par Georges Gastaud – Le présent article ne prétend pas proposer une analyse « politologique » du premier tour des municipales. A gros traits, et dans la perspective militante qui est la nôtre, remarquons seulement ceci :

1) Le trait le plus marquant de cette élection est l’abstention massive, très majoritaire, de la classe ouvrière et des autres couches populaires.
Il fut un temps où l’attachement des travailleurs à leur commune et leurs relations souvent personnalisées à « Monsieur le ou (Madame la) Maire » pouvaient encore faire illusion en masquant le dégoût croissant – et il faut bien le dire, objectivement justifié ! – des milieux populaires, voire de la partie la plus prolétarisée des « couches moyennes », à l’égard de la démocratie bourgeoise en déclin.
Ce temps est révolu : même s’ils ne disposent plus, hélas, d’un parti communiste d’avant-garde et d’une Confédération CGT axée sur le combat de classes, les gens ne sont pas idiots ! Ils voient bien que, de Sarkozy à Macron en passant par Hollande, les orientations politiques apparentes colorent de teintes différentes les mêmes politiques maastrichtiennes et patronales de casse sociale, de délocalisation des industries, de démolition de l’agriculture paysanne, de destruction des retraites, de la Sécu, etc. Nul n’a oublié par exemple le Non populaire à la Constitution européenne lors du référendum le 29 mai 2005 qu’ont ensemble foulé aux pieds le PS, la Droite « républicaine » et le « centre » pour imposer la poursuite de cette « construction » européenne qui détruit du même pas la paix mondiale, la souveraineté de la France, les libertés et les acquis sociaux. Et tout le monde voit, ou du moins « sent » (car, encore une fois, le déficit d’avant-garde politique fait qu’on n’emploie pas forcément les bons mots pour dire son ressenti…) que les communes ne sont désormais plus ce lieu relativement protégé des tempêtes politiques à l’heure de « l’économie de guerre », du blocage des salaires, de la coupe des subventions nationales aux communes, de la fin des taxes professionnelles locales imposables aux grandes entreprises, etc.
Ajoutons que, dans les petites communes, le rabougrissement continu de la vie politique inhérent à la montée de l’individualisme bourgeois a abouti au fait lamentable qu’il n’y avait le plus souvent qu’une liste en (non-)compétition. En outre, les législateurs soi-disant désireux de relancer la vie politique ont interdit la pratique populaire du panachage, c’est-à-dire la possibilité certes minimale pour les électeurs d’adresser des messages subliminaux aux élus à défaut de disposer d’une alternative locale complète. Après quoi l’oligarchie médiatique viendra pleurnicher sur la « dépolitisation des classes populaires » !
Alors certes, il faut travailler politiquement cette abstention ouvrière de masse, il faut lui offrir une perspective révolutionnaire permettant à la colère populaire légitime de se muer en dynamique révolutionnaire au lieu de finir dans l’aigreur, la dépolitisation ou pire, dans la xénophobie. Mais la première des choses est-elle de ne pas faire la leçon au peuple, de faire droit à sa colère, de cibler tout particulièrement, comme le fait le PRCF, la « construction » européenne, l’OTAN et, in fine, l’exploitation capitaliste.
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2) Si cependant l’on s’en tient à l’analyse des résultats portant sur les suffrages exprimés on observera aisément ceci :

