre… Jusqu’au terrorisme !

Incidemment, c’est l’idée même de Révolution qui est parfois rejetée, comme si notre république n’était pas une première fois née en 1792. 

Bousculer les fausses évidences 

Mais l’histoire n’est peut-être pas condamnée à se répéter sans fin… Le conseil municipal de Paris des 12-15 juin, celui qui se prononcera sur une rue Robespierre, adoptera sans doute l’idée d’un parcours piétonnier de la Révolution française dans Paris, qui raviverait la mémoire des lieux, des hommes et des principes républicains.

La proposition relève à la fois d’une démarche citoyenne, soulignant la « portée historique » et les « valeurs universelles » de la Révolution, mais aussi patrimoniale. Par certains côtés, elle rappelle l’acquisition, en 2011, d’un rare ensemble de manuscrits de Robespierre par les Archives nationales, avec le soutien d’une incroyable souscription publique lancée par la Société des Études Robespierristes, qui a rassemblé bien au delà des admirateurs de « l’Incorruptible ». C’est la défense d’une mémoire commune qui a mobilisé, et c’est la même démarche qui a ensuite provoqué l’achat de manuscrits de Robespierre par la ville d’Arras et le département du Pas-de-Calais.

La demande d’une rue Robespierre prolonge celle d’un parcours de la Révolution, car son enjeu dépasse de loin la seule mémoire d’un homme. Oser Robespierre, c’est provoquer la curiosité, bousculer les fausses évidences, inviter encore davantage à se réapproprier l’histoire de la Révolution. Oser Robespierre, c’est rappeler l’exigence républicaine de vertu et l’importance d’un moment, certes dramatique, mais exceptionnel et immensément fondateur.

Pour en savoir plus :
—Le résultat du vote :
2016 UDI – MODEM 1 Création d’une mission de préfiguration d’un ’Parcours de la Révolution Française à Paris’. Vœu n° 68 déposé par Mme SIMONNET relatif à un lieu de mémoire consacré à Maximilien Robespierre.