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Accueil articles 3-INTERNATIONAL

Venezuela : la Révolution bolivarienne et ses communes face à l’hyper-impérialisme – entretien avec Thierry Deronne

12 avril 2026
Temps de lecture29 mins de lecture
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Depuis 1994, Thierry Deronne vit au Venezuela, où il observe, analyse et documente les mutations profondes d’un pays en pleine révolution. Universitaire, cinéaste et fin connaisseur des dynamiques sociales latino-américaines, Deronne a choisi de poser sa caméra là où les médias internationaux tournent souvent le dos : dans les quartiers populaires, au cœur des communes autogérées, là où se réinvente, au quotidien, le projet bolivarien. Son dernier documentaire, « Comment le Venezuela déplace la montagne », sorti récemment en salles en France, offre un regard rare et immersif sur ces expériences collectives qui défient les crises économiques, les sanctions internationales et les clichés médiatiques.

Le film, à la fois intime et politique, donne la parole aux acteurs de cette « révolution dans la révolution » : paysans, ouvriers, femmes et jeunes organisés en communes, qui tentent de construire une alternative au capitalisme et à l’État centralisé. La dernière séance parisienne, prévue le 15 avril à la mairie communiste de Villejuif, s’annonce comme un moment d’échange privilégié. Thierry Deronne y dialoguera avec Maurice Lemoine, journaliste de retour de Caracas, dont les analyses éclairent depuis des décennies les enjeux de l’Amérique latine. Ce débat, ouvert au public, promet de prolonger les questionnements soulevés par le film : quelles sont les réalités et les limites des communes populaires ? Comment le Venezuela résiste-t-il à l’asphyxie économique et à la guerre médiatique ? Autant de sujets que Deronne aborde aussi dans l’entretien exclusif qu’il nous a accordé, et qui éclaire les défis d’un pays en quête de souveraineté.

Le film est aussi disponible en ligne chez les Mutins de Pangée : https://www.cinemutins.com/films/1693-comment-le-venezuela-deplace-la-montagne

Une invitation à voir, écouter et débattre, pour comprendre le Venezuela au-delà des préjugés.

Cet entretien exclusif et approfondi accordé par Thierry Deronne à Initiative Communiste, poursuit le dossier spécial consacré par notre rédaction et le secteur international du PRCF à la question vénézuélienne, avec nos deux récents articles de Michel Mujica qui a été ambassadeur de la République Bolivarienne du Venezuela en France, et un manifeste lancé à Caracas pour « la république démocratique »

  • Quelles ont été les conséquences de l’enlèvement de notre président et de son épouse au Venezuela ? L’analyse de Michel Mujica, ancien ambassadeur en France [ Exclusif]
  • Venezuela : manifeste pour la République démocratique.
  • Venezuela : le point sur la situation avec Michel Mujica, ancien ambassadeur du Venezuela en France [ comment, où, avec qui et par quels moyens pouvons-nous résister ? ]

Initiative Communiste — L’enlèvement de Maduro : un tournant dans l’offensive impériale pour (re)coloniser toute l’hémisphère américain : Dans la nuit du 3 janvier 2026, des forces spéciales américaines ont investi Caracas, capturé Nicolás Maduro et son épouse Cilia Flores, et les ont transférés à New York où ils ont comparu devant un tribunal fédéral pour des charges de narcoterrorisme.  Depuis Caracas où vous vivez , comment avez-vous vécu cette nuit-là, comment réagissent les venezueliens depuis ? Et au-delà de l’événement lui-même, cette opération s’inscrit dans une offensive coordonnée à l’échelle du continent : le décret exécutif 14380 de Trump, signé fin janvier 2026, impose des tarifs punitifs à tout pays fournissant du pétrole à Cuba — visant directement le Venezuela, qui était l’un des principaux fournisseurs de La Havane depuis les accords Petrocaribe. Faut-il lire l’attaque contre Caracas et l’étranglement de Cuba comme les deux volets d’une même stratégie impériale de reconquête de l’Amérique latine, de la Caraibe et de tout l’hémisphère occidentale qui comprend également le Mexique, le Canada, le Groenland ainsi que des départements français (Martinique, Guadeloupe, Guyane, Saint Pierre et Miquelon) ? Maduro et Cilia Flores sont détenus dans une prison fédérale de New York en attente de leur procès, et la défense a demandé au juge de rejeter les charges, accusant Washington de bloquer le paiement des honoraires d’avocat par le gouvernement vénézuélien. Des analystes soulignent la contradiction flagrante avec la grâce accordée par Trump à Juan Orlando Hernandez, ex-président hondurien condamné pour trafic massif de drogue — démontrant que la prétendue politique anti-drogue est un simple habillage politique.  La destruction de la révolution bolivarienne prive également Cuba d’un partenaire énergétique essentiel : le blocus pétrolier contre La Havane ne serait-il pas, en réalité, rendu possible par la neutralisation préalable du Venezuela ? En quoi ce procès est-il, selon vous, la pièce centrale d’un dispositif visant simultanément deux révolutions au Venezuela et à Cuba et plus largement à menacer tous les dirigeants, du mexique à la Colombie en passant par le Canada ? Quelles sont les nouvelles de Nicolas Maduro et Cilia Flores qui ont démontré dès leur arrestation leur courage pour défendre le Venezuela souverain ?

