Marcel Gauchet, Diafoirus du « malheur français » !

Encore un exercice de style sur le déclin français ! Après Nicolas Baverez (La France qui tombe), Eric Zemmour (Le Suicide français), il faudrait, avec , « comprendre le malheur français », titre de son ouvrage récemment paru.

Sait-il que Jacques Julliard s’est fendu, lui aussi, d’un Le malheur français, en 2005. Sans doute. Les mandarins marinent entre eux et finissent par infuser ensemble.

Et si, pour une fois, nos compatriotes, au lieu d’ajouter ce genre de décoctions à leur dose quotidienne d’antidépresseurs dont ils sont, paraît-il, les plus grands consommateurs au monde, arrêtaient de prendre ce type d’ouvrage au sérieux et retrouvaient un peu de cette irrévérence dont Roger Vailland dit qu’elle est le trait distinctif de notre caractère national ?

En commençant, par exemple, à comprendre pourquoi le droit aux généralités, aux commentaires « de haut vol », à l’éditorialisme de droit divin est un privilège qui échoit toujours à une certaine cléricature, à condition qu’elle dise toujours la même chose.

Pour les soutiers, les damnés de la thèse, les sans-grade, on réserve la micro-histoire, le micro-sujet, les « chevaliers paysans de l’an mil au lac de Paladru » chers à Alain Resnais. Et tandis que les chercheurs cherchent, le général généralise.

Les idées générales ont du moins le mérite d’avoir partie liée aux idées généreuses ? Rien n’est moins sûr, avec un Gauchet, qui semble s’ingénier à recopier le « dictionnaire des idées reçues » :

Institutions (nos) : la solidité de nos-z-institutions.

La France : verrous, blocages, marasme (pour la suite, voir le dictionnaire des synonymes).

L’Europe : elle a des « défauts », certes, et il faut la « réformer ».

La révolution : « elle n’est plus qu’une survivance archéologique ».

Lesdites « idéologies » : « elles n’ont plus qu’une existence vestigiale » (sic).

Le communisme, le marxisme : dépassés, évidemment.

Marcel Gauchet n’est-il pas cet éminent penseur qui a définitivement balayé Marx et la « profonde stupidité » (re-sic) de sa formule « l’idéologie dominante de la classe dominante ». Il est vrai qu’il est, à lui tout seul, un garant du pluralisme.

Être mandarin vous donne aussi le droit de voir tout de Sirius, et malgré les bataillons de relecteurs, correcteurs et typographes dont M. Gauchet dispose à la maison Gallimard, à la revue Le Débat, voire l’EHESS (n’en jetez plus), de soutenir que la bataille de Fontenoy se déroule pendant le règne de… Louis XIV. Monsieur Gauchet, relisez-vous le premier !

Voilà ce qui arrive quand on écrit sans se relire, dans la logique publish or perish (publier ou mourir) où le livre est avant tout l’indispensable truchement pour vous faire réinviter à France Culture et mieux conseiller les puissants. Le malheur du pays est somme toute pour M. Gauchet un exercice de dissertation, de ce genre d’écriture automatique des âmes bien nées qui permet de pondre un livre par an. Tout tient dans la capacité à tenir le crachoir, ou à déverser incontinent son filet d’eau tiède, en pensant qu’on est à soi tout seul le rempart de la culture contre tous les totalitarismes.

Jamais à court de bons conseils, le docteur Gauchet a toujours sur lui sa petite ordonnance. Le malheur français ? ça vous chatouille ou ça vous gratouille ? Vous reprendrez bien une petite saignée ? Ou un clystère ?

Le remède ? Le remède ? Roulement de tambour :

« Il nous faut une nuit du 4 août de la nomenklatura française. »

Bravo. Sa Seigneurie nous apprend qu’on peut être conseiller de diverses officines plus ou moins liées au Medef, de l’Élysée (sous tout régime) et cependant n’en être pas moins homme. Le trotskysme, comme on le sait, mène à tout, à condition d’en sortir.

Gauchet nous avait déjà fait le coup de la « sortie de la religion » à mettre au compte du christianisme lui-même, religion tellement ennemie du pouvoir qu’elle aurait produit et l’Église et les Lumières, et Simon de Montfort et les Cathares, et le Pape et les libertins. Il peut bien désormais nous vendre un démantèlement des élites par les élites. S’ils n’ont pas de pain, qu’ils demandent à la Cour de s’autoréformer…

Bossuet voulait « ouvrir un tombeau devant la Cour » qui provoquait chez les puissants un frisson du plus bel effet. Aujourd’hui le clergé ferait plutôt dans le «  », pour prodiguer ensuite ses indulgences et permettre enfin à nos z’élites de « réformer » dans la joie et la bonne humeur.

Le lecteur nous pardonnera de couper court à cet article, tant nous avons de mal à prendre cela au sérieux.

Au reste, nous n’avons pas non plus de remède au « malheur français ». Tout ce que nous pouvons en dire, c’est qu’aux pires moments de notre histoire, ce sont des jacobins, communards et communistes qui se sont levés. C’est-à-dire tout ce que vomit Sa Majesté le grand Mammagauchet.

AyM pour www.initiative-communiste.fr