DISPARITION D’ANNE SYLVESTRE : la chanson française de nouveau endeuillée …

Peu de temps après la grande Juliette Greco, la chanteuse Anne Sylvestre, que les jeunes générations connaissent peu vu le mode de fonctionnement des radios publiques et privées, vient de décéder.

C’était une grande et vraie militante féministe, une grande connaisseuse de l’enfance à laquelle elle a consacré d’adorables comptines, et, tout bonnement, une vraie poétesse maîtresse de notre langue.

Penser à elle c’est aussi penser à la gravement en crise quand les statistiques nous apprennent que, suite à la politique du CSA et de l’État qui n’ont cessé d’abaisser les quotas de temps d’antenne réservés aux chansons françaises ou issues de la francophonie, le nombre de jeunes Français chantant en anglais ne cesse d’augmenter. Jeunes qui nous lisez et qui voulez résister à cet accablant état de fait, à vos plumes et à vos guitares !

Anne Sylvestre, il faut l’écouter entre les lignes !

Anne Sylvestre est morte. Même si je l’écoutais moins ces dernières années, sa mort m’a fait un coup au cœur. Elle m’a accompagnée (presque) toute ma vie. Sa découverte —c’était peut-être Les bâtisseurs de cathédrale ou Tiens-toi droit — quand j’avais 17 ans, dans les années 1960, m’a éblouie. Et puis, ma préférée, cette superbe et modeste dénonciation de la guerre, Mon mari est parti

Sa voix, ses textes, ses mélodies, je voulais les écouter sans cesse. Elle passait peu à la radio suisse romande, il me fallait un disque ! Or je n’avais même pas d’argent de poche pour me le payer. Alors j’ai vendu mes très longs cheveux au coiffeur artisan perruquier du Théâtre municipal de Lausanne pour qu’il en fasse une perruque. Une vingtaine de francs (suisses) en poche, j’ai immédiatement couru chez le disquaire. 

Comme beaucoup de femmes de ma génération, j’ai passé de ses chansons pseudo-bucoliques, dans une campagne idéalisée, où les filles délurées et en sabots se moquent des garçons lourdauds mais gentils, à ses chansons plus engagées, à partir des années 1970. Elle y dénonce, drôle ou tragique, l’oppression des femmes et, surtout, annonce presque sans avoir l’air d’y toucher le jour où les femmes vont se lever. Il y a eu Non, non, tu n’as pas de nom sur le droit à l’avortement encore interdit, d’innombrables chansons sur les fatigues de la vie quotidienne et des tâches domestiques, comme l’ironique Clémence en vacances. Et puis, évidemment, son hymne aux femmes, Une sorcière comme les autres, qui continue à nous faire vibrer. 

Anne Sylvestre nous a aussi ravis, émus et secoués par ses chansons contre le mépris social à l’égard des indispensables différents, distraits idéalistes et généreux, avec Ceux qui doutent, ou Un pour pleurer. Ou encore Ça ne se voit pas tellement, qui pointe le mépris de classe à l’égard des pauvres : « Le sont-ils vraiment ou font-ils semblant ? »

Anne Sylvestre a été une grande artiste dans ce qu’on appelle un art mineur, la chanson, elle a été une grande féministe qui ne haïssait pas les hommes. C’est rare aujourd’hui.

Diane Giliard, responsable de la Commission Femmes du PRCF


Anne Sylvestre, une militante de la chanson !

« On dit toujours un froid de canard,

Les ours polaires trouvent ça bizarre ».

Qu’elle s’adresse aux générations renouvelées ou aux adultes éventuellement parents, Anne Sylvestre questionnait sur scène les évidences, le non-dit dominant qui, en plein 20° siècle reléguait la dans un rôle social de second plan. Elle est décédée mardi 1er décembre 2020. 

Faisant plus qu’assumer sa grande taille et son profil aquilin, elle proclamait son droit à chanter autre chose que la tendresse et la séduction

« Qui c’est qui fait la vaisselle, 

Qui c’est qui doit rester belle, 

Les mains dans la merde » 

Au-delà de son œuvre, elle incarnait la continuité d’une chanson qui a quelque chose à dire avec les mots du quotidien et tente de survivre. 

À cet effet, elle bourlinguait dans/sur ? les chemins de traverse, comme au festival limousin de Concèze. Elle accueillait généreusement en première partie les générations nouvelles boycottées par la F.N.A.C. et les ondes radiophoniques,  ignorées des diffuseurs de clips… et des éditeurs auxquels elle se subrogeait sur ses fonds propres.

Si le mot « culture populaire » a un sens, il porte son nom

Olivier Rubens, responsable de la Commission Culture du PRCF



Site d’Anne Sylvestre https://www.annesylvestre.com

Anne Sylvestre, concert : Les gens qui doutent, T’en souviens tu la seine…

Anne Sylvestre : La vaisselle

Paroles de La vaisselle : https://greatsong.net/PAROLES-ANNE-SYLVESTRE,LA-VAISSELLE,23534.html

Hommage à Anne SYLVESTRE : « Ma vie en chansons » sur TV5

Anne Sylvestre : « une sorcière comme les autres »

Anne Sylvestre : Mon jubilé 50 ans de chansons !

Anne Sylvestre dans « Radioscopie » 1978| Archive INA

Jacques Chancel s’entretient avec la chanteuse Anne Sylvestre. Ils évoquent ensemble sa carrière et beaucoup d’éléments qui ont fait la réputation d’Anne Sylvestre dans la chanson française. Les étapes de sa vie, sa rencontre avec le public, ses exigences, les leurres de la profession mais aussi sa non conformité à l’image habituelle de chanteuse, le succès envahissant de ses chansons pour enfants ou encore les sonorités particulières données au mot « femme ».