Printemps 1917: alors que, chaque jour qui passe, les massacreurs en chefs des deux blocs impérialistes n’en finissent pas d’envoyer à la mort et aux mutilations les plus hideuses des milliers de jeunes travailleurs français, allemands, russes, marocains, autrichiens, etc., de salutaires et compréhensibles mutineries éclatent sur tous les fronts; à l’Ouest, il n’y a pas de parti d’avant-garde, la social-démocratie, SFIO en France, SPD en Allemagne, pratique l’ « union sacrée » avec les gouvernants belicistes de chacun des camps capitalistes aux prises. Faute de disposer d’un programme et d’une alternative révolutionnaire, les mutineries tournent court et sont sauvagement réprimées.
En revanche, sur le front germano-russe, il existe un parti révolutionnaire qui, depuis le début de la guerre inter-impérialiste, appelle à transformer ce conflit sauvage pour le repartage du monde en une lutte rigoureuse pour le socialisme. Impulsé par le Parti bolchevik, le mouvement des masses se développe puissamment et des soviets d’ouvriers et de soldats se mettent en place. Lénine, dont le parti gagne en audience, refuse alors tout soutien au gouvernement de coalition entre partis bourgeois, « travaillistes » et menchéviks. Effrayée, la bourgeoisie russe unie aux débris de l’armée tsariste tente le coup d’Etat fasciste avant la lettre du général Kornilov, lequel songe même à ouvrir Petrograd aux Allemands pour briser la révolution prolétarienne. La suite on la connaît: l’insurrection prolétarienne victorieuse d’Octobre, la mise en place de l’Union des Républiques soviétiques, l’émergence de l’Internationale communiste et, avec elles, un coup fatal porté à la guerre impérialiste qui, en 1918, manque de peu de se muer en révolution ouvrière en Allemagne…
Eh bien ne dirait-on pas qu’aujourd’hui le film de l’histoire défile à l’envers en cette période de contre-révolution et de remontée des conflits capitalistes sauvages pour l’hégémonie mondiale? Au moment où j’écris ces lignes, la surenchère verbale – pour le moment du moins ! – monte entre l’UE et les USA qui veulent, rien que ça, annexer le Canada, le Panama et le Groenland; et au passage faire main basse s’ils le peuvent sur Cuba socialiste, sur la Colombie et pourquoi pas sur le reste de l’Amérique latine…
Quant à l’UE elle répond aux menaces trumpistes d’annexion du Groenland en promettant d’utiliser son « bazooka » commercial contre les USA, chacune des deux parties de l’empire euro-atlantique en mal d’hégémonie mondiale jurant d’infliger à l’autre les pires dommages commerciaux (même si, étant donné les rapports de forces militaires actuels très défavorables pour elle, l’UE capitulera certainement, du moins aussi longtemps qu’elle n’aura pas construit son belliqueux Etat continental militariste faisant fond sur le militarisme allemand résurgent). Et surtout, les deux brigands (et complices!) qui composent le diptyque euro-atlantique savent bien que, même s’ils se haïssent confraternellement, il leur faut pour le moment cibler prioritairement leur ennemi commun « systémique », l’Axe russo-chinois qui forme la colonne vertébrale des BRICS…
Bref, le monde « moderne » vogue à vive allure, si du moins aucun soulèvement populaire de grande ampleur ne survient assez vite dans le monde (et pourquoi pas chez nous, d’ailleurs?), vers une Troisième guerre mondiale qui serait sûrement plus exterminatrice encore, étant donné la nature des armes disponibles et l’extrême dégénéresence du capitalisme actuel, que ne l’ont été les deux premiers conflits mondiaux réunis!
Que s’est-il passé entre 1917 et aujourd’hui? Eh bien, le léninisme a été provisoirement battu au sein du mouvement ouvrier par la conjonction de diverses formes de révisionnisme droitier (eurocommunisme, gorbatchévisme, « mutations » diverses…) ou gauchiste (trotskisme, maoïsme…). Cela a facilité la contre-offensive mondiale de l’impérialisme et a créé les conditions de la défaisance de l’URSS, du camp socialiste européen et du Mouvement communiste international.
Bref, quand les prolétaires, conduits par un parti d’avant-garde, prenaient l’initiative historique, les forces de ténèbres reculaient et la guerre mondiale impérialiste avait du plomb dans l’aile. Et quand elles avancent et menacent à nouveau le monde, c’est qu’à l’arrière-plan, les Rouges ont subi une défaite et/ou qu’ils ont été trahis par de faux amis « novateurs » ouvrant les portes de Troie au dévastateur Cheval d’Ulysse.
Que tous ceux qui aiment la paix et la vie veuillent bien en tirer les conclusions de classe et de doctrine qui s’imposent sans égard pour les bonimenteurs trop longtemps écoutés de l’antiléninisme et de l’antisoviétisme ambiants. Et vite, de préférence !

