La poésie a toujours su conjuguer beauté du verbe et force de l’engagement, faisant de l’esthétique un outil de combat politique. De Victor Hugo, dénonçant l’injustice et l’oppression, à Louis Aragon, mêlant lyrisme et résistance, elle porte une parole qui éclaire, interroge et mobilise. Cette poésie s’inscrit dans cette filiation : dire le politique sans renoncer à la puissance sensible du poème. IC vous propose en feuilleton la parution d’une sélection de poèmes de Bernard Villanueva
Mieux que Brassens sur Valéry
Pour son cimetière qui renchérit
Moi sur Villon monte les paris
Au nom du fils de la Madone
Le bon Maître me le pardonne
Il tient que belles langagière
Dames ribaudes de la jarretière
Filles vilaines ou bien princières
Filles de joie filles de peine
Les Margottons et les Germaines
Femmes d’Hector ou pauvre Hélène
Laure Cassandre Elsa Triolaine
Roméo et Julien Julienne
Tendre sac d’os ou bedondaine
Qu’elles soient chaudrons ou cafetières
Feuilles de chou ou tabatières
Vivant la dèche ou argentières
Neiges d’antan ou nées d’hier
Vieilles ou jeunes argotières
Toutes cancanières et ragotières
Sans oublier les harengères
Qui aient bon bec, sont de Paris
Après avoir ouï ma complainte
Vous conviendrez et sans contrainte
Ainsi que moi sans plus de feinte
Qu’il n’est bon bec dedans Paris
Que d’perroquet Paris sont pris
Fait pas un pli
–
Un perroquet bel animal
Dedans sa cage s’emmerdait fort
Malgré les plats malgré l’roquefort
Et le Sauternes Ha ! Quel régal !
C’est dans Paris il résidait
Tout près de l’Elysée Palais
On lui apprit les bonnes manières
Ce qu’il faut faire ce qu’il faut taire
Le Gauthier qui l’habilla
Une queue de pie lui façonna
Un peu serrée aux entournures
« Une queue de pie ? Ha ! Quelle injure !
Et pourquoi pas des plumes de paon
Des plumes d’autruche dans mon derrière ? »
Il serait bien foutu le camp
Mais il resta sans faire le fier
C’est qu’au logis il voit, entend
A quelles sauces mangent la France
Les Grands Maîtres de la finance
Et leur pantin de Président
Lui disent comme çà : « Tu nous laisses faire
Nous on prend tout toi tu prends l’air
Vas à Pékin vas à Berlin
Vas à Tonkin vas au Bénin
Vas au Zambeze Vas en Corrèze!
Pendant c’temps-là avec les lois
Gens de haut vol de bon aloi
Avec le pèze on fait l’trapèze »
Fourchettes d’or, crocs en acier
Dans le gâteau piquent déjà
Tout ce qu’ils peuvent élus pour ça
Ou bien nommés rien à cirer
Se battent entre eux des rats d’égout
Pour une mairie pour une affaire
Un plan juteux humanitaire
Et les casseroles Ha ! Quel dégoût !
« Puisque partout on mondialise
Les trains, les eaux, et l’atmosphère
Les chiens les os et les mémères
Il nous faut une nouvelle mise
Les règles du jeu ont fait leur temps
Plus de protections nationales !
Nulle opposition syndicale !
Et que ça saute tambour battant !
Le seul pouvoir la seule morale
Que l’on suivra dorénavant
C’est celle du fric bénéficiant
Aux actionnaires les autres que dal »
Et même not’ langue not’ beau français
Qui de Rabelais jusqu’à Verlaine
Pleurer nous f’sait ou rigoler
Voici qu’ils la traitent en vilaine
Comme si de plus rien ne servait
Veulent la ranger aux vieilleries
Quand au dessert Sarkozy rit
Et ses ministres c’est en anglais
Toi le chômeur qui ère et mise
Toi l’ouvrier toi l’Auvergnat
Qui sans façon ces vers lisent
C’est un ingrat qu’en accoucha
Un perroquet que en latin
On éduqua pour que de fou
Il nous amuse, mais mauvais coup !
De nous s’amuse sa muse La fin




