Franche renaissance communiste ou… révolution de palais ? #38econgrèsPCF

On lira ci-dessous le commentaire qu’une commission du PRCF a rédigé à propos du texte Manifeste pour un PC du 21ème siècle récemment publié dans le cadre du prochain .

Le regroupement le plus large des communistes est plus urgent que jamais alors que Macron accélère l’euro-dissolution finale de la nation entraînée vers le « saut fédéral européen ». Mais cette unité de combat doit se faire dans l’action, en s’adressant d’abord à la classe ouvrière, sans se subordonner à quelque fraction euro-réformiste de la direction sortante du PCF-PGE que ce soit, sur la base d’une lige claire de rupture révolutionnaire avec la désastreuse « mutation » anti-léniniste et avec la funeste « construction » euro-atlantique du grand capital.

Pour cette unité-là, la seule qui puisse aider le monde du travail à reprendre l’offensive, le PRCF propose de bâtir ensemble une grande campagne tournée vers les usines, les gares, les quartiers populaire, etc., appelant à affronter Macron-MEDEF et à sortir la France, par la voie progressiste et révolutionnaire, des mouroirs capitalistes que sont l’euro, l’UE et l’OTAN.


Texte 1 – Franche renaissance communiste ou… révolution de palais ?

À propos du « texte alternatif », Pour un manifeste du PC du 21ème siècle, élaboré en vue du congrès du PCF : des militants du PRCF donnent leur avis.  

Alors que se prépare le un projet de texte alternatif intitulé « Pour un manifeste du du 21ème siècle » (mpc21 pour le dire en abrégé) vient d’être publié, diffusé notamment par lepcf.fr. Ce texte a un mérite : il refuse d’entrer dans le jeu dérisoire des amendements à la  « base commune » que souhaite imposer une direction du PCF inféodée au Parti de la Gauche Européenne (PGE) et aux restes du PS. Pour autant, la lecture de ce projet soulève plusieurs questions : ce texte se distingue-t-il franchement et suffisamment des orientations de la direction actuelle du PCF ? Ses auteurs font-ils un bon calcul, y compris tactiquement, quand ils choisissent de rester dans un flou certain sur plusieurs questions stratégiques urgentes ? De même, est-il efficace de recycler intensément, dans l’espoir évident de ratisser large, des expressions et des thématiques usées jusqu’à la corde issues de cette « mutation » qui a dénaturé le PCF et placé le mouvement ouvrier dans une défensive perdante ? Les communistes savent combien les équivoques peuvent être dommageables, voire rédhibitoires. Et c’est encore plus vrai quand, en pleine phase d’arrachage ultime par Euro-Macron des conquêtes du CNR, la reconstruction d’un parti franchement communiste – ce parti que le PCF-PGE n’est plus, hélas, depuis longtemps –, devient vitale pour l’avenir du mouvement populaire.

I – Reconstruire l’indépendance nationale par le Frexit progressiste ou ménager le mensonge réformiste d’une « autre construction européenne » dans une « autre mondialisation » ?

