Quelle « polarisation » en France et dans le monde? Par Georges GastaudAvec la prétention trumpiste d’annexer le Groenland, le Canada et, dans la foulée, l’Islande, les « pôles » sont à la mode; on gagerait du reste volontiers que le mégalo effréné Trump, qui n’est pas sans évoquer le Dictateur de Chaplin jonglant avec sa mappemonde, ne va pas tarder à remettre en cause à son profit, la Convention mondiale jadis obtenue par Cousteau en vue d’instituer la non-militarisation perpétuelle de l’Antarctique…
C’est pourtant d’une autre polarisation non moins dangereuse que traite ce billet : celle, étasunienne, donc potentiellement mondiale et secondairement euro-hexagonale, qui confronte le MAGA-« camp » ultraréactionnaire piloté par Trump (et incarné en Europe par Orban, Meloni et Le Pen) au camp pseudo-progressiste dirigé, aux USA, par Clinton et Obama, en Europe, par Macron, Starmer (GB) et Fischer (l’ex-ministre social-démocrate allemand des Armées), et chez nous par le RN et ses acolytes pseudo- « républicains ».
A l’échelle des Etats-Unis en effet, la situation se tend en effet de plus en plus entre ces deux camps à la suite des exécutions extrajudiciaires perpétrées à Minneapolis par la milice d’Etat ICE à l’encontre de deux valeureux militants antifascistes. Car hélas, cette juste révolte anti-Trump dont les militants méritent notre sympathie, sont médiatiquement chapeautés par le Parti « démocrate » américain (non moins belliciste que Trump à l’échelle mondiale…). Honneur et solidarité, donc, à ceux qui, au Minnesota, risquent leur peau pour contrer la trump-fascisation du pays et la milice mise en place pour traquer les immigrés, menacer les Américains noirs, latinos ou amérindiens, et surtout, et on le verra vite, pour éradiquer la gauche américaine et percuter le trop remuant mouvement syndical étasunien. Les choses iront-elles alors jusqu’à une nouvelle Guerre de Sécession entre les Etats « bleus » et les Etats « rouges » (= « républicains » dans la symbolique très décalée des USA), l’avenir le dira rapidement…
En Europe, la guerre entre les deux camps est provisoirement plus feutrée mais elle monte en puissance: déluge de lois liberticides prescrivant ce qu’il faut lire, écouter ou penser en tous domaines (notamment sur le communisme, l’UE et la Palestine) ou, plus ostensiblement dans la dernière période, ingérences brutales de l’UE pour imposer sa vision de ce qu’il convient de faire en Europe, et cela sous le thème orwellien de la « défense de la démocratie contre l’extrême droite »: on vient de le voir en Moldavie et en Roumanie où, sous l’impulsion directe de Macron (l’impérialisme français déstabilisé en Afrique tente de se refaire une santé en Europe de l’Est…) les processus électoraux risquant d’amener au pouvoir des candidats eurosceptiques ont été brutalement interrompus: l’ingérence n’étant jamais du reste qu’un galop d’essai pour annoncer la guerre proprement dite, on l’a vu au Venezuela…
Quant à la France, la guerre culturelle – en attendant pire – fait déjà rage entre les deux camps, avec d’un côté les médias d’Etat qui en rajoutent sur le faux progressisme made in USA, et de l’autre côté les média Bolloré qui promeuvent une vision archaïquement contre-révolutionnaire de la France et du monde: demain, si Bardella flanqué de Ciotti parvient aux manettes, on voit mal comment notre pays pourrait échapper à une forme ouverte ou larvée de guerre civile que les fascistes ne redoutent nullement tant ils sont assurés d’avoir pour eux l’appareil policier et la semi-bienveillance de la médiacratie…
Qu’on nous entende bien: il ne s’agit nullement de renvoyer dos à dos les militants progressistes (on pense aux courageux Good ou Pretty) et les brutes de ICE qui les ont assassinés. Il va sans dire que les militants franchement communistes et autres véritables progressistes seront toujours du côté des premiers et qu’ils feront face avec eux aux milices fascistes privées ou d’Etat. Mais c’est de la direction politique et « culturelle » du camp politique qu’il doit être question pour que la gauche populaire du monde, d’Europe et de France ne se laisse pas transformer en masse de manoeuvre risquant sa peau au profit des faux progressistes qui, d’Obama-Clinton au « bloc central » français allant de Philippe à Glucksmann en passant par Faure, tentent de dévoyer l’antifascisme au profit d’une politique non moins belliciste ET FASCISANTE qui, par d’autres voies que celle du trumpo-lepénisme, nous mène elle aussi au pire: à la guerre mondiale sous couvert d' »imposer la paix », mais aussi au fascisme sous prétexte de… « combattre l’extrême droite »!
N’oublions pas que c’est Obama qui a lancé la stratégie dite du « pivot asiatique » de la politique étrangère étasunienne et que ce pivotement stratégique nous mène tout droit vers une guerre mondiale opposant l’Axe euro-atlantique à l’alliance encore informelle Chine-Russie et, plus largement, aux BRICS; avec au passage la mise au pas si possible du Venezuela, de l’Iran, de Cuba, du Nigeria, du Mexique, etc., l’effet paradoxal de cette obsession antirusse et antichinoise étant la ruée de Trump sur l’hémisphère occidental, vassaux européens compris, de manière à permettre au Pentagone de préparer dans les « meilleures » conditions de ressources la guerre contre Pékin… Bien sûr tout cela se cache derrière un simulacre de négociations avec la Russie (qui ne perd rien pour attendre, Poutine l’a compris !)…
La question est alors objectivement celle-ci : dans l’ensemble des luttes défensives du moment – luttes anticapitalistes pour les salaires, l’emploi et les acquis, luttes antifascistes contre les lois liberticides mises en place par l’UE et, en France, par la Macronie, luttes anti-impérialistes pour la paix et la souveraineté des peuples – de briser le tête à tête mortifère qui, sans perdre de vue que la guerre « culturelle voire plus » entre les « Bleus » et les Faux Rouges trumpistes ne fait que préparer la guerre stratégiquement décisive contre l’Eurasie et le Sud global, vise à forclore les Alternatives populaires centrées sur l’affrontement entre capital et travail, entre peuples souverains et hégémonisme atlantique.
C’est à faire émerger cette alternative indépendante des deux gangs bourgeois mondiaux et euro-hexagonaux que doivent travailler les militants franchement communistes, les syndicalistes de lutte, les internationalistes et les patriotes républicains. Sans jamais perdre de vue, s’agissant des communistes, le travail de reconstruction du Parti communiste, de l’Internationale Communiste et Ouvrière et du syndicalisme de classe incarné par la FSM en France et dans le monde entier. Bref, en gardant au coeur la paix mondiale, la coopération internationale, la démocratie, le progrès social, la souveraineté des peuples (y compris du nôtre!) et la réparation de l’environnement global, et en ne boudant bien sûr aucune lutte antiraciste, il nous faut partout ébrécher le face à face « trumpeur » entre les deux gangs bourgeois manipulant diverses fractions du peuple pour régler leurs différends.
C’est contre elles, et sans jamais se soumettre à l’une ou à l’autre, qu’il est devenu vital qu’émerge une alternative révolutionnaire porteuse de libération(s) nationale(s), d’émancipation sociale, de construction de la paix et de réparation environnementale.