Thierry Deronne – Rappelons d’abord que le président élu du Venezuela n’a pas été « capturé » comme le martèle l’ordre capitaliste des médias, mais enlevé par le régime d’extrême droite états-unien, avec la députée Cilia Flores, son épouse, qui avait exigé de le suivre. Cet enlèvement, après l’assassinat de près de deux cents combattants et civils, et l’annonce par Machado qu’elle « sera bientôt présidente du Venezuela » est une manière désespérée de vouloir gagner par la force ce qui n’a pu être gagné dans les urnes. Nul hasard si la droite vénézuélienne a toujours refusé de voter pour les lois transférant pouvoirs économique et politique aux autogouvernements communards. Ce n’est pas seulement pour s’emparer du pétrole que l’extrême droite états-unienne et sa Sainte Alliance mondiale attaquent le Venezuela, mais aussi pour juguler l’exemple, trop dangereux pour d’autres peuples, d’une démocratie directe, d’une machine à démocratiser tous les espaces comme l’est la révolution bolivarienne. « Le chavisme serait la cible des États-Unis même si le pétrole était transformé en fromage bleu du jour au lendemain. Même s’ils obtenaient plus de pétrole, les USA continueraient de l’attaquer en raison de son idéologie », explique l’historien de l’impérialisme Justin Podur. Réduire l’agression des États–Unis à la seule volonté de s’emparer du pétrole risque d’occulter, une fois de plus, le sujet historique, politique, idéologique qu’est la révolution bolivarienne.

Peu de temps après l’enlèvement de Maduro et Flores, le Department of Justice a annulé l’accusation que Trump avait inventée pour justifier son agression militaire, à savoir le « narcoterrorisme ». Comme ils l’ont déclaré au juge états-unien, les Vénézuéliens se considèrent comme « prisonniers de guerre ». Le président a déjà envoyé plusieurs messages d’unité au peuple vénézuélien. Le peuple vénézuélien, accompagné par de nombreux mouvements sociaux du monde entier, mènent campagne constamment dans la rue pour le faire sortir de ces cellules de 2 X 3 mètres d’une prison de Brooklyn. Ce rapt s’ajoute aux nombreux crimes de guerre qui mèneront un jour les présidents états-uniens et leurs administrations civiles et militaires devant un tribunal de Nuremberg des peuples.
Raconter la nuit du 3 janvier n’aurait pas d’intérêt sans analyser brièvement les tenants et les aboutissants de cette agression. Lorsque les avions ont survolé le quartier populaire où je vis à Caracas, et menacé le Venezuela d’un massacre généralisé, un nouvel état de conscience est né.

Au début de 2025, le président colombien Gustavo Petro avait déclaré qu’à partir du moment où l’Humanité n’avait pu empêcher le génocide du peuple palestinien, ce laboratoire de l’hyper-impérialisme, tous les peuples seraient menacés dans leur existence. Certains lui avaient alors reproché « d’exagérer ».

Dépassés par des puissances comme la Chine, en particulier dans les domaines technologiques, les USA sont entrés dans ce que Vijay Prashad nomme « l’hyper-impérialisme », à savoir la volonté de conserver ou de récupérer par la force, la puissance perdue. A l’heure actuelle, seuls les États-Unis disposent d’une force et d’une technologie qui leur permet d’intervenir partout dans le monde. Le monde multipolaire n’est pas encore en mesure de défendre militairement le Venezuela, dont la puissance militaire est loin d’égaler celle de l’Iran par exemple. En ce qui concerne Trump, les problèmes économiques et sociaux aux États-Unis croissants, à l’approche des élections de mi-mandat, l’obligent à stabiliser l’approvisionnement énergétique. Capter les ventes de pétrole vénézuélien et octroyer des licences aux européens, vise en outre à en priver la Chine, dans le cadre de la stratégie à long terme d’encerclement de cette nation par l’impérialisme. Le projet d’anéantir l’Iran qui fournit (comme le Venezuela) du pétrole à la Chine, est lié à cette préparation de la confrontation « finale » USA-Chine.

À l’échelle de l’Amérique latine, cette agression vise aussi à détruire l’axe La Havane-Caracas comme modèle de coopération et d’unité latino-américaine pensé par Hugo Chávez et Fidel Castro. Pour Hugo Albuquerque, juriste et analyste politique brésilien, « Les États-Unis ont compris que le Venezuela était le moteur de l’intégration latino-américaine. Il était essentiel de le neutraliser. ».

Comme l’explique, le 8 avril 2026, le Ministre des Affaires Étrangères de Cuba Bruno Rodriguez : « Alors que [Hegseth] fait l’éloge de la doctrine Monroe, aujourd’hui discréditée, et de son corollaire Trump, et qu’il ignore l’histoire de l’Amérique latine ainsi que la véritable signification du Sud global, il tente d’imposer le principe de la « paix par la force », pour détruire l’unité de l’Amérique latine et des Caraïbes, ainsi qu’affaiblir le Sud global dans sa revendication d’un nouvel ordre mondial démocratique, inclusif et équitable, où la justice, la coopération et la solidarité constituent les fondements d’un développement durable pour tous ».

La mort des 32 militaires cubains, ainsi que de plus de 50 soldats vénézuéliens, lors de l’agression perpétrée par les États-Unis n’est pas un incident isolé; il reflète l’esprit internationaliste historique de la Révolution cubaine. C’est cette même vocation qui l’a conduit à lutter pour la libération de l’Angola et de la Namibie et contribuer à la défaite de l’apartheid.