À l’heure du “saut fédéral européen”, est-il suffisant d’affirmer que l’enjeu du macronisme est de défaire le « modèle social français » (sic) alors que, pour rendre irréversible la régression sociale, élargir l’espace vital des monopoles capitalistes « français » et forclore la perspective du socialisme pour la France, Macron mine les fondations même de l’État-nation républicain hérité de la Révolution jacobine et refondé par le CNR ? D’ailleurs ce président des riches que le PCF a soutenu au second tour n’agit-il pas avec acharnement pour  substituer la “souveraineté européenne” à la souveraineté de la Nation, la « défense européenne » intégrée à l’OTAN à l’armée nationale ? Dessiné dès 2011 par le Manifeste patronal Besoin d’aire, le programme exécuté par Macron n’est-il pas ouvertement de rendre irréversibles les régressions sociales ordonnées par les directives européennes en dissolvant la France dans ce que le MEDEF nomme les « États Unis d’Europe » arrimés à l’ « Union transatlantique » ? Car tout doit disparaître de ce qui fait notre pays, qu’il s’agisse du produire en France – un concept totalement absent du texte mpc21, lequel ne dit mot, par ex., des délocalisations que stimule l’UE en tant qu’ « économie de marché ouverte sur le monde où la concurrence est libre et non faussée ». De même, tout doit disparaître de la « République une et indivisible » démantelée au profit du « pacte girondin », mais aussi d’une autre grande absente de ce texte, la langue française sacrifiée au tout-anglais « transatlantique » et à l’américanisation forcenée des modes de vie. Silence troublant également s’agissant de la séparation laïque de l’État et des Églises à laquelle Macron veut substituer la prétendue « réparation du lien abîmé avec l’Église » (sic). Si ce texte est imprégné du lexique et des propos altermondialistes et alter-européistes (« changer l’Europe pour une autre mondialisation ») hérité, hélas, de l’eurocommunisme et de la « mutation », force est de constater qu’il ne dit mot de cette casse généralisée de la nation qui vise à frapper la classe des travailleurs, détruire ses conquêtes sociales et démocratiques, bloquer sa capacité d’action présente et future. Mpc21 privilégie en outre des considérations utopiques, manifestement inspirées par les éléments de langage rabâchés de longue date par la très révisionniste commission économique du PCF. Faut-il faire ici la liste de ces antiennes lancées par les sociaux-démocrates et largement reprises jusqu’au gouvernement, notamment à l’époque de Jospin et de ses ministres « communistes », sur la « sécurité emploi-formation », sur la « formation tout au long de la vie », sur de « nouveaux critères de gestion » (mais sans expropriation capitaliste, les mots « nationalisation » ou « socialisation  » étant contournés au long de la trentaine de pages de ce manifeste ), de « nouveaux pouvoirs » (sans que jamais ne soit posée la question de la conquête et de la défense par la classe ouvrière et ses alliés du pouvoir , ce levier indispensable à toute révolution réelle).

affiche du PRCF de 2005 pour le non à toute constitution européenne

S’agissant de l’UE, les rédacteurs de mpc21 repoussent diplomatiquement la question centrale du Frexit progressiste aux calendes grecques. De même que la question d’une sortie du PCF hors du PGE, cette courroie de transmission de la social-eurocratie qui soutient par ex. à bout de bras A.Tsipras, membre éminent du PGE, contre le peuple grec. Ce texte préfère présenter deux « fenêtres », l’une alter-européiste qui doit sans doute avoir les faveurs de certains signataires tels que M. Chassaigne et les « économistes » distingués du PCF-PGE ; l’autre option est plus euro-critique et centrée sur la nation : mais on nous avertit aussitôt que ce choix, pourtant crucial, vital et urgent pour la classe ouvrière et la nation, « ne pourra sans doute être tranchée au congrès », qu’il faudra « instruire le débat » par la suite. N’est-ce pourtant pas le rôle d’un congrès que de trancher sur l’essentiel ? Mais en attendant que le débat soit longuement « instruit » par le PCF… (tant pis si pendant ce temps la France achève de se dissoudre sous la férule de Macron dans les eaux glacées de la construction euro-atlantique ?) – le texte est clairement construit sur la première option, altermondialiste et alter-européiste – c’est-à-dire, soyons clairs, réformiste. En effet, avant même que le débat n’ait été ouvert, et de façon tout à fait similaire à la base commune adoptée par le Conseil National du PCF en juin, le texte retient parmi ses orientations la plupart des grigris de la commission économique. Au programme de ce manifeste, l’objectif est « de mobiliser la monnaie » sans que la question du maintien de l’euro ne soit même abordée (sauf erreur, les termes de monnaie unique ou d’euro ne sont employés dans aucune des 34 pages du texte) et d’un « autre rôle de la BCE », tout cela dans le cadre d’une « appropriation sociale des moyens de production » dont le contenu et le périmètre restent hyper-flous.

II – Réformisme utopique travesti en « marxisme vivant » ou nouveau défi léniniste pour notre temps ?

