MON DIEU QU'ILS SONT VITE CON-TENTS ! par Floréal
A l'unisson de ses bons amis de la droite et du patronat, le gouvernement Lecornu a tenté d'ébrécher (en vue de le faire finalement sauter…) le principe du Premier Mai férié et chômé, ce symbole mondial de la lutte des travailleurs. Contre cela, les syndicats ont « agi », les députés de gauche aussi (en grattant profond: on finit même par trouver chez certains d'entre eux un reste d'attachement aux fondamentaux du socialisme…) si bien que Lecornu a momentanément reculé, ou plutôt temporisé s'agissant du moins du Premier Mai 2026. Aussitôt fait, les états-majors de la gauche politico-syndicale ont pavoisé et se sont congratulés pendant que le pouvoir chantait les vertus (inexistantes !) du « dialogue social ». Or, sitôt passé ce grand moment festif de la collaboration des classes, qu'apprend-on? Que, comme on pouvait s'y attendre, non seulement ce pouvoir soi-disant si « conciliant » avec les syndicats va vite présenter un nouveau texte de loi tendant à affaiblir le Premier Mai chômé (gare, donc, au Premier Mai 2027!), mais que dès cette année, une première brèche dans le Premier Mai chômé édictée par Lecornu permettra aux patrons boulangers et autres fleuristes (et parmi eux, seulement aux artisans? Qu'adviendra-t-il très vite des grosses boulangeries et des chaînes de fleuristerie?) de faire bosser leurs salariés « volontaires » ce jour-là: et l'on sait ce que signifie « volontariat » dans nombre de PME où les travailleurs sont à la merci de leur patron encore plus que dans les grosses boîtes… Après quoi, qui veut parier, le précédent étant créé, toutes les branches patronales exigeront l'une après l'autre que les exemptions obtenues par les patrons fleuristes et boulangers soient ouvertes aux autres secteurs d'activité: adieu alors, comme c'est déjà le cas en Angleterre depuis Thatcher, le premier Mai des travailleurs, qu'il soit dédié aux manifs ou à la vie de famille: à l'arrivée, il serait même très certainement, non férié, non chômé, obligatoire et payé comme les autres heures de travail…
Autre exemple de ces « grandes victoires » prétendument obtenues par « la gauche » syndicale et/ou politique : le projet de loi Yadan – qui amalgame la critique du colonialisme sioniste à de l'antisémitisme – a été retiré de l'ordre du jour parlementaire sous la pression des 700 000 personnes qui ont pétitionné contre lui. Aussitôt Mme Mathilde Pano, la présidente du groupe LFI au Parlement, ainsi que toute la gauche parlementaire pavoisent et boivent le champagne pour fêter ce triomphe sur l'arbitraire. Fort bien, et tout recul des offensives réacs est bon à prendre… à condition de ne pas se leurrer. Car pourquoi dissimuler aux défenseurs français de la Palestine que le retrait du projet Yadan n'est au mieux qu'un « reculer pour mieux sauter », le gouvernement Lecorne – qui a compris que le projet Yadan est très malhabilement rédigé et présenté – annonce déjà que, à brève échéance, une seconde mouture formellement mieux bâtie du projet sera soumis aux députés, ce qui donnera aussi au bloc macroniste allié à la droite de gagner du temps et de s'assurer d'une majorité parlementaire au prix d'on ne sait quels obscurs arrangements bricolés dans les couloirs de l'assemblée.
Il est certes légitime de se féliciter des coups d'arrêt infligés à l'ennemi de classe s'acharnant à casser acquis et libertés. Il n'est en pas moins aberrant de présenter la non-démocratie actuelle, cette ploutocratie largement aux mains du CAC 40 et de l'UE, et avec elle son parlementarisme de façade et son dialogue social bidon, comme des espaces citoyens tout désignés pour la « révolution citoyenne » ou pour le grand rebond du mouvement syndical censément en marche. Il faut bien certes se battre pied à pied contre l'euro-casse géante qui broie le monde ouvrier et les libertés. Encore faut-il garder à l'esprit qu'il n'y aura d'assurance pour la paix, le progrès social et la démocratie que par et dans le combat résolu contre le capitalisme.
Sans oublier de cibler aussi les institutions nationales et supranationales qui n'ont d'autre fonction que de maquiller en « dialogue civilisé » le combat de classe permanent que mènent contre « ceux d'en bas » l'oligarchie capitaliste et ses relais étatiques.