Pour sa première visite à l’étranger, le 9 avril 2026, Delcy Rodriguez, la présidente par intérim du Venezuela, s’est rendue à la Grenade pour s’entretenir avec le Premier ministre Dickon Mitchell, et explorer avec lui des secteurs de coopération, notamment pétroliers, éducatifs, transports aériens et maritimes. Rodriguez confirme ainsi l’orientation fondamentale de la diplomatie bolivarienne qui priorise les relations avec les nations des Caraïbes : « Nous avons fixé la date de lancement d’un vaste programme de coopération susceptible d’intégrer d’autres pays des Caraïbes. »

Au moment même où les USA bombardaient Caracas, un autre bombardement avait lieu : la guerre psychologique impériale s’est abattue sur le monde entier. Dès les premières heures qui ont suivi l’enlèvement du président Maduro et de son épouse, et sans rien connaître du Venezuela, de nombreux militant(e)s de gauche se sont convertis en « bots » de la guerre psychologique impérialiste destinée à la gauche pour dénigrer le chavisme et démobiliser la solidarité. Le mantra «  Delcy-a-trahi-Maduro » a été martelé avec fébrilité comme une vérité a priori. L’intensité du bombardement des réseaux et des médias aurait pu éveiller leurs doutes, mais beaucoup se sont fait les relais de « la réalité parallèle de Trump » qu’on observe aussi au sujet de l’Iran, à savoir « le changement de régime a réussi, nous contrôlons leur destin, etc… »

Il semble qu’en 2026 la capacité de nombreux militants à résister aux réseaux, aux médias et aux campagnes de la CIA se soit encore érodée. C’est la forme mimétique à gauche de la communication de Trump.

Les vieux roublards du gauchisme ont aussitôt tenté d’imposer leur « Fin de l’Histoire », tenant enfin la preuve que « le Venezuela s’est soumis corps et biens aux États-Unis ». Ce discours provient d’individus qui parlent sans cesse de « révolution permanente », de « travailleurs exploités » et de « peuples victimes ». Il exprime en réalité leur mépris d’un peuple debout, nourri de son Histoire anticoloniale, de son expérience et de son intelligence.

Enfin, j’ai observé la déshumanisation de certains militants : ceux qui consomment le génocide de Gaza, ses scènes horrifiantes, comme un jeu vidéo, et qui préfèreraient voir le Venezuela devenir un champ de ruines pour satisfaire leur purisme de clavier. Un ami anglais le résume ainsi, à propos de l’Iran : « Les gauchistes occidentaux, confortablement installés dans leurs canapés en L, les pieds sur la table, à des milliers de kilomètres des théâtres de guerre, s’indignent que l’Iran ait négocié un cessez-le-feu pour éviter de nouvelles effusions de sang et la destruction de ses infrastructures. Cette réaction impulsive selon laquelle « l’Iran n’a rien appris » révèle à quel point les Occidentaux exigent tout des pays du Sud périphériques, sans pour autant faire eux-mêmes quoi que ce soit de concret. La vraie question que nous devrions nous poser est la suivante : qu’est-ce que l’Occident a appris ? Et pourquoi ne peut-on y envisager aujourd’hui la moindre révolution, sauf celle de l’extrême droite ? » Pour nous, au Venezuela, il ne s’agit pas de mourir pour la révolution, mais de vivre et de faire la révolution.

C’est parce que le chavisme est resté debout et que la révolution n’est pas terminée, que les États-Unis préparent une déstabilisation majeure, politique (révoltes types génération Z, coup de force électoral comme au Honduras) ou militaire (nouvelle vague de bombardements pour forcer une reddition). Étudier et préparer ces scénarios, c’est le rôle de la nouvelle ambassadrice états-unienne à Caracas, Laura Dogu, et de son équipe de la CIA rodée aux déstabilisations internes lors de ses précédents postes (Nicaragua, Honduras..). L’équipe chaviste gagne du temps.. Même s’il est occulté par les médias de droite comme de gauche, il faut toujours garder à l’esprit l’histoire collective, l’intelligence du peuple vénézuélien. Et ne jamais oublier que c’est sur cette longue expérience anticolonialiste que s’appuient les discours de Delcy Rodriguez… Comme le dit l’ami anglais, « Qui d’entre nous a la moindre idée de ce qu’il a fallu pour faire face à la famine intense dont a été victime le peuple vénézuélien au cours de la dernière décennie ? Pensez à l’éducation politique et au climat de participation et de discussion que le bolivarisme a su instaurer parmi les masses au Venezuela. Comparez cela à la portée de nos propres organisations aux États-Unis et en Grande-Bretagne, et il apparaît clairement que nous devons faire preuve d’une certaine humilité lorsque nous parlons de leur mouvement et de ses réalisations. Nous ne sommes pas en mesure de dire à quiconque ce qu’il doit faire ni de dénoncer les véritables combattants contre l’impérialisme. Toutes nos réflexions ou suggestions doivent toujours être formulées dans un esprit d’amitié sincère et fraternelle, et non par un sentiment de supériorité qui fleure fort le chauvinisme occidental, même s’il est enrobé d’une rhétorique « marxiste » ou « scientifique ».

