Indonésie : Ahok le gouverneur de Jakarta condamné à deux ans de prison pour « blasphème »

La condamnation de Ahok le très populaire gouverneur de la capitale indonésienne condamné à deux ans de prison ferme pour « blasphème » contre le coran fait scandale, en et dans le monde. Depuis des millions d’indonésiens – dans un pays qui est le premier pays musulman du monde mais qui rassemble une multitude de peuples et de religions – se mobilisent pour dénoncer un jugement qui marque la main mise des nationalistes musulmans radicaux sur le pouvoir.

Ahok est le second gouverneur chrétien de la région de , le précédent étant Ngantung en 1964. Il appartient également à la minorité chinoise indonésienne.

Chacun pourra entendre le silence assourdissant de la diplomatie française, jusqu’au président sortant François Hollande et son héritier le président élu Emmanuel Macron, sur la question. Ce alors que François Hollande revient d’une visite d’état en Indonésie, et que le gouvernement auquel a participé Macron n’avait pas hésité à mener une campagne internationale pour défendre un trafiquant de drogue condamné en Indonésie… Il est vrai que durant les plus de 40 ans de la dictature de Soeharto, la France n’avait jamais eu un mot pour y défendre les droits de l’homme, pour stopper les génocides frappant les communistes ou le peuple du Timor Est.

Le gouverneur progressiste de la capitale indonésienne condamné pour blasphème

En 2012, Ahok est élu vice gouverneur de Jakarta au côté de Jokowi l’actuel président indonésien à qui il succède comme gouverneur en novembre 2014 lors de son élection.Ahok a à son bilan l’amélioration des transports et infrastructures publics de la capitale, mais également un système de santé gratuit.

Jakarta au début et à la fin du mandat de Ahok

Ultrafavori à sa propre réélection, il avait au début de sa campagne, le 27 septembre 2016, accusé ses adversaires d’instrumentaliser le verset n°51 du Coran qui suggère que les musulmans n’ont pas le droit de choisir des non-musulmans comme chefs, en lançant à un groupe de pêcheurs :

«Peut-être au fond de vous pensez-vous ne pas pouvoir voter pour moi, car certains vous mentent en exploitant ce verset du Coran ; c’est votre droit de les croire. Ne vous sentez pas mal à l’aise à l’idée ne pas pouvoir voter pour moi de crainte d’aller en enfer, parce qu’on vous ment. Ne vous en faites pas. N’y réfléchissez pas trop, vous risqueriez une attaque d’apoplexie.»

Le verset 51 proclame « Ô vous qui croyez ! Ne prenez pas les juifs et les chrétiens pour alliés. Ne sont-ils pas alliés les uns aux autres ? Quiconque parmi vous les prend pour alliés sera des leurs. Dieu ne guide pas les gens injustes » et est utilisé par l’ politique pour tenter d’interdire aux musulmans de voter pour des candidats non musulman.

Immédiatement, les organisations islamistes indonésiennes demandent à ce qu’il soit jugé et condamné pour blasphème. Une importante manifestation rassemblant plusieurs dizaines de milliers de personnes pour exiger sa condamnation est organisée le 4 novembre 2016 à Jakarta, causant un mort et plusieurs centaines de blessés. Les vice président du parlement indonésien Fahri Hamzah et Fadli Zon y participent. Le vice président Kalla (Golkar, Parti de l’ancien dictateur Soeharto) promet aux organisateurs qu’une enquête sera menée sous deux semaines. Le 2 décembre, les islamistes rassemblent entre 200 et 500 000 personnes sur la place de l’indépendance à Jakarta pour une prière collective.

Ahok, arrivé en tête du premier tour (44%) perd les élections face à Anies Baswedan, candidat musulman modéré.

Indonésie la main mise continue des nationalistes islamistes depuis la dictature Soeharto

