La poésie a toujours su conjuguer beauté du verbe et force de l’engagement, faisant de l’esthétique un outil de combat politique. De Victor Hugo, dénonçant l’injustice et l’oppression, à Louis Aragon, mêlant lyrisme et résistance, elle porte une parole qui éclaire, interroge et mobilise. Cette poésie s’inscrit dans cette filiation : dire le politique sans renoncer à la puissance sensible du poème. IC vous propose en feuilleton la parution d’une sélection de poèmes de Bernard Villanueva
Une jeune magistrate sur le comptoir perchée
comme il est de coutume dans ces belles assemblées
qui tenait en son bec le thème de la soirée
plus fort que camembert elle allait démontrer
que l’amour maternelle n’est que billevesée
une vue de l’esprit un jeu de société
Comme queue de souris dans l’oreille d’un chat
ça n’existe pas hé non ça n’existe pas
Dans un effet de manche qu’elle agite parfois
Elle tire tour à tour les Docteurs de la Loi
Le Bon Roi Dagobert son complice Saint Eloi
Et puis carte maitresse elle abat la Beauvoir
Sur la table Après ça il ferait beau voir
Qu’on ose la contredire jase-t-elle de son perchoir
Devant l’érudition l’assistance reste coit
Médite jouit cogite garde son Kant à soi
C’était partie gagnée d’avance Mais c’est alors
Qu’une femme du commun femme à l’esprit retord
De son prénom Hélène sage femme de son métier
Pauvre petite Hélène dans son jupon mité
Ose élever sa voix s’en prend à la femme sage
Va jusqu’à critiquer ce qu’elle nomme verbiage
Tous ses beaux arguments si doctement posés
Ramène oppose son expérience A-t-on idée
Ça s’agite dans la salle Des crénoms des morpions
et autres mots n’ayant pas cour dans les salons
Se font entendre Hélène dans ses sabots crottés
Forte de son expérience ne se laisse démonter
IL faut voir dit-elle les âmes amoureusement
Posées sur l’aile d’un baiser délicatement
Doux sur le front les paupières la petite main
Les gestes émerveillés d’aurore l’enfant au sein
Voix yeux larmes désespérés cœurs en lambeaux
À l’heure du malheur d’un petit au tombeau
Sauf votre respect votre Beauvoir ayant beau
Voir n’a rien vu plongée dans ses belles pensées
De haute graisse dans ses bouquins pas panacées
Gargarisés vert de grisés espapissés
Et se lâchant malavisée engourancée
Elle a fini Stupeur silence on se tait mot
Un ange passe alors ne mâchant pas ses mots
Un notable de la place professeur de philo-
-sophie volant à la rescousse de la femme sage
Affirme qu’il admire son plumage et ramage
Il revient à la charge Comme Simone l’a dit
dit-il au nom de l’égérie on l’applaudit
Qui peut aujourd’hui croire en l’amour maternel
Quand esclaves d’Athènes pour plaisirs sexuels
Vendaient leurs enfants petits garçons petites filles
Un autre grand bonnet ajoute naturophile
il n’est qu’à observer les mœurs des araignées
Il en est de bleues et de rose tachetées
Qui ne pondent que pour remplir leur garde manger
Et dévorent leurs petits à peine sont-ils nés
Quant à la truie autre cochonne c’est bien connu
Elle aime ses porcelets à la tartare tout cru
Avec ces arguments on peut refaire le monde
Faire d’un âne Martin une vraie Cul née Gonde
d’un président de guerre prix Nobel de la Paix
D’un Américaïn un ami des Français
D’un Alain une Aline ou bien vice versa
D’un pissat un Sauternes d’un Sauternes un pissat
Marcher sur les étoiles d’araignées dans l’beffroi
vivre en un Paradis où ces sornettes sont roi





