Il ne sait plus que faire, Emmanuel Macron, pour donner l’impression d’exister encore alors qu’il est au crépuscule de sa présence illégitime à la tête de la République – à moins de réclamer les « pouvoirs exceptionnels » ? Discrédité depuis des années, battant des records d’impopularité, détesté par les travailleurs pour l’ensemble de son « œuvre » de destruction (des services publics, des conquêtes sociales, du produire en France, de la République une et indivisible, de l’indépendance de la France même et de sa langue), il ne reste qu’à Jupiter le rite maintes fois usité sous son règne de panthéoniser – geste, n’en doutons pas, auquel il n’aura certainement pas droit une fois qu’il sera décédé. Histoire de faire oublier son bilan calamiteux et d’apparaître comme un « être de concorde » … mais quitte à tordre et à falsifier l’histoire, comme à son habitude.
Macron avait déjà brillé par son culot et son hypocrisie en panthéonisant Missak et Mélinée Manouchian, rendant hommage à l’engagement communiste de ces derniers. Ce qui n’empêche pas Macron de piétiner et de honteusement assimiler le communisme au nazisme, via les résolutions adoptées par les eurodéputés (des Verts et du PS à l’extrême droite en passant par… la Macronie) qui criminalisent le communisme depuis des années. Le voici désormais en train de récidiver avec sa dernière victime : l’historien Marc Bloch. Gageons que Macron n’a certainement pas lu l’ouvrage qui a assuré la renommée de l’historien résistant qui ne pouvait accepter l’infâme débâcle de 1940 : L’Etrange défaite, publié à titre posthume après l’assassinat de son auteur par les miliciens à l’été 1944. Car il est fort à parier que Macron n’aurait pas engager la panthéonisation de celui à propos duquel « l’historien » Jean Lopez affirma, dans son éditorial de la revue Guerres et histoire du 12 juin 2020, que « l’historien des causalités lourdes, des complexités et des systèmes, [a] perd[u] sa boussole » pour comprendre la défaite de 1940, « invoquant une cause unique, simple et occulte, à l’usage de ceux que rebute le patient dévidage des causes enchevêtrées » ; un « complotiste » en quelque sorte…
Mais pourquoi donc un jugement aussi lapidaire et médisant ? Peut-être parce que Marc Bloch a eu le tort d’affirmer en avril 1944, comme le rappelle l’historienne Annie Lacroix-Riz en introduction de son ouvrage Le Choix de la défaite, que : « Le jour viendra […] et peut-être bientôt où il sera possible de faire la lumière sur les intrigues menées chez nous de 1933 à 1939 en faveur de l’Axe Rome-Berlin pour lui livrer la domination de l’Europe en détruisant de nos propres mains tout l’édifice de nos alliances et de nos amitiés. Les responsabilités des militaires français ne peuvent se séparer sur ce point de celles des politiciens comme Laval, des journalistes comme Brinon, des hommes d’affaires comme ceux du Creusot, des hommes de main comme les agitateurs du 6 février, mais si elles ne sont pas les seules elles n’en apparaissent que comme plus dangereuses et plus coupables pour s’être laissé entraîner dans ce vaste ensemble. » De quoi nourrir les accusations des « anti-complotistes » de choc, incapables justement de voir l’enchevêtrement des causes réclamé par Jean Lopez…
Cet enchevêtrement, Macron ne l’a pas lu – pas plus qu’il n’a réellement lu Paul Ricoeur. La démonstration de Bloch est pourtant implacable et apparaît comme un féroce réquisitoire contre l’oligarchie de l’entre-deux-guerres… et a posteriori contre celle d’aujourd’hui. Jugez plutôt : l’une des causes fondamentales cette étranger défaite selon Marc Bloch ? L’ignorance et la désinformation savamment organisées par les forces prétendument « démocratiques » :
« Ce n’est pas seulement sur le terrain militaire que notre défaite a eu ses causes intellectuelles. Pour pouvoir être vainqueurs, n’avions-nous pas, en tant que nation, trop pris l’habitude de nous contenter de connaissances incomplètes et d’idées insuffisamment lucides ? Notre régime de gouvernement se fondait sur la participation des masses. Or, ce peuple auquel on remettait ainsi ses propres destinées et qui n’était pas, je crois, incapable, en lui-même, de choisir les voies droites, qu’avons -nous fait pour lui fournir ce minimum de renseignements nets et sûrs, sans lesquels aucune conduite rationnelle n’est possible ? Rien en vérité. Telle fut, certainement, la grande faiblesse de notre système, prétendument démocratique, tel, le pire crime de nos prétendus démocrates. » Formidable écho à notre époque où l’ignorance et la crétinisation – combattues par le Parti communiste français de Thorez et Duclos contre la déferlante anti-« culturelle » de l’impérialisme états-unien en France après 1945 – explosent, encouragées par la destruction de l’Instruction et l’enseignement forcé de poncifs aussi ridicules qu’abjects tels que « communisme = nazisme », « l’Europe, c’est la paix » ou encore « l’Ukraine est une démocratie ». Il est vrai que les chaînes de désinformation continue, les réseaux anti-« sociaux » et « l’intelligence artificielle » (célébrée par de prétendus « communistes » arrivistes et incapables de produire une analyse humaine propre) contribuent largement à ce naufrage intellectuel, plaçant la France en queue de peloton des pays dits « développés » en matière de maîtrise de la langue et des mathématiques…
Féroce mais tellement juste, Marc Bloch enfonce la France de l’entre-deux-guerres : « Au cours de deux guerres, j’ai fréquenté beaucoup d’officiers, de réserve ou d’active, dont les origines étaient extrêmement diverses. Parmi ceux qui lisaient un peu et déjà étaient rares, je n’en ai presque vu aucun tenir dans ses mains un ouvrage propre à mieux lui faire comprendre, fût-ce par le biais du passé, le temps présent. J’ai été le seul à apporter, au 4e bureau, le livre de Strasser sur Hitler ; un seul de mes camarades me l’a emprunté. La misère de nos bibliothèques municipales a été maintes fois dénoncée. Consultez les budgets de nos grandes villes : vous vous apercevrez que c’est indigence qu’il faudrait dire. […] On m’a raconté que dans une commission internationale, notre délégué se fit moquer, un jour, par celui de la Pologne : de presque toutes les nations, nous étions les seuls à ne pas pouvoir produire une statistique sérieuse des salaires. » Pas « moderne » comme l’IA… mais tellement plus humaniste et indispensable pour que se développe un être humain.