Avant de prendre l’avion pour la Grenade, la Présidente s’est dirigée au peuple vénézuélien dans une allocation publique. Elle a d’abord dressé le bilan d’une décennie de blocus économique des États-Unis et de l’Union Européenne, puis a fait les annonces suivantes :

 Interdiction de la privatisation des hydrocarbures et donc de l’entreprise pétrolière d’État PDVSA. Les hydrocarbures demeurent une propriété publique, conformément à la Constitution.

 Augmentation générale, contrôlée et durable des salaires à partir du 1er mai, fête des travailleurs, liée aux nouveaux revenus des hydrocarbures partiellement débloqués.

 Revendication du « système de protection sociale » et du « système de retraites par répartition » tels qu’ils ont été « conçus par le commandant Chavez ».

 Rétablissement progressif de l’équilibre du système de retraites par répartition -« perforé » par les sanctions- à travers la reconstruction du « concept légal » de salaire et donc des cotisations des travailleurs, eux aussi « perforés » par le blocus.

 Proposition de réforme du marché immobilier pour récupérer environ 500.000 logements inhabités, avec « garanties de l’État vénézuélien » pour qu’ils soient mis à disposition des jeunes et jeunes familles.

 La récupération éventuelle « d’actifs et ressources bloqués à l’étranger » -due à la levée de certaines sanctions- sera investie directement dans l’économie productive.

 Lancement d’une campagne nationale et internationale de deux semaines pour réclamer la levée de toutes les mesures coercitives unilatérales imposées par les États-Unis et l’UE.

Toutes ces annonces sont conditionnées à la levée -par les États-Unis surtout- de l’ensemble des abominables sanctions qui pèsent sur le pays depuis 10 ans. C’est ce que demandent le gouvernement et les Vénézuéliens eux-mêmes. »

Ce résumé signé de Christian Rodriguez précise que « la nouvelle loi organique sur les hydrocarbures avait été présentée comme une privatisation du pétrole alors qu’il n’en est rien.

« Oui, la loi facilite certains types de contrats avec le privé que -par ailleurs- le Venezuela utilisait déjà pour contourner le blocus, notamment avec la Chine.Non, elle n’enlève en rien l’exclusivité de l’État sur les décisions finales et la souveraineté sur les ressources pétrolières. L’article 40 qui rappelle que « la République conserve la propriété des gisements d’hydrocarbures. Et de citer aussi la Constitution du pays (qui n’a pas changé) dans ses articles 302 et 303 qui « réserve(nt) à l’État » l’activité pétrolière ainsi que « la totalité des actions de PDVSA, l’entreprise nationale du pétrole».

« Hier, la présidente a donc non seulement coupé court à tout débat concernant la privatisation des hydrocarbures, qui n’aura pas lieu. Et elle l’a répété plusieurs fois depuis le 3 janvier. Car en face, il y a la fameuse « Nobel de la paix » qui -elle- fait campagne pour une privatisation pure et dure de PDVSA et des ressources stratégiques nationales.

« La campagne anti-Delcy pilotée par Washington consistait avant tout à l’humilier symboliquement, la présentant comme soumise et aux ordres. Mais l’ordre constitutionnel n’a pas bougé d’un iota depuis le 3 janvier. Et dire cela n’enlève rien au constat des pressions énormes que subit le pays… »

Initiative Communiste — La révolution bolivarienne : tenir sous la menace. Vous avez décrit comment, en réponse à l’attaque du 3 janvier, les autogouvernements communards se sont mis en première ligne pour défendre la révolution bolivarienne. La réforme constitutionnelle en cours vise à faire de la commune la base du nouvel État, avec 6 000 communes renforcées d’ici fin 2026, et 53 % des fonds publics orientés directement vers le pouvoir populaire.  Dans ce contexte de choc brutal — occupation militaire, blocus économique, isolement diplomatique — est-ce que le communalisme montre sa robustesse comme forme d’organisation résistante ? Et cette expérience vénézuélienne, qui tente de survivre sous la pression impériale, ne porte-t-elle pas des leçons directes pour tous les peuples qui cherchent à construire une alternative souveraine à l’ordre capitaliste mondial ? Un documentaire permet de comprendre cette expérience communaliste : où peut on le voir ?

Thierry Deronne – Chaque semaine, Delcy Rodriguez visite une commune et s’entretient avec ses membres ; C’est encore une réalité du Venezuela invisible dans le champ médiatique occidental. Comme la méga-rencontre à Caracas de milliers de communard.e.s venu.e.s de tout le pays pour présenter leur modèle économique comme alternative au capitalisme, du 4 au 6 février 2026. « Un nouveau modèle économique est en train de naître ici, le modèle économique du peuple, ce peuple qui, sous la Quatrième République, pendant les gouvernements des élites, a été exclu de la vie nationale, exclu de la vie politique, démocratique, de la vie économique, de la vie sociale. C’est Hugo Chávez qui nous l’a dit, le 4 février 1992: « En avant, mon peuple, mettons en marche, à partir de nos racines historiques » avait alors expliqué Delcy Rodriguez, qui a ordonné à l’ensemble du cabinet économique de se consacrer pleinement à l’économie communale « dès aujourd’hui, afin de renforcer la chaîne industrielle des processus, en apportant tout le soutien nécessaire à l’industrialisation de leurs produits ». Cette « révolution dans la révolution » rassemble déjà 4950 communes. Ce sont des autogouvernements populaires, présents dans les quartiers urbains comme dans les zones rurales. Ils peuvent compter de 1.000 à plus de 5000 habitant(e)s selon les cas. Le président Maduro avait donné en 2025 des directives claires aux ministres : « 70 % de chacun de vos budgets doivent être transférés aux conseils communaux et aux communes ».

