De Robespierre à Martinez, la haine de classe des riches contre le peuple.

www.initiative-communiste.fr publie la lettre ouverte de notre camarade Jacqueline Grimault, de Nanterre, en réponse à un article de P-H du Limbert paru dans Le Figaro du 18-19 juin 2016 et intitulé « La rue donne dans l’impasse  ».

Rue Robespierre, Impasse Martinez.

RobespierreBonjour Monsieur,

Je comprends parfaitement que  par les temps qui courent vous preniez pour cibles Robespierre et Martinez: lutte des classes oblige.  Et c’est tout à l’honneur de ceux que vous avez choisis.

Ceci dit, c’est encore la lutte des classes qui explique que votre article soit un tissu d’affirmations gratuites, les mêmes qui nous sont assénées depuis plus de deux siècles : normal, il n’y a pas à démontrer, le but des médias aux ordres étant seulement de formater des cerveaux.

Par exemple lorsque vous  évoquez comme s’il s’agissait d’un non-sens « … le jour où l’on a coupé la tête d’un roi… » vous vous gardez bien de dire que c’est à juste titre que Louis XVI a été condamné pour haute trahison ; que c’est lui qui a proposé à la Législative, le 20 avril 1792 de déclarer la guerre parce qu’il comptait sur l’invasion ennemie pour retrouver toutes ses prérogatives ; lui qui  dès le 3 décembre 1791, et entre bien d’autres choses, a envoyé une lettre secrète au roi de Prusse afin d’obtenir de lui une intervention armée des puissances ennemies  pour, disait-il : « arrêter ici les factieux, donner les moyens de rétablir un ordre de choses plus désirable, et empêcher que le mal qui nous travaille puisse gagner les autres Etats de l’Europe »,  tandis qu’il faisait dire  à l’empereur d’Autriche: « Au lieu d’une guerre civile, ce sera une guerre politique, et les choses en seront bien meilleures. L’état physique et moral de la France fait qu’il lui est impossible de la soutenir une demi-campagne… »

Charmante nature en effet qui, pour sauver ses privilèges, organisait sans vergogne la défaite de sa patrie et faisait fi du sang français. Malheureusement il n’était pas le premier et ne sera pas le dernier.

Vous appelez Robespierre le « psychopathe de la guillotine ».  Ce n’est pas un scoop : le numéro 777 d’Historia, revue appartenant à Monsieur François Pinault 7ème fortune de France, nous avait déjà fait le coup en septembre 2011.  Mais ni Historia ni vous ne  mentionnez que les institutions de notre première République ne permettaient à quiconque, qu’il soit psychopathe ou pas, d’agir selon son bon plaisir : le 49.3 était ignoré de cette époque.

En réalité ce qui vous fait craindre Robespierre c’est que son combat a toujours été celui de la défense des intérêts du peuple. Vous en faites l’aveu lorsque vous fustigez ce  « vieux pays (c’est du nôtre dont vous parlez) hanté par de multiséculaires et obsédantssouvenirs qui l’empêchent d’avancer… »… c’est-à-dire d’aller plus vite dans le sens désiré par le capitalisme. Eh oui, c’est exact! J’ai d’ailleurs des amis étrangers qui nous envient notre singularité : je n’en suis pas peu fière!

« Admirer, dites-vous ironiquement toujours à propos du même, l’homme de la Grande Terreur, qui fit assassiner tous ses anciens amis pour mieux asseoir sa dictature… »

Avec « la Grande Terreur », vous faites allusion à la Loi de Prairial du 10 juin 1794, dont tout le monde parle sans l’avoir jamais lue et sans en connaître le contexte. Comme nous venons de le dire, Maximilien n’avait pas le pouvoir d’envoyer qui que ce soit à la guillotine. Ce sont les 12 membres du Comité de Salut public, dont il a fait partie pendant un an  et les 12 membres du Comité de Sûreté Générale, qui les présentaient devant le tribunal révolutionnaire. Et alors, contrairement aux idées reçues, ils n’étaient pas automatiquement condamnés : il y a toujours eu des acquittements (Voir E. Campardon. Le Tribunal révolutionnaire. 1866.)… A une exception près tout de même : seuls les robespierristes ont été assassinés sans procès les 10, 11, 12 et 13 Thermidor : 104 personnes, la plus grosse fournée de toute la Révolution.