a) le RN continue hélas de s’ancrer et de progresser, mais sans opérer à cette heure de percée majeure si ce n’est à Nice, qui devient hélas un bastion de l’hyper-réaction avec la possible élection du dangereux Ciotti. On ne saurait évidemment banaliser le RN qui, outre sa xénophobie fétide, ne constitue en rien une alternative fiable en matière de patriotisme puisque Le Pen et Bardella veulent rester dans l’UE-OTAN, qu’ils ne contestent en rien la monnaie unique et qu’ils adulent Trump, ce concentré de suprémacisme blanc, de marche à la guerre mondiale (Iran…), d’anticommunisme et d’écrasement des peuples souverains (Venezuela, Cuba…). Toutefois il est faux que faire barrage aux lepénistes signifierait forcément voter pour des listes macronistes ou pour des listes PS ouvertes aux hyper-bellicistes de Raphaël Glucksmann. On peut parfaitement militer en quartier populaire sur le thème « pas une voix ouvrière, pas une voix patriotique pour l’alternative de mort du RN ! » sans pour autant rallier le vote pour les partis macronistes ou pour les partis semi-macronistes comme l’est le PS.
b) le prétendu « bloc central » constitué par le parti macroniste, par le MODEM et par les LR continue de se déliter. En particulier, Macron est de plus en plus minoritaire dans le pays et le super-faucon en place à l’Elysée ne tient plus que parce que les états-majors politiques et syndicaux qui soutiennent la guerre impérialiste en Ukraine, qui diabolisent l’Iran agressé (et non les USA agresseurs !) et qui adhèrent en principe à la « construction » européenne, se gardent bien d’organiser contre Macron la moindre action populaire d’envergure. Et ce, alors que nous faisons face à un véritable budget de guerre contre notre peuple, AUCUNE action nationale d’ampleur n’a été organisée par les syndicats depuis la mi-septembre. Du jamais vu en France depuis 1945 !) …
Quant au PS, s’il n’avait pas été sauvé du désastre par les listes d' »union de la gauche » confortées par le PCF (hélas transformé en force d’appoint définitive du PS, et n’ayant pas honte de figurer parfois sur des listes municipales à côté des va-t-en-guerre enragés de « Place publique » !), par les Verts et par quelques autres, il serait déjà sorti de l’arène, n’eût-été la « NUPES », puis le Nouveau « Front populaire » concoctés par l’équipe de Mélenchon. Avec pour joli résultat que ledit PS sauvé par les Insoumis n’a eu de cesse, une fois élu, de participer à la diabolisation de LFI et de mordre ceux qui, bien naïvement, l’avaient trop généreusement sorti du désastreux 1,5% obtenu par Anne Hidalgo aux présidentielles !
c) la campagne de criminalisation de LFI est en échec. Il n’est certes pas juste, au regard des chiffres, de parler de percée insoumise à ces municipales (à Roubaix même, il n’y a eu que 35% d’électeurs pour aller aux urnes), mais le fait que LFI ait fait mieux que figurer dans bien des villes signifie que son électorat, dont une bonne partie pourrait voter communiste s’il existait un parti digne de ce nom dans notre pays, a résisté à la honteuse campagne de diabolisation médiatique qui l’a criminalisé durant des mois tout en faisant le lit du RN. Cela signifie que toute une partie du peuple français tient bon, qu’elle refuse ardemment le fascisme et le racisme, qu’elle ne veut pas de la guerre mondiale, qu’elle refuse de lâcher ses acquis sociaux, qu’elle réapprend à entonner la Marseillaise en lui donnant une signification résistante, qu’elle appelle à destituer Macron, qu’elle réagit positivement quand Jean-Luc Mélenchon cite Cuba et le Venezuela.
Quel dommage alors que Mélenchon, qui remplit de pleines salles qu’il harangue avec talent, soit incapable d’aller jusqu’au bout d’une vraie démarche patriotique, antifasciste et pacifique en appelant à sortir la France de l’UE, de l’OTAN… et du capitalisme. Les choses étant ce qu’elles sont désormais, il est également illusoire de déclarer à tous propos, comme le fait Jean-Luc Mélenchon que, face à la fascisante bourgeoisie réactionnaire actuelle de Bardella en Macronat, le bulletin de vote pourra suffire à coup sûr pour opérer une « révolution citoyenne »… Pensez un peu à Allende, à Salengro, à Gabriel Péri et à Maduro, citoyen Mélenchon, et oubliez un peu pendant qu’il en est temps, votre éducation politique platement mitterrandienne !
Mais il ne sert de rien d’attendre de sociaux-démocrates de gauche, comme le sont sociologiquement et idéologiquement les principaux dirigeants de LFI, une attitude conséquemment prolétarienne et révolutionnaire. Tout en tendant la main aux militants insoumis, cégétistes et autres communistes du terrain (puisque ni Jean-Luc Mélenchon ni Fabien Roussel n’ont jamais la civilité politique élémentaire de répondre aux lettres du PRCF), les militants franchement communistes du PRCF, que porte une dynamique printanière après les perturbations internes qui ont secoué le PRCF cet automne, ont du pain sur la planche pour discuter, fixer, proposer et diffuser « en bas » un véritable programme de rupture impliquant d’affronter sur tous les terrains les politiques de fascisation, de marche à la guerre et d’euro-dissolution de la Nation.
C’est à quoi s’attèlera notamment la Conférence nationale du PRCF qui se tiendra en Bourgogne les 4, 5 et 6 avril prochains.

![[Lille – 21 mars ] Courrières, mars 1906-2026 : Crime patronal, mémoire nationale, combat international ! [Café marxiste – Université Ch’ti Guevara]](https://www.initiative-communiste.fr/wp-content/uploads/2026/03/20260317-catastrophe-courrieres-cafemarxiste-350x250.png)