Pour y arriver, la révolution bolivarienne a longuement tâtonné, mais sans rien perdre de l’expérience accumulée en 25 ans…

Un des objectifs est d’atteindre et de renforcer 6 000 communes d’ici à la fin de 2026. Rien ne presse, pas question de tomber dans le communalisme de façade. Construire une commune, cela doit venir de la base. La commune doit venir d’une formation, d’une école, d’une conviction collective, avant de devenir une réalité bureaucratique ou de surface.
Cette appropriation du pouvoir par les communes est dans la genèse du projet bolivarien.

Lorsque Hugo Chávez arrive au pouvoir en 1999, il fait référence à trois figures importantes de l’idéologie bolivarienne : Simón Bolivar, bien sûr, Ezequiel Zamora, et un troisième homme, moins connu, Simón Rodríguez, qui était le professeur de Bolivar. Simón Rodríguez parlait de la toparquía, c’est-à-dire, selon l’étymologie grecque, le gouvernement du territoire (topos, le lieu, et arkhein, commander, gouverner).

La culture politique du Venezuela a souvent été marquée par le caudillisme, personnaliste, avec une rente pétrolière qui créait un clientélisme, un paternalisme…  ça fait beaucoup d’obstacles pour mettre en place une vraie culture communale, horizontale, collective. C’est donc au bout de vingt-cinq ans de révolution qu’on peut vraiment commencer à voir les fruits de cette patience.

Ces 5 000 autogouvernements communards sont des écoles de participation, pleinement démocratiques. Quel que soit son bord politique ou son appartenance religieuse, tout le monde est bienvenu et participe, par exemple, à l’élaboration de projets prioritaires pour la communauté locale. Il faut bien comprendre qu’on ne demande à personne d’être membre du parti chaviste ou autre. Tout le monde a le droit de s’exprimer, qu’ils soient pour ou contre le président. Les conseils communaux et les communes définissent leur projet, en font le diagnostic, estiment le coût, et le font remonter au conseil fédéral de gouvernement, qui ensuite le finance.

Les choix stratégiques sont décidés lors de consultations populaires : quatre fois par an, un référendum est organisé dans les communes afin de définir une priorité par commune : a-t-on besoin d’une route, d’une usine de traitement du café, d’investissement dans l’hôpital tout proche, etc. Le choix est effectué par les habitants, regroupés au sein du conseil communal, puis l’État finance. Et c’est une obligation de l’État ! Pas question de refuser le projet d’une commune pour des raisons d’affinités personnelles ou autres… Non, il y a une panoplie de lois qui ont été votées par l’Assemblée nationale, qu’on appelle les lois du pouvoir populaire, qui régissent le financement et l’obligation pour l’État de financer les projets.

Quand je dis que c’est une école politique, de participation, de démocratie directe, je veux dire que c’est beaucoup plus que choisir des projets qui vont être cofinancés par l’État. On débat en profondeur le pourquoi de ces projets, quel en est l’intérêt, etc. On s’entraîne à exercer le pouvoir, à faire partie de l’État qui est en gestation et qu’on rêve de finaliser un jour : l’État communal.

La présidente par intérim Delcy Rodriguez poursuit ces plans. Le 20 janvier 2026, elle expliquait : « Le pouvoir populaire, plus que jamais, sera l’épine dorsale de notre révolution. Nous mettrons en place les plans échafaudés avec le président Maduro. En 2026, les investissements publics augmenteront d’au moins 37 %, et la gestion des fonds restera inchangée par rapport à 2025 : 53 % iront directement au pouvoir populaire, le reste aux mairies et gouvernorats. Nous disposons d’un système complet, le Système national de gouvernement, qui relie 5 336 circuits communaux. En 2025, il y avait 170 banques communales, aujourd’hui il y en a 1 836. »

Le prochain des scrutins trimestriels par lesquels chaque autogouvernement communard choisit un projet que l’État cofinancera, sera organisé le 8 mars 2026. Du 4 au 8 février, des milliers de communard.e.s partageront à Caracas leurs expériences d’économie productive. Delcy Rodriguez a demandé l’appui total du gouvernement. La logique est structurelle : à mesure que les sanctions occidentales affectent les fonctions étatiques centralisées, les communes deviennent des circuits alternatifs pour le crédit (banques communales), la production (entreprises locales) et la distribution. Les banques communales, dont le nombre devrait passer de 1 758 à 4 000 d’ici avril 2026, deviennent des pôles localisés de production, de crédit et de distribution en dehors du système financier mondial, dominé par le dollar.

Dans ces 5 000 communes, il faut remarquer qu’une majorité de femmes (80 %) occupent les postes de responsabilité. C’est un phénomène très frappant. Les femmes s’organisent (il y a beaucoup de femmes seules qui doivent résoudre l’économie de leur famille) et prennent en main également la commune et les territoires. C’est vital pour elles. C’est une vraie révolution féminine, et qui n’est pas constatée uniquement dans les communes. Ainsi, dans les comités d’approvisionnement qui ont été mis en place au moment du blocus, ce sont les femmes qui effectuent les tâches de recensement des gens les plus fragiles : des personnes âgées, des personnes malades, des familles nombreuses, pour leur donner en priorité les aides du gouvernement, et notamment les colis alimentaires.