Quand vous parlez de sa dictature, pourriez-vous nous en donner un début de preuve ?

Le 8 thermidor (28 juillet 1794), deux jours avant sa mort, Maximilien déclarait: « Ils m’appellent tyran… Si je l’étais, ils ramperaient à mes pieds, je les gorgerais d’or, je leur assurerais le droit de commettre tous les crimes, et ils seraient reconnaissants.  Si je l’étais, les rois que nous avons vaincus, loin de me dénoncer… me prêteraient leur coupable appui ; je transigerais avec eux… Quel est le tyran qui me protège ?» et il ajoutait: « On arrive à la tyrannie par le secours des fripons »

Hitler en savait quelque chose qui a reçu le pouvoir en 1933 des mains des industriels allemands. Maximilien lui, de l’or, il n’en avait pas.

La dictature est à Robespierre ce que les armes de destructions massives sont à Saddam Hussein. Et le mot est utilisé, comme toujours, pour atteindre les mêmes buts.  En Irak, il a permis  aux Bush de récupérer le pétrole nationalisé par Saddam et aux USA en général de ramener à l’âge de pierre un pays qui se développait en dehors de leur tutelle.  Il a permis à Rothschild et aux entreprises étrangères d’investir la Libye. Résultat : aujourd’hui, entre autres atrocités, on  trouve dans ces pays illégitimement agressés, les enfants crucifiés et enterrés vifs, les femmes lapidées et les peuples enfin soumis.  Chez nous, après la mort de Robespierre et de ses amis a commencé une chasse à l’homme qui ne s’embarrassa pas de tribunaux, qui se pratiqua à visages masqués et qui fit des dizaines de milliers de morts. « Ici, écrivait Jean Massin, commence l’histoire d’une autre Terreur, si propre qu’on l’appelle la Terreur blanche, si distinguée qu’elle n’a brutalisé aucun banquier ni aucun noble, et si normale, n’est-ce pas, que les manuels d’histoire en parlent peu. » Et ce sont toujours les mêmes, à chaque fois, qui y trouvent leur compte.

Vous regrettez que certains lui aient pardonné (était-ce donc un crime ?) « …  d’avoir inventé cette histoire invraisemblabled’Etre suprême …»  Invraisemblable ? Ma foi, ni plus ni moins que Yhave Dieu ou Allah que des milliards d’êtres humains vénèrent encore aujourd’hui. Sans compter que lorsque Maximilien termine son discours le 20 prairial An II par ces mots: « … La haine de la mauvaise foi  et de la tyrannie brûle dans nos cœurs avec l’amour de la justice et de la patrie ; notre sang coule pour la cause de l’humanité : voilà nos sacrifices ; voilà le culte que nous t’offrons » ; c’est tout de même beaucoup plus sympathique que « Lorsque vous rencontrez les incrédules

Frappez-les à la nuque… Jusqu’à ce que vous les ayez abattus… » (Verset 4 de la Sourate XLVII).

De plus Robespierre n’a rien inventé du tout : avant lui, Danton avait réclamé  à la Convention le 26 novembre 1793 qu’une fête soit consacrée à l’Etre suprême.

Mais, surtout, cerise sur le gâteau, on lit dans le préambule de la Déclaration de l’Homme et du Citoyen de 1789 :

« … En conséquence, l’Assemblée nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Etre suprême, les droits suivants de l’homme et du citoyen. »

Or, vous ne pouvez l’ignorer, cette Déclaration fait aujourd’hui encore partie intégrante de votre Constitution !