Au-delà de l’indigence intellectuelle et culturelle, Bloch n’épargne le triptyque œuvrant déjà à l’époque pour détruire le pays de l’intérieur, à savoir :
- Les « journalistes » : « Le plus grave était que la presse dite de pure information, que beaucoup de feuilles même, parmi celles qui affectaient d’obéir uniquement à des consignes d’ordre politique, servaient, en fait, des intérêts cachés, souvent sordides, et parfois, dans leur source, étrangers à notre pays. » N’est-ce pas le cas avec l’oligopole médiatique constitué par les milliardaires Bolloré, Kretinsky – à propos duquel Macron déclara en octobre 2018, pour justifier le quasi rachat du Monde : « Lorsque ce sont des investisseurs de l’Union européenne, il n’y a pas d’interdiction ou de limite » – ou le réactionnaire Pierre-Edouard Stérin ?
- Le grand patronat : « Nos chefs d’entreprises ont toujours mis leur foi dans le secret, favorable aux menus intérêts privés, plutôt que dans la claire connaissance, qui aide l’action collective. Au siècle de la chimie, ils ont conservé une mentalité d’alchimistes. Voyez encore les groupes qui, naguère, se sont donné chez nous pour mission de combattre le communisme. » Un secret des affaires plus que jamais à l’ordre du jour avec le MEDEF en roue libre, mais aussi dans le cadre de l’OMC, du FMI, de la Banque mondiale, de la Banque centrale européenne et, plus largement, du temple de la corruption et du paradis à lobbies que constitue l’« Union européenne ».
- Les forces prétendument « patriotiques » : « A vrai dire, que les partis qualifiés de « droite » soient si prompts aujourd’hui à s’incliner devant la défaite, un historien ne saurait en éprouver une bien vive surprise. Telle a été presque tout au long de notre destin leur constante tradition : depuis la Restauration jusqu’à l’Assemblée de Versailles. Les malentendus de l’affaire Dreyfus avaient bien pu, un moment, paraître brouiller le jeu, en confondant militarisme avec patriotisme. Il est naturel que les instincts profonds aient repris le dessus ; et cela va très bien ainsi. Pourtant, que les mêmes hommes aient pu, tour à tour, manifester la plus absurde germanophobie et nous pousser à entrer, en vassaux, dans le système continental allemand, s’ériger en défenseurs de la diplomatie à la Poincaré et vitupérer contre le « bellicisme » prétendu de leurs adversaires électoraux, ces palinodies supposent, chez ceux des chefs qui étaient sincères, une invraisemblable instabilité mentale ; chez leurs fidèles, une insensibilité non moins choquante aux pires antinomies de l’entendement. » Beau descriptif du prétendu « Rassemblement national » (qui, comme à son habitude, cherchera à « dédiaboliser » sa véritable nature pourtant antipatriotique), des faux « Républicains » … et bien entendu de la Macronie.
La panthéonisation de Marc Bloch a finalement un mérite : celui de nous rappeler que 80 ans après son assassinat, les mêmes forces destructives continuent d’opérer en France, soumettant notre pays à l’ordre UE-OTAN et à la funeste marche à la guerre généralisée. Le tout, avec la complicité criminelle des états-majors des confédérations syndicales et de la « social-démocratie » sous toutes ses composantes. Raison de plus pour tirer les leçons des analyses de Marc Bloch – dont de prétendus « communistes » ne comprendront jamais la portée profondément politique de sa commémoration pour notre époque et notre avenir – en vue des échéances électorales à venir. Et au-delà, pour en finir avec un ordre capitaliste sous domination de l’Axe UE-OTAN qui sème partout misère, fascisme et guerre.




![Grands récits : peut on encore croire au progrès ? [ le débat en vidéo – café marxiste ]](https://www.initiative-communiste.fr/wp-content/uploads/2026/06/20260621-grands-recits-progres-cafemarxiste-120x86.jpg)