Ce qui est intéressant, c’est que ce féminisme populaire est très différent du féminisme qu’on connaît par exemple en Europe, qui est beaucoup plus libéral, plutôt centré sur l’individu. Ici, c’est un féminisme qui se construit de manière ascendante : les femmes réclament plus de place dans la politique. Car, s’il est vrai que dans les communes, c’est presque la « dictature du prolétariat féminin », elles sont peu représentées au niveau ministériel. Donc il reste du travail dans la lutte contre la culture patriarcale dans beaucoup de lieux politiques. La commune vénézuélienne possède une puissante connexion avec l’universel. La « sororité » n’est pas seulement un concept interpersonnel, mais une catégorie politique internationale. »

Pour la coordinatrice internationale du Mouvement des Sans Terre du Brésil, Messilene Gorete : « Parfois, à gauche, nous avons des schémas très fermés sur le niveau de préparation et de planification nécessaire pour avancer, et cela peut devenir un obstacle. La créativité – dans un pays où les gens sont très spontanés – est une grande vertu de la révolution bolivarienne. Ici, le peuple est vraiment le sujet de la révolution. Et la commune vénézuélienne est un modèle dont notre continent a besoin. » Il est plus que temps de jeter des ponts entre les peuples. La militante féministe Marta Martin Moran, responsable de l’Amérique Latine au Parti Communiste espagnol, qui a observé une dizaine de processus électoraux du Venezuela, ne cache pas son enthousiasme à propos des consultations trimestrielles par lesquelles la population de chaque commune choisit le projet que doit financer l’État. La sociologue féministe mexicaine Karina Ochoa souligne le rôle central et majoritaire des femmes : « Soucieuses de substituer un pouvoir-pour au pouvoir-sur. »


« Comment le Venezuela déplace la montagne », le documentaire que j’ai coréalisé sur ce thème avec Victor Hugo Rivera sera projeté à Villejuif, le 15 avril. à 19h30, à la Maison pour Tous Gérard-Philippe, 118 Rue Youri Gagarine (Ligne 7, station Villejuif – Louis Aragon). Cette projection sera suivie d’une rencontre avec l’ex-rédacteur en chef du Monde Diplomatique Maurice Lemoine, qui revient du Venezuela, répondra aux questions du public.. Ce film offre de multiples témoignages sur les expériences menées d’une autre forme d’organisation sociale : les communes qui se déroulent dans différentes régions du Venezuela : des Andes aux terres de Miranda, Lara, ou Cumanacoa. Aujourd’hui, les Communes sont au nombre de 5000, s’appuyant sur 49 000 conseils communaux. Il s’agit pour des pêcheurs, des cultivateurs de café, de cannes à sucre ou de cacao de prendre en main la transformation sociale, économique et politique.

Le film est aussi disponible en ligne chez les Mutins de Pangée : https://www.cinemutins.com/films/1693-comment-le-venezuela-deplace-la-montagne

Initiative Communiste — Construire une information de résistance face au silence médiatique : informer les forces progressistes, sociales, syndicales.

Vous consacrez votre travail depuis des années à montrer un Venezuela que les grands médias français et européens refusent de voir. Le venezuela populaire et non le Venezuela des milliardaires ayant les deux pieds en Floride et au Texas. Emmanuel Macron a déclaré que le peuple vénézuélien « ne pouvait que se réjouir » de l’arrestation de Maduro — cautionnant une violation flagrante du droit international — tandis que les représentants européens au Conseil de sécurité se sont distingués par leur silence lors de la réunion d’urgence. Face à ce traitement médiatique, le travail de Venezuela Infos représente un outil indispensable : donner à voir la réalité d’un peuple en lutte, documenter le communalisme, démonter les mensonges de la propagande impériale. Des médias comme Initiative Communiste, en relayant et amplifiant ce travail en France, participent à construire une contre-information organisée capable de toucher des militants, des syndicalistes, des citoyens que les médias dominants ont déjà formatés. Dans un moment où la gauche européenne peine à se positionner clairement face à ces agressions, préférant parfois s’aligner sur les directives politiques de l’Union Européenne de Von Der Leyen, Kaka Kallas et de la droite pro impérialiste des Merz, Melonie, Macron, Hollande & cie, comme l’illustre certaine déclarations de la Confédération Européenne des Syndicats dans la suite desquelles s’est inscrite la CGT de Sophie Binet, quelle est selon vous la place stratégique de ces médias alternatifs — et comment renforcer concrètement ces ponts entre la résistance des peuples du Sud et les forces progressistes en Europe ?

Thierry Deronne – Je crois plus que jamais à des médias comme Initiative Communiste, voix sans concessions, indépendante de la colonisation du champ politique par l’ordre capitaliste des médias. Capable de créer une vraie fraternité parce qu’elle voit les intérêts des travailleurs au-delà des catégories médiatiques. Nous avons tant de chantiers en commun. Je n’en aborderai que trois.