Enfin, ajoutons qu’il s’agissait-là essentiellement pour Robespierre d’une affaire politique, la déchristianisation violente ayant alimenté la contre-révolution. Or comme l’écrivait Mathiez : « Il aimait moins Dieu que le peuple et il n’aimait Dieu que parce qu’il le croyait indispensable au peuple. »

Après vous être étonné qu’on ne pardonne pas à Maximilien la création d’un Etre suprême qu’il n’avait pas inventé, vous lui reprochez une loi des suspects qui n’est pas la sienne. Décidément, il a le dos large, Max !

C’est par Merlin de Douai que la loi des suspects a été présentée à la Convention le 17 septembre 1793. Il s’agit, selon vous, d’une loi liberticide. Et liberticide pour qui s’il vous plaît ? Pour le loup ou pour l’agneau ?

Aujourd’hui, alors que des terroristes connus se baladent un peu partout  dans le monde comme d’autres font leur marché, que des gens fichés « s » vaquent tranquillement à leurs occupations et qu’un individu pourtant sur écoutes peut éventrer un policier devant chez lui et égorger une mère devant son enfant de trois ans et demi, nous sommes un paquet à réclamer à cors et à cris une loi des suspects.

Le texte de M. Onfray ne date pas de quelques mois comme vous le dites mais de plusieurs années. C’est une suite d’affirmations qui ne reposent sur rien. Il est vrai que la rigueur n’a pas l’air d’être le fort de ce monsieur. En effet, en janvier 2014, j’avais écrit à Olivier Blanc une réponse parue dans Agoravox, à propos des 73 Girondins dont Robespierre avait sauvé la vie. Là-dessus M. Onfray me répondit par le texte que vous transcrivez en partie. Il l’avait intitulé « L’époque sent le sang » et l’adressait « A l’auteure (moi) de l’article ». Il avait signé « Michel Onfray, déc 2013 »… et répondait par conséquent à quelque chose qu’il n’avait pas lu!… J’ai trouvé cette façon de faire bien étrange pour un philosophe. Inutile de vous préciser que sa « réponse » était évidemment à côté de la plaque.  Quant au sang qui donnait selon lui son odeur à notre époque, il a beaucoup coulé depuis, chez nous et de par le monde, mais pas du tout du fait des robespierristes.

Quant « aux révolutionnaires en peau de lapin (sic)… qui vantent les mérites de Robespierre et de la Terreur », ils lui feront poliment remarquer pour la énième fois que la Terreur a été imposée à La Convention par les sans-culottes le 5 septembre 1793 alors que la patrie était au bord du gouffre, menacée de toutes parts à l’extérieur et trahie à l’intérieur et qu’il s’agissait pour elle et pour la République d’une question de vie ou de mort. Précisons de plus à ceux qui font mine de l’ignorer que le mot Terreur signifiait à l’époque mesures d’exception. Celles que les hommes politiques en place prennent inéluctablement contre l’ennemi en période de guerre… quand ils ne trahissent pas, bien évidemment comme en 1870 ou en 1940 quand les banquiers et les industriels déclaraient « mieux vaut Hitler que le Front Populaire » et que le gouvernement aux ordres agissait en conséquence. Alors ce fut la terreur avec un « t » minuscule qui frappa le peuple, les Juifs et les Résistants.

Je vous laisse juge de décréter si notre époque se rapproche plus de celle de 1940 ou de celle de 1793 et je vous remercie de votre attention.

Jacqueline Grimault, le 30 juin 2016.

P.S. Un mot sur votre « Vladimir Lénine, et tant d’autres brutes… »  Je remarque souvent que dans Le Figaro l’insulte tient lieu d’argument politique. En a-t-il toujours été ainsi ou est-ce le signe d’un certain désarroi ?

Le brulot du Figaro

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