Alors que certains de ses signataires présentent ce texte comme une critique du réformisme, n’est-il pas étonnant que n’y figure aucune mention du rôle dirigeant de la classe laborieuse, du socialisme et de la révolution socialiste, du pouvoir politique du peuple travailleur, aucun appel à refuser la campagne permanente de criminalisation du historique et de l’héritage politique de Lénine? Au contraire, il n’y est question que de « l’échec de l’Union soviétique », d’une « URSS défigurant l’idéal communiste » : comme si la défaite du camp socialiste n’avait rien à voir avec l’intense affrontement de classes international que la première expérience historique d’une société socialiste a dû soutenir sans relâche de la part d’un ennemi prêt à tout, y compris la guerre nucléaire, pour re-mondialiser l’exploitation capitaliste ; comme si la défaite, et non l’échec de l’URSS, résultait du léninisme (mot sans cesse contourné), et non des écarts politiques et idéologiques croissants à son encontre ; comme si l’ « eurocommunisme » du PCF et du PCI (c’est-à-dire leur rupture avec le camp socialiste et leur ralliement intégral au principe de la « construction européenne »), comme si – sur le flanc Est de l’Union Soviétique – l’alliance finale de la Chine maoïste avec les États-Unis devaient être considérés comme des broutilles politiques. Comme si, surtout, l’expérience historique n’avait pas démontré que la destruction contre-révolutionnaire de l’URSS est une catastrophe historique pour le camp mondial du Travail et des peuples et que la mutation anti-léniniste du PCUS et d’autres partis, parmi lesquels le PCF, avait apporté aux peuples autre chose, à l’inverse de la voie léniniste qui prépara d’immenses victoires, qu’une abominable série de contre-révolutions, de contre-réformes et de guerres exterminatrices depuis 1991… Avec, pour principal fruit vénéneux s’agissant de notre sous-continent, l’extension et la consolidation convergentes de l’OTAN et de l’Europe de Maastricht, ce cartel contre-révolutionnaire et impérialiste continental qui broie les peuples du Sud, restaure l’hégémonie revancharde de l’impérialisme allemand, criminalise les partis communistes de l’Est, recycle les nostalgiques de Hitler, Franco et Mussolini, et fait de la France un vassal déclinant de la RFA et de l’Empire étasunien.

Lénine balaie le monde

Sur de tels fondements « historiques », on ne s’étonnera pas que ce « manifeste du PC du 21ème siècle » en reste pour l’essentiel aux vieilles conceptions mutantes du « socialisme autogestionnaire » (sans nationalisation-socialisation des moyens de production, sans planification démocratique, jamais évoquée, ni pouvoir politique du peuple travailleur), des « nouveaux critères de gestion », d’une « autre » utilisation de l’argent, d’une « suppression du chômage » (sans toucher aux rapports de production capitaliste, juste par la vertu d’une « sécurité emploi-formation » ?), bref, sous le nom sans cesse répété de « marxisme vivant », d’un retour caractérisé aux vieilles conceptions utopiques et petites-bourgeoises du proudhonisme.

Certes, on nous parle d’abondance du « communisme », mais sans révolution socialiste, sans rôle dirigeant de la classe ouvrière, sans défense résolue des conquêtes révolutionnaires (et si le mot dictature du prolétariat effraie trop la section économique du PCF, qu’elle en emploie un autre, mais qu’on nous dise concrètement comment, au vu des expériences récentes des menées contre-révolutionnaires sanglantes dans les pays latino-américains, la France progressiste à venir défendra ses conquêtes sociales ?). Ce communisme-là fait penser à ceux qui promettent pour demain un « service public européen », un « socle social européen » et autres fumées de l’imagination pendant qu’aujourd’hui, très concrètement, c’est au nom de l’État européen fédéral en construction (en langage codé, l’Europe fédérale) que l’on casse le service public et le secteur public industriel mis en place par Thorez, Marcel Paul, Croizat, Billoux et Tillon en 1945… Ce tour de passe-passe qui fait miroiter la marche immédiate au communisme et « le dépassement des nations » pour mieux renoncer aujourd’hui à la révolution socialiste et à la défense anti-impérialiste des souverainetés nationales, c’est sous couvert de « novation », de « rénovation », de « mutation », voire de « métamorphose », que les éléments mutants du PCF, rénovateurs, reconstructeurs, refondateurs, le pratiquent avec virtuosité depuis déjà… le 23ème congrès de 1979 (abandon de la dictature du prolétariat, du marxisme-léninisme, de l’internationalisme prolétarien, adhésion « l’avancée au pas à pas vers le socialisme ») ; or, dans la pratique, leur seul résultat « révolutionnaire » et « innovant » fut de désorienter profondément les travailleurs, d’installer comme jamais les illusions sur la collaboration de classes, la « mixité public-privé », pendant que déjà de 81 à 84, et plus gravement encore de 97 à 2002, les ministres issus du PCF et gorgés d’eurocommunisme collaboraient, d’abord avec Mitterrand (pour enterrer le changement), puis avec Jospin, pour mettre en place l’euro et privatiser (pardon : « introduire la mixité public-privé ») à France-Télécom, Air France, la SNECMA et ouvrir à la libéralisation EDF et la SNCF etc.… Quand on veut trop « commencer par les fins », mettre la charrue avant les bœufs en présentant le communisme, terme du processus révolutionnaire, comme le substitut à la révolution prolétarienne, on finit en réalité par le commencement : on fait du surplace, on s’adapte au capitalisme, on s’arrime sans retour à la social-démocratie et aux institutions européennes, en un mot, on s’institutionnalise. Et concrètement, entre deux raids verbaux contre Mélenchon, on ne dit mot contre l’appel instantané, quasi-pavlovien de Pierre Laurent, au nom du PCF, à voter Macron au second tour de la présidentielle sous le couvert d’un mensonge présentant ce président liberticide et admirateur de Trump comme un vivant barrage au fascisme…