  1. Les médias.

La gauche semble redécouvrir chaque matin la mainmise écrasante du capitalisme sur les médias. Or, dès les années 80, Chomsky, Ramonet, Mattelart, Bourdieu, Godard, etc… nous expliquaient ce qui se passerait si la gauche laissait le capitalisme achever la concentration des médias. Aujourd’hui, les communicants rappellent à l’élu.e de gauche qui hâte le pas vers la forêt de micros de ne pas prononcer le mot « Venezuela ». La gauche n’a guère agi, préférant calibrer son discours sur les médias, pour se convertir finalement à la « com ». Cette colonisation du politique (et de l’université) par l’ordre capitaliste des médias, explique pourquoi, sur le Venezuela, la gauche n’ose pas parler de la démocratie participative la plus avancée du monde. Elle a oublié que le piège se refermerait sur elle, et que le Venezuela comme d’autres causes, étaient les laboratoires de ce qui lui arrive aujourd’hui.

C’est impressionnant de voir à quel point l’énergie militante est absorbée par la critique des médias devenue routinière, quotidienne, alors qu’on a besoin de cette énergie pour travailler à l’unité des travailleurs dans la création de médias organiques, au service de notre classe. Je ne parle pas de médias dits « alternatifs » comme Médiapart, Blast, le Média qui sont souvent des salles d’attente pour ceux qui rêvent de passer de la périphérie au centre, et qui ne feront jamais le moindre reportage sur les autogouvernements du Venezuela. Il s’agit de développer notre propre monde, notre propre vision, notre propre agenda.

Souvent je vois des camarades lire quelque chose sur le Venezuela dans le Monde, Libé, etc… et ensuite se demander « c’est vrai ? ». C’est curieux qu’en 2026 ce genre de médias soit encore pris comme source, soit encore naturalisé. La question des camarades montre que la révolution médiatique reste à faire.

Parler de « déontologie journalistique » n’a pas de sens en soi, elle suppose un journalisme corporatiste, séparé du peuple, hors-sol. L’information véritable, au sens de nécessité, ne reviendra qu’avec la démocratisation radicale de la propriété des médias ; Avec un service public participatif, dont le mode de production de l’information ne soit pas un clone du privé ; Avec la refondation des écoles de journalisme, aujourd’hui simples centres de formatage de « petits soldats » prêts à toutes les autocensures pour garder leur place au sein du libre marché de « l’actu » ; Et surtout, en dépassant ces vieilles structures, avec la création d’un réseau de médias populaires dans tous les pays, connectés entre eux nationalement et internationalement, où l’information sera produite par les peuples eux-mêmes en fonction de leurs intérêts véritables. De vrais médias de classe, organiques. La culture monarchique persistante en France renforce la technique du studio, de la personnalisation, de la voix journalistique qui colonise les images. Il faut au contraire, comme le proposait Dziga Vertov dans les années 20, éliminer les studios, les acteurs et les scénarios, générer l’information à la base, depuis les territoires. Des sortes de communes « informationnelles », qui permettent de révéler les intérêts communs, les potentiels de coopération, de transmettre les expériences d’organisation, et d’éviter les guerres.

La gauche semble oublier que le secret de l’« action des idées dans l’histoire » ne se trouve pas dans les discours, mais dans les supports, les appareils, les relais techniques. Restons fidèles à nous-mêmes, à cette idée marxiste selon laquelle « ce n’est que d’une technique qu’on peut déduire une idéologie ». C’est Augusto Boal qui brise l’espace bourgeois du théâtre où seuls quelques-uns ont le droit d’être acteurs et tous les autres de n’être que spectateurs. D’où son théâtre en rond où les spectateurs qui proposent des modifications de la scène, entrent dans l’espace du jeu et deviennent actrices ou acteurs. C’est Bertolt Brecht qui refuse que la radio fonctionne à sens unique, et propose qu’elle devienne une chose vraiment démocratique, qu’elle passe de la diffusion à l’inter-communication du peuple avec le peuple. C’est Sartre, aussi : « on croit que la liberté d’information, le droit à la liberté de la presse, c’est un droit du journaliste. Mais pas du tout, c’est un droit du lecteur du journal. C’est-à-dire que c’est les gens, les gens dans la rue, les gens qui achètent le journal, qui ont le droit d’être informés. C’est les gens qui travaillent dans une entreprise, dans un chantier, dans un bureau qui ont le droit de savoir ce qu’il se passe et d’en tirer les conséquences. Naturellement, il en résulte qu’il faut que le journaliste ait la possibilité d’exprimer ses pensées, mais cela signifie seulement qu’il doit faire en sorte que le peuple discute avec le peuple. » C’est Marx, bien sûr : « Dans une société communiste il n’y a pas de peintres, mais tout au plus des humains, à qui entre autres choses il arrive de peindre ». Bref un média, pas plus qu’une université, un hôpital, une usine, n’est pas révolutionnaire parce que son discours l’est, mais parce que son mode de fonctionnement, ses relations de production, sa relation avec la société, le sont.