Si la constitution de l’Indonésie, adoptée au lendemain de l’Indépendance sous la présidence de Sukarno défendant la tolérance et l’unité de l’Indonésie reconnait notamment l’ensemble des religions en vertu du premier principe du Pancasila. Un principe contesté par les fondamentalistes musulmans qui depuis 1945 n’ont eu de cesse que d’obtenir que l’Indonésie soit un état islamiste régi par la Charia (la loi islamiste). Rappelons que le coup d’état de Soeharto s’est appuyé – notamment pour mener le génocide des communistes et syndicalistes en 1965 et écarter Sukarno du pouvoir – sur les milices islamistes des Nahdlatul Ulama. A la chute de Soeharto, les renes du pouvoir demeurent pour l’essentiel dans les mains des hommes de Soeharto et des nationalistes islamistes, le vice président de Soeharto prenant sa suite. Aucun ne seront ainsi jugés pour leurs crimes.Si les révoltes populaires de 1998 aboutissent à une certaine forme de démocratisation, la structure du pouvoir indonésien n’en est pas modifié.  En témoigne au cours du mandat de 2004 du président Yudhoyono et de son vice président Kalla issu du Golkar (parti du dictateur Soeharto) le durcissement de la loi anti blasphème. Cette loi  remonte aux débuts de la dictature Suharto. Elle  a été soumis pour examen à la Cour constitutionnelle en 2010 alors que les partisans de la Reformasi espéraient obtenir son abrogation, mais les juges de la Cour constitutionnelle ont jugé que « l’Etat, comme le lui enjoint la Constitution, a aussi la responsabilité de promouvoir la piété et la noblesse du caractère». Les procès pour blasphème sont multipliés aboutissant à des condamnations systématiques. Rappelons que cette loi a anti blasphème avait été adoptée alors que le ressort religieux avaient été massivement utilisés pour interdire le parti communiste et génocider ses membres et sympathisants.

Le fait nouveau n’est donc pas la condamnation pour blasphème, mais bien qu’un gouverneur en exercice, proche du président élu, puisse être emprisonné. C’est là un signal fort car, chacun se doute bien de ce qu’il signifie pour la d’expression de chaque indonésien.

Un appel a été interjeté par les avocats de Ahok. Rappelons que la condamnation à deux ans de prison est bien plus lourde que la peine requise par les procureurs (deux ans de sursis). Au moment du jugement, une manifestation d’islamistes se tenait devant le tribunal pour exiger une condamnation à 5 ans de prison ferme. Les 5 juges se sont appuyés sur les « expertises » de prédicateurs musulmans appelant par ailleurs à la condamnation de Ahok pour justifier leur jugement.

Le procureur général d’Indonésie a annoncé le 12 mai faire appel du jugement : les procureurs avaient rejeté le 20 avril les charges de blasphème (art 156a) ne retenant que celles de diffamation des leaders musulmans (art 156).

Le ministre de la justice indonésien a annoncé le 8 mai dissoudre le Hizbut Tahrir Indonesia (HTI), l’une des plus virulente organisation islamiste – proche des frères musulmans – déjà interdite dans de nombreux pays musulmans.

Des manifestations massives dans toute l’Indonésie rassemblant des millions de personnes

Dès la condamnation de Ahok des milliers d’indonésiens se sont rassemblés devant la prison de Cipinang dans l’Est de Jakarta. Les autorités ont depuis déplacé le gouverneur, faisant part de risque d’un assassinat, risque démenti par ses avocats et qui pourrait résonner comme une menace.

Les manifestations en photos

Depuis lors, des millions d’indonésiens manifestent chaque jour pour exiger la libération de Ahok,  à Jakarta mais aussi dans les plus grandes villes de Java. Une foule d’un million de personnes s’est également réunie à Manado la capitale des Sulawesi (principalement chrétienne) pour protester contre l’islamisation et réclamer le départ de Farhi Hamzat vice président islamiste du parlement indonésien (Front des défenseurs islamiques) qui est également en première ligne pour contrer les efforts de la commission anti corruption KPK.

Cette mobilisation rassemble également les communautés indonésiennes partout dans le monde.

Une manifestation était ainsi organisée au champs de mars à Paris le 14 mai 2017.

Une pétition signée par plusieurs dizaines de milliers de personnes

Si plusieurs milliers d’indonésiens ont déjà fait parvenir des copies de leur carte d’identité pour se porter garant pour la libération de Ahok, plusieurs dizaines de milliers ont déjà signé des pétitions en ligne pour demander sa libération et l’annulation du jugement :

Pak Basuki Tjahaya Purnama / Pak Ahok divonis penjara 2 tahun dan langsung ditahan di penjara Cipinang. Beliau tadinya sebagai Gubernur DKI Jakarta. Kami memintakan pihak berwenang untuk memberikan dan menyetujui Penangguhan Penahanan untuk Pak Ahok, dimana kami sebagai pendukungnya bersedia menjamin bahwa Pak Ahok tidak akan melarikan diri.

Beliau telah berjasa sebagai seorang Gubernur, menjadi tokoh yang menolong banyak orang, ikut membangun negara dan bukan pengecut.

Tanda tangani petisi ini untuk mendukung penangguhan penahanan Pak Ahok agar beliau bisa pulang ke rumah dan berkumpul lagi dengan Bu Vero dan anak-anaknya.

Keadilan sejati hanyalah milik Tuhan.

« Ahok Did Not Commit Blasphemy » Initiators

“Human progress is neither automatic nor inevitable… Every step toward the goal of justice requires sacrifice, suffering, and struggle; the tireless exertions and passionate concern of dedicated individuals”. -Martin Luther King, Jr.