III – Parti de la classe impulsant un Front antifasciste, patriotique, populaire et écologiste pour sortir de l’UE du capital, ou parti semi-mutant et dilution du rôle central de la classe ouvrière dans la lutte pour le changement social ?

Au fond tout se tient. Quand on recule devant l’idée de sortir franchement, et par la gauche, de l’UE-OTAN-CETA pour engager la marche au socialisme, quand on ne sait plus trop ce qu’est une révolution socialiste ouvrant la voie au communisme, vu qu’on accepte à demi-mots l’idée que la Révolution d’Octobre était une impasse historique, vu que le texte proposé n’a pas un mot pour défendre ou même pour citer Cuba socialiste, pour condamner la criminalisation des partis communistes en Europe de l’Est ou la déstabilisation oligarchique du Venezuela, comment être clair sur le contenu de classe du futur parti ou sur la force dirigeante du « rassemblement majoritaire » à venir ? Celui-ci prend la forme d’un regroupement fourre-tout qui met sur le même plan, socio-politiquement, « la classe ouvrière », « les artistes », « les cadres », « les petits paysans », « les artisans », qui appelle –belle nouveauté – à « rassembler toute la gauche » (Hamon ? le PS, qui  ?), qui ne gradue pas entre l’oligarchie monopoliste et les petits et moyens patrons et qui propose un « projet » (qui toutefois, soyons rassurés, « n’est pas un programme »).

Pour autant reparaissent cependant ici et là dans mpc21, des thèmes léninistes qui s’ignorent, comme les « cellules d’entreprise » et l’ « avant-garde » (mais sur quel contenu politique, sur quelle stratégie ?). Sur le plan des luttes sociales et de la conjugaison de l’organisation politique et de l’organisation syndicale, le texte n’offre pas davantage de perspectives claires aux travailleurs. Nombreux sont pourtant les travailleurs – et parmi eux, les syndicalistes communistes – qui tirant les enseignements des défaites à répétition auxquelles les a conduits l’affiliation de la CGT à la CES et à la CSI, regardent du côté de la FSM et veulent faire renaître un syndicalisme de classe et de masse capable d’affronter un MEDEF et une Union européenne de plus en plus rapaces, revanchards et et violents. Faute de contester les dirigeants euro-réformistes des confédérations dont certains restent imbibés des préconisations utopico-réformistes de la « commission économique » du PCF (dont les propos ne dépareillent pas des discours des organisations réformistes versant dans la collaboration de classes avec Macron et les organisations patronales…), le mpc21 reprend à son compte la condamnation de l’action conjointe, « tous ensemble et en même temps », des militants syndicaux de lutte et des militants politiques progressistes. À la lecture de ce manifeste, la majorité des syndicalistes et militants progressistes seront choqués d’apprendre que c’était très vilain de défiler ensemble, le 26 mai dernier dans le même cortège que le diable « populiste » Mélenchon et que pour le reste, le nouveau parti communiste devra « repenser ses rapports avec le mouvement populaire » et avec les syndicats… Pourtant nombreux sont les camarades qui aimeraient savoir comment, sans un syndicalisme de classe émancipé de la chape de plomb de la C.E.S., sans mise en cause de la stratégie perdante du « syndicalisme rassemblé » avec la CFDT jaune, sans combat pour les nationalisations et pour la défense-transformation de l’État-nation (et donc pour le Frexit progressiste !), les futurs travailleurs privés de statut national, de conventions salariales nationales, de Code du travail national, de Sécu à la française, pourront animer de futures cellules d’entreprise sans être immédiatement broyés par un patronat plus brutal et anti-syndicaliste que jamais !