C’est une autre leçon de ce qui s’est passé le 3 janvier au Venezuela : l’extrême droite comme avatar du capitalisme, a bien compris et su penser sa politique de manière cohérente avec les médias, aujourd’hui en cartographiant à l’aide de l’intelligence artificielle ses ennemis, en vue de les détruire. La structure des contre-pouvoirs, conçue au XVIIIe siècle pour éviter les tyrannies, est devenue un obstacle à sa gouvernance. C’est aussi à cela que sert le laboratoire du génocide des Palestiniens. Palantir, l’entreprise fondée par Thiel, incarne la dimension opérationnelle de cette vision, grâce à sa capacité à traiter des millions de données en temps réel. Les médias classiques – de gauche ou de droite – sont obsolètes. C’est l’anti-Palantir que la gauche doit créer : une information collective, participative, permanente, qui empêche toute décapitation des processus révolutionnaires et leur permet de se fortifier de l’intérieur.

  • La défense.

Il est insuffisant de réclamer la paix ou la sortie de l’OTAN. L’hyper-impérialisme, tout ce qui se passe aujourd’hui avec le Venezuela, Cuba et l’Iran montre que les travailleurs de n’importe quelle nation doivent créer leur propre capacité de se défendre militairement, sous peine d’être anéantis. Il y a quelques semaines même le très modéré Lula, en présence du président d’Afrique du Sud, a rappelé la nécessité de construire une défense militaire du Sud Global. Son avertissement sur les dangers de négliger la dissuasion militaire arrive, pour le moins, avec près de deux décennies de retard. Le Venezuela, malgré sa faible capacité technologique, peut compter sur un potentiel de guerre populaire prolongée à la vietnamienne, une nouvelle géométrie civique-militaire, qui fut dès les années 90 un des principaux projets politiques de Chávez.

L’existence de milices citoyennes, volontaires, telles que la milice nationale bolivarienne ouvre une perspective peu commune dans l’histoire moderne. C’est pourquoi les médias doivent les parodier ou les pointer du doigt comme un symptôme de répression idéologique ou d’autoritarisme. Mais comme l’explique la politologue espagnole Irene Zugasti: « En Occident, les connaissances et les pratiques militaires sont généralement concentrées dans des académies fermées, des forces professionnelles et des structures hiérarchiques où l’accès est contrôlé par des élites, qui déterminent qui peut ou non bénéficier de cette formation. Il en résulte un monopole du savoir militaire, alors même que des décisions stratégiques qui affectent nos vies en dépendent, ainsi qu’une séparation entre les sphères civile et militaire, qui éloigne et marque des distances convenables, et ceux qui contrôlent les deux sphères ont un avantage évident. La logique d’une milice populaire, participative, comme au Venezuela, suggère le contraire, tant en matière de connaissances que de pratique militaire, et face au malaise évident que suscite la militarisation, question sur laquelle une grande partie de la gauche occidentale s’interroge, il semble pour le moins intéressant, voire opportun, de relire attentivement les doctrines et les stratégies, et de ne pas réserver ces connaissances à un cercle restreint qui, lui, dispose du savoir… et des pratiques. »

3. L’économie communiste

Comme pour les médias ou les forces défensives, il ne s’agit pas seulement de « nationaliser » la chose mais de chambarder totalement le mode de production. C’est une vertu de la révolution bolivarienne, que de nous secouer et de nous ramener (sans besoin de la copier, car chaque histoire est particulière) aux fondamentaux idéologiques de la cause communiste, de la gauche en général : à commencer par le grand rêve communard. Le grand projet de la gauche, historiquement, idéologiquement, n’est pas « la défense du pouvoir d’achat », ce droit de pousser son caddy sur un parking du capitalisme, mais bien la commune comme retrouvaille rationnelle avec un autogouvernement démocratique, une prise en charge collective des besoins, des potentiels, des rêves, une réhumanisation des relations de production et création, bref la possibilité de s’émanciper individuellement et collectivement.

Marx et Lénine ont beaucoup insisté sur ce point – de la Commune de Paris à l’État des soviets comme assemblées de base de la révolution.

Au Venezuela, le secteur privé avait pratiquement le monopole de la distribution et de la commercialisation. C’est lui qui fixait les prix, en quelque sorte. Cela fut le péché originel de la révolution bolivarienne. Chávez avait mis en place des missions sociales de formation professionnelle. Mais finalement, c’est le secteur privé qui absorbait cette main-d’œuvre formée, parce qu’on n’avait pas construit nos propres circuits, qui vont du producteur au consommateur. Il n’y avait pas de marché révolutionnaire afin que cette main-d’œuvre puisse travailler ailleurs que dans le privé. C’est un exemple des problèmes qu’on a eus, mais aussi un apprentissage.

Maintenant, avec les communes, on a enfin la possibilité, pour le café, le lait, le poisson, le cacao, la viande, etc., de créer à partir des zones productives un système complet, intégral cette fois-ci, qui va jusqu’à la distribution. Dorénavant, dans les magasins, on commence à voir pour la première fois du café produit dans des communes. Et ce sont des produits exempts de pesticides, puisque nous développons le principe de l’agroécologie. Et, de nouveau, l’idée n’est pas de créer des entreprises privées dont le but serait de faire du profit et où les relations de production seraient identiques à celles qui sont régies par le privé. Non, les comptes de ces entreprises sont non seulement auscultés en permanence par les assemblées de la commune, mais sont aussi réinvestis dans les projets de la commune. Que ce soit l’école, le centre de santé, la route, etc. La logique est structurelle : puisque les sanctions occidentales affectent les fonctions étatiques centralisées, les communes deviennent des circuits alternatifs pour le crédit (banques communales), la production (entreprises locales) et la distribution « du peuple au peuple ».

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