Philosophie au Lycée : les Professeurs donnent 3/20 à la réforme Blanquer et exigent son annulation

Comme le Droit du Travail l’aura vécu et subi ces 30 dernière années, l’Éducation Nationale, se trouvant entre les mains d’un démiurge “Ministre”, est, à chaque législature, l’objet d’une “réforme”. Comme si un champ de travail pouvait connaître, avec l’efficacité recherchée, des changements substantiels, tous les 3, 4, ou 5 ans. Et si encore ces changements provenaient des réflexions et des décisions des travailleurs, experts, en l’espèce, les professeurs, on pourrait penser que ces changements auraient une chance d’être pertinents, féconds. Mais voilà : dans cet État anti-démocratique qu’est la France, l’élite fonctionne dans sa bulle, n’écoute et n’entend rien, et impose. Bien entendu, elle donne le change : elle joue la comédie du “dialogue social”, avec des rencontres, comme le Ministère de l’Éducation Nationale a pu le faire en amont (tout petit amont, juste avant !), de son “projet”, en rencontrant les associations (http://www.appep.net / – http://www.acireph.org /) de professeurs, les syndicats. Pour l’enseignement de la , de l’amont à l’aval, les professeurs ont exprimé leur opposition, aux principes, aux effets, de ce “projet”, de la rhétorique gouvernementale “bienveillante”. Réunis à l’occasion de réunions concernant la correction des épreuves de , les professeurs, dans chaque Académie, ont pu se parler de la “réforme”, qui forme un bloc redoutable, du /, jusqu’à l’Université/Parcours Sup. Dans nombre d’Académies, ils ont, ensemble, écrit, approuvé, des motions, pour, principalement, rejeter ce blog, la réforme, du , du , demander une négociation, véritable.

https://www.snes.edu/Mobilisation-2018-des-profs-de-philo.html

Pourquoi ? Est-ce par conservatisme ? Comment comprendre que des professeurs rejettent une réforme dont, on dit, qu’elle est favorable à “la Philosophie”. Comme vous le savez, les “on dit”, les professeurs de Philosophie s’en méfient. La rhétorique sophistique, ils connaissent – informés qu’ils en sont par la pensée philosophique initiale, avec Socrate et Platon. Ils regardent toujours au-delà des apparences, esthétiques. Et leur analyse rationnelle de la réforme, de ses principes à ses effets, internes, externes, les a conduit à cette décision, de la rejeter. C’est que, loin de la valoriser d’une manière inédite, cette réforme aggrave sa marginalisation, et la place dans de telles conditions que la plus grande probabilité est son affaiblissement, pour ne pas dire pire. Par exemple, dans les “spécialités”, qui se substituent aux filières, la Philosophie est présente une seule fois, et avec la Littérature, ce que la majorité des professeurs de Philosophie rejettent. Non que la littérature ne soit pas un champ significatif et cognitif important et apprécié, mais, par son Histoire, par son propos, par ses objets, la Philosophie est intimement liée à l’Histoire des Sciences, matérielles, qu’il s’agisse de la matière sans vie ou de de la matière avec vie. Or, si peu d’élèves choisissent cette unique spécialité actuelle, “Humanité, Littérature et Philosophie”, l’enseignement sera affaibli, dès le Lycée, et on sait que le Ministère rêve de supprimer des milliers de postes, et les Unités universitaires de formation à la Philosophie le seraient, par effet domino. Mais les professeurs de Philosophie ne rejettent pas cette réforme seulement parce qu’ils la savent dangereuse pour leur enseignement, mais, pour l’ensemble de la profession, pour les jeunes eux-mêmes, dont le futur baccalauréat aurait plus ou moins de valeur selon le lycée de formation, puisque les établissements disposeraient d’une autonomie de plus en plus substantielle, avec le risque de la suppression d’un programme national, et, dans cette hypothèse, le diplôme obtenu ne permettrait plus de le faire valoir, de manière égalitaire et substantielle, dans le monde du travail, en référence à des conventions collectives. Les professeurs de Philosophie voient clair dans le jeu ministériel et étatique : le statut de fonctionnaire est visé par cette politique; les professeurs, précaires, seraient de plus en plus soumis à des managers, puisque l’Etat, comme dans le Ministère du Travail, copie le privé, et le privé le plus néfaste (celui où les directeurs des ressources humaines sévissent), avant de parvenir à un démantèlement de l’, explosée en entités régionalisées, “autonomes”. Nous saluons les professeurs de Philosophie qui ont ainsi si clairement et fortement rejetés, comme les Cheminots, une réforme si dangereuse, et nous les invitons à s’organiser, nationalement, dans leur organisation, via, par-delà leur organisation, pour constituer, ensemble, un Front, unitaire, puissant, ce qu’ils ont déjà réussi à faire, pratiquement.

 

François Lecrocq pour www.initiative-communiste.fr