IV- « Nouvel internationalisme » ménageant l’UE et l’impérialisme français, ou internationalisme prolétarien de nouvelle génération ?

Faute de qualificatif de classe (le PRCF parle lui d’un « internationalisme prolétarien de nouvelle génération » s’articulant à un « Front anti-impérialiste mondial »), ce « nouvel internationalisme » qu’évoquait déjà, en fait de novation, le 23ème congrès et ceux qui suivirent, met au même plan les autres partis communistes et les « partis progressistes ». Pas question par exemple de renouer des relations privilégiées avec les partis communistes qui, comme le PC de Grèce ou comme le PC portugais, refusent de cautionner ce PGE euro-réformiste qui accepte, voire pratique la criminalisation des partis marxistes-léninistes de l’Est, mais qui refuse de condamner le « progressiste » Tsipras, membre éminent du PGE… alors que ce dernier détruit le droit de grève en Grèce sur sommation de l’UE. Pas question donc, de reconstituer le Mouvement communiste international alors que, par ailleurs, on a plein la bouche de « l’autre mondialisation », que la social-démocratie est organisée planétairement, elle, et que les capitalistes ne se privent pas de s’organiser mondialement pour mener ce qu’ils nomment leur « guerre des classes ». Certes, le texte reprend le mot d’ordre de sortie de l’OTAN, ce qui est bien le minimum, partagé d’ailleurs avec la base commune conduite par Pierre Laurent ; mais rien n’est dit de la manière d’en sortir sans sortir du même coup de cette UE, officiellement « partenaire stratégique de l’OTAN », dont il n’est pas question de sortir. Il s’agit ici exactement de la même incohérence que celle que le PRCF a déjà signalée chez Mélenchon.

Sur le plan des luttes anti-impérialistes et de la défense de la paix, le mpc21 ne dit rien, au long de ses 34 pages, de la lutte héroïque du peuple palestinien, de la défense du processus progressiste au Venezuela et dans les autres pays de l’ALBA ; pire encore, il ne condamne pas fortement et précisément les ingérences néocoloniales de la Françafrique en Libye, en Syrie, au Mali, en Côte d’Ivoire, etc. ; il ne se prononce pas contre la marche à la guerre impérialiste contre l’Iran et la Russie ; il ignore le danger que Trump continue de faire peser sur le peuple de Corée du Nord et, par ce moyen, sur le peuple chinois, même si une phrase quelque peu sibylline dit à raison qu’il faut se garder de condamner sommairement l’expérience chinoise.

Une vraie rupture avec l’idéologie révisionniste de la « mutation » ne devrait-elle pas à l’inverse mettre le cap sur la reconstitution des rapports privilégiés avec tous les partis communistes du monde, claquer la porte de cette machine à égarer les communistes qu’est le PGE, proposer de grandes campagnes pour la paix en rappelant que l’impérialisme est l’ennemi principal des peuples, y compris l’impérialisme européen, défendre les partis communistes persécutés en Europe de l’Est, cultiver les liens avec les marxistes africains, articuler le patriotisme républicain (un autre des mots tabous de ce manifeste !) à l’internationalisme prolétarien en rappelant avec Engels que « un peuple qui en opprime d’autres ne saurait être libre » ?

V – Identitarisme communiste vide, ou bien renaissance communiste liée à une stratégie d’euro-rupture progressiste ?