The content of this website is managed and organized by the same team that manage www.ahoktidakmenistaagama.com It is merely the result of discussion of a group of Harvard Alumni. However, it does not represent or reflect the view of Harvard University or any of its affiliates. We have started this petition on the above link with more than 60,000 votes.

If you have any doubt or any question, please contact any initiator team below.

Thank you.

____________________________

Simple Notes for the Panel of Judges In the Case of Alleged Blasphemy by the Governor of DKI Jakarta Basuki Tjahja Purnama

With regard to the indictment by the Public Prosecutor in the alleged case of blasphemy by the defendant, Governor of DKI Jakarta, Basuki Tjahaja Purnama, also known as Ahok, which was read in court on Thursday 20 April 2017, we, whose names are listed below, would like to convey some our of views, as follows:

1. In the Public Prosecutor’s indictment, it was clear that Ahok, as the defendant, was not proven committing the criminal act of blasphemy as referred to in Article 156a of the Indonesian Penal Code, and as such the Public Prosecutor did NOT use that article as the basis of his indictment.

2. Nonetheless, the Public Prosecutor did state that Ahok had fulfilled the criminal elements under Article 156 of the Indonesian Penal Code and therefore, was charged with criminal sanction of 1 (one) year imprisonment, with a probation period of 2 (two) years.

3. Based on our reading of Article 156 of the Indonesian Penal Code, it can be clearly concluded that the most important element that must be fulfilled by the criminal act mentioned thereunder is the action of hostility, hatred, contempt againts one or more communities of Indonesian people on the basis of race, country of origin, religion, origin, descent, nationality, or constitutional conditions, which is often referred to by the Indonesian term as “SARA” – an acronym for the the Indonesian words suku, agama, ras, antar golongan – meaning ethnicity, religion, race and inter-group relations.

4. From the evidences and testimonies presented at the trial, it is clear that Ahok’s statement on  Kepulauan Seribu on 27 September 2016 did not contain any statement of hostility, hatred, or contempt againts one or more communities of Indonesian people on the basis of SARA.

5. In the context of the phrase “being lied to, using Al-Maidah 51”, the expert witness in the trial had stated that Ahok was referring to political figures who used that verse to undermine their opponents in electoral competitions, rather than referring to Muslims generally. As such, we do not see the elements of the criminal act as meant under Article 156 of the Indonesian Penal Code as being fulfilled in this case.

6. The Republic of Indonesia is a nation based on law and therefore, supremacy of law should be upheld. The courtroom is the place where righteousness and justice stand, instead of merely being a place for justifying and legitimating mobocracy.

7. A good judicial process should firmly rely on the sense of justice and should not deviate from the actual philosophy/objective of a criminalization as defined by legislators.

8. It is our great hope that the Panel of Judges will decide on this case as fairly as possible, based on all evidences and testimonies delivered and accepted at the trial, conscience, and conviction of the Judges; so that from this court, a proper and respected decision will be made in the history of court decisions in Indonesia; thus it can be a good precedent for similar cases in the future.

We hereby conclude our simple notes with the hope that the supremacy of law, justice, and truth can be upheld in the Republic of Indonesia, which we must protect and safeguard together.

Jakarta, 25 April 2017

______________________________

Catatan Sederhana Untuk Majelis Hakim Sidang Kasus Dugaan Penodaan Agama Oleh Gubernur DKI Jakarta Basuki Tjahaja Purnama

Terkait dengan tuntutan Tim Jaksa Penuntut Umum (JPU) dalam kasus dugaan penodaan agama dengan terdakwa Gubernur DKI Jakarta Basuki Tjahaja Purnama alias Ahok yang telah dibacakan hari Kamis tanggal 20 April 2017, kami yang namanya tercantum pada catatan kaki di bagian bawah halaman ini, ingin menyampaikan beberapa poin pemikiran kami sebagai berikut:

1. Dalam tuntutan JPU jelas bahwa Ahok sebagai terdakwa tidak terbukti melakukan tindak pidana penistaan agama sebagaimana dimaksud dalam pasal 156a KUHP, sehingga oleh JPU pasal penistaan agama itupun akhirnya TIDAK digunakan.

2. Namun demikian, JPU tetap menyatakan bahwa Ahok memenuhi unsur pidana pasal 156 KUHP dan karenanya Ahok dituntut hukuman pidana 1 (satu) tahun penjara dengan masa percobaan 2 (dua) tahun.

3. Berdasarkan pembacaan kami atas pasal 156 KUHP, dengan jelas dapat disimpulkan bahwa unsur terpenting yang harus dipenuhi dalam tindak pidana ini adalah tindakan permusuhan, kebencian atau penghinaan terhadap suatu atau beberapa golongan rakyat Indonesia atas dasar ras,negeri asal, agama, tempat, asal, keturunan, kebangsaan atau kedudukan menurut hukum tata negara. Yang seringkali kita sebut sebagai isu SARA.

4. Dari bukti-bukti dan keterangan yang disampaikan dalam persidangan, jelas bahwa dalam pernyataan Ahok di Kepulauan Seribu pada tanggal 27 September 2016 tidak ada pernyataan permusuhan, kebencian atau penghinaan terhadap suatu golongan rakyat Indonesia tertentu atas dasar SARA.

5. Dalam konteks kalimat « dibohongi pakai surat Al-Maidah 51 » saksi ahli dalam persidangan telah menyatakan bahwa Ahok merujuk kepada oknum politik yang menggunakan ayat tersebut untuk menjegal lawannya dalam suatu persaingan elektoral, dan bukan merujuk kepada umat Islam. Dengan demikian kami tidak melihat bahwa unsur-unsur tindak pidana dalam pasal 156 KUHP dalam hal ini terpenuhi.

6. Bahwa negara Indonesia adalah negara hukum dan karenanya selayaknya supremasi hukum ditegakkan. Ruang pengadilan adalah tempat dimana seharusnya kebenaran dan keadilan berdiri, dan bukan sekedar menjadi ruang justifikasi dan legitimasi atas mobokrasi.

7. Bahwa suatu proses peradilan yang baik akan berpegang teguh pada rasa keadilan dan tidak menyimpang dari filosofi/tujuan yang sesungguhnya dari suatu pemidanaan sebagaimana dimaksud oleh pembuat undang-undang.

8. Besar harapan kami agar Majelis Hakim memutus perkara ini dengan seadil-adilnya berdasarkan semua bukti dan keterangan yang telah disampaikan dalam persidangan, hati nurani serta keyakinan majelis hakim, agar dari persidangan ini dapat lahir satu putusan pengadilan yang tepat dan terhormat dalam sejarah putusan pengadilan di Indonesia sehingga dapat menjadi preseden yang baik untuk kasus serupa.

Demikian kami sampaikan catatan sederhana ini dengan harapan agar supremasi hukum, keadilan serta kebenaran dapat ditegakkan di Negara Kesatuan Republik Indonesia yang harus kita jaga dan rawat bersama.

Jakarta, 25 April 2017

__________________________________

“Ahok Tidak Menista Agama” Initiator team:

  1. Bambang Harymurti, Mason Fellow, Fulbright Scholar, Harvard Kennedy School, MPA 1991
  2. Goenawan Mohamad, Nieman Fellow 1990, Harvard University
  3. Yenny Wahid, Mason Fellow, Harvard Kennedy School, MPA 2003
  4. Todung Mulya Lubis, Harvard Law School, LLM 1988
  5. Dini Purwono, Fulbright Scholar, Harvard Law School, LLM 2002
  6. Melli Darsa, Harvard Law School: LLM 1994, East Asian Legal Studies Visiting Scholar 2010
  7. Nona Pooroe Utomo, Fulbright Scholar, Harvard Graduate School of Education, Ed.M 1992
  8. Ali Kusno Fusin, Harvard Business School, OPM 2016
  9. Gatot Soemartono, Harvard Law School, LLM 1997
  10. Nugroho Budi Satrio Sukamdani, Post Graduate Harvard Business School PGL1, 1998
  11. Ludi Mahadi, Harvard Kennedy School, MPA 2010
  12. Adrianus Waworuntu, Fulbright Scholar, Harvard Graduate School of Arts and Sciences, MA 1992
  13. MSM Ondi Panggabean, Harvard Law School, LLM 1991
  14. Philip S. Purnama, Harvard Business School, MBA 1997
  15. Endy Bayuni, Nieman Fellow 2004, Harvard University
  16. Danny I. Yatim, Fulbright Scholar, Harvard Graduate School of Education, Ed.M 1992
  17. Togi Pangaribuan, Harvard Law School, LLM 2011
  18. Zenin Adrian, Harvard Graduate School of Design, M.Arch 2007
  19. Darwin Silalahi, Harvard Business School, AMP 2003
  20. Wawan Mulyawan, Harvard Business School, OPM28 1999
  21. Brigitta Aryanti, Harvard Kennedy School, MPAID 2014
  22. Wahyu Dhyatmika, Nieman Fellow 2015, Harvard University
  23. Junaidi, Harvard Business School, MBA 2008
  24. Johannes Ardiant, Harvard Kennedy School, MPP 2015
  25. Paul W. Broto, Harvard Business School, OPM43 2008
  26. Rudy Setiawan, Harvard Business School, MBA 1996

Cette pétition sera remise à:

  • Human Right Organizations:
    Justice for Basuki Tjahaja Purnama

Les manifestations en vidéo

A Medan – Sumatra