Concrètement ce texte alternatif ne débouche guère que sur deux propositions pratiques :

  • La première est que le PCF mène en permanence une campagne sur les « coûts du capital ». Pourquoi pas ! Mais il faut aller plus loin et faire comprendre ceci : le capital fait bien plus que « coûter cher » à la société ; dans les conditions d’aujourd’hui, le capital est un rapport social de plus en plus destructif qui mène la société à la guerre mondiale, à la liquidation des nations libres, à la fascisation et au sac irréversible de l’environnement. Cela dit, la proposition « révolutionnaire » du texte n’apparait pas en rupture avec les orientations actuelles du PCF muté. Si P. Laurent est tant soit peu tacticien, il aura tôt fait de reprendre cette proposition puisque que l’essentiel pour lui, en tant que vice-président du PGE, c’est qu’on ne touche pas aux deux vaches sacrées que sont l’euro et l’UE et qu’on n’en revienne surtout pas à un programme précis de nationalisations !
  • La seconde proposition est que le PCF soit présent désormais comme tel à toutes les élections. Pourquoi pas là aussi. Mais pourquoi pas si le contenu de ses candidatures est 100% euro-critique et 100% anticapitaliste. Malheureusement, même dans le texte alternatif qui croit sans doute prendre la direction du PCF « de gauche », c’est loin d’être le cas, comme on l’a vu. Si l’on reprend  le scénario de la présidentielle 2017, nous avions d’ailleurs dit nous-mêmes, en tant que PRCF, que nous pouvions soutenir une candidature A. Chassaigne à condition qu’il se déclare nettement pour le Frexit progressiste et qu’en conséquence, il aille plus loin sur ce point décisif que Mélenchon qui disait alors : « l’UE, on la change ou on la quitte ». Or A. Chassaigne ne nous a jamais répondu. Mais il y a pire : subrepticement on fait passer l’idée, en s’appuyant sur un réflexe « identitaire », et en réalité, le préjugé jamais débattu, qu’il faudrait nécessairement se présenter aux européennes sous l’étiquette communiste. Or, pour n’évoquer qu’une objection, chacun sait que le soir des européennes, la bourgeoisie maastrichtienne regardera AVANT TOUT le chiffre de la participation à cette élection, et notamment, celui de la participation ouvrière et populaire. En effet et par construction, le « parlement » européen ne dispose d’aucun pouvoir et ses majorités bleues, roses, vertes, bleues marine, ou pourquoi pas rouges pâles, ne peuvent qu’entériner les décisions de la commission ou émettre des vœux pieux. Le seul vrai rôle de ce « parlement » potiche et postiche sera d’apporter la caution du suffrage populaire au saut fédéral européen, c’est-à-dire de légitimer le passage des souverainetés nationales à la « souveraineté européenne » ; et c’est malheureusement à cela que contribueront les listes, roses ou rouges pâles, qui rabattront le chaland vers les urnes à cette occasion au lieu d’associer, comme vient d’y inviter le PRCF, à une campagne franchement communiste et progressiste de boycott citoyen, ce dernier s’articulant aux luttes sociales et à la mise en place d’une perspective de sortie révolutionnaire de l’UE. Certes, durant la campagne européenne, le PRCF ne passera sûrement pas son temps à dissuader ce qui reste d’électeurs PCF à voter pour la liste de ce parti s’ils le souhaitent, car il s’agit là de camarades d’idéal et de compagnons de lutte potentiels que nous respectons comme tels. Mais le PRCF utilisera à plein la campagne pour expliquer que l’UE est un broyeur de peuples non moins dangereux que les USA de Trump pour la paix mondiale, l’indépendance de la France, la coopération entre les peuples et la paix mondiale et que donc, pour la France populaire, ne pas sortir de l’UE ce serait la certitude « d’y rester » à tous les sens de cette expression !

S’agissant de cette question électorale, et c’est sans doute le plus fort point de convergence entre les forces hétérogènes qu’unit ce texte si disparate par ailleurs quand il s’agit des questions stratégiques fondamentales, le mpc21 n’a pas de mots assez durs contre Mélenchon. Le PRCF considère pour sa part, expérience faite, qu’il a bien fait d’appeler clairement à un vote critique pour JLM à la présidentielle de 2017. Dans les conditions du scrutin d’alors, et en l’absence de toute proposition claire du PCF (malheureusement très à droite de Mélenchon sur le rapport au PS et à l’Europe, sur Cuba ou sur la situation en Ukraine !), c’était le seul moyen d’empêcher ce qui a eu lieu déjà en Italie : la liquidation de l’espace politique progressiste indispensable aux luttes futures. En même temps, le PRCF a permis aux communistes de mener une campagne indépendante, permettant d’exprimer haut et fort toutes les critiques clairement mais sans agressivité inutile quand nous le pensions nécessaire, notre slogan de campagne étant parfaitement clair : « votons Mélenchon et surtout, reconstruisons un vrai parti communiste ». D’autres voyaient alors… un grave danger dans l’élection de… Melenchon ! Mais si, par hypothèse d’école, JLM avait gagné, le bac national, le code du travail, les retraites par répartition, le statut de la fonction publique, le statut d’Air France et celui des cheminots, l’université à la française, seraient-ils « le dos au mur », comme c’est le cas aujourd’hui très gravement le cas ? Ou le mouvement populaire n’aurait-il pas quelques moyens politiques supplémentaires pour passer à la contre-offensive ?

Bien sûr, on peut cependant admettre que des camarades marxistes très attachés à l’idée du parti communiste et confondant cette idée juste avec l’adhésion ad vitam æternam au PCF muté et archi-muté, émettent les plus graves réserves à l’encontre de Mélenchon. Alors que P. Laurent, parlant au nom du PCF, a tout fait durant la campagne électorale 2017 pour sauver le soldat Hamon (pourtant partisan notoire de l’OTAN) et pour plomber Mélenchon (adversaire dudit l’OTAN), il est assez étrange que le texte mpc21 mette quasiment sur le même plan Marine Le Pen et Mélenchon, qualifiés tous deux de « repoussoirs » utiles à Macron,  Mélenchon étant de surcroît traité de « nationaliste ».  Est-ce parce qu’il s’interroge sur ce tabou suprême : la sortie de l’euro ?  Où parce qu’il se dit (et la formule a le mérite de contourner le mot piégé de « souverainiste ») « indépendantiste français » ? Ou parce qu’il refuse de saluer le drapeau clérical de l’UE, ce que ne peut qu’approuver tout communiste fidèle au combat de toujours de J. Duclos ou de G. Marchais contre chacune des étapes de la construction européenne ? Serait-ce parce que JLM, narguant Macron, a visité la Russie le 9 mai dernier, jour de la victoire sur le nazisme de l’héroïque Armée rouge ? Serait-ce parce que, nommant un chat un chat, JLM parle, comme jadis Duclos ou Marchais, d’ « Europe allemande » ? Ou encore parce que le Parti de gauche français s’apprête à sortir du PGE, co-présidé par le PCF, qui tolère en ses rangs le briseur de grève Tsipras ?

En réalité, si une critique, y compris sévère, peut être faite à Mélenchon par les communistes, ce n’est pas la critique droitière, européiste et finalement supranationaliste des partisans de l’euro qui accaparent la commission économique du PCF-PGE. Il vaudrait mieux relever que, dans la dernière période, élections européennes supranationales aidant, la France insoumise semble mettre une sourdine sur l’idée d’un « plan B » permettant de sortir de l’UE (une « mise en sourdine » qui risque fort de ne plus distinguer la F.I. de Hamon ou, sur ce point, de MM. Laurent et Chassaigne ?). Pourtant, en toute logique, le plan B (sortie de l’UE par la gauche) devrait remplacer le plan A tant il est absurde de vouloir changer du dedans une UE totalement verrouillée dans un sens atlantique, néolibéral, (d’aucuns diraient « totalitaire ») par l’ensemble des traités qui la définissent et qui ne peuvent changer que par l’accord unanime des 27 Etats européens. En un mot, une critique de gauche de JLM, une critique d’esprit communiste, révolutionnaire, serait la bien venue, et chaque fois qu’il est nécessaire le PRCF la mène publiquement tant il est évident que les communistes français s’ouvriraient un très large espace politique s’ils portaient devant la classe ouvrière, en allant ensemble aux usines avec le même tract anti-UE et anticapitaliste, l’idée d’une France Franchement Insoumise à l’UE du capital au lieu de trembler à l’idée d’un Frexit progressiste, internationaliste et antifasciste. Ce qui au contraire doit choquer les communistes, c’est la critique droitière et faussement identitaire de Mélenchon, une critique qui reproche à JLM d’être trop critique à l’encontre de l’UE et de l’euro, alors que c’est justement parce qu’il les ménage encore trop que JLM ne parvient pas à attirer la majorité de la classe ouvrière (bien qu’il y parvienne cent fois mieux que le PCF-PGE décaféiné !), chose qui suppose d’arracher le drapeau national des mains indignes des Le Pen, en associant le drapeau tricolore de la nation au drapeau rouge international du prolétariat mondial.

Conclusion

Au final, les non-dits et les équivoques criants du texte mpc21 reflètent la méthode qui a conduit à son élaboration. Au lieu de partir d’un contenu clair, par ex. celui des « quatre sorties » (euro, UE, OTAN, capitalisme) et du FRAPPE centré sur la classe ouvrière et rouvrant la perspective de la révolution socialiste, au lieu de rechercher une unité communiste de combat avec les militants qui se sont organisés hors du PCF pour faire vivre un léninisme de notre temps, ce texte attrape-tout peut au mieux faciliter une manœuvre d’appareil, pour ne pas dire une révolution de palais, en mettant de vrais communistes à la remorque du groupe parlementaire et des éléments hyper-révisionnistes de la commission économique de « Fabien ». Cette manœuvre peut-elle inquiéter Pierre Laurent ? Mais est-ce là la vraie question du point de vue de l’intérêt de classe des travailleurs ? Car dans le meilleur des cas, si cette manœuvre réussissait,

  1.  elle aurait malheureusement tiré très à droite de leurs bases politiques durement conquises des camarades marxistes encore membres du PCF pour lesquels nous conservons une profonde estime. Sans parvenir à enthousiasmer les éléments vraiment prolétariens et révolutionnaires, le texte mpc21 nous semble plutôt propre à enliser l’opposition à Laurent dans le marais de conceptions semi-mutantes. Or, moins que jamais celles-ci ne feront le poids à l’heure où la France et son héritage social (qui n’a rien d’un « modèle » !) sont menacés d’euro-dissolution finale et où par ailleurs, les dangers de guerre mondiale et de fascisation sont plus préoccupants que jamais,
  2. et elle risque fort de reproduire en pire l’histoire du Parti italien de la Refondation communiste (« Rifondazione comunista ») qui, après l’auto-liquidation du PCI eurocommuniste, n’aura fait vivre quelque temps un semblant de nouveau PC italien qu’en associant la carpe au lapin, qu’en subordonnant quelques « marxistes orthodoxes » à des éléments trotskistes, révisionnistes et eurocommunistes. Pour finir ce parti hétéroclite s’est lui-même liquidé en stérilisant pour longtemps en Italie, l’espace communiste, et même l’espace progressiste. Voulons-nous cela pour la France à l’heure où le macronisme veut porter le coup de grâce au pays de la Commune et du Front populaire, voire au mouvement syndical de classe ? On ne peut pas jouer avec ça : une fausse renaissance communiste s’avérant rapidement non-viable produirait une déception pour longtemps insurmontable dans le monde du travail. Au contraire, sans chercher éternellement midi à quatorze heures, nous avons besoin d’un parti franchement communiste luttant pour une France franchement insoumise à l’UE du capital ; et pas d’une resucée légèrement rougie du PCF mutant. A un moment donné, comme disait crûment Lénine en évoquant l’urgente rupture du bolchevisme avec les partis de la IIème Internationale en faillite, « il faut ôter la chemise sale et mettre une chemise propre »…

C’est pourquoi, une fois les désaccords idéologiques et stratégiques amicalement et franchement formulés, nous renouvelons notre proposition pratique, propre ici et maintenant à combattre le découragement et à relancer l’esprit de lutte pour la rentrée 2018 : qu’ensemble tous les vrais communistes, membres ou pas du PCF, rédigent un tract de masse à diffuser prioritairement à la classe ouvrière des usines, des gares, des dépôts EDF, mais aussi aux services publics, aux facs et aux quartiers populaires, pour remettre NOTRE CLASSE au centre des luttes pour le changement et pour combattre offensivement l’UE, le MEDEF et Macron sur des bases anticapitalistes.

Dans l’action, sans nous subordonner à quelque fraction réformiste ou semi-réformiste que ce soit, rapprochons le moment devenu urgent pour les travailleurs, de reconstruire un Parti communiste de combat délesté des apparatchiks mutants, d’unir les vrais communistes, de les séparer des euro-réformistes, de les préparer à la renaissance communiste véritable, de les faire véritablement « s’in-soumettre » à tous les courants petit-bourgeois, y compris à ceux qui infestent le PCF et son « secteur économique ». Ainsi agirions-nous efficacement pour « mettre le monde du travail au centre de la vie nationale » ainsi qu’y invitait le programme du CNR intitulé « Les Jours heureux ».